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sb $ LA COLONISATION ET L'AGRICULTURE AU CANADA.
. partie française de la population canadienne joues, dans le développement économique de l'Amérique du Nord, un rôle prépondérant.
Le Canada : le vieux, le vrai Canada est le pays des grands fleuves et des grands lacs. Nulle contrée ne possède naturellement un système plus grandiose de voies fluviales. Nulle contrée n’a fait de plus grands efforts pour mottre à profit les bienfaits de la nature.
C'est Aonc pat les rivières et par les canaux que’ la civilisation aû Canada a commencé son œuvre. La pre- 7 mière moitié du siécle a été employée à améliorer les voies navigables, à tourner les rapides qui s ‘opposaienit
à la navigation, à créer des débouchés pour transporter les produfits des premiers colons et des premiers cultivateurs. Quand les chemins de fer ont fait leur entrée dans ce monde dépeuplé du Canada, ils se sont établis, dans le Canada comme aux États-Unis, à proximité des lacs et des cours d’eau, dont ils se constituaient en quelque sortyles éffluents et auxquels ils apportaient les chargefnents \de denrées agricoles. Plus tard,-ils essayérent de pénétrer: davantage dans l'intérieur des terres, poussérent de côté ct d'autre, ‘suivant les nécessités et l’occasion, leurs voies intérieures, ct enfin frayèrent un chemin jusqu'aux ports maritimes, afin de n'avoir plus recours aux voies “navigables qu'ils avaient suivies d’abord et qu'ils voulaient maintenant remplacer.
Tandis que se préparait, par des voies nouvelles de transport, cette évolution économique, les vieilles provinces du Canada se débattaient dans des rêves d'asso- | ciation. Il leur semblait qu'on pouvait, par des lois,‘ effacer les distances.
Les provinces - maritimes, séparées du groupe de Québec et de Montréal, ; dônt le .commerce spécial était alimenté par le fleuve Au Saint-Laurent, avaient demandé la Confédération. Si, pendant cinquante ans, cette question, sans cesse reprise et soutenue dans les conseils des provinces et les délibérations du gouvernement central, n'avait pu aboutir, c’est que la pensée : de l'union’ politique n’était pas encore suffisamment
” préparée par l'union des intérêts. Lorsque, vers 1860, les chemins de fer commencèrent à s'établir, tout parut facile’, et l'accord se fit heureusement. En 1864, il y a plus de vingt ans, sur la demande de la Nouvelle-
.Écoëse, du Brunswick et de l'ile du Prince-Édouard, une réunion eut lieu à Québec, et pendant soixante-dix jours on discuta les termes de l'acte de la Confédération. Cet acte fut vo par le-Parlome nt d’An-
précisément cette même année, en 1867, g
velle-Écosse et le Nouveau-Brunswick furent réunis à
provinces de Québec et d'Ontario par une voie ferrée. Comme aux États-Unis, les ingénieurs se préoccupérent surtout de construire rapidementet à peu de frais les lignes utiles au commerce et à la colonisation : de sorte qu'après avoir créé le Grand-Trunk, qui fut la première des grandes voies ferrées et qui date de 1851, ile suivirent le Saint-Laurent, depuis Montréal, et le lac ‘Ontario jusqu’à Toronto, pour aller ensuite rejoindre les chemins des États-Unis. Quelque temps après, le
Great-Western construisit une longue ligne parallèle, Ë
‘partant également de Toronto, devenu le port principal ee d'expédition des farines du Canada, et allant aussi à
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Détroit, mais passant par Niagara. Enfin, en 1867, des
lignes nouvelles dites intercoloniales, commencèrent à
relier l'Ontario à la Nouvelle-Écosse, et achevèrent tout un réseau de communications entre les quatre vieilles provinces du Canada : Ontario, Québec, le Nouveau- Brunswick et la Nouvelle-Écosse, : c'est-à-dire dans tout l’ancien Canada.
Pendant ce temps, les États-Unis accomplissaient le même travail : ils s’élançaient à travers des pays déserts pour les peupler, perçaient de part en part le bloc de la Confédération, et reliaient l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Il appartenait au Canada d’entreprendre le même travail, et de traverser à son tour l'Amérique du Nord une troisième fois : c’est l’œuvre que vient d'accomplir le Transcontinental-Canadian- Pacific, œuvre qui doit, dans un temps donné, exercer la plus grande influence sur. les conditions économiques de cette partie du monde. La pensée de fonder une Amérique du Nord anglaise, unie par la solidarité des intérêts et la direction d’un gouvernement central, entraînant dans son immense ‘étendue; non seulement les quatre provinces du Canada civilisé, “mais les abords de la baie d'Hudson, le Manitoba et les sauvages territoires du Nord-Ouest, la pensée de gagner l'océan Pacifique à travers les Montagnes- .Rocheuses par la Colombie anglaise et l'ile de Vancouver : cette grande pensée de politique économique ne pouvait être définitivement réalisée. que par un système complet de moyens de. transport. Cette œuvre, regardée d’abord comme impossible, vient. d'être couronnée d’un grand succès, et le ‘chemin: de fer Transcontinental-Canadian-Pacific forme
désormais, à travers le monde entier, une chaine qui doit unir toute la race anglaise depuis les Iles-Britanniques jusqu’à l'Australie par, le Dominion du : @anada. Encore, Quelque temps, et le Canadien-Pacifique sera surtout son parcours desservi par des chemins. de fer, commie les grands fleuves dont les cours s’augmentent sans cesse par l'affluence des rivières. Encore quelque temps, et-une ligne de chemin de fer reliant Montréal avec les ports Saint-Jean ‘&t Boniface fera de Montréal, déjà la capitale commerciale, l'entrepôt du Dominion fout entier. ‘
Tañdis que les voies de fer offrent à la colonisation des encouragements exceptionnels, à l’agriculture et à l'industrie des débouchés inépuisables, et répandent la vie, le mouvement, la fortune dans les pays hier encore condamnés à leur isolement sauvage "par l'absence de moyens de transport, l’Europe s’est mise en communication directe avec-ce monde nouveau du Canada. Une ligne partant de Liverpool remonte le Saint-Laurent et aboutit à Québec; une autre, de Liverpool aborde au port d'Halifax ; d’autres encore pénètrent sur le continent américain par les ports de Boston et de Portland ; enfin, une ligne franco-canadienne doit joindre le Havre au port d’Halifax. Voici donc toute l'Amérique anglaise du Nord pourvue de chemins de fer et reliée à l’'Europe par des services réguliers de bâteaux à vapeur, qui déversent et déverseront de plus en plussur la vieille Europe les produits agricoles d'un monde nouveau. C'est un fait d’une importance capitale.
En rappelant au commencement de cette étude sur l'agriculture. du Canada comment depuis quaranté ans, ef surtout depuis dix ans, des chemins de fer. sé
par
sont établis dans toute l'Amérique du Nord, il était nécessaire, dès l'abord, de mettre en lumière cette pensée dominante : que les nouveaux systèmes de transport sont aujourd’hui les promoteurs et les serviteurs des intérêts agricoles, les instruments directs du progrès et de la civilisation. Leë chemins de fer .qui enlacent aujourd’hui tous les points où peut se déployer avec succès l’activité humainé, ces chemins de fer d'Amérique n’ont pas été sèulement construits pour répondre à des besoins déjà créés et à des travèux accomplis, mais aussi poñr livrer à la production des territoires incultés et dépeuplés, et pour permettre à la machine à vapeur d'y déposer sans cesse les hommes et des ca-
pitaux nouveaux. Ce qui s’est passé au Canada s'est
passé aux États-Unis. Pour ouvrir à la vie sociale.les vastes territoires du Centre et-de l'Ouest, on y à poussé. des chemins de fer, et le gouvernement des États”de l'Union, comme le gouvernement. de la: Confédération canadienne, a concédé, le long de ces nouveaux-réeaux, des terres qui, revendues à des compagnies ou à des particuliers, deviennent des foyers d'activité agricole. C’est ainsi que le: Transcontinental-Canadian-Pacific créh, autour de chacune de ses stations, d’abord solitaires, des chantiers de travail, des villages agricoles, des centres de production et de civilisation. C’est donc une véritable conquête sur la nature que, par la science, l’homme accomplit en cè moment, et comme la prospérité présente des États de l'Union américaine, la prospérité future de la Confédération canadienne trouve sa principale cause dans la hardiesse avec laquelle la vapeur a supprimé les distances et conquis : la solitude. ie" . à
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Au: Canada, ‘comme aux- États-Unis, la révolution
. dans les. voies de transport a décidé souverainement de la situation politique et de l’économie sociale. L'établissement des chemins de fer a servi et servira désormais de fondement à la constitution politique et à la puissance économique de la Confédération du Canada.
Ce rapide tableau a ses ombres, et si au point de vue des:Cänädiens et des Anglais le nouveau chemin de fer
.estune œuvrerationnelle et parait une innovation avantageuse, il est évident que les États-Unis devaient, au point de vue politique, comme au point de vue écono- Mique, en concevoir quelque alarme. Les Américains se
- plaisent à répéter qu'il est inutile de chercher à mettre en valeur les étendues inexplorées du Canada, que les territoires du Nord-Ouest sont souvent secs et stériles,
: l8 Colombie-britannique une mer de montagnes et que
‘le. Canadian-Pacific-Railway, s'il s'appuie sur le
simple commerce entre l'Angleterre. et le Japon, est
une voie coûteuse et une mauvaise affaire. Il est évident que, pour les Américains, la Colombie britannique ne doit être que la continuation de la Californie et de l'Orégon, que le Manitoba et les territoires du Nord-
Ouest sont contigus au Dakota et au Minnesota ; qu’On-
tario et Québec et la région des lacs appartiennent à
un système géologique qui embrasse le Michigan et
l'État de New-York, et que les provinces maritimes du
.Canada ont toujours été naturellement en intime rela-
tion avec le Maine.
Depuis quelque temps, une très gravè question a été soultevéé par le Manitoba. Cette province ne se regarde . pas comme satisfaite par la voie ferrée qui la relie aux
autres parties du Canada. |
8 LA COLONISATION ET L'AGRICULTURE AU CANADA. | Elle prétend, par raison de nécessité publique, se soustraire aux obligations légales qui l'enchainent, et raccorder ses lignes avec la baie d'Hudson au Nord, et au Sud avec le Northern-Pacific américain. Si le Manitoba ne tend qu’à se donner une routé plus courte pour l'exportation de ses geains, il pourrait s'arranger avec le Transcontinental-Canadian-Pacific, qui le relierait, sur le Lac supérièur, à Port-Arthur et Fort-William; mais sous cette question de chemin de fer se cachent assurément des questions politiques. Il ne ‘serait pas utile et convenable, au point de vue français, de prendre parti entre les intérêts divers qui se disputent la direction de la politique économique dans le Dominion; mais il était important. de monitrer que les États-Unis peuvent chercher et trouver des occa- ‘sions pour jeter, dans la nouvelle organisation de l'Amérique du Nord anglaise, des éléments de discorde qui ne serviraient ni les intérêts de la France ni les intérêts de l'Angleterre. eo
‘ Ps - +
IL — LA POPULATION. Ce n’est pas la terre qui manque au Canada. C’est l’homme. La question de la. population est la question maitresse. Elle résume toute la politique du gouvernement; elle résume toute l'histoire ; elle résume tout l'avenir du.Canada.
Le gouvernement n’a pas seulement pour mission d'assurer aux populations d'origines et de mœurs diverses, établies çà et là sur l'immense territoire du Dominion, la sécurité des relations et la liberté des institutions, mais aussi d'augmenter sans relâche ces groupes de population par la source incessante de l’émigration, c’est-à-dire par l'introduction de nouvelles * forces humaines dans l'organisation sociale du Canada. Il y a deux siècles à peine, l'Amérique du Nord, du golfe Saint-Laurent au golfe de Mexico, était occupée par des tribus sauvages dont les romanciers nous onf peint les mœurs et presque l'histoire. Par lé baie d'Hudson et par le golfe du Saint-Laurent, les Indiens com- ‘mencèrent à avoir commerce avec les « pâles visages » qui devaient d’abord les exploiter et les chasser ensuite de ces forêts, de ces prairies, de ces solitudes où ils vivaient en maîtres. Lorsque le buffle couvrait la plaine, le Compagnie de la baie d'Hudson employaitles Peaux- Rouges” dans ses affaires, et les Peaux-Rougeë étaient heureux. Quand le buffle, traqué de toutes parts, finit par disparaître’ et que les honimes blancs leur disputérent, lesarmes à la main, les territoires favorisés qu'ils
10 Re LA COLONISATION -BŸ L'AGRICULTURE AU CANADA.
occupaient, les Peaux-Rouges souffrirent. Ils eurent faim; ils se battirent mal et furent vaincus. Alors, on prit le parti de les cantonner, de les encadrer, de les absorber et de les nourrir. On leur donna par traité des rations, du‘terraïn, une charrue et une paire de bœufs pour travailler. Ils n’étaient pas cultivateurs; ils le deviennent aujourd’hui, par l’exemple et la nécessité. On les a récemment comptés: Ils étaient alors ‘132.000, tous réunis sur des lots de terre réservés : 85.000 demeurent et travaillent. Le reste est nomade. En fait, la question indienne est résolue. Le Dominion est la propriété des Européens.
Ces Européens, d’où viennent-ils ? Le Canada n’a pas été conquis par une puissance : il a été occupé et civi- -lisé par: des colonies étrangères. ——
L’Océan a versé tour à tour, sur les côtes de l’Amérique du Nord et sur les bords du Saint-Laurent, des flots de population qui se sont succédé, mélangés et juxtaposés, sans entraver l’association ‘politique de la Confédération canadienne. Ce sont les Français qui, les premiers, ont ‘abordé les côtes de la Nouvelle-Écosse et pénétré jusqu’à la région des Grands Lacs. Puis les Anglais sont arrivés et nous ont pris le Canada. Passons. La France tient encore, à. Québec, haut et ferme, le drapeau des premiers succès et des glorieux souvenirs. La province de Québec ‘est le domaine des Canadiens français, qui sont 1. 200. 060 à côté de 300.000 Anglais.
Quel mouvement de flux et de reflux dans la population pendant la guerre de l'Indépendance et après, et. “depuis; dans les provinces voisines des États-Unis, dans l'Ontario, dans la Nouvelle-Écosse, dans le Nou-
LA COLONISATION ET L'AGRICULTURE AU CANADA. 1. veeu-Brunswick! Il est inutile de rappeler les faits qui se résument dans des chiffres. La race anglaise domine dans l’Ontario et dans les provinces maritimes pour les deux tiers, c£mme la race française domine dans le Québec pour les trois quarts.
À qui appartiendront le Manitoba et les territoires du Nord-Ouest? À qui surtout appartiendra le Manitoba, - parcouru jadis par les tribus indiennes, exploité par la
Compagnie de fa baie d'Hudson, occupé par les Anglais, convoité par les Américains? Chacun s’y précipite. La victoire paraît appartenir à la race anglaise, à la politique du Transcontinental-Canadian-Pacific, à à la direction du gouvernement de la Confédération ; mais de même que les: intérêts des territoires de- l'Ouest des États-Unis se confondent avec les intérêts du Nord-Ouest du Canada, de même que les Canadiens ont émigré il ya auciques es années dans les États-Unis, pour des raisons économiques; de même les Américains suivent les Canadiéns qui retournent dans leur pays et viennent, par le‘ Manitoba, jeter, sur les affaires de la Confédération, le poids de leur jriense in-
fluence. .
Indiens, Chinois, Russes et Anglais occupent eto occu> peront lof tops éncore, au milieu-de la solitude des forêts" f'des montagnes, quelques parties de la Colombie, anglaise, à peine découvertes et nullemont exploitées. mn, -
Ainsi” de toùtes parts arrivent en petits groupes des représentants de toutes les nationalités du monde. Chaque peuple vient prendre tour à tour une place petite ou grande dans ce monde nouveau ouvert et désert de l'Amérique du Nord anglaise.
La population augmente avec une remarquable rapi-
dité.
En 1800, le Canade comptait... 455.899 habitants. 1834:..............,........ . 1.302.961 — 1844.............,,,..... .... 1.802.889 — 1851....,..........,......,.. 2.547.158 — 1861...............,..,.,..., 3.323.292 —
Mais jetez les yeux sur la carte du monde, et consi-' ” dérez cette Amérique anglaise qui s’étend de l'Océan ‘Atlantique à l'Océan Pacifique. Dans cet espace, on compte 3.300.000 milles carrés. Dispersez sur cet espace 5 millions d'habitants, et le problème de la civilisation du Canada se pose aussitôt dans sa redoutable simplicité. La population, voilà le secret de l'avenir, voilà la fortune du Canada.