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III. — DE L'ADMINISTRATION FÉDÉRALE AU POINT DE VUE DE L'AGRICULTURE

. La Confédération de l'Amérique anglaise s’est constituée sur les mêmes bases que Ia Confédération des État-Unis, et, malgré les liens apparents qui semblent attacher-le Canada à l'Angleterre, toutes deux ont reçu ” des événemen même forme d'organisation poli- \tique, et toutes deux, dans la conduite de leurs affaires, , donnent le spectacle d’une indépendance absolue. : De même qu’aux États-Unis, chaque province du Dominion du Canada s’est réservé son gouvernement propre, sa personnalité politique, administrative, municipale, commerciale et agricole, c’est-à-dire qu'au point de vue de l’agriculture, chaque province a son administration, et que, dans toutes les provinces, cette administration s'exerce dans des conditions spéciales. -‘Le principe de la Confédération a été formulé et consacré par l’organisation d’un gouvernement central qui siège dans la ville d'Ottawa. Ce gouvernement fonctionne par l'organe de deux Chambres et d’un ministèré responsable qui relève exclusivement du parleinent. Le gouverneur général est le seul fonctionnairo' nommé par l'Angleterre, et.son rôle consiste à assister le gouvernement qu’exerce un cabinet créé par la majorité du Parlement canadien.

Le cabinet fédéral est chargé de déferidre les intérêts communs, notamment de fairé voter les lois civiles et criminelles, d’âésurer.le-service des postes-et:le service

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nn:

44 LA COLONISATION ET L'AGRICULTURE AU CANADA: chent aux finances, au crédit public, à la navigation, aux pêcheries, à l'émigration, à la colonisation et au commerce international. al

Dans ce cabinet, conposé de treize ministres, figurent le ministre de l’agriculture et le ministre de l’intérieur. Ce dernier à pour attributions le service géologique, l’administration des terres de la confédération, la direc-

+ - tion dela colonisation, enfin administration des affaires indiennes. À tous ces points de vue, le ministre de l'intérieur exerce une action indirecte, mais très importante, sur l’économie rurale du Ganada.

On ne saurait assez louei la résolution, la persévérance, le succès avec lesquels on à tomjous poursuivi l'investigation systématique de la géologie et de la minéralogie du Canada. On ne saurait rappeler trop souvent que, depuis 1841, le gouvernement canadien a organisé cet important sèrvice ‘et qu'il plaça à sa tête, en 1842, l’illustre Logan qui choisit comme collaborateur Alex. Murray. Aujéugd'hui M. -Selwyn a succédé à Logan et, depuis 1877, le bureau scientifique de la géologie a été placé plus directement sous les ordres du ministre de l’intérieur. Pour tous ceux qui. savent quels

* rapports intimes.unissent la géologie à l’agriculture, il

est aisé de prévoir les conséquences qu’une pareille

| institution exercera dans un avenir éloigné mais certain 6 sur le développement des principes scientifiques en. matière d'économie rurale. Jusqu'à présent, on parcourt,

on découvre, on constate, et la minéralogie recueille les

fruits de ces nobles efforts; mais un jour viendra où

ss gisements de charbon, d’ardoise, de sel, de fer, de. ‘plomb, de phosphate, ne seront pas 'ojet principal -

—des-travaux-des-géologues-officiels.L'influence-de-la -. nature des terrains sur les productions du sol sera mise en pleine lumière,

Il était assez naturel de rattacher au ministère de l'intérieur le service de la géologie du Canada, puisque ce ministère devait présider à l’arpentage général de toutes les terres concédées et à l’établissernent, légal de la propriété foncière, et c’est ainsi que le ministre de l'intérieur s’est trouvé chargé de l'administration des affaires indiennes, En effet, à la suite des conventions avec le gouvernement anglais, les six nations indiennes avaient cédé leurs terres, le sol même qu’elles parcouraient ou possédaient, moyennant la garantie de certaines réserves territoriales et de certains avantages

” pécuniaires. Ainsi la terre, la terre proprement dite. la terre envisagée au point de vue de son administration scientifique et légale, économique et politique, est l'attribution particulière des services divers du ministère de l'intérieur.

Tout autre est la mission du ministère de lagrieurture, -.. … ous

Ce ministère est chargé de diriger tout le service : de l'émigrati on et de l'immigration; de donner satisfaction aux intérêts agricoles, envisagés au point de Un vue de la prospérité générale ; d'assurer le service de | l'hygiène et l'étude des épizooties, le service.de la statistique ‘et des brevets . d'invention. Toutefois, ‘lorsqu'on rédigea l'acte de la Confédération de l'Amérique du Nord, en. 4 867, on maintint les départements del'agriculture. tels qu’ils existaient dans es. Provinces du 3 Cänade; et, . par l’article 95 de l'acte gonstitutionnel, |

. ph a décida uesles matigres relatives à l'agriculture ta... -— :

Es

: l'émigration, à la surveillance des Sociétés d'agriculture et au développement des intérêts agricoles appartiendraient concurremment aux autorités fédérales et aux autorités provinciales.

Il est étonnant que le ministère fédéral de l'agriculture, avec les faibles ressources dont il dispose, soit en argent, soit en influence, puisse faire tant de bien: mais il y réussit par la coopération cordiale des ministères de l’agriculture dans chacune des provinces. L’au-

torité centrale prépare les statistiques agricoles, sans :

pour cela que les autorités provinciales se dispensent d’en préparer aussi. Ces statistiques s6 font par les soins des Sociétés d'agriculture, et, dans lès nouveaux territoires, par les soins des cultivateurs de bonne volonté. En retour de ces bons services et de ces informations constantes, le département de l’agriculture siégeant à Ottawa communique toutes les informations agricoles qui. peuvent lui arriver d'Europe, et travaille avec ardeur à favoriser l'instruction agricole. Sa tâche, on le conçoit, est au-dessus de ses forces et de son zèle. Il ne peut

pas et il ne pourra jamais exister au Canada une agri-

culture : le Canada aura toujours des agricultures. Avec son immense étendue, la variété de son sol et

les différences de.son climat, le Dominion peut pro- ;

" duire toutes les céréales et cultiver toutes les plantes ; il pourrait un jour nourrir une partie du monde après

.s'être nourri lui-même. Mais, il"faut bien l'avouer, la.

‘ nature conservera longtemps encore les aspects de de solitude et l’homnié fera défaut & la nature.

. Le gouvernement fédéral vient de donner une preuve”

éclatante de la direction qu il entend donner à l'instruction agricole. :. ,

st n ‘ . )

LA. COLONISATION ET L'AGRICULTURE ab CANADA. 47

| Le Parlement fédéral, en 1884, nommg une commission extraordinaire pour rechercher les méilleurs moyens d'encourager et de soutenir les intérêts agricoles au . Canada. Cette commission ouvrit une enquête. Elle adressa une série de questions aux agriculteurs les plu s distingués et aux savants les plus autorisés dù Dominion. Cette enquête constata les vices de l’agriculture ‘canadienne. Elle reconnut le défaut d’un système régu lier de culture, d’assolement, d'engrais, la nécessité de faire venir des contrées dont le climat est semblable au Canada, des graines, des plantes, des animaux de pure race, l’utilité d’une ferme expérimentale et d'un bureau céntral d'agriculture chargé de tenir à jour et de publier la statistique de toutes les récoltes, les prix des denrées sur les marchés canadiens et étrangers, l'intérêt même qu'offrirait le publication de manuels, rapports et instructions pour recommander les meilleures méthodes de culture et pour donner, par l'intermédiaire des entomologistes officiels, les moyens de combattre les insectes nuisibles. |

Le tableau suivant est très intéressant. Il explique comment un mouvement d'opinion publique a été imprimé à l’agriculture canadienne, non seulement par le gouvernement fédéral, mais dans toutes les provinces : par les cultivateurs dont cette Commission d'enquête avait requis le concours et demandé l'opinion. Voici le. .. décompte des votes aur chacune des questions posées :

OC + y

Établissement d'une ferme expérimentale... ...... .… 278 contre 64

Création d'un poste d'entomologiste officiel. ........ 198 contre 117

Établissement d'un bureau central.................. 256 contre 6%

Rédaction-Je manuels, rapports et bulletins... ...... 255 contre 48 | “ Bureau statistique. PRET EEE sue RRRPPE CETTE TETE at contre 74 |

Cette enquête a été suivie de résolutions qui ont fait

is LA COLONISATION ET'L'AGRICULTURE AU CANADA:

entrer le Canada dans le courant d'organisation scientifique que suivent presque tous les États de l’Europe et de l'Amérique. |

Un bill a été voté, en 1886, pour établit près d’Ottawa un grand établissement qui serait à la fois une sorte d’Université et de ferme expérimentale, Cet éta. blissement doit servir aux deux provinces d’Ontario et de Québec, et doit être placé sous la direction du professeur Saunders. On essaiera dans cette ferme les graines ‘de toutes sortes, et on les soumettra à des expériences scientifiques. On s’occupera de l'élevage du bétail et de la fabrication des engrais.

On a construit déjà un laboratoire pour constater la qualité des blés de semence. Les agriculteurs peuvent y envoyer leurs blés et en connaitre ‘exactement la qualité. Ces analyses sont grätuites. Le ferme expérimentale d'Ottawa doit rivaliser avec les écoles d'agriculture et . les stations agronomiques de l’Europe et des Étatt-Unis. En même temps, de semblables établissementé (seront créés sur le même modèle et avec le même programme, aux frais du gouvernement fédéral, dans: chacune des provinces de la Confédération. Lé'bill dé 1886 nous montre que le ministère de l’agriculture a reçu du Par-

Yement la mission de ‘préndie en main le mouvement scientifique de l’agriculture et de centraliser’ toutes les données, toutes les études, tous lés ‘efforts par lesquels l'agriculture pourrait être; suivant la diversité des sols et desclimats du Dominion, po ussée dans la voie du progrès.

. Qu'on envisage l'œuvre de la ‘colonisation ou qu'on envisage l'œuvre de l’agriculture proprement dite, on s'aperçoit aisémerit qué la” nécessité de pourvoir aux premiers besoins d’une organisation administrative à

déterminé la constitution des services administratifs au point de vue agricole. De même que le bureau de la géologie fonctionne sous l'autorité du ministre de l'intérieur et la direction de M. Selwyn, le bureau de l’entomologie figure sous l'autorité du ministre de l’agriculture et la direction de M. Fletcher; mais nous nous permettons de signaler au gouvernement canadien l'avantage qu’il aurait à constituer à Ottawa une Société nationale d'agriculture canadienne semblable à la Société nationale d'agriculture de France. Peut-être serait-il difficile de réunir à Ottawa, comme se trouvent réunies à Paris, les notabilités scientifiques des diverses provinces de la Confédération; mais il serait aisé de tourner cette difficulté en n’exigeant pas la résidence et en constituant d’une manière très forte le bureau qui centraliserait la correspondance scientifique des savants canadiens groupés en sections suivant la nature de leurs travaux. Le ministre de l’agriculture trouverait dans l'organisation d’une société centrale, libre dans ses choix, mais presque officielle par ses rapports avec le gouvernement, des concours puissants, intimes et perpétuels. Rien ne nous paraît mieux convenir au développement de la science que la création d’une société nationale d'agriculture canadienne. Nous ne pouvons mieux faire que de citer l'exemple qu'offre à nous dans . l'Uruguay une grande société libre. L'Association rurale de l’Uruguay est aujourd’hui confondue avec la Direction administrative de l’agriculture de cet État!

Pour bien faire comprendre le caractère général du ministère fédéral de l’agriculture, il convient de relever, dans le rapport présenté en 1885 au Parlement, des études sur les insectes nuisibles à l’agriculture, ma-

LS

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tière qui se rattache en quelque sorte au service (o ll épizooties, et un rapport sur les phosphates, ct sur, J'usage qu’on peut en tirer pour le service agricole, Ces nouveaux exemples prouvent que le ministre de l’agriculture, dans le Parlement fédéral du Canada, étend son action partout où il croit servir un intérêt général.

. En définitive, l'œuvre de la colonisation est confiée aux deux ministres de l’agriculture et de l’intérieur. Le ministre de l’agriculture s'occupe de la population, et dans la population, du personnel des émigrants et des colons; mais le ministre de l’intérieur a sous sa direction tout le système de la colonisation, au point de vue de la législation, de l'érpentege général du territoire, de la concession ‘des terres et de l’exécutiéh des conditions auxquelles ces concessions sont attachées.

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