‹ Étude sur la colonisation et l'agriculture au CanadaChapitre 16 sur 22 · L " # LE MANITOBA ET LES TERRITOIRES DU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

L " # LE MANITOBA ET LES TERRITOIRES DU NORD-OUEST

Esquisse physique. — La surface de la région des prairies au Canada, dit M. Fream, oçcupe roi larges plateaux, dont le plus baë est à l’est et le plus élevé à l’ouest. Les frontières politiques entre le Canada et les États-Unis de l'ouest se confondent avec le ‘49° parallèle de. latitude nord, et, le long de cette ‘ligne, l8 prairie s étend du 96° au 112 méridien de Greenwich sur une distance d'environ 900 milles. Au nord, la Prairie devient plus étroite et se perd dans les rives glacées de l'océan Arctique, où sa largeur n'excède pas 400 milles. A l’est, elle a pour limite le plateau rocheux qui borde la rive occidentale du lac Winnipeg et tourne ouest-n6rd- buest vers le lac Athabasca. Ce plateau est une très ancienne roche cristalline de l’âge Laurentien, peut-être Huronien. On en obs@fve très-bién l'aspect le long du éhemin de fer Pacifique Canadien. De Port-Ar- ".thur, ‘Sur le lac Supérieur, à la ville de Winnipeg, l'as- Get * est sauvage et’ rocailleux, et annonce, de grandes

. richesses minérales; l'agriculture ne s’y développera

pas de longtemps, Dans le voisinage de Telford, à 338 milles de Port-Arthur, le paysage; avec $es peupliers, ses tamaracs et ses autres arbres, fait place à

un pays découvert, où les clairs et rapides cours d’eau

. de la’ montagne se transforment .en petits: ruisseaux ‘limoneux On entre dans upé Fégion de riches 8 alluvions,

ve #

c'est la vallée de la Rivière-Rouge avec sa ceinture de marais flottants, longue de-20.milles.

+ La limite-occidentale de la prairie est constituée par le mognifique rempart naturel des Montagnes Rocheuses. Ce rempart consiste en une série de chaines

parallèles, dont la largeur, de l’est à l’ouest, ést de plus

de 100 milles. Des neiges éternelles couvrent les pics les plus élevés, et leurs lignes brillantes et hardies contrastent avec la noire verdure des pins qui couvrent les montagnes les plus basses. .

Les Montagnes Rocheuses constituent le partage

des eaux entre l'Atlantique et le Pacifique. Bien'plus

au nord, une autre chaîne de montagnes fait le départ “entre l’Athabasca et la rivière de la Paix, qui vont se jeter directement dans l'océan Arctique, et les rivières qui rentrent dans le grand système de Saskatchewan ; mais cette seconde ligne de partage des eaux est beau-:

coup moins élevée que la ligne des Montagnes Ro-

cheuses au sud.

« Il est, disait le professeur Ramsay, peu de vues ‘ plus grandioses que le cercle deë Alpes, du haut de la cathédrale de Milan; il en est peu de plus élégantes que la vaste muraille des Pyrénées, vue de Toulouse; mais ni l’une ni l’autre ne sont aussi splendides que le spectacle de cette longue ligne d’escarpements neïgeux s’élevant d’une chaine qui semble sans fin, pour mettre un terme à la longueur de cette prairie qui semble sans, limites! »

- Toute la région des prairies s'incline en pente douce de l’ouest à l'est avec une inclinaison d'environ cinq pieds par mille. Sa partie la plus basse et la plus orientale est comprise entre la vallée de la Rivière-Rouge et le

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LE

82 La COLONISATION ET L'AGRICULTURE AU CANADA, lac Winnipeg. Elle s'élève à environ 800 pieds au-dessus de la mer, la surface du lac Supérieur se trouvant à 627 pieds. Sa largeur excède 100 milles, et sa surface est d'environ 56.000 milles carrés, dont le quart . en eau” Elle est bornée à l’est par le plateau Laurentien ; à l’ouest, par les premiers escarpements du Mac- Gregor. |

Lorsqu'on a dépassé ces premiers escarpements, on entre dans une vaste région nommée les grandes plaines, qui forme la seconde steppe des prairies. Par le 49° de latitude, cette seconde steppe a une largeur de 230 milles, qui se réduit à 200 au 54* parallèle. Son élévation est de 1.600 pieds, et elle est bornée à l'ouest par le grand coteau du Missouri, qui est un amas de détritus de la période glaciale, et de hlocs erratiques arrêtés sur la pente de roches de la période crétacée. Du côté de l'Orient, la surface de ce coteau. devient plus ondulée et les matériaux sont accumulés confusément en tumulus, :qui dépassent rarement une hauteur de 100 pieds. La cciñture de ce coteau est dépourvue de vallées de drainage, de sorte que les eaux de ses lacs et de ses marais sont surchargées de sels, particulièrement de sulfates de sodium . et de magnésium. La partie occidentale du coteau a de larges et profondes vallées, avec des coulées tributaires qui sont, les unes très arides, les autres remplies par des chaines de petits lacs qui se dessèchent en été et laissent alors de larges taches d’efflorescencés salines,' ‘dont a blancheur contraste violemment avec les touffes pourprées des perce-pierre des marais ou. salicornes dont leurs bords sônt remplis. Plusieurs de ces lacs salés, comme ceux dés Vieilles-

Le

Femmes, sont persistants. Le coteau du Missouri forme

la bordure orientale de la troisième steppe de prairies, .

qui est la plus haute et s'étend à l’ouest en pente douce jusqu'à la base des Montagnes Rocheuses.

Le surface de la seconde steppe dé prairies est un peu moindre que celle de la vallée de la Rivière-Rouge. Son sol est formé de détritus provenant de la désagrégation des roches, mêlées à d’autres minéraux transportés de plus loin. Ceux de la montagne de la Tourterelle et de Touchwood Hills ressemblent aux ‘dépôts du coteau du Missouri. La montagne de la Tourterelle, haute de 500 pieds, est une surface accidentée couverte de bois épais qui contrastent vivement avec l'aspect général de la prairie. Elle occupe environ

. 20 milles carrés, Généralement, les collines composées de gravier sont boisées; les surfaces composées de ma-

tériaux plus fins sont gazonnées, excepté le long des ‘

cours d’eau où le bois pousse également.

La troisième steppe à l’ouest du coteau est recou-

verte d’üne couche beaucoup plus épaisse de dépôts de fragments de quartz provenant des Montagnes Rocheuses. À l’est, on y trouve de fortes couches de terre à potier; plus près des montagnes, des ardoises et de la chaux. Dans beaucoup d’endroits, les Boulgers

abondent, et dans les temps modernes, les buffles s’en

sont servis pour s’y frotter. Aussi, sont-ils entourés de bassins creusés par les pieds de ces animaux.

« Les buffles ont maintenant disparu de ces plaines :

mais il y est resté de nombreuses traces de leur séjour :

pierres à frotter (Rubbing stones), bauges, sentiers

profondément creusés et squelettes blanchis. Sur la

Bow River, nous avons vu, dit M. Dawson, un vaste ‘ 8

dépôt d'ossoments couverts de terre indiquant la destruction d'un troupeau par des causes naturelles, peut-être par un froid extraordinaire, ou un excès :de neige. Lorsque la neige est suivie par le dégel, luimême accompagné de nouvelles: gelées, on voit se former une croûte de glace très dure qui est souvent funeste aux troupeaux sur ces hauts” pt »

“ se rétrécit à rapidement dans ia direction du nord.

« La géologie de notre grand Nord-Ouest comme celle de nos vastes plaines .et de nos immenses ‘rivières, se déploie sur une large échelle, C’est un beau spectacle pour l'œil du géologue que ce merveilleux panorama qui se déroule devant. lui, esquissant les traits géologiques de la région qui s’étend des roches Laurentiennes de l'est aux hautes montagnes de l'ouest. Les premières représentent le triomphe de la roche sur les eaux univèr$elles des anciens jours, et les dernières appartiennent à une période qui est presque l'apogée des séries géologiques. Entre ces deux grandes limites naturelles, nous:voyons s'allonger devant nous les trois vastes steppes du Nord- Ouest, s’élevant successivement les unes au-dessus des autres et se distinguant chacune par leurs traits particuliers. » (Geology of the Red River, valley by

. J. Hoyes Pañnton.) |

Bien'que le sol dé ces prairies soit d'origine glaciale ou alluviale, elles ne .sont pas pourtant le produit exclusif de ces mouvements dela nature. De longues

* périodes de végétatioh ne décomposent pas seulement t.Ja surface d’unc terre, et ne se bornent pas à désagré- !

ger la superficie de la roche; elles produisent des

résidus organiques dont le mélange avec des débris

minéraux constituo la terre ‘végétale, On ne doit pas : non plus oublier le travail des êtres. vivants et des

animaux qui, en creusant leurs terriers, exposent

les terres qu’ils en retirent à l’action de la pluie

et des vents. En Europe, c’est l'office du lapin et de

la taupe. ‘Dans l'Amérique du Nord, c’est l'œuvre du

chien des prairies, du gophe. +

Le gophe est un petit animal de la famille des écureuils. Le chien de la prairie est un rongeur et non un carnivore. On le voit aussi le long du chemin de‘fer du Pacifique. Il creuse des trous qui sont fort gênants pour les chevaux qui parcourent les prairies. Aussi, à Bell-Farm, dans le Manitoba, on accorde une prime d’un demi-penny par queue d'animal.

Le: castor recule partout devant l’homme, mais il laisse des traces de son passage. Ses barrages ont intercepté les rivières et parfois les ont détournées de leur lit. Dans beaucoup dg vallées, des milliers d’acres ont été convertis en lacs qui, à leur tour, enfffhis par des végétations aquatiques, sont devenus suctessivement des marécages, puis des prairies. Les modifi-, -cations que les ouvrages des castors ont apportées à certaines: régions sont vraiment, extraordinaires.

Les sentiers tracés par le bison, l’élan ‘et le mouflon sont des routes solidement battues, sur lesquelles kB végétation cesse de Yérôître peñdant de longues années.

. M. Fream relate, d’après M. le professeur Munso, que le .ver de terre, le plus répandu de tous les animaux dans le sol, foit défaut dans la, Prairie, ou ÿ

est du moins très rare. Cette absence est peut-être plus apparente que réelle, car Darwin a remarqué que le ver de terre existe dans toutes les parties du monde. Faisons honneur à M. Fream de ces renseignements. © Sol. — Si la richesse du sol est refharquable dans

Deaucoup de prairies du Manitoba, c'est que les siècles y

t accumulé les excréments des animaux, les cendres #es incendies de, prairies, et les débris de plantes et d'animaux conservés dans une mâätière marneuse soutenue par une argile imperméable.Ce sol pourra donner de riches moissons ;' mais, dans les conditions présentés, d’après les analyses de terre faites par MM. Lawes, Gilbert, Munso et Fream, il nc peut être ‘comparé au

“point de vue de sa’ force productive au sol de .l’Angle-

terre, cultivé depuis des siècles.

Si cette grasse torre de prairie ne produit pas davantage, il faut l’attribuer en partie au climat, mais

-surtout à la rareté des bras et à l’imperfection de la

culture, qui laisse pousser trop abondamment les mau-

' vaises herbés. Il peut être avantageux de recôutir à une “culture mixte pour répondre aux besoins locaux;

| mais la brûlure des pailles, le manque et la perte des :

engrais ‘tendent à épuiser 1 sol, bien que tes procédés de culture soient pour le moment plus ou moins inévitables, 11 est bon de rappeler ici l'opinion des investigateurs de Rothamsted, MM. Lawes et Gilbert, qu'un sol fertile est celui sur lequél ont. été accumulés les résidus de longs siècles de végétation et que ce sol fertile devient infertile lorsque la force productive de ces résidus accumulés se trouve épuisée.

Herbages indigènes. — Le caractère essentiel de la Prairie (et sûn nom l'indique) sk, l'absence d'arbres.

Sa végétation se compose donc, pour la plus grande partie, de simples herbes, bien qu'on rencontre des arbustes dans les parties marécageuses ct que le cours des rivières soit souvent indiqué par des lignes

d'arbres peu élevés. La qualité nutritive des herbes de la Prairie est d'une importance capitale pour l’agriculture, et l'on en trouve la preuve dans ce fait que”

pendant des siècles la Prairie a nourri d'iinombrables troupeaux de buffles, dont les descendants sont aujourd’hui chaësés-per l'agriculture. M. Fream, qui a

fait de cet intéressa ft: ‘sujet une étude spéciale’ déclare ‘

qu'on n’y trouve päs une seule espèce de'trèfle indigène; en revanche, .on y compte vingt-six espèces de légumineuses. Quant'aux graminées, elles ne sont pas semblables à celles qui croissent en Angleterre. Ces herbages varient beaucoup d’un point à un autre. Leur qualité nutritive ne réside pas seulement dans leur abondant feuillage, mais aussi dans leurs graines. Climat. — La relation qui existe nécessairement entre le climat d’un pays et son agriculture justifie quelques observations sur le climat du Manitoba et des territoires du Nord- Ouest, d'autant plus qu'en Eurppe on s'en fait une très fausse idée. Le feu normal ‘des saisons comprend un hiver long et rigoureux, mais sec; un été chaud, avec des pluies abondantes ; un automne court, mais agréable, et un printempé ebore plus court; qui est généralement sec ét ensoleillé. L'ouverture du printemps, signélée par ‘la première apparition des fleurs, a lieu vers la miavril dans toute la prairie. La chaleur diurne croit Tapidement et atteint son maximugg à la mi-août. En . ce moment, survient un grand abaissement de la tem-

88 LA COLNISATION ET L'AGRICULTURE AU CANADA. là

pérature, qui se maintient fixe jusqu'à l'automne. Les derniers jours de cètte saison sont souvent magnifiques, et on les nomme l'été indièn. L'hiver arrive “avec les premières soirées de novembre. La navigation cesse sur la rivière Rouge, . t&ndis, la navigation de la rivière de la Paix, quoi us septentrionale, reste ouverte plus longtemÿs. Pour juger le degré de la’ température, il ne faut pas s’en rapporter uniquement au thermomètre. Quand il accuse dans le Manitoba 20 degrés au-dessous de ZÉTO;" cette température serait insupportable en Europe, puisqu'elle serait aggravée par une humidité spéciale ; mais dans le Manitoba et dans le Nord-Ouest, l'air est toujours > très sec; on y supporte aisément des froids qui parai-

traient intolérables en Europe. #.., | « Le climat de ce pays, a dit M. James Stewart, raje porteur du service. de météorologie, à Winnipeg, est le plus beau du monde, grâce à l'atmosphère sèche qui lentoure; les fluctuations de la température

sont sans inconvériient, ce qui n'a pas lieu dans les . pays où l'atmosphère est plus humide. Les chaudes

journées de l'été sont généralement suivies de fraiy ches soirées, de orte qu'on ressent rarement le

‘poids d’une’ chaleuN étouffante. Les jours de cha- , leur suivis de nuits fraiches favorisent extrêmement la production dei céréales. Par les mêmes motifs, l'hiver n'ést - pas |moins agréable. ‘ Les . pluies tombent' régulièrement ef mai ‘et juin, alors que la végétation en a le plus besoin, tandis que les mois qui suivent le solstice” sont généralement secs ; de * | sorte qu’ on esf rarement contrarié par le temps à l’époque des moissons. Les ‘mois de septembre, OC-

av - .

LA COLONISATION RTSL'AGRICULTURE. AU CANADA, ÉD tobro ct. novembrÉ io considérés comme là belle saisôn de l’année. C'est une saison Ssé8R -fraiche qui st, je crois, inconnue partout. ailleurs. » * Dans Ta Phairie, les lignes isothermales- ne suivént pas exactement les parallèles; et pour los territoires du Nord-Ouest, elles s'élèvent considérablement, au nord entre le 100° et le 120° méridien. ‘Cette partie du Canada jouit d’une température beaucoup plus élevée qu'aucune autre du globe sous la même latitude. Co climat tout particulier est dû aux vents {chauds qui viennent des déserts de l'Amérique icâle. En été, ils déposent leur humidité sur les prairies sous forme de pluie; en hiver, ils s’en débarrassdnt bien plus vite sur leur parcours et arrivent sec& sur les plateaux du Nord-Ouest.

Mauvaises terres. — Ces régions que nous venons : de qualifier de déserts américains ne sont pas désignées sous ce nom par les géographes américains. Cette région’ comprend aussi une portion des États de Nébraska, Colorado, Wyoming et Utah,.entre le 36° et le 41° parallèles nord. Ces espaces sont connus sous -le nom de bad lähds, à cause de leur climat aride et de leur maigre végétation. Ce sont des collines nues, de forme ronde ou conique, composées de sable d'argile et: de fragments de roche, avec des pentes très, escarpées qü cèdent à la pression du pied. On né pebt lès gravir qu'avec les plus grandes peines, ‘de sorte qué ce n’est pas ue petite affaire que de pénétrer et de traverser ces districts. Il re peut pas. y être question d'agriculture. Il ne pourrait en être aütrement que si les pluies devenaient plus abon-

dantes..C’est un des problèmes de l'avenir : ‘c'est là - | .

Éeque pm an due

Ë Fe AN TÉ

qu'on trouve le plus abondamment les trésors fossiles de l’époque tertiaire.

Avenir et exploitation dans la prairie. — Résumons ici|les réflexions qu’a inspirées à M. Fream l'étude attentive des exploitations rurales dans la Prairie.

Beaucoup de fermes du Manitoba et du Nord-Ouest doivent être considérées comme des établissements de -pioriniers, sans rotations et sans méthode; mais, grâce à l'Mmninistration de cette province, cette région, consacrée à la culture des céréales, fait de grands progrès. La cherté de la main-d'œuvre et la nécessité de faire, surtout en temps de moisson, beaucoup de ‘besogne en très peu de temps, a conduit les cultiva. teurs à se servir en grand des machines, qui sont fournies généralement par lès États-Unis.

Sans doute, le.plus grand danger qui menace actuellement les entreprises agricoles, est la pratique d’une culture négligée et sommaire, et l’on peut citer bien des exemples. Ce danger est entretenu tantôt par l'ignorance de l'émigrant, qui est très naturelle, ou par l’avidité des spéculateurs qui, ayant acheté des ‘terrains, sacrifient tout à un bénéfice immédiat. La facilité avec laquelle on met les prairies en culture est par elle seule un vrai danger. Sous ce rapport, le Manitoba ressemble si peu aux vieilles provinces du ‘Canada! Là, point de dur travail à la hache pour

“abattre les arbres et établir une clairière ! On n'attend ‘point des années que les souches disparaissent et que

la place puisse être ensemencée. Le pionnier du Far-

"West peut labourer, semer immédiatement, et obtenir

immédiätément une moisson d'avoine; mais le succès

LA Éstomusahion ir L'AGRICULTURE AU CANADA. 91

‘peut être suivi de déception. IL faut cspérer que les fer-

miers de la Prairie n'abuseront pas d’un sol vierge et fertile pour le cultiver négligemment et en tirer tout ce qu'il peut donner, sans s'inquiéter de ce qu’il donnera. Sans doute, la tentation est grande; mais on ne doit point oublier que la Rite du sol s’épuise rapidement, et que dans peu d'années, le possesseur . de terres très étendues, mais stérilisées par sa négligence, se trouverait dans. une situatiom pire que le possesseur d’une terre petite, mais bien cultivée,

Quoique le nom de Prairie évoque généralement l'idée de prairie et de pâturage, la culture de cette ré- ‘gion est dirigée jusqu'ici vers la production des céréales, ét les premiers résultats ont donné raison aux pionniers ; mais il Serait plus sûr, plus avantageux et plus prévoyant de créer des fermes mixtes, de façon que le sol du cultivateur ne dépende plus uniquement de la récolte du froment, et qu’il puisse produire tout ce qui est nécessaire à la vie, sauf l’épicerie ; avec un . peu d’expérience et d'argent, les producteurs de froment ne négligeront plus le bétail. Assurément, l'herbage naturel de la Prairie offre des ressources pour ainsi dire illimitées à la production du bœuf et du mouton. La culture exclusive des céréales est une faute qui commence à être reconnue et sera réparée.

Le sol excellent de la Rivière-Rouge n’occupe que ‘ la limite orientale de la Prairie, et bien que le sol ait la même richesse dans les vallées du Saskatchewan ‘et de la rivière de la Paix, le temps viendra où sur la surface delà rie se fera sentir la nécessité des engrais. L'élévage des troupeaux permettra -de faire. alors dès pailles un usage plus. judicieux,

On ne brülere plus les pailles : on en fera du fumier.

Parce que les exploitations de la Prairie sont pour la plupart entretenues d'une façon primitive, est-il indiérent que celui qui se propose d’en établir une, connaisse peu ou ne connaisse point les pratiques de l’agriculture moderne ? Il n’est pas douteux que la connaissance, une grande connaissance même de l’agriculture perfectionnée, serait très utile dans le Prairie. Si le culti-

- vateur commence son exploitation sans augune connais-

sance agricole, ou s’il ne possède que celles qu'il a acquises sur,la Prairie même, il sera bientôt dans des conditions défavorables, tandis que lé fermier qui a apporté avec lui de bonnes traditions, trouvera dans son propre esprit de continuelles combinaisons, basées gurson expérience pour modifierutilementses méthodes, Quoique le contraste marqué des saisons etl’inégale distribution des travaux annuels doivent certainement être cités comme un des points sur lesquels la Prairie diffère du vieux monde, néanmoins, le cultivateur de la Prairie doit tendre, lentement et sagement, à se” & rapprocher des meilleurs modèlés de la culture européenne.

ÏJ, — LE MANITOBA. ‘

Lors de sa visite au Manitoba'en 1877, lord Dufferin, gouverneur général, dans un discours prononcé à Winnipeg avait prédit l'avenir de cette nouvelle province. « Si l'on considère, ‘avait-il dit publiquement, si l’on considère sa position géographique, la province du Manitoba peut être regardée comme la clé de voûte de cette arche puissante composée des provinces du Ca-

‘hada,-et s'étendant de l’Atlantique au Pacifique. C'est ainsi que le Canada surgissant de ses forêts, découvrit, . pour la première fois, ces immenses prairies et ce Nord- Oùüest inexplorés; apprit, par une révélation inattendue, que ses territoires historiques, ses côtes maritimes du Nouveau-Brunswick, du Labrador et de la Nouvelle- Écosse, ses lacs et ses vallées du Saint-Laurent, ses champs de blé et.ses pâturages, à eux sgüls plus

étendus qu'une demi-douzäine de royaumes d” Europe,

n'étaient que les vestibules d'un vaste pays, dont on n'avait pas jusqu'alors pénétré les profondeurs, et dont les dimensions incommensurables.confondent tous les calculs, » |

La province du Manitoba n’est réellement que la

,.drontière du. Nord-Ouest, Elle s'étend du 96° au 99°

méridien occidental, et du 49° au 53° parallèle nord.

. Elle-était connue d’abord sous le nom d’établissement

‘ dela Rivière-Rouge. À la fin et à cause dë Ta rébellion dont la Rivière-Rouge fut le théâtre, tout l’en-

6 de ce vaste territoire fut élevé au rang de province et admis en 1870 dans le Dominion.

Quelques années avant la grande rébellion, le vicomte Milton, cité par le marquis de Lorne dans les

. Canadian Pictures, écrivait :

« Les cultivateurs de la Rivière-Rouge sont tous riches en troupeaux et en grains; ils en ont au delà de leurs besoiüs et vivent avec'un confort relatif. Le sol est si fertile, qu’on sème année sur année du froment dans la même terre, et il rend de 50 à 60 boisseaux par acre; sans qu’il soit besoin d’aucun-erigrais. Les pâturages sont dé la plus fine qualité et d’une étendue illimitée, Les innombrables troupeaux de buffles que nourrissait

cette région l'ont bien prouvé; mais cette contrée du * monde est privée de toute communication avec le reste de l'univers, si ce n’est pendant l'été avec le jeune État de Minnesota, et avec l'Angleterre par la Compagnie maritime qui porte des marchandises dans la baie d'Hudson une fois l’an. Supprimez le Minnesota par terre ct l'Angleterre par mer, et les cultivateurs ne trouvent pas de marché pour leurs produits, »

C'est qu’en effet il n’y fu jadis, dans et pour le Manitoba, ni route ni comMunicatiun d'aucune sorte. Les transports étaient assurés par les chars à bœufs de la Rivière-Rouge. Le char dela Rivière-Rouge qu'a décrit le marquis de Lorne est une machine très grossière, mais très ingénieusement fabriquée : car les roues sont äjustées sans un seul morceau de fer. Il craque horriblement, mais répond à ce qu’on attend de lui. Des caravanes de ces véhicules primitifs ont, pendant ces trente dernières années, porté les marchandises des Franco-Indiens de sang mêlé sur toutes les pistes de la Prairie, dans tous les coins de la Prairie, bien lentement, il est vrai. Pour donner un exemple des difficultés du transport, on mettait souvent quatre-vingt-dix jours pour se rendre à Edmonton.

Winnipeg est la capitale du Manitoba. Au temps de la rébellion, cette ville comptait 300 habitants. Onze ans plus tard, ce chiffre s'élevait à 9.000 :il dépassait 21.000 en 1882, et aujourd hui il atteint “plus de 30.000 habitants. us .,

- Cette ville, qui occupe le acément de Yencien fort Garry, est très ——. ! sitiée. au” Foonr

CES it

boia. Elle formait un des principaux établissements de la Compagnie de la baie d'Hudson; et, bien qu’actuellement son fort soit malheureusement détruit, le souvenir de son rôle militaire survivra dans l’histoire pour avoir été le théâtre de cette insurrection des Franco-Indiens de demi-sang, que suscita Louis Riel pendant les années 1869 et 1870. La situation de Winnipeg et du Manitoba était alors pour ainsi dire inaccessible. Il fallut trois moisf&u telonel Wolseley pour atteindre. inmracion Ends qu ‘aujourd’hui, en moins de vingt- quatre heutes, on se rend de Port- Arthur à Winnipeg par le réseau canadien du Pacifique. Les premières. communications par voies ferrées avec Winnipeg datent de 1879 et passaient à travers le territoire américain, par là voie de Chicago. Le réseau de Saint-Paul, Minneapolis et Manitoba donna une grande impulsion aux affaires entre les États-Unis et le Canada; mais ce fut seulement en 1883 que fut complétée la voie entre Port-Arthur et Winnipeg et qu'on put arriver dans le Manitoba sans quitter le territoire canadien.

.En effet, il y a quinze ans à peine, le Canada civilisé ne s’étendait. guêre au delà du bassin du Saint-Laurent. Pour se rendre de Montréal au Manitoba et au Nord- Ouest, il fallait. descendré vers les grands lacs et remonter en canot d’écorce de boüleau sur les rivières et petits lacs jusqu’au lac Winnipeg qui occupe le cen-

tre du Manitoba, ou bien il fallait prendre la, Re ‘

rée américaine de Détroit-Chicago - Saint-Paul \Pour

gagner, les bords de la Rivière-Rouge et atteires ÿ !

le fort : Garry, ‘aujourd’hui ‘Winnipeg, Du fort Garry:

aux. : Montagnes Rocheuses, on passait trois mois à tra-\ ”

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