VII. — Décoloration du sérum coaguis
Lorsque du sérum a été coagulé par la chaleur, on pourrait penser, à priori, que sà teinte ne doit plus varier, puisqu’elle a déjà varié dans de très grandes proportions depuis son état normal liquide jusqu'à son état de coagulum. Nous savons, en effet, qu'un sérum normal de belle teinte jaune pâlit si l’élévation de la température à laquelle il est porté est suffisrnte, et qu'il perd presque entièrement sa couleur. Je dis presque entièrement, car il garde encore une teinté jaune très faible, mais néanmoins sensible.
51 l’on porte rapidement du sérum en ampoules à 8o°, en deux à trois minutes, le sérum se coagule en prenant une teinte blanche très légèrement jaunâtre; si on broie le coagulum avec de l'eau pour opérer la recherche de la bilirubine, on ne peut plus en mettre en évidence. Si on laisse ce sérum coagulé à la lumière, il blanchit de plus en plus, et la teinte jaunâtre disparait. C’est ce que montre bien l'expérience suivante :
Le 26 janvier, je fais coaguler à 8o° douze ampoules de sérum d'un beau jaune, qui donne, avant coagulation, la réaction de la bilirubine. Le sérum coagulé est jaune très clair, et la recherche de la bilirubine est négative. Dix de ces ampoules sont laissées à la lumière, et deux d’entre elles sont enveloppées de papier noir.
En examinant journellement les coagula exposés à la lumière, on voit qu'ils blanchissent de plus en plus. Le 20 février, toutes les ampoules de sérum coagulé sont devenues blanches, et les deux ampoules-témoins, enveloppées de papier noir, sont restées avec leur teinte jaunâtre du début de l'expérience. |
Le fait que le sérum liquide contenait de la bilirubine est facile à mettre en évidence, l’autre fait que, dans le sérum coagulé, on ne la retrouve plus avec le même procédé, et enfin la constatation que le sérum blanchit permettent de croire que, sitôt après coagulation, il existait encore des traces indécelables de bilirubine qui lui donnaient une teinte jaunâtre. Cette bilirubine est difficile à mettre en évidence, par suite, sans doute, d'une-nouvelle combinaison albumineuse dans laquelle elle serait entrée. Pour que cette bilirubine disparaisse par l'exposition à la lumière, il est nécessaire qu’elle existe à l’origine. Il n’est pas supposable qu’un séjour de deux à trois minutes au bainmarie à 80° ait eu le temps de la décomposer ; il est plus logique d'admettre, étant donné ce que nous savons de son affinité pour l’albumine à froid, de penser qu’elle est retenue dans une nouvelle combinaison dont l'étude serait à faire.
Pour montrer l'influence de la lumière sur le sérum coagulé, on peut faire l'expérience suivante, assez amusante : on prend une ampoule de sérum coagulé, et, sitôt après la coagulation, on. entoure l’ampoule de papier noir, collé sur le verre, en ménageant une ouverture qu’on expose à la lumière. On voit le sérum blanchir de plus en plus, et, si on gratte le papier du côté" opposé de l’ampoule, on voit que le sérum est encore jaunâtre ; la lumière ne traverse pas la masse du sérum coagulé. On pourrait faire une expérience intéressante pour savoir quelle épaisseur de sérum coaguié se laisse traverser pendant un temps
donné.
IX. — Action de l’acide. trichloracétique sur le sérum AS séance de la Société de Pathologie Comparée du
12 juin 1922, MM. Medynski et Oliviero ont annoncé que, lorsqu’on ajoute de. l'acide trichloracétique à du sérum de cheval,
il se forme «un précipité blanc au début de la filtration, pour virer au bleu turquoise par la suite ». Selon ces auteurs, cette coloration ne se produit avec aucun autre sérum et elle s’atténue avec le temps, de telle façon qu'il est possible de se rendre compte si un sérum est vieux ou frais.
Examinons les propositions énoncées.
1° L’acide trichiloracétique donne un précipité coloré | avec le sérum
Ce phénomène de coloration est connu depuis: longtemps, bien avant que MM. Medynski et Oliviero s’en soient aperçus. Voici textuellement ce que dit Fouchet à ce sujet en 1917.
« Nous appliquons pour la défécation du sérum la méthode de Moog, qui consiste, comme on le sait, à précipiter l’albumine du sérum par une solution d’acide trichloracétique à 20 p. 100. Quand le précipité d’albumine est obtenu, en partant d’un sérum bien privé d’hémoglobine, il est souvent teinté en jaune, et cette coloration devient nettement verte au bout de quelques heures d'exposition à l’air. Il nous était permis de supposer que cette coloration .était due à des pigments biliaires, ce qu'il nous a été facile de vérifier un grand nombre de fois en utilisant les réactions classiques de Gilbert ou de Grimbert. »
En remontant plus haut, nous lisons dans la thèse de Piettre de 1910 : « L’acide trichloracétique fondu au bain-marie dissout en vert la bilirubine.
La question est donc très nette; cette réaction soi-disant nouvelle était connue depuis longtemps.
MM. Medynski et Oliviero cherchent une explication à ce phénomène en disant qu’ils ont pensé au glycogène ou à des produits de sécrétion’ hépatique. On ne voit pas ce que vient faire le glycogène en cette affaire, mais, par contre, nous savons depuis longtemps que la réaction est.une réaction des pigments biliaires. En fait, cette réaction est considérée par les chimistes comme une réaction de la bilirubine.
l'y a plus : ces auteurs considèrent la réaction comme constante avec le sérum de cheval. Cela n’est pas exact; Fouchet, dans le travail dont j'ai parlé plus haut, avait vu que, avec certains sérums incolores, la réaction n'existe pas. J'ai pu véri-