CONNAISSANCES ACTUELLES DE LA QUESTION
Coloration du sérum normal de cheval
Un sérum normal, récolté aseptiquement, est d’une teinte: jaune plus ou moins accusée, vu sous une épaisseur d’environ 15 à 20 millimètres, c'est-à-dire la largeur habituelle d'un tube à essai ou d'une ampoule.
Cette teinte varie d'intensité suivant les sujets saignés ; il y a là des questions individuelles qu'il est impossible de prévoir et nous n'avons aucune donnée précise quant à leur déterminisme. Ces différences individuelles sont connues chez l'homme; c’est ainsi que, chez les Orientaux, la teinte du sérum est en général plus foncée que chez les Occidentaux; il paraît y avoir, aussi une relation entre la coloration du sérum et celle de la peau. Chez le cheval, il n’a jamais été fait de remarques de cet ordre; il serait possible, cependant, que des observations suivies dénotent quelque différence entre les sérums d'animaux très foncés de robe et des chevaux gris; cette question serait alors liée sans doute à celle de la production des mélanines, sous l'influence de la tyrosinase.
Parfois, le sérum est d’une teinte jaune très pâle. Cette hypocoloration a été signalée par Hayem dans les anémies et la chlorose: on l’observe aussi dans les maladies consomptives et cachectisarites, dans la tuberculose en particulier.
Le sérum devient parfois laiteux. Dans d’autres cas, il est verdâtre ou d’un jaune verdâtre plus ou moins foncé.
Lorsque des fautes de technique ont été commises dans la récolte du sérum, étant donné que, dans la pratique, le sérum.
est décanté dans les quatre jours qui suivent la saignée, il prend une teinte plus ou moins rouge par suite de la dissolution de l’hémoglobine. Cette dissolution peut être un phénomène d’hémolyse tenant à la contamination du sang par des bactéries ou un phénomène physique dû à d’autres causes parmi lesquelles nous citerons l'agitation pendant la coagulation, la présence d’eau dans les conserves, le retard apporté à la décantation du sérum, etc Le sérum peut être aussi de teinte rouge lorsqu'il a été décanté maladroitement ; et qu’une quantité notable de globules du sang y restent en suspension.
L'addition au sérum de certains produits destinés à assurer sa conservation, peut modifier sa teinte, en général, dans ces cas, il devient fluorescent.
Le vieillissement du sérum atténue la belle teinte jaune qu'il possède lorsqu'il est fraichement récolté. Au bout de plusieurs mois, il pâlit ; il n’est pas rare de voir certains sérums très vieux n'avoir plus qu'une teinte jaune très pâle, parfois même légèrernent rosée.
Le chauffage change la coloration. Lorsqu'on reste à des températures de chauffage ne dépassant pas 56°, l'atténuation de la teinte, tout en étant sensible, n’est pas encore très marquée. Au fur et à mesure qu'on s'approche de la température de coagulation, le sérum devient de plus en plus opalescent, jusqu'à
l’opacité complète. Il y a dans ces cas des différences individuelles très marquées.
Je ne ferai que citer les-modifications de couleur du sérum dues à des altérations. Pendant sa récolte, le sérum peut être contaminé par des bactéries ou plus fréquemment, par des moisissures. Certaines de ces moisissures poussent en touffes, et ne changent en rien la couleur du sérum; d’autres la modifient profondément et le rendent gris brun ou noirâtre, Il en est de même de certaines bactéries qui, si elles sont chromogènes, changent en très peu de temps la couleur du sérum. Par exemple, la contamination par le bacille pyocyanique, le rend brun-
noirâtre et, si on agite le tube, le sérum devient immédiatement bleu-verdatre.
Quelle est la cause de la coloration du sérum?
Pendant longtemps, on a désigné la matière colorante du sérum sous le nom de « lipochrome », « sérochrome » ou « luléine », sans connaître les relations que cette matière pouvait avoir avec les matières colorantes du jaune d'œuf, des graines ou les pigments biliaires. On désignait sous le nom d'hyper ou d'hyposérochromie, les variations de quantité de cette matière.
Daremberg prétendait qu'en centrifugeant le sang pendant une heure on obtenait un sérum aussi limpide que de l’eau, à condition que le sang soit turbiné rapidement après la signée. Lorsqu'on centrifuge du sang défibriné, disait-il, on ne peut obtenir du sérum sans globules rouges. Il concluait que les sérums de cheval, de bœuf, de chien et de lapin, ne doivent leur coloration qu’à des globules sanguins flottant dans le liquide et qu'il n'y a pas de matière colorante dissoute. Gilbert et Herscher s'inscrivent en faux contre cette opinion, disant qu'ils ont centrifugé de nombreux sérums pendant un temps considérable, et que ces sérums n’ont jamais perdu leur teinte.
Dor, opérant sur de la sérosité ascitique, tire la conclusion que le sérochrome est avide d'oxygène, que sous son influence, il se décolore, et que sous l'influence de la lumière, il s'oxyde. Nous verrons que ces conclusions sont parfaitement exactes pour le sérum.
SA
Nous savons, aujourd’hui, que la coloration du sérum est due à la présence de faibles quantités de bilirubine.
Hammarsten considère les pigments biliaires comme une partie constituante dusérum de cheval d’où il a ‘pu isoler la bilirubine en cristaux, 17 fois sur 20.
Les travaux de Gilbert, Herscher et Posternak montrent que, dans la réaction de Hayem, la formation d’un anneau bleu est due à la présence de bilirubine et ils n'ont pu l’obtenir avec l'hémoglobine, l’albumine, l’indican et les lipochromes. Dans les cas où l’on obtient cet anneau bleu, on peut faire ressortir dans le coagulum la série des anneaux caractéristiques de la réaction
crc
de Gmelin il suffit de pratiquer la réaction dans un grand verre sur du sérum dilué de 1 à 2 volumes d’eau, pour favoriser la diffusion de l'acide. L'intensité de la réaction de Gmelin est proportionnelle à la teinte des sérums, exception faite pour les sérums lactescents et les sérums hémoglobiniques.
Ces mêmes auteurs ont pu concentrer la matière colorante de la façon suivante : on traite 2 volumes de sérum par un mélange de 1 volume de chloroforme et 2 volumes d’alcool:à 05°; l’albumine est précipitée par l'alcool et la matière colorante se dissout dans le chloroforme. On filtre, on lave à plusieurs reprises avec un mélange alcool-éther, on ajoute lentement et en agitant, de l’eau au liquide filtré. Le chloroforme se sépare plus ou moins jaune, mais ayant concentré la matière colorante. S'il est trouble, il se clarifñie en 6 à 12 heures; s'il y a des graisses on ajoute quelques gouttes d’alcool et Îe liquide devient limpide.
Un auteur italien, Zoja, avait prétendu que la matière colorante du sérum était de la lutéine. Cette lutéine existe dans le sérum des Oiseaux; mais Gilbert et Herscher ont démontré que cette substance, mal définie, n'intervient pas dans la coloration du sérum. Ils ont repris l'étude des réactions de Zoja et ont constaté que, en réalité, ses réactions témoignent de la présence de la bilirubine.
Il ne parait pas douteux que la matière colorante du sérum de cheval soit la bilirubine. |
La quantité de cette substance, contenue dans le sérum, est assez faible. On a constaté la présence, chez les animaux, des auantités suivantes :
Cheval.. 1 gramme de bilirubine pour, 7.950 c.c. de sérum Piséon.ns — — 11.450 — — Bœuf... 1 13,000 —— * — HOT — —- 18.000 — — Pouler — — 20.000 — — Canard... — — 24.000 — —
A. Ranc, sur les conseils de Dastre, reprit la question de la coloration du sérum de cheval. Ii recueille le sang dans un vase contenant 2 grammes d’oxalate de soude et 50 c.c. d’une solution physiologique de chlorure de sodium à 7,50 pour 1.000, le tout
ue or
pour 1.000 c.c. de sang. On laisse reposer, on décante et on centrifuge; on obtient alors un liquide jaune ambré. Ranc a pu ‘obtenir ainsi, pat précipitation par l'alcool et dissolution dans le chlorofurine, un précipité de bilirubine. Cette bilirubine est analogue à celle qui est préparée à partir des calculs biliaires: elle a le même aspect, ses solutions chloroformiques sont les mêmes et elle donne les mêmes réactions avec les carbonates alcalins, l’acide nitrique fumant, la solution d’iode ét l’atide diazosulfanique. Cet auteur a recherché si, dans le sérum, existaient d’autres substances pouvant le colcrer. Il démontra que, seule, la bilirubine était en cause, par un certain nombre d'expériences :
a) Au sérum obtenu, il ajoute 2 fois son volume d’alcoo! à 95° puis du chlorure de calcium en solution à 10 pour 100. Il se forme un précipité jaune de bilirubinate de calcium mélangé aux sels de calcium des autres pigments biliaires. La liqueur surnageante est incolore, et la formation d’un composé calcique inso- Tuble est un caractère des matières colorantes biliaires, ce qui les différencie des lutéines. :
b) Le mélange chloroforme alcool, d'où s’est précipitée la bilirubine est encore coloré en jaune vert. Si on l’étend d’eau distillée et qu’on agite avec du chloroforme, celui-ci prend la coloration, et 1l la cède à une solution étendue de carbonate de soude. ‘Cette réaction est propre aux pigments biliaires.
c) Le mélange chloroforme alcool, jaune vert, contient des produits d’oxydation de la bilirubine. Si on réduit par un courant d'hydrogène sulfuré, on ramène le liquide à la teinte jaune d’or de la solution de la bilirubine. Ce processus d'oxydation et de réduction est caractéristique de la bilirubine ;
d) Le précipité des matières albuminoïdes du sérum entraîne mécaniquement un ie de la matière colorante. Si on le sèche sur le vide, et qu’on le lave avec de l’alcool, jusqu’à ce que le liquide ne soit plus coloré, on obtient les albuminoïdes entièrement blancs.
Il y a donc bien, dans à sérum, de la bilirubine, à l'exclusion d'autres matières colorantes. PRES MARS
Les variations de la quantité de os da sérum ne sont pas connues chez le cheval. Chez l'homme, l’hypocholémie est en relation avec les anémies accusées, le cancer et la tuberculose;
lhypercholémie est fréquente dans la néphrite interstitielle, la cirrhose hypertrophique, les ictères, l’obstruction du cholédoque.
Il y aurait matière à une étude suivie des variations de la bilirubine du sérum dans certaines affections du cheval.
Les pigments biliairés dans le sérum