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Étude sur la composition de la Chanson de Roland

Xl: y à un demi-siècle qu'il s'est formé en France une école de savants, initiés aux secrets du moyen-âge, qui nous ont restitué, par la publication des textes, les oeuvres des poëtes français depuis le onzième siècle jusqu’ aux premières années du quinzième ).

Grâce à leurs travaux et à ceux de quelques savants allemands qui ne manquèrent pas de s'attacher à elle, nous connaissons aujourd'hui une grande partie des productions, dues aux trouvères de la langue d’oil.

Les chansons de geste, que l'on désigne aussi sous le nom de poëmes ou romans chevaleresques, tiennent le premier rang dans l’histoire littéraire du moyen âge. Ces poëmes se divisent en quatre cycles, ceux de Charlemagne, des Croisades, de la Table-Ronde et de l'Antiquité. Les romans de la première série comprennent non seulement la vie de Charlemagne, mais encore celle de ses prédécesseurs" ?).

1) Revue des deux mondes. 1873.

?) Ideler, Geschichte der altfrans. Nationalliteratur, Berlin 1849, p. 66.

L'épopée la plus fameuse du cycle carlovingien c’est la chanson de Roland.

La première rédaction qui nous en est restée a été écrite au douzième siècle *) et se trouve à la bibliothèque bodléienne à Oxford. Un autre manuscrit de l’ancien texte, datant du quatorzième siècle, est à Venise; il à été édité par C. Hoffmann, mais il n’est pas mis dans le commerce.

Des refontes et des remaniements plus récents nous ont été conservés dans la bibliothèque du comte Garnier, au codex de Colbert à Paris, à Lyon, à Versailles et à Cambridge #).

Le texte d'Oxford, sans aucune doute le meilleur de tous, fut édité pour la première fois par F. Michel ,,La Chanson de Roland ou de Roncevaux, Paris 1837‘: cette édition fut suivie de celle de F, Génin ,,La chanson de Roland, poëme de Theroulde, Paris 1850‘; cependant les deux éditions sont imparfaites et sans critique. Plus tard parut l'édition de Th. Müller (Gôttingen 1851, rééditée en 1863) et celle de Léon Gautier, professeur à l’école des Chartres, dont l'édition a été réimprimée récemment (1872).

L'édition qui est prise pour base de la dissertation suivante est celle de mon maître honoré, monsieur le Professeur Dr. Edouard Boehmer ,,Rencesval, édition critique du texte d'Oxford‘: elle a paru à Halle en 1872. Avant d'entrer dans notre thème lui-même, dans l'examen de la composition de la chanson de Roland, nous donnerons le contenu du poëme,

Charlemagne a conquis toute l'Espagne; Saragosse seule résiste. Marsille, roi des Sarrasins, qui la défend, demande conseil à ses barons sur la politique à suivre envers l'empereur des Francs. Il se résout à envoyer à Charlemagne des ambas-

*) Hertz, Eïinleitung zum Rolandslied p. VIL, Stuttgart 1871. #) Hertz, ibid,

sadeurs de paix, à rendre la ville et à recevoir le baptême. Blancandrin avec neuf collègues est envoyé à l’empereur. On les reçoit en grande pompe et le lendemain le Sarrasin fait ses propositions. Roland repousse l'offre du païen, car Marsille s’est toujours montré perfide. Alors tout le monde se tait, Enfin Ganelon se lève et se déclare pour la proposition de Blancandrin. Elle est agréée. Ganelon:lui-même est proposé alors par Roland, pour porter ce message dangereux à Marsille, et Charlemagne y consent. Mais Ganelon craint la mort, il est furieux contre Roland et jure de se venger. Il part; arrivé à Saragosse, il s'engage envers Marsille à faire tomber dans une embuscade Roland et l’arrière-garde, au moment de la retraite.

Ganelon, à son retour, annonce à Charlemagne que le Sarrasin consent à accepter toutes ses conditions. Aussitôt le vieil empereur se met en route vers la ,douce“ France. Déjà Charlemagne a repassé les montagnes, lorsque Roland avec l’arrière-garde est attaqué à l’improviste dans la vallée de RonceVaux,

Le combat est terrible; malgré la plus grande bravoure, les chrétiens vont succomber, accablés par les forces supérieures des Sarrasins. Roland fait résonner son cor, le fameux olifant; mais c’est en vain que Charlemagne et toute son armée retournent précipitamment, pour secourir les braves guerriers; les douze pairs sont tombés. Olivier, frappé par derrière, expire sous les coups de Marsille. Turpin de Reims est blessé et son cheval est tué, Pour la dernière fois Roland et l’archevêque mettent en fuite les païens, mais à bout de forces et assaillis de toutes parts, ils meurent en héros. Leur vengeur ne tarde pas à arriver. Charlemagne, en proie à la plus profonde douleur, attaque les infidèles et la victoire reste aux chrétiens. Après avoir pris Saragosse, il retourne en France. Les corps d'Olivier

et de Roland sont rapportés dans leur patrie.

Alors l’empereur tient une cour plénière, pour que Roland et les autres chevaliers soient vengés, et Ganelon, le traître, est condamné à mort ).

Telle est la substance de notre épopée, dont nous allons maintenant examiner la composition.

Le poëme se divise en deux grandes parties: ,la mort de Roland“ (jusqu à la tirade 176) et ,;la vengeance‘ qui s’ ensuit (comprenant le reste des tirades). Il renferme plus de quatre mille vers de dix syllabes, qui se suivent par tirades ou ,, laisses‘ sur une seule assonance. En voici un exemple:

Charles li reis nostre emperere magnes, set ans tuts pleins at estet en Espaigne; tresqu’ en la mer cunquist la terre altaigne, n'i at chastel qui devant lui remaignet, murs ne citets n'i est remes a fraindre, fors Saragusse qui est en la muntaigne.

Li reis Marsilies la tient, qui Deu nen aimet, Mahumet sert e Apolin reclaimet; ne $ poet guarder que mals ne li ataignet.

Tir 1.

Nous avons remarqué, en citant cet exemple, un autre trait caractéristique dans la conformation des vers. ,,Chaque vers, en effet, est coupé en deux hémistiches. L’hémistiche est toujours très-marqué et à cause de ce repos obligatoire, jouit du privilége d’une véritable fin de vers, c’est-à-dire qu’un e

*) Voyez, Démogeot, Histoire de la littérature française, Paris 1871 ; Gautier, Les épopées françaises. 1865; Monin, Dissertation sur le roman de Roncevaux. 1832; W. Grimm, Einleitung zum Ruolandes liet, Goettingen, 1838;

Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, 1865 etc.

muet surabondant y est admis sans troubler la mesure, non plus

qu’ à l extrémité d’un vers féminin, où l’on passe treize syllabes pour douze‘ 6).

Les tirades elles-mêmes sont d’une longueur tout-à-fait inégale. Nous en avons quelques-unes de cinq vers et plus, d'autres même de trente.

La tirade suivante n’en à que cinq.

Li reis apelet Malduit sun tresorier:

L'aveirs Charlun est-il apareilliebs ?* E cil respunt: ,,Oil, sire, asez bien:

set cents chameil d’or e argent chargiet e vint ostage des plus gentils suz ciel.

Tir, 51.

Cependant la tirade 184 par exemple en a trente,

Le nombre des vers dans les tirades ne dépasse jamais cette dernière limite. La construction des tirades est d’une habileté et d'un artifice remarquables. Quatre traits différents caractérisent surtout un grand nombre d’entre elles; nous allons les envisager successivement.

Les vers initiaux de beaucoup de tirades peignent en peu de mots la situation suivante, ou en donnent plutôt, par anticipation, un court exposé.

Nous nous bornerons à quelques exemples, quoiqu'il soit facile d’en relever un grand nombre. La tirade 3 nous caractérise parfaitement dans les trois vers initiaux le Sarrasin Blancandrin :

,Blancandrins fut des plus saives paiens, de vasselage fut asez chevaliers, prusdumes out pur sun seignur aiïdier.‘

5) Génin. La chanson de Roland.

Pour une étude plus exacte de la versification de la Chanson de Roland, voyez Gautier dans l'introduction à ce poëme p. 47—52. La chanson de Roland, Paris 1872,

Après ce court exposé, le poëte complète, pour ainsi dire, le tableau, dont nous ne connaissons que le cadre. Le païen lui-même donne au roi Marsille un conseil qui, finement conçu, fait entrevoir les qualités que le poëte a résumées plus haut.

E dist à l'rei: ,,0r ne vus esmaiez!

Mandez Charlun, a l’ orguillus e l° fier,

fedeils services e mult grands amistiets;* etc. Tix.v3:

De même, nous rencontrons un exposé analogue au commencement de la tirade 87 *). Le poëte caractérise ainsi Roland et Olivier:

Rolands est pruds e Oliviers est sages, ambedui unt merveillus vasselage ; puisque il sunt as chevals e as armes, ja pur morir n'eschiverunt bataille,

Bon sunt li cunte, e lur paroles haltes.*

Après ces mots, qui nous ont dépeint les deux héros d’une manière distincte, suit en quelque sorte la preuve pour l’assertion. Le poëte met en action la description qu'il vient de donner de Roland et d'Olivier. Un combat sanglant s’est engagé entre les Francs et les Sarrasins. Les premiers vont suecomber, accablés par les forces supérieures des ennemis. Olivier, prévoyant l'issue de la bataille, propose à Roland, par prudence et après une mâûre réflexion, de sonner de son olifant, pour appeler Charlemagne à leur secours. Mais cela offense l’orgueil de Roland et il s’y refuse avec indignation. Il n’a jamais manqué de courage et méprise la sage exhortation de son ami: I] se bat bravement; cependant il se perd ainsi que ses compagnons. Encore un exemple:

?) I faut diviser la tirade 86 en deux parties. Le vers 1092 forme

la fin d’une tirade. Voyez aussi Hertz, Rolandslied p. 44.

L'empereur est retourné en Espagne. Il fond avec ses chevaliers sur les Sarrasins, pour venger la mort de son neveu Roland. On en vient aux mains. C'est l'amiral‘ des ennemis qui l'attaque. Le poëte dit ensuite aux vers initiaux de la tirade 258:

»Mult est vassals Charles de France dulce, li amirals il ne l’ crient ne ne dutet.‘ Cet exposé nous permet de nous faire une idée du combat entre ces deux héros. Tous deux sont d’une bravoure extraordinaire, Ceste bataille nen iert mais desturnee, seins hume mort ne poet estre achevee.*

Nous allons maintenant faire mention d’une autre particularité, non moins remarquable, que nous trouvons dans la formation des tirades. Nous avons vu plus haut que les vers initiaux de beaucoup de tirades nous présentent un court exposé de la situation suivante, une anticipation, qui d’une part facilitait la clarté de l’ensemble, et d'autre part permettait au jongleur de chanter la chanson par morceaux détachés.

Car par cette anticipation le poëte lui-même indiquait les fragments destinés à être chantés et il en formait en quelque sorte une introduction générale à ces fragments.

C'est donc encore un autre point de vue sous lequel nous avons à envisager les tirades.

Un grand nombre de tirades répètent ou résument dans leurs vers initiaux en peu de mots les idées des tirades précédentes. C’est un fait curieux; et nous trouverons plus tard un exemple analogue dans les répétitions de tirades entières, Le poëte veut par ce moyen, pour ainsi dire, nous rappeler le passé. Aujourd’hui, que nous sommes accoutumés à lire les épopées, ce procédé serait moins habile et moins convenable; mais nous ne devons pas perdre de vue le but du poëte d'autrefois,

qui ne destinait pas son ouvrage à être lu, mais à être chanté. "+

Voici quelques exemples.

La tirade 9 dit à la fin:

Li emperere tent ses mains envers Deu, baisset sun chief, cumencet à penser.‘

La tirade suivante reprend la même situation à son commencement, avant que le poëte contintie la narration.

Li emperere en tint sun chief enclin, de sa parole ne fut mie hastifs, sa custume est qu'il parolt à leisir.*

C'est ici que nous trouvons en même temps une répétition de la situation précédente, et un court exposé ainsi que nous l'avons montré plus haut. Quelques tirades plus loin nous rencontrons pour la troisième fois cette même pensée:

[1 emperere en tint sun chief embrunc,‘ etc.

MT

En voici un autre exemple. Le combat entre les Francs et les Sarrasins à commencé. De part et d’autre beaucoup de morts couvrent le champ de bataille Olivier aussi est blessé à mort par derrière [1 appelle son compagnon Roland à son secours. Celui-ci accourt et:

Rolands reguardet Olivier à l visage;

teints fut e pers, descolurets e pales,

Hi sangs buts clers par mi le corx li raiet.

encuntre terre en chieent les esclaces.

»Deus!* dist li cuens, ,,or ne sai-jo que face. Sire cumpaign, mar fut vostre barnages!

Jamais n'iert hum qui tun cors cuntrevaillet. E! France dulce, cum hui remaindras guaste de bons vassals, e cunfundue e chaite!

> ep

Li emperere en avrat grand damage.

À icest mot sur sun cheval se pasmet.‘ Tir. 147.

La tirade 148 commence par reprendre la fin de Ja tirade 147: As vus Rolands sur sun cheval pasmet‘!, puis la narration continue, Il en est de même de l'exemple suivant. Les Francs, pressés violemment, perdent de plus en plus de leurs chevaliers: AS premiers colps i unt ocis Gualtier, Turpin de Reims tut sun escut perciet, quasset sun helme, si l’ unt nafret el’ chief, e sun halsberc rumput e desmailiet, par mi le cors nafret de quatre espiets; dedesuz lui ocient sun destrier.

Or est grand doel, quand l’arcevesques chiet‘t. La tirade 154 revient sur la description précédente : Turpins de Reïms quand se sent abatut, de quatre espiets par mi le cors ferut, isnelement li ber resaillit sus.‘

Avant d'envisager notre chanson, ou plutôt la formation artificielle des tirades, sous un autre point de vue, nous ne pourrons nous empêcher de citer encore deux exemples de la même espèce,

La victoire penche de nouveau du côté des chrétiens. Les Sarrasins sont mis en fuite.

Li cuens Rolands est de tant grand fiertet ja n’iert vencuts pur nul hume charnel; lançums à lui, puis si l’ laissums ester!

E il si firent dards e vigres asez,

espiets e lances e museras penets;

l’escut Roland unt frait e estroet,

e sun halsbere rumput e desmailet

mais enz el’ cors ne l’-unt mie adeiset:

Veillantif unt en trente lius nafret,

desuz le cunte si li unt mort laisset, Paien s’en fuient, puis si l’ laissent ester; li cuens Rolands i est a pied remes.

| Tir. 159.

La tirade 160 reprend dans son commencement la description des derniers vers de la tirade 159.

»Paien s’en fuient coruçus e iriet, envers Espaigne tendent de l’ espleitier.

Li cuens Rolands ne l’s at dunc enchalciets, perdut i at Veillantif sun destrier, voeillet o nun, remes i est a pied.‘

Citons l'exemple dernier. Tout braves que soient les Francs, ils ne peuvent résister aux attaques des païens, qui se sont reformés et assaillent avec des forces toutes fraîches les chrétiens épuisés. Tous sont accablés par le nombre. Charlemagne retourne, sa douleur est inexprimable,

Morts est Rolands, Deus en at l’anme es ciels. Li emperere en Rencesvals parvient.

Il nen i at ne veie ne sentier,

ne voide terre ne alne ne plein pied, que il n’i ait o Franceis o paien.

Charles escriet: ,,U estes vus, bels nies?

E l’arcevesques e li cuens Oliviers ?

U est Gerins e sis cumpaign Geriers?

Ü est dux Otes e li cuüens Berengiers, Ives, Ivorie, que j' aveie tant chiers?

Qu’ est devenuts li Guascuins Engeliers, Samsuns li dux e Anseis li fiers?

U est Gerards de Russillun li viels?

ss

Li duze per que j' aveie laissiets ?*

De ço eui chalt! car nuls respuns n’en iert.

Deus, dist li reis, ,,tant me pois esmaier que jo ne fui a l” estur cumencier!*

Tiret sa barbe cum hum qui est iriets.

Piurent des oels si barun chevalier,

encuntre terre se pasment vint milier,

Naimes li dux en at mult grand pitiet.

Tir. 176.

La tirade 177 peint de nouveau cette belle et magnifique scène dans ses vers initiaux, pour agir plus profondément sur le lecteur, et pour mettre pleinement en relief le désespoir de l'empereur et de ses chevaliers.

11 nen i at chevalier ne barun que de pitiet mult durement ne plurt:

plurent lur fils, lur freres, lur nevuds e lur amis e lur liges seignurs; encuntre terre se pasment li plusur.,, Tir. 177.

Nous croyons avoir suffisamment fait ressortir aux yeux de nos lecteurs la construction particulière des tirades. Nous avons eu déjà plus haut l’occasion de remarquer dans quelle intention le poëte agit ainsi. ,,Une composition de l'étendue de notre chanson ne se récitait pas de suite d’un bout à l’autre, Aussi le poëte a-t-il pris soin lui-même de préparer les extraits, et de là vient que ça et là nous trouvons, tantôt résumé en quelques vers ce que nous avons lu plus haut longuement développé, tantôt indiqué, par anticipation, une situation ou un dénouement qui suit.‘

Il nous serait facile de multiplier les exemples de cette

construction ingénieuse des tirades *) si nous ne craignions pas

5) Voyez les tirades: 9, 154, 156, 181, 192, 198, 205, 228, 262, 268,

de dépasser les limites de notre traité; les exemples cités pourront d’ailleurs en donner une idée suffisante.

Nous allons maintenant tourner nos regards vers un autre trait caractéristique des tirades.

Il y à à la fin d'un grand nombre de tirades une exclamation, émise non par le poëte, mais par les Francs, les Sarrasins ou une seule personne. :

Ordinairement cette exclamation exprime une émotion violente ou un applaudissement. Elle ressemble tout-à-fait à un refrain.

En voici quelques exemples.

Marsille a congédié son conseil et ordonne à dix de ses barons de porter à Charlemagne la résolution qui vient d’être prise.

Branches d'olive en voz mains porterez, ço senefiet pais e humilitet.

Par voz saveirs se m' poez acorder, jo vus durrai or e argent asez, terres e fieuds tant cum vus en voldrez.‘ Tous les païens répondent ensuite à la fin de la tirade: Dient paien: ,,De ço avums asez.t Tir. 5.

De même dans la tirade 59; à la fin Guenes respunt: ,,Veir dites, jo l’sai bien.

Dans ces deux exemples, la remarque finale de la tirade ne comprend qu'un vers, cependant il y en a aussi quelques-unes, qui se composent de deux vers. Par exemple dans la tirade 125; l'archevêque commence le combat, il fond sur les rangs ennemis et terrasse le païen Abisme, qui expire sous ses coups. Les Frances en éprouvent ure grande joie,

Dient Franceis: ,,0i at grand vasselage, en l’arcevesque est bien la cruce salve.‘ Citons encore la tirade 236, où nous trouvons également

une telle remarque finale, formant deux vers, pour examiner

ensuite une particularité de la composition de notre chanson, dont la critique à donné lieu à bien des débats.

La tirade 236 peint la situation avant la bataille;

Grand sunt les host e les eschieles beles Entr’els nen at ne pui ne val ne tertre,.

selve ne bois, ascunse n° i poet estre;'t

Alors suit une remarque des Sarrasins:

Dient paien: ,,La gents Charlun est bele.

Bataille avrums e aduree e pesme.

Un trait caractéristique que l’on observe assez souvent dans la chanson de Roland, c'est la répétition des mêmes tirades. Nous trouvons le même fait exposé deux ou même trois fois de suite, dans des termes à peu près identiques eb presque sans autre changement essentiel que celui de l’assonance, mais au fond nous trouverons une différence remarquable, Ce genre de répétitions se rencontre fréquemment, nous nous bornerons à en citer quelques exemples,

Marsille, menacé par l'armée des chrétiens, demande conseil à ses barons sur les dispositions à prendre. Blancandrin se lève, fait des propositions, qui sont agréées. Marsille ordonne à quelques barons:

Seignur barun, à Charlemagne 1irez;

il est à l’ siege a Cordres la citet.

Branches d'olive en voz mains porterez,

ço senefiet pais e humilitet,

Par voz saveirs se m’ poez acorder,

jo vus durrai or e argent asez,

terres e fieuds tant cum vus en voldrez.ft

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