PAUL GIDE
Paul Gide est mort à Paris le 28 octobre 1880, dans toute la force de l'âge , dans la pleine fleur de son talent , à l'heure où son enseignement et ses écrits lui avaient acquis dans nos écoles, dans le monde savant, à l'étranger comme en France, une légitime et incontestable autorité. Ceux qui Font eu pour maître, pour collègue ou pour ami ne sauraient oublier cette figure originale et distinguée : je n'ai point la prétention de la faire revivre ici ; mais si ma main n'est point trop inhabile, je voudrais en noter les traits les plus saillants ; je voudrais dire en peu de mots quelle fut cette vie d'homme, si utile et si courte.
Paul Gide était né à Uzès (Gard), le 15 mai 1832. C'est là, dans le cercle étroit d'une petite ville de province, que s'écoula son enfance et sa première jeunesse. Son père, président au tribunal d'Uzès, était un protestant rigide, un huguenot des anciens jours comme en connaît encore le Midi de la France. Pour cet homme, profondément reli-
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gieux, ce fut un devoir étroit de diriger lui-même l'éducation de son fils : Il voulut le voir grandir et étudier près de lui. Paul Gide eut une enfance sérieuse et presque solitaire, car son père lui permettait difficilement les amitiés et les liaisons extérieures; et cette éducation laissa sur lui une empreinte profonde. Elle lui donna cette élévation morale et cette puissance de réflexion, qu'on remarquait en lui. Elle explique aussi sa réserve un peu froide en apparence, son allure timide et un peu embarrassée, et jusqu'à cette attitude légèrement inclinée qui lui était familière : on eût dit qu'il courbait encore le front, par souvenir et par habitude, sous l'autorité respectée qui avait gouverné sa jeunesse.
Il fit ses études classiques à Uzès même, dans un trèspetit collège. Mais c'était à la maison paternelle qu'il trouvait son véritable maître. Son père se transformait pour lui en un répétiteur éclairé et infatigable, dont le zèle ne se ralentit jamais; et ce n'est pas un médiocre honneur pour le magistrat d'Uzès que d'avoir contribué à former un tel élève.
Lorsqu'il en eut fini avec l'enseignement secondaire , M. Gide étudia le droit. Il se fit inscrire à la Faculté d'Aix, mais son père ne le laissa point s'établir dans cette ville; il le garda près de lui et dirigea ses études juridiques comme il avait surveillé ses études classiques. M. Gide n'eut donc pas le secours puissant de l'enseignement oral : ses livres et son père furent ses seuls maîtres. Ce ne sont pas là des voies qu'il faudrait indiquer à la jeunesse; mais il dut peut-être à cette méthode exceptionnelle quelquesunes de ses qualités. Dans ses études solitaires , sa pensée , concentrée sur elle-même, acquit plus de ressort; l'habitude du travail personnel développa l'indépendance de son esprit. Dans les loisirs, que laissait au jeune homme la vie calme de la petite ville, il commença sans doute à amasser le trésor de sa vaste et sûre érudition. C'est d'Uzès qu'il viendra à Paris prendre part au concours d'agrégation; et nous apprenons d'un témoin irrécusable « qu'il [arrivait