PAUL GIDE. V
fort d'un savoir puisé aux sources, qu'il avait développé et affermi par le commerce des bons auteurs ; familier déjà avec l'érudition allemande, dont il sut faire plus tard un usage si profitable pour l'avancement de la science*. »
Si M. Gide ne suivit point les cours de la Faculté d'Aix, il se maintint en contact avec elle autant qu'il lui était possible. Il ne se contentait point de s'inscrire sur ses registres et de subir devant elle ses examens : il prenait part aux concours ouverts entre les étudiants, et les succès qu'il obtenait lui prouvaient que , s'il suivait un autre chemin que ses condisciples , il ne se laissait point distancer par eux. En 1833, il remporta le premier prix de droit romain au concours de licence; il obtint, au concours de doctorat, la première médaille d'or « pour un mémoire sur les moyens de faire connaître aux tiers le transfert de la propriété des immeubles , étude d'histoire du droit et de droit pratique où était déjà traitée, d'une manière magistrale, la théorie de l'insinuation particulièrement en droit romain^, » C'est en 1855 qu'il acquit le titre de docteur avec une thèse sur « les droits de légitime et de réserve d'après les lois romaines, l'ancien droit français et le Code Napoléon^. » Dans la suite, M. Gide goûtait peu cette première œuvre de sa jeunesse, le chef-d'œuvre du compagnon qui demande à passer maître : j'ai sous les yeux un exemplaire qui lui a appartenu et où de larges coups de crayon soulignent les reproches que l'homme mûr adressait au jeune homme. Il est certain qu'il avait été séduit, comme il arrive souvent au début, par le côté dogmatique et abstrait de la science du droit ; il avait cherché à enchaîner les règles juridiques, comme les diverses propositions d'une démonstration mathématique. Cela est surtout saisissable dans la thèse de droit romain. Mais la pensée est déjà forte, et l'on trouve çà et là certains procédés d'exposition dont le professeur tirera plus tard de
1 M. Bufnoir, Notice nécrologique sur Paul Gide. Revue internationale de l'ensei- .(jnement, tome I, 1881, p. 176,
2 M. Bufnoir, op. cit., p. 176.
3 Aix. Typographie Nicot.