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Utilité des Émotions

Celui-là seul peut se servir des émotions qui a appris à en être maître, et qui sait qu’elles ne sont pas lui-même, qu’elles agissent dans les véhicules qu’il occupe, et sont dues à l’action réciproque du Soi et du Non-Soi. Leur nature toujours changeante, montre assez qu’elles appartiennent aux véhicules ; elles sont appelées à l’activité par des influences extérieures et c’est la conscience qui y répond à l’intérieur. L’attribut de la Conscience qui engendre les émotions est la Félicité, et le plaisir et la douleur sont les mouvements que provoquent dans le véhicule des désirs, les influences, de l’extérieur, et la réponse du Soi, en tant que Félicité, à ces influences, à travers le corps des désirs ; de même les pensée sont des mouvements dus à des contacts de ce genre avec l’extérieur, et à la réponse que le Soi, en tant que Savoir, donne à ces contacts. Lorsque le Soi se connaît lui-même et fait une distinction entre lui et ses véhicules, il est maître des émotions, et le plaisir et la douleur deviennent tous deux des modes de la Félicité.

A mesure que nous évoluons nous nous rendons compte que nous atteignons à un équilibre plus stable dans le plaisir et la douleur, et les

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émotions ne troublent plus la sérénité de Tintelligence. Tantqueleplaisir l’influence, tant que la douleur le paralyse au point de l’empêcher d’accomplir sa tâche, l’homme n’est que Tesclave de ses émotions, au lieu d’en êtrele maître. Lorsqu'il aura appris à les gouverner, il ressentira au plus haut degré le plaisir et la douleur, et cependant son intelligence conservant toute sa sérénité s’appliquera calmement à la tâche qui l’occupe. Elle tirera parti de tout ce qui se présentera à elle. Par la douleur l’individu acquiert du pouvoir, de même que par le plaisir il augmente sa vigueur et son courage. Tout se transforme alors en forces qui l'aideront dans son œuvre, au lieu de constituer des obstacles à son progrès.

Le talent oratoire peut nous donner un exemple de la valeur des émotions. Voici un homme enflammé par la passion. Ses paroles sont sans suite, ses gestes saccadés ; l’émotion s’est emparée de lui et l’entraîne, et cependant il ne soulève aucun enthousiasme parmi ceux qui l’écoutent. L’orateur de talent, par contre, est maître de ses émotions ; il s’en sert pour charmer son auditoire ; il choisit avec soin et calcule chacune de ses paroles, même au plus fort de son discours, et ses gestes sont justes et pleins de dignité. Il ne ressent plus les émotions, car il les

a ressenties déjà, et il emploie ces émotions passées pour subvenir à ses besoins présents. Tout le pouvoir qu’il montrera dans l’emploi de ces émotions, dépendra de l’intensité avec laquelle il les a ressenties auparavant, et du degré de contrôle qu’il a sur elles. Un homme ne saurait devenir un grand orateur, s’il n’a des émotions puissantes; mais le talent de tout orateur ne grandit qu’en proportion du contrôle qu’il exerce sur ces émotions. Une explosion aura certainement beaucoup plus d’effet si les explosifs ont été disposés avec soin et allumés au bon moment, que si on avait répandu ces explosifs au hasard et jeté dessus une allumette, dans l’espoir de les voir s’enflammer d’eux-mêmes.

Tant qu’une personne est influencée par les émotions, elle est privée de cette vision claire, si nécessaire à une action vraiment utile. L’homme dont l’aide a vraiment de la valeur est l’homme calme, auquel rien ne saurait faire perdre l’équilibre, et qui, cependant, est plein de sympathie pour ceux qui l’entourent. Que penserait-on d’un docteur qui, au milieu d’une opération, fondrait tout à coup en larmes ? Et, cependant, beaucoup de personnes sont si impressionnées par la vue de la souffrance, que leur être tout entier en est bouleversé; elles ne font par là qu’augmenter la

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douleur des autres. Toute émotion donne naissance à de puissantes vibrations qui se transmettent d’un individu à l’autre. Celui qui veut véritablement aider ses semblables doit être calme, d’humeur constante, inébranlable, et doit rayonner la paix autour de lui. Un homme accroché à un rocher, hors de l’atteinte des vagues, pourra aider son frère qui se noie à se sauver, plus facilement que s’il se débattait lui-même au milieu des flots.

Celui qui est parfaitement maître de ses émotions peut s’en servir pour éveiller chez une autre personne une émotion qui lui sera utile ? Qu’une personne se trouve en proie à la colère ; la réponse qu’elle recevra de ceux qui l’entourent sera naturellement de la colère, car toutes les vibrations ont tendance à se. reproduire par sympathie ; comme chacun de nous a un corps des émotions, tout corps vibrant d’une certaine façon dans notre voisinage aura tendance à provoquer en nous des vibrations semblables, si nous avons dans notre corps de la matière appropriée. La colère engendre la colère, l’amour éveille l’amour et la douceur engendre la douceur. Si nous sommes maîtres de nos émotions, et'qu’il nous arrive de sentir une poussée de colère s’élever en nous, en réponse à des vibra-

tions de colère émanant d'une autre personne, nous paralyserons instantanément cette réponse à des vibrations étrangères ; nous laisserons les vagues de colère venir se briser sur nous, tout en restant nous-mêmes parfaitement calmes.

Celui qui a appris à conserver son corps des émotions absolument calme, tandis que celui de ceux qui l'entourent est en pleine vibration, a fait un grand pas vers le contrôle parfait de soimême. Lorsqu'il est arrivé à ce résultat, il est prêt à monter un degré plus haut, et à opposer aux vibrations d'une émotion malsaine, les vibrations d’une émotion pure. De cette façon, non seulement il ne se laissera pas aller à la colère, mais il émettra lui-même des vibrations qui auront tendance à apaiser la colère des autres. Il répondra à la colère par l’amour, à l’emportement par la douceur.

Il faut tout d’abord que cette réponse soit faite à dessein, dans un but déterminé, et l’on peut s'exercer sur des personnes en colère. Nous pourrons le faire chaque fois que nous nous trouverons en présence d’une personne en colère. Il est certain que, pour commencer, nos efforts seront plutôt timides et dépourvus d’enthousiasme; la volonté d’aimer se montrera seule, sans la moindre émotion ; mais peu à peu cette volonté

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d’aimer éveillera une faible émotion et au bout d’un certain temps, une habitude s’établira, et nous finirons par répondre spontanément par la bonté à la malveillance des autres. En nous exerçant continuellement à répondre de cette façon aux émotions malsaines venant de l’extérieur, nous forcerons notre corps des émotions à prendre l’habitude de répondre toujours d’une façon juste.

Tous les grands Maîtres de morale nous enseh gnent la même chose : « Rendez le bien pour le mal ». Cet enseignement est basé sur cet échange réciproque de vibrations que provoquent les émotions d’amour et de haine. Si au mal nous opposons le mal lui-même, nous ne faisons que l’intensifier; si, au contraire, nous lui opposons l’amour, nous le neutralisons. Le plus noble usage que nous puissions faire de nos émotions dans la vie journalière est de chercher à éveiller chez ceux qui nous entourent des émotions d’amour en leur envoyant un courant de ces émotions de façon à stimuler tout ce qu’il y a de bon en eux et de réprimer tout ce qu’il peut y avoir de mauvais. Il est bon d’avoir toujours à l’esprit une série d’émotions correspondantes, et de régler d’après elles notre réponse aux émotions venant de l’extérieur, Ainsi nous répon-

drons à la fierté par l’humilité, à la rudesse par la compassion, à l’arrogance par la soumission, à la dureté par la douceur, à l’irritabilité par le calme. Nous créerons ainsi en nous un état d’esprit qui nous permettra de répondre à toutes les émotions mauvaises par les bonnes émotions correspondantes, et d’apporter le bonheur parmi ceux qui nous entourent, en diminuant le mal et en encourageant le bien.

I 5. — Importance de l’Émotion dans l’Évolution.

Nous avons vu que l’émotion est le pouvoir moteur dans l’homme, et pour qu’elle devienne utile à l’évolution, il faudra l’employer à nous élever et non à nous abaisser. L’Ego a besoin pour évoluer de « points d’attraction » qui l’attirent vers le haut, dit la Voix du silence, car la montée est difficile, et l’on ne saurait trop estimer la valeur d’un objet attractif vers lequel tendent tous nos efforts. Il ne nous arrive que trop souvent de nous arrêter en route, n’ayant plus le courage de continuer notre marche; toute aspiration est morte en nous, tout désir de monter plus haut nous a fui. C’est alors que nous pour-

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rons appeler rémotion à notre aide, en la concentrant sur quelque objet de dévotion ; nous retrouverons aussi un nouvel élan et la force nécessaire pour continuer notre chemin.

On donne souvent à ce genre d’émotion le nom de culte des héros; c’est ce pouvoir qui nous porte à admirer et aimer de toutes nos forces un être plus noble que nous-mêmes; et celui qui peut aimer et admirer ainsi a à sa disposition une des plus grandes forces qui puissent l’aider dans son évolution. On dédaigne souvent le culte des héros parce qu’il est impossible de trouver un idéal parfait parmi les hommes. Mais un idéal qui éveille notre amour et notre admiration, même s’il est imparfait, sera toujours un moyen puissant de hâter notre évolution. Il est certain que cet idéal imparfait présentera certains côtés faibles, et il sera nécessaire de distinguer les qualités vraiment héroïques des faiblesses qui peuvent s’y trouver mêlées; mais c’est sur ces qualités qui nous stimulent et nous font progresser qu’il faudra fixer notre attention, et non sur les défauts qui ne sauraient que dégrader des hommes qui n’ont pas encore dépassé le stade humain. Reconnaître que toutes les faiblesses appartiennent au Non-Soi, et qu’elles sont passagères, tandis que tout ce qui est noble et grand fait par-

tie du Soi indestructible; aimer tout ce qui est beau, élevé, et être capable de passer sans s'y arrêter sur tout ce qui est petit et mesquin, voilà ce qui fera de nous les disciples des Grands Êtres. Celui qui s'adonne au culte des héros, tirera sûrement profit de son idéal, s'il rend hommage à sa grandeur, tout en dédaignant ses faiblesses, et c’est sur le héros lui-même que retombera le Karma engendré par ses fautes.

« Mais, dira-t-on, en reconnaissant ainsi toute la noblesse du Soi au milieu des faiblesses humaines, nous ne faisons qu’accomplir notre devoir, et pourquoi donner le titre de héros à un être chez lequel ces faiblesses sont encore présentes? » Simplement à cause de l'aide que ce héros nous apporte sous forme d’inspiration en nous donnant un modèle d’après lequel nous pourrons mesurer notre propre progrès. Nous ne pouvons faire un héros d'un homme ordinaire; ce n’est que là où le Soi rayonne avec plus d’éclat que chez le commun des mortels que le culte des héros devient possible. L’homme est luimême un héros, bien qu'il ne soit pas encore surhumain, et ses faiblesses ne sont que comme ces taches que nous apercevons sur le disque du soleil. Un proverbe dit: «Aucun homme n’est un héros pour son valet de chambre ». Le cy-

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nique s’imaginera que cela signifie que Thomme le plus héroïque doit sa grandeur à la distance qui le sépare de nous. Ce proverbe ne signifieraitil pas plutôt que l’âme d’un valet, qui ne voit pas plus loin que des bottes bien cirées, ou une cravate bien nouée, est incapable d’apprécier les qualités qui font le héros ? Car cette âme n’a rien en elle qui puisse vibrer en sympathie avec la note qui vibre chez le héros. Celui qui est capable d’admirer est capable aussi d’atteindre le but; Tamour et le respect envers des êtres grands et nobles montrent que celui qui les ressent cherche à ressembler à ces êtres.

En cultivant ainsi nos émotions, il faudra que nous nous jugions nous-mêmes, en prenant comme modèle notre idéal; il faudra que nous nous sentions pris de honte lorsque nous agirons ou penserons d’une façon qui pourrait attrister celui que nous révérons. Nous devrions l’avoir toujours présent à nos yeux, nous tendant la main pour nous aider dans notre ascension, jusqu’au jour où, comparant notre propre progrès, aux sublimes hauteurs que lui-même a atteintes, nous reconnaîtrons que nous aussi nous approchons du but.

Il est certainement vrai que la lumière du Soi ne saurait briller chez ceux qui foulent les sen-

tiers bourbeux de la terre; mais il y a des êtres chez lesquels cette lumière brille assez pour illuminer les ténèbres et nous aider à voir où nous pouvons poser nos pieds. Il est plus sage de remercier et d’honorer ces êtres, en nous réjouissant de leur présence, plutôt que de les rabaisser parce qu’ils ne sont pas absolument divins, parce que leurs pieds sont encore lourds du fardeau de quelques faiblesses humaines. Bien heureux, en vérité, sont ceux qui possèdent en eux cette nature héroïque et qui reconnaissent leurs aînés; des sentiers menant à des hauteurs plus sublimes encore leur sont ouverts, et plus ils aimeront, et plus ils honoreront, plus vite ils atteindront ces voies. L’homme ne saurait désirer un Karma meilleur que celui qui lui permettra de rencontrer le héros qui viendra lui tendre la main lorsqu’il entrera sur le sentier; mais il ne saurait y avoir de Karma plus triste que de renier son guide, après Tavoir entrevu dans un moment d’illumination, en se laissant aveugler par une imperfection dont on ne s’est pas encore complètement libéré.

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