‹ Étude sur la conscienceChapitre 26 sur 32 · L*ÉMOTION · texte numérisé non relu

L*ÉMOTION

et que nous n’en serons pas devenus souverains maîtres.

Il nous reste un moyen qui peut nous aider à former un jugement clair et précis : c’est d’étudier le travail de la conscience chez les autres, et d’examiner avec attention leurs décisions dans des circonstances semblables à celles dans lesquelles nous nous trouvons. Le jugement qui nous déplaît le plus sera probablement celui qui nous sera le plus utile, car il a été formé par l’intermédiaire d’un milieu émotionnel tout différent du nôtre. Nous pouvons comparer les décisions des autres avec les nôtres, et, en notant les points qui les affectent, eux, le plus, et nous, le moins, ceux qui ont le plus d’importance pour nous, et le moins pour eux, nous arriverons, dans notre jugement, à séparer les éléments émotionnels des éléments intellectuels ; et même si nos conclusions sont fausses, l’effort que nous aurons fait pour y arriver aura tendance à nous corriger et à nous faire voir la vérité ; il nous aidera à subjuguer les émotions et fortifiera l’intellect. Il ne faudra naturellement faire ces observations que lorsque nous ne serons troublés par aucune émotion ; et nous recueillerons les résultats de cette étude pour nous

en servir lorsque nos émotions se montreront trop puissantes.

§ 3. — Moyens de Maîtriser les Émotions.

Le moyen le plus efficace pour maîtriser les émotions c’est — comme dans tout ce qui touche à la conscience — la Méditation. On devrait avoir recours à elle avant que le contact avec le monde extérieur ne soit venu troubler nos émotions. Lorsqu'à son retour d’un monde plus subtil que le monde physique, l’Ego rentre dans le corps après le sommeil, il trouve son véhicule dans un état de tranquillité parfaite, et peut prendre calmement possession du cerveau et des nerfs complètement reposés. Plus tard, dans le courant de la journée, lorsque les émotions ont été troublées ou sont en pleine activité, la méditation n’est pas aussi efficace. La période de tranquillité dont nous pouvons disposer après le sommeil de la nuit est le meilleur moment pour méditer avec succès, car la nature émotionnelle, le corps des désirs, est alors plus tranquille que lorsqu’elle est au milieu du va-et-vient de la vie ordinaire. De cette heure matinale calme et paisible naîtra

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une influence bienfaisante qui nous protégera pendant la journée toute entière, et les émotions apaisées et calmées seront plus faciles à contrôler.

Lorsque cela est possible, il est bon de prévoir d’avance les questions que nous aurons à régler durant la journée et de prendre une décision quant à la manière d’envisager les questions qui se poseront et à la conduite à suivre en cette occasion. Si nous savons que nous devons nous trouver, à un moment donné, au milieu de circonstances qui éveilleront nos émotions, nous pourrons décider à l’avance de l’attitude mentale que nous prendrons, et même nous pourrons fixer d’avance notre manière d’agir. Supposons que nous soyions arrivés à une décision : lorsque les circonstances se présenteront nous nous rappellerons cette décision et nous agirons en conséquence, même si la poussée des émotions nous incite à agir autrement. Nous savons par exemple que nous allons rencontrer une personne pour laquelle nous avons une grande affection ; nous décidons durant notre méditation quelle sera la meilleure façon d’agir, et à la claire lumière de notre intelligence paisible, nous convenons de ce qu’il conviendra de faire pour le plus

grand bien de tous. Et nous nous en tiendrons à cette décision, même si nous nous sentons portés à penser : « Je n’avais pas donné assez d’importance à telle ou telle chose. » La vérité est que c’est justement dans ces conditions que nous donnons trop d’importance à un point, et c'est dans nos moments de calme réflexion que nous jugeons le plus sûrement des choses ; le mieux est de suivre la voie que nous nous sommes tracée auparavant, malgré toutes les incitations des émotions du moment. Nous pouvons nous tromper dans notre jugement, mais si nous ne voyons pas notre erreur durant la méditation, il est peu probable que nous nous en apercevions au milieu du tumulte des émotions.

Il y a un autre moyen de maîtriser les émotions; il consiste à réfléchir sur ce qu’on va dire, avant de parler, à mettre un frein à sa langue. L’homme qui a appris à contrôler ses paroles est maître de tout, a dit un Sage de l’antiquité. Celui qui ne prononce jamais une parole aigre ou inconsidérée marche vers le contrôle parfait de ses émotions. Être maître de ses paroles, c’est être maître de sa nature tout entière. Il est bon de ne pas parler — de retenir délibérément ses paroles — tant qu’oil

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ne sait pas parfaitement ce qu’on va dire, ou qu’on n’est pas sûr que ce qu’on va dire est vrai, ou si les paroles qu’on va prononcer conviendront à la personne à laquelle elles s’adressent, ou si vraiment nous pouvons les prononcer. La vérité passe avant tout et rien ne saurait excuser la fausseté de langage ; très souvent les paroles prononcées sous le coup d’une émotion sont fausses, parce qu’elles sont exagérées ou défigurées; Et puis sous l’influence d’une forte émotion ou de sensations trop vives, nous oublions de considérer si nos paroles s’adaptent à la personne à laquelle nous les adressons. Nous pouvons donner une idée absolument fausse d’une grande vérité si nous ne tenons pas compte du point de vue sous lequel se place la personne à laquelle nous nous adressons. Il faut qu’il y ait entre elle et nous de la sympathie, que nous voyions comme elle voit; car ce n’est que là seulement que la vérité deviendra utile. Ce n’est pas nous-mêmes que nous cherchons à aider lorsque nous étalons la vérité aux yeux des autres, mais bien notre prochain lui-même. 11 est possible que pour celui qui parle l’idée d’une loi invariable, inviolable, d’une impartialité absolue, soit une idée inspiratrice, réconfortante, qui élève l’âme ;

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mais pour une personne peu développée cette conception semblera barbare, impitoyable, et la blessera plutôt qu’elle ne l’aidera. La vérité n’est pas faite pour écraser mais pour élever, et c’est la profaner que de la confier à celui qui n’est pas prêt pour la recevoir. Nous avons tout ce qu’il faut pour subvenir aux exigences de chacun de nous, mais la discrétion est nécessaire pour choisir sagement, et il ne faut pas que notre enthousiasme nous pousse à imposer aux autres une initiation prématurée. Beaucoup de jeunes théosophes font plus de mal que de bien par le trop d’empressement qu’ils mettent à vouloir imposer aux autres les trésors qu'ils estiment tant. Il faut aussi considérer la forme que nous donnons à nos paroles, et voir s’il y a utilité, nécessité à les prononcer. Une vérité très utile en elle-même peut devenir nuisible selon la forme sous laquelle elle est présentée. «Ne dites jamais ce qui est faux ni ce qui est déplaisant.» Voilà un sage conseil que tous nous devrions suivre lorsque nous nous adressons à ceux qui nous entourent. Toutes nos paroles devraient être vraies, douces et agréables. Mais cette douceur de langage, les personnes même les mieux intentionnées l’oublient parfois ; elles se font gloire de ce qu’elles appellent

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leur sincérité, et en réalité elles ne sont que grossières et n’ont aucun respect pour les sentiments de ceux auxquels elles s’adressent. Mais ceci n’est ni d’une bonne éducation, ni de la religion, car l’homme mal élevé ne saurait être religieux ; l’homme vraiment religieux est à la fois sincère et courtois. Tout ce qui est superflu ou inutile est nuisible ; et ce débordement d’émotions frivoles auxquelles donnent naissance tous ces bavardages et ces paroles inutiles cause du préjudice à tout le monde. Les personnes qui ne peuvent supporter le silence et bavardent continuellement, gaspillent leurs forces intellectuelles et morales et disent une masse de niaiseries qu’elles feraient mieux de garder pour elles. La peur du silence est un signe de faiblesse mentale ; le silence et le calme valent mieux qu’un bavardage inutile. Dans le silence, les émotions grandissent et prennent des forces, tout en étant contrôlées, et le pouvoir moteur dans l’homme augr.'.ente en puissance et se trouve en même temps assujetti à sa volonté. Le pouvoir du silence est immense, et son influence est calmante au plus haut degré ; mais par contre, il faut que l’homme qui a appris à se taire prenne garde que son silence ne lui fasse perdre de sa courtoisie, ou

bien qu’employé mal à propos dans la société, ce silence ne provoque une sensation de gêne, de froid chez les personnes présentes.

Peut-être certaines personnes penseront-elles qu'en se livrant à un tel examen avant de prononcer une parole, on n’entrave l’échange des pensées au point de paralyser la conversation. Tous ceux qui ont pratiqué ce contrôle des paroles témoigneront avec nous qu’avec un peu d’exercice l’intervalle entre la demande et la réponse finit par devenir imperceptible. Le travail de l’intelligence est plus rapide que l’éclair ; en un clin d’œil elle passe en revue tous les points à considérer. Il est possible qu’au début il y ait une légère hésitation, mais, après quelques semaines, tout arrêt deviendra inutile, et l’examen de la réponse se fera si rapidement qu’il ne sera plus un obstacle à la conversation. Plus d’un orateur vous dira que dans le feu du discours le plus éloquent, l’intelligence conserve tout son calme, tournant et retournant chaque phrase, supputant leur valeur respective avant de les choisir, rejetant tout ce qui ne lui convient pas ; et cependant, personne, dans l’auditoire charmé, ne s’aperçoit de ce travail intérieur ; les auditeurs sont à cent lieues de penser qu’au milieu de son discours rapide l’orateur choisisse ainsi ses expressions.

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Un troisième moyen de maîtriser les émotions, c est de s^habituer à ne pas agir d’une façon impulsive. Trop de hâte dans nos actions est une caractéristique de notre mentalité moderne et n’est qu^une distortion de cette rapidité qui est une de ses plus grandes qualités. Si nous envisageons la vie avec calme, nous verrons que la hâte febrile est absolument inutile ; nous avons toujours assez de temps, et une action si rapide qu’en soit l'exécution, doit être considérée etaccompliesansprecipitation. Lorsque nous sommes sous le coup d’une forte émotion et que nous agissons sansréfléchirpourobéir àcette influence, nous agissons imprudemment. Si nous nous entraînons à penser avant d’agir dans toutes les affaires de la vie, il arrivera que, lorsque nous nous trouverons dans un accident quelconque ou bien dans une situation où une prompte décision est nécessaire, l’intelligence alerte équilibrera les nécessités du moment et-dirigera promptement 1 action ; mais il n’y aura ni hâte imprudente ni étourderie inconsidérée.

« Mais, ne devrais-je pas obéir à mon intuition? » dira-t-on. On confond trop souvent impulsion avec intuition, deux choses cependant totalement differente et par l'origine et par les caractéristiques. L’impulsion prend naissance

dans la nature des désirs, le corps astral ; c’est une énergie qui est lancée à l’extérieur, en réponse à une influence du dehors, une énergie hâtive, inconsidérée, aveugle, et qui n’est pas dirigée par l’intelligence. L’intuition, elle, prend sa source dans l’Ego spirituel ; c’est une énergie qui s’écoule au dehors en réponse à une demande de l’extérieur ; c’est une énergie puissante, calme, ayant un but déterminé et guidée par l’Ego spirituel.

Mais pour les distinguer l’une de l’autre, il faut à celui dont la nature n’est pas parfaitement équilibrée, un examen calme et un certain intervalle de temps ; par ce calme examen et cet intervalle de temps, l’impulsion perd sa force, tandis que l’intuition au contraire gagne en puissance et en clarté ; le calme permet au mental inférieur de reconnaître la présence de l’intuition et d’en sentir toute la sereine puissance. S’il arrive, de plus, que ce qui semble être une intuition soit en réalité une suggestion émanant d’un Être supérieur, cette suggestion se fera sentir bien plus clairement durant la méditation silencieuse et son efficacité ne sera amoindrie en rien par par un intervalle de calme.

11 est vrai qu’il y a un certain plaisir à s’abandonner à une impulsion aveugle ; il est certain

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aussi que la restreinte qui s’impose et doulaureuse pendant un certain temps. Mais toute aspiration vers la vie supérieure nous met face à face avec ce renoncement au plaisir, et nous force à accepter la douleur ; graduellement nous reconnaissons qu’il y a une joie beaucoup plus grande à agir avec une calme considération, qu"à nous laisser aller à une impulsion irraisonnée, et nous comprenons que nous nous évitons ainsi des remords constants. Car lorsque nous nous laissonsaller à l’impulsion, nous nous créons des soucis, et nous finissons par comprendre que l’impulsion n’est qu'une erreur. Si Faction que nous avons en vue est vraiment juste, nous ne ferons qu’augmenter sa valeur si nous l’accomplissons après avoir longuement réfléchi. Et si, après l’avoir bien examinée, nous trouvons que l’action a perdu de sa valeur, nous pouvons être certain que l’impulsion qui nous y poussait, avait son origine dans un désir inférieur.

Méditer journellement, considérer ses paroles avant de les prononcer, refuser d’être le jouet des impulsions, voilà les meilleurs moyens de faire des émotions nos serviteurs dévoués, de maîtres despotiques qu’elles étaient auparavant.

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