CHAPITRE IV
INJECTIONS PÉRI -HERNIAIRES.
Il nous rosie à parler des injections péri-herniaires employées pour la cure radicale des hernies par M. le professeur Luton (de Reims) et en Allemagne par Schwalbc.
C'est en 1876, que M. Luton (J), a tenté ce procédé pour les hernies congénilales. 11 s’est d’abord adressé de préférence aux hernies ombilicales comme de beaucoup les plus fréquentes el les plus accessibles à ce procédé. Puis il a essayé ces injections irritantes périphériques dans un cas de hernie inguinale congénitale chez un jeune garçon, mais avec un succès moins marqué (2).
Le principe de cette opération se manifeste clairement: on va suppléer au travail naturel de rétraction, qui, après la naissance, resserre les anneaux et canaux par où s échappent ordinairement les hernies. Ici l’irritation doit être modérée, non suppurative surtout et telle qu’elle comprenne dans ason atmosphère
(1) Nouvelles applications île la méthode des injections sous-cutanées à effet local. Mouvement médical, 1876. n° 47, p. 677.
(2) Cure radicale d’une hernie inguinale congénitale par les injections sous-cutanées d’eau salée (Bull. géu. de thérap, 30 décembre 1877, p.
les éléments péri -herniaires dont il faut ranimer la vitalité languissante (1).
M, Luton est décidé à agir de même dans les cas de hernies communes. « Dès cju’il me sera avéré, a-t-il bien voulu m’écrire, que le bandage est impuissant dans un cas déterminé, je pratiquerai sur le trajet du canal inguinal, à diverses profondeurs, des injections d’eau salée (saturation à froid) que je préfère décidément à l’alcool, employé par Scbwalbe, comme exerçant une action tonique sur place. »
En 1877, Schwalbe (2) publie 4 cas de hernies inguinales, où la cure radicale fut obtenue par des injections d’alcool au voisinage de la porte herniaire. On injectait à chaque séance (une séance par semaine) 70 0/0 d’alcool dans une ou deux seringues de Pravaz.
Le malade est couché horizontalement, les cuisses étendues, et, après réduction totale, l’aiguille de la seringue est piquée dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans la direction de l’orifice inguinal. Après l’injection on remet le bandage. Après 18 ou 20 semaines la hernie ne sort plus dans la plus forte toux (3).
Observation I.
Homme de 26 ans. Hernie ombilicale de la grosseur d’une noix. Le 19 mai, injection d’aicool (70 0(0) au voisinage de la porte herniaire. . La hernie est maintenue à l’aide d’un bandage.
(1) Les injections sous-cutanées à effet local depuis 1875, par M. lo ! Dr Ludon (de Deims). Arch. gén. de méd., octobre 1880.
(2) La cure radicale des hernies. Centralblatt fur chirurgie, 1877, p.
(Si Contribution à la cure radicale des hernies. Deutsche ined. Wochenschrift. 1877. n° 45 et Central fiir chir. 1878, p. 9.
Le 25 et le 30 mai, nouvelles injections.
Le 5 juin, la hernie ne sort plus.
Trois mois après, malgré un dur travail et l’absence de bandage, la hernie n’était pas ressortie.
Observation II.
Homme de 43 ans. Hernie de la ligne blanche de la grosseur d’une noix.
Observation III.
Homme de 43 ans. Hernie inguinale externe droite.
Dans ces deux cas, la porte herniaire s’oblitéra complètement et les malades furent radicalement guéris* Dans le premier, Schwalbe fait six injections à des intervalles de 5 à H jours; chaque fois il fut injecté un centimètre cube d’une solution alcoolique à 70 0/0 environ. Dans le deuxième, ces mêmes injections furent faites dix fois à des intervalles de 6 à 20 jours.
Schwalbe avait encore à ce moment, 1877, quelques autres cas en traitement. Us suivaient également un cour$ favorable. Cette méthode n’a d’après lui aucun danger. 11 n’a jamais vu de suppuration ni de lésion du péritoine (1).
English (2), propose pour les hernies réductibles la méthode de Schwalbe, qu’il considère comme un progrès important dans le traitement des hernies. Il pense
(1) Au congrès international des Sciences médicales (1879), M. Tilanus a dit queM. Rank, do Groningue avait eu 70 succès pour cent par la méthode de Schwalbe.
(2) Do la cure radicale des hernies intestinales. Centr. fur chir. . 1878 p. 587, et Wiener Klinik, Bd II, 1878.
qu’elle remplit convenablement les conditions nécessaires à la cure radicale des hernies et qu’il a très bien exposées. Ces conditions sont les suivantes :
1° Solide adhérence de la surface interne du sac, de telle façon que la dépression infundibuliforme qui subsiste sur le côté interne de la porte herniaire ne se puisse plus agrandir.
2° Impossibilité d’une propulsion ultérieure du péritoine ou voisinage de la porte herniaire, ou bien son adhérence solide par des processus inflammatoires.
3° Fusion des enveloppes du sac et du sac oblitéré lui-même en un cordon solide ;
4° Diminution de la porte herniaire correspondant à la disparition des parties susdites, et fusion intime de la
I porte avec les éléments qui la traversent ;
5° Rétablissement de l’élasticité normale des tissus qui entourent la porte ;
G0 Bon état de nutrition des malades, ou possibilité de l’améliorer, prévenant le relâchement ultérieur des tissus péri-herniaires.
Nous trouvons encore les injections péri-herniaires employées en Amérique, par M. J. H. Warren.
Pour les tout jeunes enfants et jusqu’à 5 ans il emploie un extrait aqueux d’écorce de chêne, pour les enfants de 5 à 15 ans, l’extrait aqueux est distillé à consistance de glycérine et additionné de 10 gouttes d’éther sulfurique pour 4 décigrammes. Pour d’anciennes hernies congénitales ou autres, il emploie le liquide suivant:
Extrait sirupeux d’écorce de chêne. 16 gr.
Éther sulfurique 4
Alcool absolu 4
Sulfate de morphine 0,05 à 0,10
La seringue contient 2 grammes de ce mélange. L’aiguille à la forme d’une spirale. Elle est percée de iroussur les côtés de façon à ce que le fluide soit injecté perpendiculairement. Ce procédé détermine une inflammation locale assez vive, les parties s’accolent de façon à fermer les anneaux. Après l'opération le patient doit garder le lit une quinzaine de jours. Les parties doivent aussi être soutenues un certain temps à l’aide d’un petit bandage compressif ou d’un léger appareil herniaire. Les grandes fatigues doivent êtres évitées jusqu’à ce que les anneaux soient consolidés. Douze cas ont été rapportés : trois sont des échecs partiels, mais les autres ont été des succès (1).
Enfin, le n° 37 du Centralblatt für Chirurgie, contient l’observation d’un cas de hernie inguinale guérie radicalement pas des injections sous-cutanées d’alcool (2).
En réunissant tous ces cas (3), on arrive à treize ou quatorze, c’est assurément trop peu pour juger une méthode dont surtout les résultats définitifs, ont tant
(1) Philadelphia med. and surg. Rep. — London, med. Record.— J. de med. et de chir. pratiques, novembre 1880.
(2) Sawostitsky. Comptes rendus de la Soc. de chir. de Moscou (en Tusse) n° 1.
(3) Nous avons encore trouvé tout récemment les indications bibliographiques suivantes.
1° Nouvelle méthode de traitement des hernies par G. lteaton. Boston med. and. surg. journal, 31 mai 1878.
2° Traitement des hernies par la méthode de Hcaton, près réduction injection au voisinage de l’orifice fibreux par J. -H. Davenport. Ibid., 5 juillet.
d’i ni portante. Nous ne croyons pas que jamais ce procède soit suffisant pour guérir une hernie quelque peu volumineuse, mais comme elle semble à peu près sans danger, si l’on prend quelques précautions, rien n’empêche, pensons-nous, de l’employer dans les cas de hernies qui n’ont pas de tendance à g'uérir par l’application d’un bandag*e. Il pourra dans ce cas concourir pour sa part à la guérison.
Nous voici arrivé au terme de notre lâche, nous ne donnerons pas de conclusions générales, ayant cherché, chemin faisant à donner notre appréciation sur chaque méthode; ce qui nous a semblé préférable. Nous ne publierons pas non plus d’index bibliographique, ayant mieux aimé donner tout de suite la source à laquelle nous avons puisé. Nous n’ignorons pas que quelques points sont demeurés obscurs. Parmi ces derniers, il en est un que nous regrettons d’avoir laissé dans l’ombre. Nous voulons parler de la récidive des hernies aprèsl’opération de Pét ranglement herniaire quand il n’est rien fait pour la cure radicale. Il serait en effet très utile de savoir dans quelle proportion la récidive a lieu, car si elleest trèsfréquente, elle n’est pas constante autant que nous avons pu nous convaincre par les recherchés que nous avons faites à ce sujet. Pour faire une étude fructueuse de co côté, il faudrait examiner tous les herniaires des hospices parmi lesquels on trouverait assurément bon nombre d’anciens opérés, il ne nous a pas été loisible de le faire.
Quoi qu’il en soit nous espérons, avoir réussi à faire mieux connaître des procédés qui ne sont guère employés que par nos voisins.