Misopogon, passim
sur la main droite la Tyché de la ville 1\ et dans les réjouissances qu'il lit célébrer pendant la vingt- cinquième année de son règne, le cinquième jour avant les ides de mai, en l'honneur de la fondation de la ville, un des grands attraits de la fête consista dans le cortège qui promena cette statue à travers l'hippodrome. Elle était portée par des soldats velus de chlamydes blanches, chaussés de sandales à courroies qui laissaient le pied à découvert [%d\nca^oz), et tenant à la main des cierges blancs. Après avoir t'ait le tour du stade, on la conduisit au sénat, où elle devait rester jusqu'à l'année suivante pour en sortir de nouveau et être ramenée à l'hippodrome, lorsque reviendrait la date anniversaire de la fête de Conslantinople. Constantin avait lui-même, par un édit, réglé ces différentes cérémonies ; il avait ordonné qu'après lui la statue, durant sa promenade dans le stade, s'arrêterait devant le trône impérial et que le César alors sur le trône se lèverait et s'inclinerait devant l'image de Constantin et de Tyché2.
Pour enlever à Tyché son caractère de divinité païenne, il avait suffi à Constantin de bien peu de chose : il avait fait mettre une croix sur la tête de la déesse. Mais cette croix qui l'avait sauvée, la perdit plus tard : elle fut cause que Julien la fit enterrer dans une fosse 3. En fut-elle ensuite retirée, après la mort de l'apostat? Cela est vraisemblable. car l'édil de Constantin sur les fêtes du jour anniversaire de
1. Malalas, p. 322. Malalas appelle aussi Anthousa cotte Tyché, la confondant avec celle dont il a précédemment parlé. Il est d'ailleurs assez difficile de se démêler au milieu des renseignements confus que donnent sur ces différents Tychés de Constantinople les chroniqueurs byzantins. La statue en bois doré de Constantin avait peut-être été faite sur le modèle de celle qui se trouvait au forum, sur une colonne de marbre rouge, et qui n'était autre qu'une statue d'Apollon retouchée pour la circonstance, lui elfet, Codinus, 40, du: « une nouvelle statuette de la Tyché delà ville lin élevée pur Constantin, portée par le dieu du soleil, qui fut conduit au stama de rhyppodrome avec une garde d'honneur, et couronnée. » Il est possible aussi que la Tyché portée par la main droite de la statue fût une reproduction en petit de la Tyché Anthousa, ce qui expliquerait que Malalas rappelle aussi Anthousa.
>. Malalas, p. ;y>> .
:;. Codinus, 1". daiis I uger, Quellen der Bysant. Kunstgesch . p. 250.
la ville semble avoir été mis à exécution au moins jusqu'à Théodose le grand '. et la statue colossale de Constantin, élevée au forum sur une colonne de porphyre, finit par devenir elle aussi une véritable Tyché de la ville 2.
Outre cette Tyché impériale, il y en avait encore au moins une autre à Constantinople, et beaucoup plus ancienne. Constantin l'avait respectée ; bien plus, avec ce mélange de superstition païenne qui donnait «à sa foi nouvelle un caractère assez étrange, et qui était d'ailleurs le trait dominant de cette époque singulière, il offrit à son intention un sacrifice non sanglant à Dieu, et, donna à la vieille divinité une sorte de consécration en ajoutant à son nom celui d'Anthousa, la Fleurie ::. pour rappeler les embellissements de la jeune capitale, encore toute brillante de l'éclat de ses édifices et de ses murs récemment construits. Elle s'élevait à l'ouest du forum sur un arc, portait la corne d'abondance '. et appuyait le pied sur une proue de navire 5.
Ce qui montre bien que la raison et la foi fuient impuissantes à déraciner la superstition qui faisait dépendre de cette déesse le bonheur de la ville, c'est qu'elle se conserva, toujours honorée ou redoutée, jusqu'au milieu du ixe siècle de notre ère G. Pendant le règne d'Anastase, auvG siècle, par l'effet de la malveillance ou de l'incurie, la proue sur laquelle elle était représentée debout s'étant trouvée détériorée, Tyché s'en vengea cruellement : tant qu'on laissa la statue en mauvais état, il fut impossible, parait-il, aux vaisseaux d'aborder dans le port ; des vents violents les repoussaient, et sans des barques nombreuses bien garnies de ra-
1 . Anonymus Bandurii, dans Unger, Quellen de,- Byzantinisch. Kunstgesch p. 31^3
2. Godinus 180; 44, dans Unger, p. 153; Anonym. Bandur., 18. dans Unger p. 176. Les témoignages des auteurs byzantins sont d'ailleurs très obscurs sur ce point. Ils semblent confondre sans cesse la statue en bronze du Forum et la statue de bois qu'on promenait dans l'Hippodrome.
3. Malalas, p. 322. D'après Malalas, cette Tyché se serait appelée autrefois Céroë.
4. Codinus, 47. Unger, Que II en der Byz. Kitnstgesch., p. 159.