Voir V Assemblée des dieux de Lucien
plus obscures de l'existence grecque, avait eu pour résultat l'anthropomorphisme, recommence. Mais il n'y a là qu'une apparence vaine; les nouveaux dieux de la Grèce et de l'Asie n'ont pour ainsi dire plus un seul des caractères des dieux antiques. Le principe même auquel ils doivent leur naissance esl complètement différent. En revêtant de tonnes sensibles les forces de la nature ou les idées abstraites, les populations primitives delà Grèce obéissaient à un sentiment profondément religieux; leur imagination, encore dans toute sa fraîcheur, s'abandonnant sans réserve aux impressions du monde extérieur, voyait réellement partout des êtres surnaturels ; ils n'étaient pas loin, dans leur ignorance naïve, de se considérer eux-mêmes comme la plus étonnante et la plus belle des merveilles que leurs yeux inexpérimentés découvraient partout, et par la l'orme humaine dont ils revêtaient l'essence divine ils comblaient l'abîme qui les séparait d'elle, ils se rapprochaient des dieux, ils se confondaient avec eux. vrais dieux eux-mêmes, vivant au sein d'un monde peuplé de dieux. L'époque hellénistique est loin de cette loi, de cet orgueil naïf, et la distance qui sépare le ciel de la terre va de jour en jour s'agrandissant. C'est bien toujours sous la forme humaine que la Grèce divinise ses maîtres, mais ce n'est pas pour les rapprocher d'elle; tous ses efforts tendent au contraire à les éloigner et à les faire sortir de l'humanité. Pour mieux y réussir, elle renonce devant eux à tout sentiment de dignité et d'indépendance ; il lui semble que plus elle s'abaissera, plus son idole s'élèvera. Rien de sincère dans cette adoration qui ne repose que sur la servilité, la crainte, l'intérêt, ('/est une comédie où personne n'est dupe et dans laquelle le dieu est quelquefois le premier à rire de sa divinité, sauf d'ailleurs à se montrer bon prince et à payer les flatteries qu'on lui décerne par les privilèges du néocorat.
L'art lui-même, n'étant plus soutenu el vivifié par la lui des premiers âges, semble frappé de stérilité quand il s'agit de créer les images de ces cultes factices. Au lieu de ces
formes plastiques d'une variété infinie sans cesse renouvelées par une imagination brillante et féconde qui s'inspire de mythes et de légendes sans nombre, il semble désormais en être réduit à la reproduction monotone d'un type qui change à peine depuis les successeurs d'Alexandre jusqu'à la fin de l'empire: celui de la Fortune; Fortunes des villes, assises ou debout, Fortunes des souverains, Génies avec les attributs de la Fortune, voilà le thème perpétuel sur lequel s'exerce l'habileté plus ou moins grande des sculpteurs et des graveurs. C'est que, en réalité, la Fortune est bien alors la reine du monde; c'est en elle que viennent se résumer les autres divinités, et son culte est le seul qui conserve encore quelque apparence de sincérité et de ferveur.
REPRESENTATIONS FIGUREES DE TYCHE
Parmi les divinités grecques, Tyché est une de celles dont le cycle figuré est le moins riche. La raison en est que cette divinité a surtout un caractère moral, et qu'elle est sortie bien plutôt des abstractions philosophiques et religieuses que de l'anthropomorphisme, dont l'influence sur le développement des a ris plastiques en Grèce fut si considérable. Les artistes trouvaient dans la poésie épique, dessinés d'une façon déjà précise, les traits de Zeus, d'Athèna, de liera, et leur ciseau n'avait plus qu'à suivre les contours de ces modèles créés par l'imagination des chantres de l'Hellade. Mais Tyché ne reçut pas de la poésie primitive celte personnification sensible et vivante. 11 faut descendre jusqu'à Eschyle pour trouver d'elle un portrait qui se rapproche quelque peu des formes concrètes qu'avaient déjà reçues la plupart des autres dieux de la Grèce. Son nom n'éveillait le souvenir (l'aucun mythe, d'aucune légende poétique; elle ne se trouve mêlée à aucune des aventures fabuleuses de l'Olympe. Aussi ses représentations figurées n'ont-elles pas l'heureuse variété de formes, d'attitudes, d'expression ou d'attributs par laquelle les artistes savaient rajeunir et renouveler les types traditionnels des divinités grecques. Des artistes célèbres cependant consacrèrent parfois leur talent à représenter Tyché. In des vieux maîtres de l'école de Chio, Ooupnlos. Praxitèle, probablement aussi Damophon de Alessène, Eutychidès, l'élève de Lysippe, avaient fait des statues de Tvché ; Apelle lavait représentée sur une de ses toiles.
Mais de toutes ces œuvres il ne reste rien, sauf de celle d'Kutvehidès. dont le Vatican possède une réplique en marbre. C'est surtout d'après les textes, les monnaies, deux ou trois bas-reliefs, dont un seul semble appartenir à une bonne époque, et d'après des terres cuites assez grossières, qu'on peut suivre son type à travers l'antiquité.
I. Tyché seule. 1. La plus ancienne conception de Tyché fait d'elle une Nymphe, qui préside à la prospérité champêtre. .Mais il est à peu près impossible de savoir comment on la représentait dans ce cas. Pour nous renseigner sur cette première période de son type figuré, nous en sommes réduits à des textes tout à fait insuffisants. Par Pausanias, nous savons qu'elle avait encore, au 11e siècle de notre ère, des statues 1res antiques, \Elis,\\y avait d'elle un xoanon l, qui était de très grande dimension {{j.i^iOzi [xi*;* xyal\j.a) ; il élait doré partout, excepté au visage et aux mains, qui étaient en marbre. Le mol Çoavov dont se sert Pausanias dans la description de la statue, semble il est vrai n'avoir pas ici toute sa valeur ordinaire, et être employé plutôt comme un adjectif indiquant la matière de la statue; cette matière même cependant suffit pour qu'on puisse assigner à la statue une date assez reculée, et on peut y voir à la rigueur un xoanon restauré. D'autres statues d'une antiquité plus authentique sont signalées par le même voyageur, notamment à Sicyone : « Sur l'Acropole qui existe aujourd'hui, il y ;i un « temple de Tyché Akraia. et un temple des Dioscures. Les « Dioscures et la statue de Tyché sont des xoana » -. Ces différentes statues présentaient probablement les mêmes caractères que toutes les autres de même espèce, c'est-à-dire