ORIGINE DE TYCHÉ
core ce ne fut pas par l'effet d'un progrès lent et insensible qui L'avait fait pénétrer dans les mœurs, mais à la suite d'un acte de violence qui prouve combien encore à cette époque on ;i\;iii de répulsion et même de mépris pour la déesse prygienne et ses métragyrtes. De plus, quand elle admit ce culte, Athènes le modifia profondément, et supprima dans la légende tout ce qui regardait Attis. Au ve s., par contre, Tyché était universellement reconnue en Grèce, où elle avait depuis longtemps ses temples et ses statues. Ce fait ne s'expliquerait guère si Tyché avait dû réellement son origine à Rhéa-Cybèle.
Quant à Aphrodite, accueillie beaucoup plus tôt que Cybèle, elle perdit presque immédiatement, dans la religion grecque, ce qu'elle avait de phénicien pour revêtir les pures formes helléniques qu'elle a déjà dans Homère ; et si Tyché a quelque rapport avec elle, ce sera seulement plus tard, quand elle-même aura changé de caractère et reçu des attributions nouvelles.
Pour ces raisons, nous sommes porté à voir dans Tyché une divinité d'origine grecque plutôt qu'asiatique, et nous ne serions pas éloigné de croire qu'elle se rattache aux croyances des populations les plus antiques de la Grèce. C'est sous l'aspect d'une divinité champêtre que Tyché se révèle d'abord à nous. N'est-ce pas sous le même aspect que nous apparaissent aussi les divinités des premiers habitants de l'Hellade? JN 'est-ce pas le culte des dieux de la terre, de la production, des troupeaux, qui domine chez les Pélasges *? En Arcadie, où semblent s'être conservées plus longtemps et d'une manière plus pure les conceptions religieuses les plus lointaines de la race, le culte des Nymphes en particulier était très développé. Elles y recevaient le surnom de Dodonides, sous lequel on reconnaît le souvenir des
sonnelle à cette divinité. Quant à la statue que possédaient de la de'esse les habitants d'Acrise, en Laconie, l'expression même dont se sert Fauteur u/x)y.x Udov, peut faire douter de spn antiquité (Pausan. III, 22, 4.) 1- Matin , Relig de la Gr. I, ch. 2, p. 51.
traditions pélasgiques l. Tyché est au début une divinité du même ordre, et rien n'empêche qu'elle soit sortie, comme ces Nymphes Dodonides, de l'imagination ingénieuse et naïve des ancêtres du peuple hellénique, habituée à personnifier sous une multitude de formes les phénomènes de la végétation.
Peut-être même serait-il possible de préciser davantage, et, sans quitter la contrée où Tyché se montre à nous pour la première fois, de retrouver son berceau. Quand on lit l'énumération que Pausanias fait des sanctuaires religieux de la Béotie, on est frappé de l'importance qu'y avait acquise le culte des divinités cabiriques. On voyait entre Thèbes et Thespies un temple des Cabires, temple dont les restes ont été récemment découverts -, et près de Thèbes il y avait un bois consacré à Déméter Kaêeipta et à Cora 3. La religion des Cabires parait avoir été fort ancienne dans cette région, et M. F. Lenormant, d'accord sur ce point avec Ottfried Muller, croit qu'elle devait y être contemporaine d'un établissement des Pélasges 4. Ne serait-ce pas dans ce centre, au pied de l'Hélicon, sur les bords du lac Copaïs, que Tyché aurait vu le jour? Remarquons, en effet, que le premier poète qui la nomme appartient à la Béotie, et que l'hymne à Déméter la met précisément en relation avec Déméter et Cora honorées dans le bois voisin de Thèbes.
D'autre part, le rapport de Tyché avec les divinités cabiriques est attesté de différents côtés. Une tradition parlait, au sujet de l'antique Fortune adorée dans le Latium à Préneste et à Antium, de trois Cabires étrusques que l'on appelait Gérés, Paies et la Fortune 5. Sur le revers d'une médaille de Thessalonique, dont la face représente Valérien le