TYCHÉ DÉESSE CHAMPÊTRE
proche ces fait^ du texte d'Hésiode qui, aux environs, du ixe s. av. J.-C., inscril déjà le nom de Tyché dans la Théogonie, on ne peut s'empêcher de croire que le culte de cette divinité doit remonter assez haut, et que, au moins à partir du mi siècle avant notre ère, elle a eu en Grèce; sinon des temples, du moins des sanctuaires particuliers et des images. .Mais on ne peut conclure de là que. déjà à cette époque, la notion de Tyché fût généralement répandue: et, selon toute vraisemblance, le culte qu'elle recevait dans ses sanctuaires les plus anciens, dans ceux d'Argos, de Phares, d'Elis, de Sicyone, était surtout un culte local. On ne s'expliquerail guère sans cela le silence général que gardent sur Tyché la plupart des auteurs jusque vers le vie siècle av. J.-C.
On ne pourrait sans témérité hasarder des hypothèses sur les circonstances particulières auxquelles Tyché dut d'être choisie, de préférence aux autres Nymphes nommées avec elles dans la Théogonie, pour recevoir ce culte spécial qui devait plus tard prendre une extension considérable. Cependant on peut remarquer que le nom de chacune de ces tilles de l'Océan rappelle soit les bienfaits qu'on attendait d'elle, soit son humeur, soit encore certains caractères de grâce ou de beauté. Les unes représentent les diverses qualités des eaux et leurs aspects différents : Ocyrhoé, Xanthé, etc. : les autres des conceptions morales : Métis. Pitho; le nom de Tyché est le plus général de tous; il Pest plus que ceux mêmes d'Eudore et de Pluto, dont la nature semble se rapprocher le [dus de la sienne. N'est-ce [. s précisément à cette circonstance qu'elle dut la faveur dont elle jouit as«.e/. prom ptem e ni '.' Quoi qu'il en soit, s, ,n caractère parait nettemenl marqué dès le début : Tyché est la déesse du bonheur.
.Mais il faul faire ici une distinction. Le bonheur est une chose lout-à-fail relative, que chacun entend à sa manière. Les peuples son! à cel égard comme les individus : chaque peuple se forme du bonheur une idée différente, et même,
suivant les différentes époques de son histoire, sa conception du bonheur varie. 11 est évident que les anciennes populations de la Grèce n'attachaient pas au mot le même sens que les contemporains de Périclès par exemple. A mesure qu'on fit entrer un plus grand nombre d'éléments clans ce qu'on appelait le bonheur et que les hommes se montrèrent plus difficiles pour être henreux, les attributions deTyché durent aussi s'élargir. Pour les Grecs du temps d'Hésiode, qui nous parle le premier de Tyché, le bonheur, celait surtout la prospérité et la richesse ; et la richesse pour eux provenait de deux sources principales : l'agriculture et le commerce maritime. C'est à ces deux branches de l'activité humaine que se rapportent la plupart des conseils de L'auteur des Travaux et Jours. De là les deux traits qui dominèrent tout d'abord dans l'idée qu'on se fit de la déesse Tyché '.
Avant tout, Tyché est la déesse de la prospérité qui vient du sol. C'est pour cette raison, sans doute, qu'on la trouve rapprochée, dans la Théoyo/iic, d'Eudore et de déesses champêtres de même nature. Si Hésiode la range au nombre des Nymphes des eaux, c'est que l'eau est pour les campagnes une cause de fertilité 2. Dans la patrie du poète, plus encore que dans les autres contrées de la Grèce, on dut avoir une vénération particulière pour ces divinités modestes, protectrices du tranquille bonheur des champs. La Béotie, en effet, est une des parties les mieux arrosées du territoire hellénique, et les eaux s'y montrent sous les formes les pins variées, mers, lacs, rivières, conduits souterrains; seschamps fertiles et boisés, le climat assez doux de ses côtes, la frai-