‹ Étude sur la déesse grecque TychéChapitre 94 sur 185 · Id., ibid., XLIX · texte numérisé non relu

Id., ibid., XLIX

6. Id., ibid., XLIX, 1: Gerhard, Griech. Myth., § 503 T. Schœne. Griech. Reliefs, 109.

Mais l'association d'Agathos Démon et de Tyché n'exprime pas toujours la fécondité venant du sol. Les divinités de la (irèce, même celles qui semblent tout d'abord les plus simples, sont en effet infiniment complexes, et leur signification change, non seulemement suivant les différentes époques et les lieux différents, mais même, pourrait-on dire, suivant 1ns individus qui les invoquent. C'est ainsi qu'Agathos Démon, aussi bien que Tyché, est considéré souvent, non seulement comme génie bienfaisant de la terre, mais encore comme divinité de la vie humaine : à ce titre encore, Tyché et lui se trouvent associés. 11 semble que ce soit là l'idée dominante qui les lit placer l'un et l'autre, à Lébadée, auprès de l'antre de Trophonios ', c'est-à-dire d'un être prophétique aux oracles duquel les fidèles demandaient assurément autre chose que des conseils pratiques pour faire prospérer leurs champs. — Agathos Démon, même quand on le considère comme le dieu du vin pur et sans mélange (àxpa-coç), signification qui fut extrêmement répandue et à laquelle les auteurs font sans cesse allusion, n'est pas purement un génie tellurique. Par exemple à Chéronée, dans la fête du vin nouveau, où le seizième jour lui était spécialement consacré 3, c'était encore le dieu champêtre, sans doute, qu'on célébrait; mais c'était aussi le dieu de l'ivresse, le dieu qui délivre l'homme de ses peines, de ses soucis, et lui donne pour un moment l'illusion d'un bonheur qu'il cherche en vain dans la réalité. C'est dans le même sens que nous trouvons le nom de Tyché invoqué sur un vase à boire 3, et qu'un personnage de comédie salue, dans un festin, l'arrivée d'une coupe de vin : « Il apporte une de ces coupes inventées par « Thériclès ; elle contenait plus de sept cotyles d'Agathe « Tyché. » 4 Tyché et Agatbos Démon sont ici surtout des divinités de la vie humaine, de la joie et du bonheur, et la

]. Pausan.,IX, 39, 4.

ï. Plut.. Symp., III, 7.

3. Panofka, Terracot., I, *û>i? avec l'inscription -->y-.i v./rJ-ii.

4. Thépphilos, Prrtides, fragfR. cité par Athénée, X], 472, p,

langue, dans l'usage ordinaire, les réunit souvent à ce titre, de même que les monuments l.

Nous trouvons encore ces deux divinités associées l'une à l'autre, avec une signification plus haute, dans les documents publics. Là, elles ne sont plus des divinités veillant seulement sur les particuliers, mais sur l'Etat lui-même, et, comme telles, selon toute probabilité, elles avaient un temple commun à Athènes auprès du Prytanée 2. Lorsque enfin Tyché tut devenue une sorte de déesse plus générale encore, et que son action fut substituée à celle des autres dieux dans le gouvernement des affaires du monde, son nom se trouve encore uni à celui du Démon dans la langue courante, et Démosthène emploie couramment l'expression complexe /.x-'y. ca(/;va v.xi tû/yjv, pour désigner l'intervention de la divinité dans les choses humaines.

Parmi les autres divinités helléniques rapprochées de Tyché, nous trouvons aussi le Dieu Pan 3. qui, dans le bois sacré d'Olympie, avait un autel auprès de celui de la déesse; la déesse Hora 4, et surtout Ploutos. A Thèbes, Tyché portait ce dieu, figuré sous les traits d'un enfant 3, comme Eiréné le portait à Athènes. Un bas-relief et une médaille de l'ile de Mélos représentent aussi le jeune dieu sur les bras de sa mère 6.

1. Les Monumenti inediti delT Instit. archeol., 2e vol. pi. VII, reproduisent des pâtes de verre portant d'un coté la tête d'Ag. Tyché et de l'autre l'Ag. Démon sous la figure d'un satyre barbu, qui est remplacé quelquefois par Dionysos, figuré avec des cornes de taureau (Panofka, Terracut., I).

2. Gerhard, Abhandhmgen Berl. Ak. 1847, note 35 ; Philologus, 1849, p. 380, sqq. D'après Gerhard, la statue de Tyché qu'Elien (Yar. hist., IX, 39), signale auprès du Prytanée, ne serait autre que ce groupe de Tyché et d'Agathos Démon. Dans le même article, Gerhard assimile ce groupe à d'autres que signale Pausanias. par exemple à celui de Tyché et d'Eros qu'on voyait à Egire (Paus., VII, 26, 3) ; le groupe aurait été placé, non dans le Prytanée même, comme le croit Leakc (Topogr. d'Ath.), mais dans un temple particulier, peut-être de lorme ronde et de dimensions assez restreintes, ce qui pourrait expliquer que Pausanias n'eu fasse pas mention. Peut-être aussi, ajoute-t-il, ce temple était-il disparu au temps de Pausanias, comme cela était naturel, après qu'on en eut enlevé l'œuvre de Praxitèle.

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