‹ Étude sur la désinfection chimique du crachat tuberculeuxChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les crachats recueillis, ils’agit d'éviter leur dessication ; ilestindispensable d’adjoindre aux crachoirs une substance désinlectante capable, sinon d'assurer une stérilisation parlaite des crachats, du moins d’atténuer les dangers de contagion, au cours des manipulations auxquelles seront soumis les crachoirs. Et tout d'abord quelles sont les principales conditions que devront remplir les antiseptiques destinés à cet usage.

1°) Ils ne devront pas coaguler les matières albuminoïdes. Le sublimé, par exemple, au contact des matières muco-albumineuses des crachats forme des coagula, au centre desquels le bacille, à l'abri de l’antiseptique, conserve toute sa virulence.

2°) Ils ne devront pas présenter d’odeur ou tout au moins pas d’odeur trop désagréable.

ge une odeur peu agréa-

L'aldéhyde formique déga Le, ble de formol.

L'acide phénique très vanté autrelois et recommandé par Grancher, est un peu tombé dans le discrédit. Outre que ses qualités désinlectantes n’ont pas encore reçu, dans le cas qui nous occupe, de confirmation

certaine, son odeur insupportable inspire à la longue

Rey Te

du dégoût à tout individu qui tousse et qui crache ; et le malade lui-même imprégné de cette substance est considéré par ses voisins comme un véritable pestiléré. Il est même arrivé, dit M. Vallin, que certains phtisiques, sur la plainte de locataires habitant le même immeuble, ont été congédiés par le propriétaire. Mais, il ne faut rien exagérer et pour si désagréable qu'on üenne l'odeur de l'acide phénique, ne pas rejeter, pour ce seul inconvénient, des antiseptiques qui ont une valeur désinlectante certaine, tout en dégageant une légère odeur (Iysol, crésylol).

3°) Ils ne devront pas être trop caustiques, ni surtout trop toxiques, tout en conservant une puissance anti-microbienne suflisante.

Les solutions trop concentrées d'agents toxiques, ne sont pas laissées sans danger à la portée des malades et du personnel hospitalier. Cependant, avec les subtances colorantes que l’on peut adjoindre aux agents chimiques dangereux, il semble qu'on soit à l'abri de tout danger, dans la plupart des cas, la question enfants étant mise à part.

Et pourtant, il faut compter avec tout; dernièrement un médecin-major nous racontait l’histoire d’un malade qui ne prenait docilement ses médications, que s'il les avait, au préalable, mises dans son crachoir ; e’est là un cas curieux pour ne pas dire un cas unique et c'est à ce seul titre que nous le relatons.

4°) Ils devront être économiques, parce que destinés à être employés journellement et en grandes quantités.

De nombreuses expériences ont été tentées dans le

PERS ner

but de trouver des agents chimiques capables d’assurer une désinfection suflisante des crachats tuberculeux. Nous résumerons les principaux travaux entrepris dans ce sens ; en procédant chronologiquement :

Schill et Fischer, en 1884, peu après la découverte du bacille de Koch et sous l'inspiration du savant allemand ont attiré l'attention sur la nécessité de la désinfection des expectorations tuberculeuses. Ils portaient deux ou trois pointes de couteau sur lesquelles ils avaient déposé des crachats bacillifères, dans des récipients en verre et ils prolongeaient l’action du désinfectant de une heure et demie à vingt-quatre heures. Le bacille n'était tué qu'en vingt heures dans l'alcool absolu, l'acide acétique ; des solutions de sublimé à { pour 5000, 1 pour 1000, L pour 500 dans aucun cas, même après vingt-quatre heures de contact, n’arrivaient à le détruire ; au contraire, les inoculations à des animaux restaient sans effet, lorsque les crachats avaient séjourné deux heures dans une solution d'acide phénique à 5 pour 100.

En 1888 Grancher et de Gennes firent des recherches avec l'acide phénique à 5 pour 100, la potasse à 5 pour 100, le sulfate de cuivre à 5 pour 100, le chlorure de zine à 5 pour 100, le sublimé à 1 pour 100. Is faisaient un mélange intime de lPantiseptique et des crachats qu'ils laissaient en contact pendant vingtquatre heures. En résumé, seul le sublimé à { pour 100 a paru tuer le bacille tuberculeux. Mais à ce titre, les solutions sont par trop dangereuses à mettre à la portée des malades et des infirmiers. Et ces auteurs conclurent : € Nous n'avons donc rien à espérer des

SUURE

liquides désinlectants », et ils préconisèrent les moyens physiques.

En 1890 Geppert fit des expériences tendant à prouver que Paction anti-bacillaire du sublimé est plus qu'incerlaine.

En 1891 Gerlach étudia les propriétés désinfectantes du lysol à 5 et 10 pour 100, de l'acide phénique à 5 et 10 pour 100. Les bacilles étaient tués en vingtquatre heures dans les solutions de Iysol à 10 pour 100; le autres antiseptiques restaient ineflicaces. Il concluait que le Iysol se plaçait bien avant tous les autres agents, pour détruire les germes dans les crachats infectieux.

La même année C. Spengler étudiait l'aseptol, le kréolin, le Iysol et l'acide phénique et arrivait aux mêmes conclusions que Gerlach.

En 1892 Buttersak préconisait le lysol et le crésol en solutions à 5 et 10 pour 100.

En 189% Goriansky fait des expériences avec des crachats et aussi sur des cultures pures de bacille de Koch avec le lysol à 10 pour 100, l'acide phénique à 5 pour 400. L'acide pyroligneux est considéré par lui comme le meilleur des désinlectants, et pourtant, la moitié de ses cobayes inoculés après action prolongée de cet agent chimique sur les erachats, ont été tuberculsés.

En 1898 M. Chuquet indique comme liquides stérilisateurs : les solutions très salées de sublimé, l'acide phénique à 5 pour 100, les solutions très étendues à 5 pour 1000 d’aldéhyde formique. Il conclut qu'il ne

faut pas compter sur une stérilisation absolue du cra-

chat et surtout du erachoir ; il faut encore avant de le vider le stériliser dans l’étuve sous pression.

En 1900 Ottolenghi a recherché quels étaient parmi les désinlectants usuels, les plus eflicaces pour stériliser les crachats. Il a constaté que la solution de sublimé à 5 pour 1000 pure où additionnée de chlorure de sodium, suivant la formule donnée par Miquel, ou d'acide chlorhydrique, ainsi que la solution de lysol à 10 pour 100 détruisaient toujours le bacille de Koch, après une action sur les crachats variant de quatre à quatorze heures. Par contre, il n'a pas obtenu de bons résultats avec la formaline, le chlorure et le lait de chaux,

Steinitz, en 1901, fait de nombreuses expériences avec des crachats frais, sur lesquels il fait agir le trichlorure d’iode, la formaline, des solutions alcooliques de sublimé. Trois centimètres cubes de crachats sont mis en contact avec trente centimètres cubes d’antiseptique, sans agitation, pendant un temps variant entre une heure et huit heures (durée maxima). Les résultats qu'il obtient avec le trichlorure d’iode sont très variables ; le sublimé alcoolique désinlecte toujours les crachats en trois heures.

En 1901 Cramer étudie le Iysolorme et le bacillol. Le bacillol est un produit inodore, semblable au lysol. Il ne donne pas assez d'indications sur la technique qu'il emploie. Pour arriver à des désinlections «€ suflisantes » 1] faut faire agir le bacillol à 3 et 4 pour 100 pendant dix-huit à vingt heures sur les crachats Cet auteur considère que la désinfection est «€ suffisante »,

lorsque 90 à 95 pour 100 des bacilles sont tués. Il est

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d'ailleurs partisan de combiner les moyens chimiques aux moyens physiques.

Dans l’article : «© Des crachoirs, ce qu'ils étaient, ce qu'ils sont, ce qu'ils devraient-être » publié par le prolesseur Rouget (du Val-de-Grâce) dans la /?evue d'hygiène et de police sanitaire (1900) ; l'acide phénique à 5 pour 100 additionné d’une forte proportion de chlorure de sodium, les solutions de formol, de soude caustique où d'eau de Javel sont préconisés par cet auteur.

M. Griflon, en 1901, publie une série de travaux faits au laboratoire de M. le professeur Cornil, sur la stérilisation des crachats tuberculeux par laniodol. Il arrive à détruire la virulence des bacilles, antérieurement constatés dans les crachats, à l’aide d’une solution d'aniodol à 1 pour 100, à condition de laisser l'antiseptique au contact des érachats pendant vingtquatre heures. On peut alors faire des inoculations au cobaye, sans tuberculiser Panimal.

M. Besançon, la même année, préconise l’eau de Javel comme moyen pratique de désinlection.

M. Raybaud, en 1902, reprend les expériences de M. Griffon avec un nouveau mélange aniodolé contenant 1,66 p. 100 d’aniodol dissous dans une solution d'acide acétique, spécialement préparé pour cet usage. Il faut douze heures de contact des crachats avec la solution acéto-aniodolée pour que les inoculations au cobaye ne déterminent pas de lésions bacillaires.

En 1902, Thom étudie le lysol à 10 p. 100, le Iysoforme à 2 p. 100, le « Rohsolutol » à 2 p. 100.

Le Rohsolutol tue le bacille en vingt-quatre heures.

Il recommande de dissoudre d’abord le mucus qui forme une véritable barrière aux antiseptiques, en traitant les crachats par une lessive de soude, puis de soumettre alors les crachats à l’action prolongée des substances désinfectantes, en grande quantité (10 parties d’antiseptique pour 1 partie de erachats) et sans agitation. |

Ræpke obtient de bons résultats avec le Iysolorme à 5 p. 100, il emploie aussi des solutions alcalinisées de sublimé, de lysolorme, de lysolorme phéniqué et constate que l'addition d’alcalins rend ces solutions plus actives. Toutes les expériences de Ræpke ne doivent pas être prises en grande considération ; dans un ças il prend une quantité infime de crachats à laquelle il ajoute dix fois, vingt fois son volume d’antiseptique ; dans un autre cas il agite fortement le mélange ; ces recherches ne peuvent répondre à la réalité.

Ottolenghi, dans un travail paru en 1902, dit avoir obtenu d’excellents résultats avec l’eau d’aniline à % p. 100.

Bolinger, en 1903, a expérimenté de nombreux antiseptiques parmi lesquels : l’acide phénique à 5 p. 100, le sublimé à 1 p. 1000, la solution de formaline à 9 p. 100, la solution savonneuse de crésol à 5 p. 100, à 10 p. 100, « Krésolschwefelsäure » — Crésol brut + acide sulfurique concentré à parties égales à froid. Il prend des quantités différentes de erachats bacillifères, sur lesquels il fait agir ces substances pendant un temps plus ou moins long, variant de 3 heures à 48 heures. Les inoculations sont faites les unes souscutanées, les autres intrapéritonéales. Voici, dans un

tableau que nous avons dressé, quelques-uns des ré-

sultats qu'il a obtenus :

AGENTS TAUX QUANTITÉ Durée Nombre employés Fr de crachats |: ke cobuyes Cobayes! Cobayes Acide phénîque.….| 5 p. 100! 100 em | 24h 4 4 0 = = 00 eme | — ® 0 2 o p. 100 » 48h |? (Ù À SUDIIME, +... 42, { p..1000| 25 em | 24h. 4 (] î 2 2 200 eme | {2 h 2 2 (] Formaline .…...... plein? 2 0 — — — GR? 2 0 — — — r A FT 0 à — —- — An Ne 0 7 Crésol savonneux.….| 5 p. 100! 150 eme | 24 h.| 2? À (Q En » » ON À {1 mort d'accident — lp 00 Sim CS ht 4 0 — 200 eme | 6Gh.| 4 4 — — 120 emc | 24 h.| 4 0 4 Krésolschwefelsure.| 5 p. 100! 30 emc | Gh.| 2 2 0 — — 100 emc | 24 h 2 2 (Q — — 150 emc | 48 h 7 0 2

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