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AU POINT DE VUE DE LA CLASSIFICATION DES ROCHES

La détermination précise des feldspaths dans les roches, notamment celle des plagioclases, de lalbite à Tanorthite, a de tout temps fait l'objet des efforts des minéralogistes et des pétrographes. Avant Temploi du microscope et des plaques minces, leurs efforts seDornaient à l'étude des grands cristaux, soit que ces derniers fussent extraits des roches granitoïdes, soit qu'ils fissent partie des éléments de première consolidation des roches porphyriques. Et encore, dès que le grain de la roche étudiée atteignait un certain degré de finesse, le chalumeau ouïes anciens microscopes polarisants devenaient impuissants et l'on devait se borner à interpréter, d'une façon plus ou moins plausible, les résultats de l'analyse chimique énbloc*

Cordier fut le premier à chercher une détermination plus précise des éléments qui entrent dans « les pâtes lithoïdes des cotcrants de lave de tous les âges » .

Il découvrit % dans les poudres provenant de la trituration de ces pâtes, a des fragments de feldspath^ aplatis, offrant des indices de lames et de coupes rectatignlaireSy blancs et demitransparents ou même limpides ». Il cherchait à les préparer mécaniquement et à les séparer des éléments plus lourds, en plaçant la poudre à l'extrémité d'une plaque de verre inclinée et en

* Mémoire sur les substances minérales dites en masse, Ac. Se, 16» 30 oct. et nov. 1815.

FELDSPATHS. 1

2 DETKHMINATION DKS FELDSPATHS

frappant à Taulre oxlrrmilé. Puis s'aidant du microscope, pour vérifier le n»sultal de celle préparation mécanique rudimentaire, Cordier recourait en derni^re analyse aux didérences de fusibilité pour établir ses diagnostics.

Un demi-siècle plus tard, la double iJée de Cordier portait ses fruits et prouvait sa fécondité; d'une part M.Sorby (1858) apprenait à préparer facilement des plaques minces de roches, en montrait presque tous les éléments devenus transparents et y étudiait les inclusions liquides ou vitreuses. Dès lors les pétrographes transformaient le microscope ordinaire en microscope polarisant et appliquaient successivement, aux minéraux des roches, les méthodes optiques de la lumière parallèle et de la lumière convergente.

D'autre part M. Fouqué montrait que l'emploi judicieusement combiné de rélectro-aimant et des attaques ménagées à l'acide (luorhydrique, constitue un moyen «^missant * de préparation et de purification. C'est également sous son impulsion féconde que nous avons appris à utiliser les liqueurs lourdes pour la séparation des minéraux par ordre de densité.

Ainsi la détermination des feldspalhs au microscope a élé, pour ainsi dire, la [)ierre de touche des progrès de la pétrographie moderne; les procédés de la micro-chimie, inaugurée par Boricky, développée et perfectionnée par M. Behrens et par un grand nombre d'autres observateurs, leur ont été appliqués concurremment avec la séparation mécanique el l'analyse optique. Il est donc intéressant, à plus d'un titre, de chercher à coordonner les résultats acquis et de voir jusqu'à quel point les divers procédés de détermination des fcldspaths, mis en œuvre par la science moderne, ont réagi sur la classification des roches et se sont montrés efficaces dans la pratique journalière et courante des laboratoires.

Ces résultats, à les considérer superficiellement, ne sont pas très satisfaisants ; le plus souvent les feldspaths, qui constituent à coup sûr rélémenl blanc, non ferrugineux, le plus important des roches, sont classés sans plus de distinction dans l'orthose ou dans les plagioclases. Et cependant ces derniers peuvent varier de l'albile, minéral acide contenant plus de 68 p. 100 de silice,

' Savants étrangers, 1873, xxii, n" 11.

à Tanorthite, minéral très basique à 43 p. 100 de silice; les proportions relatives de potasse, de soude et de chaux y varient en corrélation avec la nature dominante des feldspaths et, à ne considérer que les familles de roches, sans môme entrer dans le détail de leur classification, les derniers travaux de M. Iddings paraissent avoir prouvé ((ue les rapports de ces bases, et notamment ceux de la potasse à la soude, sont parmi les plus caractéristiques des éléments chimiques des magmas.

Nous nous empressons d'ajouter que les pétrographes soigneux serrent, en général, de plus près la détermination des feldspaths des roches et nous verrons plus loin qu'il est désormais possible d'arriver à cette détermination précise, non seulement pour les grands cristaux, mais pour les microlites les plus ténus. Mais des doutes ont été jetés sur les méthodes qui conduisent à ce résultat, et il est nécessaire de recourir à des mesures optiques délicates : c'en est assez pour expliquer que certaines classifications négligent la détermination précise des microlites feldspathiques, c'est-à-dire de l'élément blanc le plus abondant et le plus acide d'un grand nombre de roches. Dès lors, cette négligence conduit nécessairement à des groupements artificiels, comprenant à la fois des roches très basiques et d'autres très acides, les unes très riches en chaux et pauvres en alcalis, et inversement. La classification des roches à deux temps, exclusivement basée sur la nature des minéraux de première consoliclation, est un legPde l'ancienne pétrographie et une sorte d'aveu injustifié d'impuissance. Toute classification rationnelle doit s'appuyer sur les caractères que les roches portent pour ainsidire avec elles, c'est-àdire sur leur structure, reiïet des conditions physiques de la cristallisation, sur leur composition minéralogique intéf/rale, qui représente avec fidélité la composition chimique de leur magma, tout en empruntant quelques traits accessoires aux conditions physiques précitées.

Ainsi la détermination précise, rapide et relativement facile de tous les éléments feldspathiques des roches est une des conditions indispensables à l'établissement d'une classification rationnelle : on peut en ((uelque sorte jauger la valeur d'une étude pétrographique au soin apporté par l'auteur à déterminer les feldspaths

4 DETERMINATION DES FELDSPATHS

de ses plaques minces. Toutes les Ecoles sont à peu près d accord sur la classification des roches granitoïdes à grands éléments: au contraire, les discordances les plus fâcheuses éclatent, lorsqu'il s'agit des roches porphyroïdes à pâte compacte, et il est facile de vérifier que les têtes de chapitre de certaines classifications fort répandues comportent labus de ce malheureux mot de plagioclase dont nous avons cherché a critiquer l'acception trop vague et l'indétermination trop complète.

Ces considérations font ressortir l'importance des méthodes qui permettent d'aborder le problème de la détermination précise des plagioclases ; parmi elles, les procédés optiques sont de beaucoup les plus pratiques, tant à cause de leur élégance et de la simplicité des moyens qu'ils mettent en œuvre, que parce qu'ils se prêtent à une analyse détaillée des conditions de la cristallisation, étudiant pour ainsi dire un cristal zone par zone, macle par macle ; ils ne supposent ni la destruction de la plaque étudiée, ni des manipulations délicates ou compliquées. La théorie seule est relativement difficile ; la pratique est aisée. Nous nous proposons de passer en revue ces procédés optiques et de les compléter dans la mesure du possible.

L'infiuence des livres classiques dus à M. Rosenbusch est si considérable, notamment dans les pays de langue allemande et anglaise, qu'il est utile de rechercher par quels procédés ce chef d'école a abordélc problème qui nous occupe : dans la première édition de sa pétrographie (1873-1877), M. Rosenbusch recourt volontiers aux extinctions présentées par les sections de la zone de symétrie perpendiculaire à y* (010) et rapportées à la trace des macles suivant la loi de Talbite. Il leur prèle des maxima et des minima parfois caractéristiques, mais souvent aussi peu caractérisques ; ainsi, par exemple : « les directions d extinction € des plagioclases des diabases, rapportées à la trace de la macle ^ « dans les sections de la zone ph (001) (100) sont si variables « qu elles paraissent inutilisables. Cependant en moyenne les € maxima et les minima semblent plus élevés que dans le groupe « des roches dioritiques * » .

* Rosenbusch. Vhys. d, Maas, Gesleine^ 1877, 324.

M. Rosenbusch commettait une double erreur en prêtant un minimum à la zone de symétrie, qui passe, comme toutes les zones, par 0*", et en refusant au maximum une valeur caractéristique. Nous TCrrons que cette zone est restée la seule pratique pour Tétude des microlitcs feldspathiques et que, fort heureusement, elle peut donner à elle seule la solution complète du problème. Si nous insistons sur ces origines, c'est qu'elles expliquent jusqu'à un certain point l'état actuel de la question et ses répercussions sur les questions les plus générales de la pétrographie, telles que l'emploi ou le rejet des éléments du second temps de consolidation dans la classification des roches porphyriques.

Découragé par les insuccès auxquels l'avait exposé sa double méprise, M. Rosenbusch n'a plus recouru dans ses études postérieures qu'aux méthodes applicables aux cristaux maniables, et en particulier à la méthode de Max Schuster [extinctions sur les lamelles de clivage suivant jy (001) et </ (010)]. D'où indétermination fréquente de l'élément blanc dominant de seconde consolidation et valeur exagérée attribuée aux grands cristaux plus maniables du premier temps.

Dès 1877 \ j'ai cherché à démontrer que l'étude des sections en zone est susceptible de donner des résultats rigoureux ; pratiquement le manque de données numériques suflisamment précises

ZONB PERPENDICULAIRE à gl (010)

ZONE pgi (001) (010)

Albite

Oligoclase . . .

is^ao'

Labrador . . .

Anorthite . . .

au delà de :n*

audelàde4-r.O^

au delà de 30»

» De remploi du luicroscope polarisant à luuiiôre pai*allèle, Ann. des MineSy 1877, 392.

6 DETERMINATION DES FELDSPATHS

ne permeltaii pas do serrer de très près les maxima caractéristiques ; le tableau ci-joini rappelle ceux que j'ai donnés à cette époque. Un seul nombre laissait à désirer d'une façon notable ; c'est celui de l'oligoclase dans la zone perpendiculaire àgr* (010). On trouvera d'ailleurs juxtaposés les résultats de 1890 (les Minéraux des Roches) et ceux qui découlent des épures beaucoup plus précises jointes à ce mémoire (1894).

Les données numériques relatives aux constantes optiques des feldspaths avaient été jusqu'alors empruntées à deux importants mémoires de M. Des Cloizeaux dans lesquels la position dans l'espace des axes principaux d'élasticité riç, n„, n^ avait été approximativement déterminée, ainsi que celle des axes optiques A et B. M. Des Cloizeaux avait également donné le résultat de nombreuses mesures d'extinctions dans les faces do clivage p (001) et y* (010), rapportées à l'arête commune py^ (001) (OIO)V

En 1880, Max Schustcr * reprend ces dernières mesures, ainsi que celles relatives à l'écartement des axes optiques, et s'inspirant des idées de M. Tschermak sur Tisomorpliisme des plagioclases, il cherche à démontrer que les feldspaths tricliniques forment une série continue de mélanges en toute proj)ortion d'albite et d'anorthite. Relativement aux extinctious sur/? (001) et sur <7* (010), Max Schuster ajoute, aux valeurs numériques déjà trouvées par M. des Cloizeaux, la notion du signe de l'extinclion : cette précaution une fois prise, il ne peut plus y avoir confusion entre certaines albites et certaines andésines. L'application théorique que M. Mallard a faite des courbes tracées par Max Schuster, ne permet plus dès lors de douter : 1'* (jue ces données numériques sont très approximativement exactes ; T que les plagioclases se comportent réellement au point de vue optique comme des mélanges d'albite et d'anorthite '. La seule (juestion théorique, désormais en litige, ne peut porter que sur le fait de savoir si ces mélanges sont en nombre indéfini ou s'ils se rapportent à des proportions nettement délinies des éléments composants. Ce point de vue théoricjue, qui supposerait im preï\

« Ann. de Ch. et de Phys., 9» pèric, IV, 249, 1875, et IX, 1870, « Tsck. Minéral, und Petrogr. M Ht,, 111, 117, 1880. » Bull, S.c. Min. fi\, III, 90, 1880.

lable une dtWiuilion et une critique de Tisomorphisme, échappe au sujet que nous nous proposons de traiter ; tout au plus convient-il de rappeler que les (études pcHrographiques mettent hors de doute le grand nombre des mtUanges possibles ; Texamen des zones d'accroissement de certains feldspaths et les proc(^dés délicats basés sur les positions d'égale intensité lumineuse, appliqués aux sections g^ (010), prouvent en effet d'abord le grand nombre de zones d'accroissement optiquement différentes dans certains grands cristaux et, en outre, ils établissent que ces zones empruntent leurs propriétés optiques à deux éléments distincts seulement '.

La reproduction synthétique des feldspaths, par voie de fusion ignée et de recuit, nous avait amenés, M. Fouqué et moi, à reconnaître que l'albite ne cristallise pas dans ces conditions et qu'il semble y avoir une tendance à la production de types stables sans passages par des variétés intermédiaires. En d'autres termes, dans nos fusions qui donnent principalement des variétés microlitiques, les feldspaths, qui se produisent, ne commencent qu'aux oligoclases, et paraissent sauter sans transition des types audésitiques acides (s'éteignant en long dans la zone d'allongement), aux Ig^bradors ' (s'éteignant à SO*" environ).

Ces constatations, qui peuvent s'expliquer de bien des façons, et en particulier par l'existence de types plus stables dans les conditions de genèse que supposent la fusion ignée et le recuit relativement rapide du magma fondu, ont porté ombrage aux disciples de M. Tschermak et ils ont mis en doute l'efficacité de la méthode dite de statistique pour la détermination des microlites. Les uns basent leur critique sur ce que la coexistence de de plusieurs variétés de feldspath doit fournir comme maximum celui du feldspath à maximum le plus grand. Les autres (et Max Schuster a été du nombre) ont môme mis en doute que les maxima soient capables de distinguer le labrador de certaines bytownites.

On peut répondre à la première série de critiques que la coexistence de plusieurs feldspaths dans les grands cristaux s'accuse

' Les Minéraux des Roches^ p. 73 et suiv.

• Bull. Soc, Min. fr., 111, 63, 1880.

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soit par l'élude toujours possible des zones d'accroissement, soit par des différences de forme», de volume ou même de macles caractéristiques. Le microcline, i'orthose, Tanorlhose môme se distinguent des autres feldspaths et ces derniers se groupent généralement entre eux. Quant aux microlites, ils sont en général deprisc rapide et relativement homogènes ; tout au plus estil loisible de constater Texistence de trachy-andésites à microlites d'orthose et de plagioclases. D'ailleurs les méthodes exposées plus loin permettent de faire la lumière, môme pour les microlites, car on VPVfa qu'une seule section suffit souvent pour résoudre le problème complet, afférent au plagioclase dont elle est composée. La seconde série de critiques est injustifiée : les maxima caractéristiques de la zone de symétrie commencent à 16" et il n'y a plus d'amphibologie possible, des andésines basiques aux anorthites ; les oligoclases eux-mômes sont en général caractérisés et le doute n'était permis qu'entre les albites et certaines andésines acides. Il convient d'ajouter que Max Schuster s'est mal rendu compte de la succession de positions occupées dans l'espace par les axes d'élasticité des feldspaths. Le croquis

schemauque qu'il a joint à son mémoire et que M. Rosenbusch a encore reproduit sans critique en 1885, est inexact ; il est facile de s'en con>iaiJTCre en remarquant que ce croquis ne tient aucun compte du fait, démontré pratiquement et théoriquement, que, pour un des oligoclases, l'axe n^ de plus grande élasticité coïncide sensiblement avec i arête pg^ (001) (010).

Le mémoire de Max Schuster met en évidence les changements fréquents de signe des bissectrices aiguës dans les plagioclases : il est maintenant bien avéré que, de l'albite à l'anorthite, il y a trois changements de signe, et par suite trois fois passage de l'angle 2V par 90". Un de ces passages se fait dans les oligoclases acides, un autre dans les andésines proprement dites, un troisième dans les bytownites.

Andésines acides

Anortbites

Oligoclases

Andésines

Bytownites

Albites

Labradors

En 1884, M. Des Cloizeaux* a public^ une nouvelle et très nombreuse série d'observations sur les oligoclases et les andésines. Elle comprend et explique précisément cette évolution si curieuse qui amène, pour certains oligoclases acides, le plan des axes optiques à être perpendiculaire à g^ (010), tandis que, pour certaines variétés plus basiques, Taxe n^ d'élasticité maximum coïncide à peu près rigoureusement avec Tarùte joy* (001) (010).

Utilisant ces données nouvelles, j'ai tracé en 1888, dans les Minéraux des Roches ', des croquis plus exacts des deux principales zones de symétrie et j'ai pu corriger le maximum de l'oligoclase dans la zone de symétrie de la macle de l'albite (voir p. 5). J'ai aussi cherché à élucider les propriétés générales des extinctions en zone, à en utiliser le signe optique, enfin à y appliquer la théorie des mélanges. C'est ainsi que toutes les courbes alTérentes aux divers plagioclases doivent, pour une même zone, se couper au point même où la courbe de l'albite croise celle de l'anorthite. Pratiquement les épures soignées montrent fort bien ce point commun qui, dans la zone de symétrie perpendiculaire à ^* (010) par exemple, se trouve dans Tangie aigu fait par le plan de zone passant par pg^ (001) (010) avec la section droite du prisme, à 8'' de cette -dernière ; l'extinction s'y fait à + 1'^ de la trace g' (010) (voir fig. 2, p. 32).

La première partie des Minéraux des Roches contient également une méthode pratique pour déterminer l'angle des axes optiques autour d'une bissectrice à laquelle la section considérée est perpendiculaire ^ Cette méthode a de fréquentes applications dans l'étude des feldspaths, précisément à cause de leurs changements de signe trois fois répétés.

Dans la seconde partie faite en collaboratTon avec M. Lacroix, nous avons donné* des croquis en projection orthogonale (et non stéréographique, comme l'a cru M. de FédorolT), donnant la position des axes n^, n„ et yjp, et fournissant une notion de la façon dont le plan des axes optiques évolue de l'albite à l'anorthite.

' BuU. Soc. Min. fr,, VII, 249, 1884.

• Les Minéi'aux des Roches, f* partie, p. 36.

MJt C m y t/V.

*L. c, 198etsuiv.

10 DETERMINATION DES FELDSPATUS

En 1890 s l'étude dos Roches volcanir/ues des Ptiys et du Mont- Dore m'a induit à chercher les caractères précis auxquels on peut recourir pour reconnaître, en plaque mince et dans des sections orientées au hasard^ celles d'entre elles qui coïncident sensiblement avec y* (010). Lorsqu'on peut en outre déterminer Torientation de l'angle aigu ph^ (001) (100), les données de Max Schuster deviennent alors applicables et l'étude des zones d'accroissement est facilitée par la disparition des macles de l'albile qui n'en masquent pas les propriétés. L'application à l'étude des roches d'Auvergne* montre que cette méthode conduit à de bons résultats ; car ils ont été en partie vérifiés par l'analyse chimique. Tout récemment en eirel, M. Fouqué a analysé et étudié par de nouvelles méthodes les grands cristaux des basaltes ophitiques du Mont-Dore ; ses résultats coïncident précisément avec mes propres déterminations.

Néanmoinson peutappliquer, à larecherche de la face <jr* (010), la double critique suivante : elle esl assez longue et pénible, comme toute méthode basée sur la recherche en plaque mince d'une face déterminée qui n'a pas beaucoup de chances de se trouver rapidement, malgré la profusion des sections présentées par les plaques minces ; elle ne s'applique pas en général aux microlites très fins, qui, aplatis suivant g^ (010), disparaissent, pour ainsi dire, quand ils ne se présentent pas à peu près sur leur tranche.

En 1893', M. de FédorofT a fait paraître une remarquable étude sur la série des feldspaths tricliniques, basée sur l'application du principe du théodolite à l'orientation des plaques minces sous le microscope polarisant. Au lieu de laisser constamment la plaque mince perpendiculaire à l'axe du microscope, M. de FédorofT lui imprime deux rotations successives à angle droit et l'amène ainsi à une orientation numériquement déterminée, après correction de la déviation que la réfraction fait subir au faisceau de lumière parallèle qui sort en définitive suivant Taxe du microscope. M. de Fédoroif se borne à chercher, en lumière parallèle, les positions d'extinction continue qui correspondent

• C. H. A. .S., 10 novembre 1890.

• Itull. Soc, Géo., 674 ctsuiv., 1891.

• Zeitschr. ftir Knjslallogr,, XXU, 3.

au cas où le faisceau do rayons polarisés traverse la plaque parallèlement à un axe optique. Cet axe est ainsi diHerminé par rapport à une face connue, (f (010) ou p (001) par exemple, suivant laquelle la plaque mince a été taillée. L'extinction de cette face fournit une autre donnée numérique à laquelle M. de Fédoroff superpose Textinction suivant Tautre pinacoïde p (010) ou y* (001), telle qu'elle résulte des courbes de Max Schuster.

Ainsi les données observées par M. de Fédoroff sont : la position d-un axe optique A dans l'espace et l'extinction suivant un des pinacoïdes p (001) ou g^ (010). Il admet pour Tautre pinacoïde y' (001) ou p (010) le chiffre qui se déduit des courbes de Max Schuster et dès lors, en s'appuyant sur le théorème de Fresnel, par une construction simple en projection stéréographique, il détermine lautre axe optique B, d'où découlent les positions de n., /i„, Hp. On remarquera que le chiffre déduit des courbes de Max Schuster ne varierait pas, alors même qu'on supposerait que leurs ordonnées ne sont pas à leur place quant aux rapports de l'albite à l'anorthite.

En d'autres termes, il suffit d'admettre que le rapport entre les extinctions sur/? (001) et sur g^ (010) a été donné exactement par Max Schuster, sans même s'inquiéter de l'abscisse à laquelle ils correspondent, c'est-à-dire de la composition chimique.

Les résultats de M. de Fédoroff sont en somme très voisins, même pour l'anorthite, de ceux que nous avons donnés dans les croquis en projection orthogonale des Minéraux des Roches; M. de Fédoroff les a groupés sur une projection stéréographique perpendiculaire à l'arête verticale A»^* (100) (010) du prisme: on y voit, comme dans l'épure (fig. 198 et 199) des Minéraux des RocheSy /ip partir du plan 9* (010) pour l'albite, former une boucle, puis repasser dans ce plan pour un oligoclase basique, précisément suivant l'arête ;?y* (001) (010), et s'en éloigner définitivement. En même temps n., se promène non loin du plan perpendiculaire à l'arête pr/^ (001) (OlOi et passe j)lusieurs fois par ce plan, notamment du labrador à l'anorthite.

M. de Fédoroff a donc vérifié et confirmé, par une méthode nouvelle, les données que nons n'avions pas colligées sans difficulté et sans l'appréhension de quelque erreur grave d'orientation.

12 DETERMINATION DES FELDSPATIIS

surtout pour lanorthite dont les données optiques n'avaient pas fait Tobjet de déterminations suffisamment précises.

En égard aux observations précédentes, il n'est pas étonnant que les épures de M. de Fédoroff confirment presque entièrement celles des figures 13 et 14 des Minéraux des Roches, pour ce qui a trait aux zones principales/?^* (001) (010) et perpendiculaire à y* (010). 11 y a cependant deux observations à faire au sujet des figures 20 et 22 de M. de Férodolf. Dans la figure 22, les courbes afférentes à Talbite et à Toligoclase doivent avoir partout leurs ordonnées changées de signe. Quant à la figure 20, on y voit toutes les courbes des plagioclases passer par le point commun prévu par la théorie, à rexccption de celle de lanorthite : M. de Fédoroff a supposé en effet que ce feldspath a un de ses axes optiques rigoureusement situé dans g^ (010). Mes propres observations ne confirment pas celle singularité, non plus que cette anomalie. Ni lanorthite de la dioriteorbiculaire de Corse, ni cellede la Somma n'y satisfont avec rigueur; il y a deux ou trois degrés de différence qui ramènent la courbe de Tanorthite à passer par le point commun de la zone de symétrie et qui identifient la figure 20 de M. de Fédoroff avec la figure 14 des Minéraux des Roches. (Voir p. 32, fig. 2, anorthile.)

M. de Fédoroff a en outre appelé l'attention sur un cert<iin nombre de sections intéressantes ; nous verrons plus loin que plusieurs de ses courbes sont inexactes : notamment les courbes afférentes aux extinctions simultanées des macles de Talbite, dans l'albite et dans Toligoclase, et celles qui se rapportent aux sections dont une série de lamelles hémitropes sont perpendiculaires à un des axes optiques ». Malgré ces quelques défectuosités, la tentative de M. de Fédoroff est des plus intéressantes et tout à fait suggestive.

En juillet 1893, M. F. Becke* a donné la description d*un procédé qui permet de juger avec une vraie sensibilité de la grandeur relative des indices de réfraction de deux substances qui se touchent intimement en plaque mince. Comme les felds-

' Figures 15, 16, 17 et 18.

• Ueber die Bestimmharkcit (1er Gesteinsgemengtheile auf Grund ihres Lichlbrechunga Vermogetis. Wiener Akad. Juillet 1893, I.

paths sont en série nettement croissante h ce point de vue de Torthose à l'albite et de lalbite à Tanorthite, l'application de ce procédé a conduit M. Becke à des comparaisons déjà fort intéressantes et môme à de véritables déterminations \ quand les feldspaths étudiés touchent un minéral d'indice connu et voisin, comme le quartz, par exemple.

Nous verrons, à la fin dece mémoire, que la méthode de M. Becke, qui nous parait 'féconde, peut i>trc généralisée et appliquée à la recherche des indices de réfraction, dans de certaines limites.

Une des graves difficultés contre lesquelles se heurtait toute tentative ayant pour objet de dresser des épur(»s vraiment précises, synthétisant les propriétés optiques des plagiociases consistait dans rinhomogénéité des crisUiux étudiés et dans l'incertitude des types chimiques des feldspaths les mieux étudiés au point de vue optique. Il est nécessaire de mettre en œuvre tous les moyens actuellement en usage pour purifier les types qui doivent servir à la fois d'étalons chimiques et optiques, et en outre, parmi les déterminations optiques, d'éliminer celles qui varient trop rapidement pour la moindre erreur d'orientation des coupes minces. La face p (001) est dans ce cas, par exemple, pour les feldspaths basiques.

M. Fouqué a poursuivi, dans ces dernières années, des recherches dont il a bien voulu me communiquer quelques résultats et dont la haute précision doit permc^ttre l'établissemc^nt de ces points de repère réellement précis, dont il convient de partir pour chercher à tracer des épures dignes de confiance. Sa méthode, qu'il a exposée dans son cours du collège de France de 1893-1894, consiste à chercher l'extinction, suivant le plan des axes optiques, des plaques perpendiculaires àn^ et ànp, rapportée aux traces des plans g^ (010) on p (001). L'écartement vrai des axes, et -par suite le signe de la bissectrice aiguë ont été cherchés dans chaque cas. La purification et l'analyse chimique ont soigneusement accompagné chaque feldspath étudié; eulin, autant que possible n^ et n^ ont été repérés par rapport aux fac(»s /; (001) et 17» (010).

* Tonalitder Rieserferner. T. M. P. Mitth. 1893, 380, XIIL

14 DETERMINATION DES FELDSPATIIS

La inrlliodr <l(» M. Fouqiii» donne un nouveau moyen de délerminalion des feldspaths présentant des sections favorablement orientées vi donnant une honne image en lumière convergente. Elle ne supprime pas l'indécision entre les albites et les andésines, car les données numériques qui leur sont alFérentes, sont analogues et seulement distinctes par le signe de la bissectrice aiguë, qui est parfois difficile à déterminer (»n plaque très mince.

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