SECTION A
Les causes de cette facilité de la revision en France sont d'ordre politique et social, et il est indispensable, croyons-nous, pour bien les saisir, de faire quelques pages d'histoire, de remonter à ces époques douloureuses des années de 1870 et 71 et de suivre la lutte des partis politiques en notre pays dans les jours qui suivirent jusqu'à l'échec définitif de la monarchie, échec qui nous donne, on le verra, la revision illimitée et la plus aisée possible.
La guerre malheureuse de 1870 fait tomber des mains de Napoléon III le sceptre impérial; la dynastie des Bonaparte, déchue par la défaite, fuyait dans l'exil, et l’on pouvait répéter, alors, les vers de Victor Hugo:
O sœurs des corolles vermeilles, Filles de la lumière, abeilles, Envolez-vous de ce manteau !
Elles s'étaient en effet envolées les abeilles impériales, et, antithèse frappante, pendant que la couronne glissait à terre du front de Louis-Napoléon, Guillaume, roi de
Prusse, ceignait au palais de Versailles le diadème des
anciens empereurs d'Allemagne, pendant que l'empire français s'écroulait, l'empire d'Allemagne renaissait plus fort et plus puissant avec les Hohenzollern, qu'avec les vieux Habsbourg. Mais un pays ne vit pas sans gouvernement, le pouvoir impérial détruit, il ne fallait pas laisser notre patrie, déja si malheureuse, en proie à l’anarchie ; après la guerre étrangère, il ne fallait pas la guerre civile ; hélas! on ne put enrayer tout le mal et nous avons à déplorer les horreurs de la Commune où l’on vit les luttes fratricides, mais cependant l'ordre l’emporta et nous eûùmes après le gouvernement de la Défense nationale, l'Assemblée nationale. Le décret du 29 janvier 1871 fixait à 768 le nombre des députés ; par suite du traité de Francfort, il ne fut que de 738 et au scrutin du 8 février, 638 représentants seulement furent envoyés à Bordeaux, car certains candidats avaient été élus dans plusieurs départements.
La nation, lasse des guerres et des folles aventures de l'Empire, voulait la paix, aussi envoya-t-elle à l'Assemblée un grand nombre de monarchistes ; c'était, en effet, à part quelques exceptions, le parti de la paix : Les bonapartistes et les républicains étaient d'humeur plus belliqueuse et, au reste, on gardait encore dans la mémoire le souvenir des terribles épopées de la première République, et on craignait une continuation de guerre ou une proche revanche. Est-ce à dire que le pays fut royaliste et que, comme en 1815, 1l ne voyait de salut hors sous l'égide d'un Bourbon? Il ne semble guère, mais il voulait la paix, la paix à tout prix, et il pensait arriver à cette paix tant désirée en nommant à l'Assemblée des royalistes, et cela est si vrai, que la paix faite, une ère