‹ Étude Sur La Facilité De La Révision De Notre Constitution De 1875Chapitre 35 sur 46 · OM E · texte numérisé non relu

OM E

uns comme le vicomte de Gontaut-Biron, notre ambassadeur à Berlin, ils oubliaient les services et le génie de M. Thiers pour ne garder dans leur mémoire que leurs rancunes. Les orléanistes regardaient M. Thiers plutôt d'un œil favorable malgré quelques paroles échappées ici ou là, quelques écrits qui faisaient tourner vers lui l'espoir des républicains modérés comme Dufaure, Jules Simon, etc.

M. Thiers est donc le pivot de tout, l’Assemblée l’élit son président et M. Thiers fait la nique à cette Assemblée conservatrice qui l’a élu en faisant voter dans la loi du 31 août 1871 cet article : « Le chef du pouvoir exécutif prendra le titre de Président de la République française. » La France sera ce que voudra M. Thiers et qu'est-ce que M. Thiers voudra qu’elle soit? Et tout d’abord quelles sont les opinions politiques de M. Thiers? Qu'est-il? Royaliste, républicain ou peut-être indifférent et simple partisan de l’ordre ? On a dit et écrit beaucoup sur ce sujet, on n’en saura peut-être jamais rien, mais tout porte à croire qu'il fut républicain puisqu'il est le fondateur de la République, à moins que, selon un mot qui fut prononcé, monarchiste, il admettait qu'on fondât la République pourvu qu'il en fut le président; ceci est peut-être vrai d’un homme qui disait d’un solliciteur demandant l'emploi de directeur à la manufacture de Sèvres :

— Il n’est pas plus fait pour ce poste là que moi pour... et il s'arrêta.

— Ah! Ah! Monsieur Thiers, lui dit son interlocuteur, vous voilà bien embarrassé pour dire ce que vous ne sauriez faire.

— C'est vrai, c'est vrai, dit-il gaiement!.

M. Thiers était orgueilleux, c'était là son moindre défaut : « De toutes ses fantaisies, il n’en était pas qui lui tint plus au cœur que son désir de faire reconnaitre par tous son universelle compétence?. » Non seulement il avait la première place, mais il la voulait aussi.

Royaliste d’origine, l’homme des lois de septembre et de la rue Transnonain, il écrivait en 1855 : « Quant à l'avenir, il est à la République. Les barbouilleurs de 1848 ont échoué et devaient échouer, mais la même entreprise réussira un jour, quand elle sortira, non de quelques clubs ou de quelques estaminets, mais des entrailles mêmes de la nation ?. » En 1863, nommé par le département de la Seine, il rentre à la Chambre ; là, il mène la campagne avec et auprès de l'opposition républicaine, mais non confondu avec elle. Après le désastre, il parcourt l'Europe, quêtant quelques sympathies et demandant quelques appuis aux puissances pour la France meurtrie sous la botte germanique, il arrive à Saint-Pétersbourg : « Je suis honteux de représenter la République; c’est le plus grand sacrifice que j’ai pu faire à mon patriotisme, moi le représentant par excellence de la royauté constitutionnelle #. » Et à ce même voyage il disait au prince Gortschakoff. « C'est une République qui est, aujourd’hui, le meilleur de vos amis (il s'agissait des Etats-Unis) et peut-être y en aura-t-il bientôt deux dans vos affections, au moins je le souhaite. » — « Je le

1. Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, p. 54. 2. Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, p. 54. 3. Buffet, par le baron de Courcel.

Page 1