SECTION C
Le 13 novembre 1872 parut le message présidentiel que M. Thiers lui-même vint lire à la tribune ; les conservateurs s’aperçurent alors qu'ils étaient joués et s’écrièrent avec émotion : « Le pacte de Bordeaux est violé ! » C’est que le message contenait des déclarations nettement républicaines, le pacte de Bordeaux, sous les ailes duquel s’abritaient les différents partis, était déchiré. Au début du message, M. Thiers insinue que la République peut être un régime d'ordre tout comme un autre et que lui, Thiers, le montre actuellement, puis il continue : « La République est le gouvernement de la nation qui, ayant voulu longtemps et de bonne foi laisser à un pouvoir héréditaire la direction partagée de ses destinées, mais n'y ayant pas réussi, par des fautes impossibles à juger aujourd’hui, prend enfin le parti de se régir ellemême, elle seule, par ses élus librement, sagement désignés... Deux années écoulées sous vos yeux, sous votre influence, sous votre contrôle, dans un calme presque complet, peuvent nous donner l'espérance de fonder cette République... Les événements ont donné la République. La République existe, elle est le gouvernement légal du pays : vouloir autre chose serait une nouvelle révolution. Ne perdons pas notre temps à la proclamer, mais
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employons-le à lui imprimer ses caractères désirables et nécessaire... La forme de cette République n’a été qu'une forme de circonstance... mais tous les esprits vous attendent, tous se demandent quel jour, quel forme vous choisirez pour donner à la République cette force conservatrice dont elle ne peut se passer, ce sera à vous de choisir. » M. Thiers possède l’art de gazer les choses admirablement, il sait voiler toutes les choses avec une habileté consommée, c’est un maitre de l’'équivoque, mais tandis que par des termes s'entendant de diverses manières, il veut laisser persister le doute dans l'esprit des orléanistes, il fonce droit sur les légitimistes et se découvre nettement, il porte un coup droit au comte de Chambord dans ce message : glorifiant la révolution de 1789 et ses conquêtes au point de vue social, il s'écrie : « Et c'est à cause de cela qu'on a pu dire que le drapeau tricolore ferait le tour du monde ! À la suite d'un conquérant il s'est promené victorieusement, mais ses œuvres matérielles ont péri. Ses œuvres morales subsistent et sont la plus solide gloire de la France. »
L'homme qui avec une impitoyable décision avait mis fin à la carrière aventureuse de la duchesse de Berry, se dressait encore une fois devant la légitimité et s’opposait au drapeau blanc, c’est-à-dire au comte de Chambord.
L'émoi fut grand dans tous les camps monarchistes, surtout chez les légitimistes, et on peut dire que dès ce moment la guerre est déclarée entre le Président de la République et l’Assemblée. Le pacte de Bordeaux est violé, clamaient les royalistes affolés, et c'était vrai, eton le sentait non seulement en France, mais aussi à l’étranger.
RC rie
Le baron de Schleinitz, ministre de la maison du roi de Prusse, empereur d'Allemagne, disait à M. de Gontaut-Biron, notre ambassabeur à Berlin : « Le message est tout à fait républicain, c'est la violation du pacte de Bordeaux !. » Et le prince Gortchakoff, chancelier de Russie, de dire : « Nous n’avons qu'un désir, voir l’ordre maintenu en France; devant l'échec de la fusion des princes d'Orléans et du comte de Chambord, la Russie n'a pas d'objection contre une République conservatrice?. »