SECTION D
Un des premiers soins de l’Assemblée et du Président fut la réorganisation de l’armée. Les soldats étaient dirigés sur Versailles, où on les incorporait; beaucoup et des officiers venaient se mettre comme ils disaient à la disposition de M. Thiers, et ceci nous montre la puissance magique de ce nom à cette époque. L'armée rétablie, M. Thiers résolut de la placer sous les ordres de Mac- Mahon, ce fut au cours d’une visite à Versailles, au Président par le Maréchal que l'offre fut faite à ce dernier. Le Maréchal répondit avec modestie qu’étant vaincu, sa nomination pourrait soulever des critiques, ce à quoi le Président répondit : « Vaincu, tout le monde l’a été. Quand aux critiques, c'est à moi d'y répondre. » Le 29 juin 1871, à Longchamps, M. Thiers passa une revue solennelle des troupes de l’armée française, ce fut émotionnant, et quand la revue terminée, le Maréchal vint pour saluer le chef du pouvoir exécutif, le Président très pâle tendit les mains au duc de Magenta, et tous deux éclatèrent en sanglots. « Cette étreinte, la foule n'avait pu la voir, mais elle dut la deviner et s’y associer, car elle mit toute son âme dans la formidable clameur dont elle salua ces deux patriotes?. »
1. Hanotaux, La France contemporaine, p. 217. 2. Hector Penard, Mes petits papiers, p. 153.
On ne pensait pas alors à voir ainsi ces deux héros que demain ils seraient deux adversaires, qu'à Thiers, congédié par l’Assemblée, succéderait Mac-Mahon. Mais à la vérité ce n’était point Mac-Mahon qui devait mener le combat politique qui devait lui donner la présidence, c'était un des monarchistes les plus avisés, le duc de Broglie, fin diplomate et adroit politique.