‹ Étude Sur La Facilité De La Révision De Notre Constitution De 1875Chapitre 41 sur 46 · Gontaut-Biron, Mon ambassade en Allemagne, p · texte numérisé non relu

Gontaut-Biron, Mon ambassade en Allemagne, p

a dans la branche d'Orléans ni prétendants, ni compétiteurs !. »

M. Thiers combat les projets d’abrogation et de validation, la lutte est rudement menée, mais le Président est vaincu, l’abrogation et la validation sont votées, et M. Thiers, poussé par son intérêt ou la force des événements, accepte le projet de loi, mais, dit-il, « je me demandais si, en consentant à leur rendre leur territoire, je ne commettrais pas une faute. Je me suis dit qu’une seule chose pouvait m'excuser, c'était d’avertir mon pays, jeile Bis,»

Les lois d'exil étaient abrogées. La lutte va devenir plus ardente. Le 2 juillet 1871 eurent lieu les élections. Le mouvement républicain se dessinait. A Paris, cinq républicains étaient élus. Sur les seize autres nouveaux députés de la capitale, cinq seulement étaient des monarchistes pur sang, les autres étaient indifférents. Donc, au moment où le fusion se faisait, où tous les camps monarchistes se groupaient pour la réalisation de leurs espérances et marchaient au combat contre M. Thiers, au moment où le comte de Paris va solliciter une entrevue du comte de Chambord, le pays, aux élections du 2 juillet, se révèle républicain.

Le comte de Chambord fait un voyage en France, puis s'établit à Bruges d’où il lance un manifeste. Ce fut un coup de tonnerre : le prince déclarait qu'il ne devait pas subir de conditions, etc., ete..., qu'enfin Henri V ne pouvoit abandonner le drapeau d'Henri IV. « C’est le suicide de M. le comte de Chambord, dit M. de Falloux, et

1. Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, p. 234, 2. Id., p. 235,

M£ Dupanloup de dire : « Je viens d'assister à un phénomène intellectuel sans exemple. Jamais on n’a vu une cécité morale aussi absolue!. » Les monarchistes de l’Assemblée enregistrent « le sacrifice » du comte de Chambord, mais déclarent quand même que la monarchie sera en France, qu’elle sera ‘héréditaire et représentative, et ils affirmaient leur volonté de conserver à la France le drapeau qu’elle s’est donnée.

Les princes d'Orléans se soumettant au comte de Chambord et celui-ci se refusant à changer son drapeau, la monarchie devenait impossible, Thiers triomphait.

Le comte de Chambord semble n'avoir jamais rien connu à la politique, car, prétendant au trône, il faisait tout pour n'y point monter. Dans un précédent manifeste ayant trait à la politique extérieure, manifeste du 8 mai, le comte de Chambord se déclarait prêt à intervenir pour obtenir des garanties à l'indépendance de la Papauté ; c'était éveiller des soupçons en Italie et en Allemagne. Cependant ses fidèles continuent le combat au sein de l’Assemblée et un instant, le 20 août, M. Thiers fut sur le point de tomber, mais Gambetta se rapproche de M. Thiers et M. Thiers de Gambetta, et le 31 août, M. Thiers est nommé Président de la République.

Le 19 janvier 1872, M. Thiers, à la suite d’un débat sur une question financière, voulut donner sa démission, mais sur les instances de certains membres de l’Assemblée, il la retira.

Le 25 janvier 1872, nouveau manifeste du comte de Chambord. «Rien n’ébranlera mes résolutions et personne,

1, Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, p. 280,

sans aucun prétexte, n'obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution. »

Les groupes monarchistes de l’Assemblée veulent rédiger un programme, mais ils n'arrivent pas à s'entendre, les uns d’ailleurs voulant le drapeau blanc et les autres n'entendant pas sacrifier le drapeau tricolore; des discussions quasi-haineuses éclatent entre orléanistes et légitimistes. On en veut au prince de Joinville et au due d'Aumale qui ne cachent pas leur amour pour le drapeau de leur père.

Dans un discours, le duc d’Aumale parle « de l’honneur de rester sous les drapeaux... sous le drapeau de la France : — une voix : Lequel ? — M. le duc d'Aumale : Sous ce drapeau chéri... (Très bien! à droite et au centre, bruits à l'extrême-droite.) M. le marquis de Franclieu Qu'est-ce que cela? — M. le duc d'Aumale : .... Sous ce drapeau chéri auxquels tous les Français de toute opinion et de toute origine se sont ralliés pendant la guerre, ce drapeau, longtemps le symbole de la victoire et qui est resté, dans notre malheur, l'emblème de la concorde et de l'union. » Le comte de Chambord demande au marquis de Dampierre sa parole de voter contre le duc d’Aumale si celui-ci se trouvait un jour appelé à la présidence de la République.

Il y avait des froissements entre les deux camps royalistes, il y avait des tisons de haïnes à peine éteints et qui se rallumaient.

Le duc de Broglie, notre ambassadeur à Londres, avait donné sa démission pour venir combattre au sein de l’As-

1, Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, p. 490,

semblée, son nom dit assez quels sont ses sentiments, 1l est orléaniste.

Diplomate accompli, politique adroit, grand orateur, M. Thiers va avoir à compter avec lui et la droite va avoir un chef.

Les élections qui eurent lieu en février 1873 montrèrent que le pays devenait de plus en plus républicain M. Barodet, ancien maire de Lyon, passait à Paris, contre M. de Rémusat, ministre des affaires étrangères, M. Barodet était radical. En province, un légitimiste était élu dans le Morbihan, quatre radicaux dans la Corrèze, la Gironde, le Jura, la Marne; deux radicaux, l'un dans la Nièvre, l’autre, M. Lockroy, dans les Bouchesdu-Rhône. Les élections du 11 mai donnèrent quatre républicains et un bonapartiste. M. Thiers allait de plus en plus à gauche, il pressentait que la France était républicaine et qu'elle allait le montrer dans ses élections comme elle l'avait déjà fait. Quelques jours avant les élections, le vicomte de Gontaut- Biron, notre ambassadeur à Berlin, dinait à la présidence : « Suivant M. Thiers, dit M. de Gontaut, les radicaux, de cinquante qu'ils étaient dans l’Assemblée actuelle, compteraient cent voix dans la nouvelle Chambre, et la droite, au lieu de deux cents voix, n’en aurait plus que cinquante. La majorité serait composée des membres appartenant aux centres. Je demandai à M. Thiers s'il croyait par hasard qu'il gagnerait au change. « Certainement, » me répondit-il!. »

« Avant de repartir pour Berlin, j’eus plusieurs entre-

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