Hanotaux, La France contemporaine, p, 232 et suiv
il disait d'autre part aux princes d'Orléans que si la monarchie devait se faire; elle devait être unie; en coquetterie avec les républicains radicaux, il démolissait en dessous Gambetta qui le traitait de sinistre vieillard et le combattait, il essayait même de jeter le désaccord au sein de la famille d'Orléans, il s'apitoie sur le sort du comte de Paris et au sujet de l’attitude un peu énigmaque du duc d'Aumale et du prince de Joinville, il dit : « Le duc de Glocester, lui aussi, avait des neveux; il est devenu Richard IT !. »
M. Thiers n'est rien autre chose que M. Thiers, il veut la République, mais avec M. Thiers comme président ; il se sait nécessaire en somme, il sait sa popularité en France et à l'étranger, il sait que l’Allemagne et l'Italie verraient avec déplaisir le retour du comte de Chambord, la première par crainte peut-être d'une revanche et surtout d'un appui au clergé allemand avec lequel le prince de Bismark entrait en lutte, la seconde par crainte de la restauration du pouvoir temporel de la Papauté dont le comte de Chambord était un zélé défenseur ; il sait que l’AIlemagne et les autres puissances d’ailleurs ne veulent pas de Gambetta par crainte de la révolution et aussi de la revanche, il sait tout cela. « Et si M. Thiers venait à mourir, pensait l'empereur Guillaume — que Dieu le garde! car sincèrement nous lui souhaitons longue vie — alors, M. Gambetta arriverait au pouvoir, et quinze jours après, nous aurions la guerre de revanche? . »
Et Bismark devant nos discordes intestines de dire
1. Hanotaux, La France contemporaine, p. 231. 2. Mon ambassade en Allemagne, Gontaut-Biron, p. 278.
au vicomte de Gontaut-Biron, d’un ton moitié gouailleur : « Les monarchistes n'ayant pu s'arranger entre eux, je crois qu'il n'y a pas d'autre parti à prendre pour les conservateurs que de soutenir l'ordre de choses actuel ; il faut que vous gardiez Adolphe [*. — Volontiers, répondit M. de Gontaut, mais à condition quil n'aura pas d’héritier !. »
M. Thiers sait toutes ces choses, et l’ancien ministre du roi des Français, avec une finesse et une habileté inouie, veut se conserver le pouvoir, se souvenant de cette vieille maxime : Diviser pour régner. Eut-il parfois de ces songes de Cromwell ou de jeune premier consul ? Caressa-t-il jamais la vision d’une couronne ? Personne ne le saurait dire, mais il était trop perspicace pour ne point voir que cela lui était impossible, au reste il n'avait point de fils, il ne pouvait avoir des rêves dynastiques, mais d'une ambition demesurée, 1l semble bien qu'il eût voulu toujours être le premier de la République, être un nouveau Washington, et c'est cet esprit qui chez M. Thiers va toujours grandissant qui le fera tomber du pouvoir.
Après avoir entendu le comte d'Haussonville, les princes d'Orléans n’eurent plus de doutes sur la conduite de M. Thiers, aussi les orléanistes s’unissent-ils aux légitimistes dans la lutte contre le Président.
Les princes d'Orléans, en fait, sinon officiellement, s'étaient déjà soumis au comte de Chambord, le duc d’Aumale écrit une lettre où il dit qu'il peut affirmer qu’ «iln'y