‹ Étude Sur La Facilité De La Révision De Notre Constitution De 1875Chapitre 43 sur 46 · SECTION F · texte numérisé non relu

SECTION F

Ce changement de gouvernement n’alla pas sans difficultés suscitées presque toutes par l'Allemagne. Le règne de la droite avec le duc de Magenta ne souriait guère au prince de Bismark et au roi d'Italie. Le prince était alors en lutte ouverte avec le clergé catholique allemand, il craignait qu'il ne fut soutenu par la France. L'Italie redoutait la piété du comte de Chambord s’il montait sur le trône de France. L'ambassadeur de Prusse à Paris, le comte d'Arnim, fut réprimandé par Bismark pour être du parti royaliste. « Le procès du comte d'Arnim n’a laissé aucun doute sur les intentions et la politique du prince de Bismark ; elles ont été développées tout au long dans ses dépêches à l'ambassadeur ; il morigénait brutalement celui-ci de ses tendances monarchiques par rapport à la France, et sa volonté était de tout faire pour maintenir dans le pays le régime républicaint. »

Le comte de Launay, ambassadeur d'Italie près la cour de Berlin, fit entendre à M. de Gontaut que le nom du duc de Broglie, notre ministre des affaires étrangères et président du conseil, avait une signification de sympathie fort médiocre pour la politique du Quirinal.

1, Gontaut-Biron, Mon ambassade en Allemagne, p. 337.

Le prince Orloff disait à Berlin à M. de Gontaut que Bismark détestait la maison de Bourbon dans toutes ses branches, qu’il était mécontent du changement opéré en France, et était fort surexcité des campagnes ultramontaines faites en ce pays contre l'Allemagne et l'Italie. M. de Gontaut répondit: « Je vois bien que l’animadversion est au comble ; j'entends à merveille qu’on serait enchanté de nous prendre en faute, d’avoir un prétexte quelconque pour nous provoquer, par exemple, d’avoir à prendre la défense de quelque soi-disant opprimé, en Suisse, en Italie, en Espagne. Maïs si nous ne donnons aucun prétexte... pensez-vous qu'on pourrait aller jusqu'à se passer de l'apparence d'une raison? » — Le prince Orloff de répondre : « Comme ambassadeur, je ne puis rien dire de pareil, comme homme, je le crains...

Quand vos millions seront payés et qu'il n'aura plus de raison de vous ménager, qui peut savoir ce qu'il méditera ? ! »

La presse allemande battait le rappel contre nous et devenait d'une violence extrême, Bismark était de plus en plus irrité, il avait fallu pour lui plaire renouveler les lettres de créance de notre ambassadeur; notre gouvernement avait eu beau l’assurer que rien n'était changé dans la politique extérieure de la France, rien n'y fit, la colère du chancelier ne s’apaisait pas, il y avait tout à craindre, La visite projetée du roi Victor-Emmanuel à Berlin jeta en France de grandes appréhensions. La visite eut lieu, notre ambassadeur à Berlin, M. de Gontaut, n’y parut

1, Gontaut-Biron, Mon ambassade en Allemagne, p. 390,

point, il alla s’excuser près du ministre d'Italie à Berlin, le comte de Launay, fondant son absence sur une raison de santé, et voici l'entretien qu'il eut avec ce dernier « M. de Launay, après m'avoir dit des choses fort vives sur la France, les Bourbons, nos évêques et la droite de l’Assemblée nationale, . .. me parla de M. Thiers avec éloge, critiqua le livre du général de La Marmora. » — « Je me sentis un peu piqué sous l’aiguillon; j'étais en train, soutenu pas mes convictions personnelles, et je repartis avec quelque vivacité. En somme, lui ai-je dit, il y à un fond d’amertume en France chez certains esprits; c'est impolitique, mal raisonné, mais excusable. Le gouvernement de l'Empereur Napoléon ITT vous a aidés, en 1859, à renvoyer les Autrichiens du Milanais, et le chef du pouvoir en France porte encore le nom d'une des victoires de cette campagne.

Plus tard, en 1866, votre gouvernement à eu recours à toutes sortes de négociations que je n'apprécie pas, mais à la suite desquelles vous avez été sûrs d'obtenir la Vénitie ; le livre du général La Marmora en fait foi. Enfin vous avez signé la convention du 15 septembre 1864 ; beaucoup de catholiques s'étaient habitués à compter sur cette garantie du pouvoir temporel, et elle a pris fin en même temps que nous étions frappés au cœur par l'invasion allemande! Avouez qu'aujourd'hui vous avez assumé une tâche difficile, car vous êtes obligés de nous donner la preuve que la souveraineté du Pape et l'indépendance de l'Eglise catholique seront respectées... C'est une grande nouveauté dans l'histoire et peut-on s'étonner que des catholiques fervents — surtout parmi les esprits peu au courant de la politique — soient peu rassurés lorsque

dans vos journaux et dans vos réunions publiques on attaque si violemment l'Eglise. »

M. de Launay, assez embarrassé, parla de la bonne volonté de l'Italie, puis revenant à ses moutons : « Croyezvous, a-t-il dit, que nous pouvions suivre la France lorsque, sans prévenir personne; elle s'est jetée par la fenêtre en juillet 1870? Notre nation a besoin de toute son assiette, de tout son calme, pour achever le programme de sa reconstitution intérieure.

De simples apparences d’ingérence étrangère rendent notre tâche plus difficile et éloignent les accommodements que nous souhaitons faire avec le Saint-Siège... Mais comment ne pas s’effrayer de voir l’un des partis qui ont donné la majorité à votre ministère surexciter les passions religieuses contre notre unité nationale, et les évèêques estimés les plus modérés se répandre en violentes injures, peut-être dans la pensée d'obtenir le chapeau de cardinal! Dieu nous préserve jamais de papes d'humeur guerroyante comme pourrait l'être l'évêque d'Orléans!

Votre gouvernement admettrait-il qu'on l'attaquât avec l'acrimonie qu'on dépense contre nous ?! »

On le voit donc, l’Allemagne et l'Italie étaient fort hostiles aux conservateurs de l’Assemblée nationale, fort hostiles au gouvernement du maréchal de Mac-Mahon, et se montraient nettement contraires au rétablissement de la monarchie avec le comte de Chambord. Aux embarras intérieurs s’ajoutaient des ennuis extérieurs très grands pouvant même aboutir à la guerre.

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