SECTION H
Le 25 février 1875, la République est votée après une séance très agitée. Les légitimistes et certains orléanistes de droite voulaient que l’on restât indéfiniment dans le provisoire, la majorité des orléanistes, les centres, la gauche voulaient que l’on constitue un régime définitif, que l’on proclame la République. Le centre gauche et le centre droit se réunirent, ce fut la conjonction des centres dans laquelle se firent particulièrement remarquer les membres du groupe Wallon-Lavergne et ceux du groupe Target. On se fit de mutuelles concessions :
D'une part les conservateurs reconnaissaient l’établissement définitif de la République, le maréchal de Mac- Mahon était considéré non point comme le Président d’un gouvernement provisoire, mais comme le premier Président septennal de la République, c'était en partie l'échec du Septennat; après avoir été un instant les maitres, les orléanistes vont tomber à leur tour et suivre de près la chute de la cause de la légitimité, beaucoup d'entre eux ne s’en doutent pas et votent La loi du 25 février 1875, mais c'est un premier pas et un grand pas vers la déroute, vers le déclin, plus de stathoudérat des princes d'Orléans possible ! La République s'affirme, elle est proclamée. D’autre part, les groupes de la gauche de l'Assemblée acceptent en retour la clause de la revision
illimitée et toujours possible comme la voulait la droite, afin de pouvoir faire à tout moment la monarchie. De plus, comme le disaient les lois de 1875, pendant la durée des pouvoirs septennaux du maréchal de Mac-Mahon, le Maréchal-Président conservait à lui seul l'initiative de la revision. Donc, au milieu de l’agitation des partis, des intrigues et des colères, des cris de rage des vaincus et de l’orgueil triomphant de la gauche, la République fut reconnue solennellement, elle fut proclamée le gouvernement définitif de la France, mais l’article de la revision, le fameux article 8, était voté, c'était la concession faite à ces députés monarchistes qui, curieuse ironie, par les dissensions qui les déchiraient, avaient fait eux-mêmes la République qu'ils ne voulaient pas.
La gauche, certes, pouvait bien voter cet article 8, car la droite l’avait servie à souhait, elle avait bien travaillé pour elle, poussée par ses intrigues intestines, par ses vieilles rancunes et haines accumulées depuis Charles X et Louis-Philippe. L'article 8 était le remerciement de la gauche à la droite.
On voit donc dans quel esprit fut voté l’article 8 et ceci montre clairement que l’on a voulu chez nous la revision la plus facile et la plus étendue possible.
Luttes fratricides au sein des partis monarchistes de l’Assemblée nationale, colères des vieux royalistes, des chevau-légers, comme on les a nommés, contre ce roi Louis-Philippe et sa postérité, contre ce roi, fils de la Révolution, dont le père Philippe-Egalité avait voté la mort de Louis XVI, haines entre les soldats du drapeau tricolore et ceux du drapeau blanc, derniers combats livrés par les derniers fidèles d'un régime au cercueil, premiers assauts
d'une marée nouvelle et montante, Thiers, de Broglie et Gambetta, le marquis de Dreux-Brézé et M. de Vanssay ; le comte de Chambord et le comte de Paris, force des choses et des événements, et par derrière hostilité sourde, mais très grande et très puissante, du prince de Bismark, de l’Allemagne et de l'Italie : c’est de tout cela qu'est sorti notre Constitution de 1875, c'est de tout cela qu'est morte la monarchie et que s'est éclose la République, c'est de tout cela qu'est sorti l’article 8 sur la revision et ce sont toutes ces choses, tous ces complots, toutes ces batailles, tous ces événements, tous ces noms qui sont les causes de la facilité de notre revision. C’est parce que la monarchie n’a pu se faire que nous avons eu la revision la plus aisée et la plus large possible.
L'échec de la monarchie étant la cause de cette facilité de la revision de la Constitution, nous avons voulu, avec d'assez nombreux détails, suivre les phases de cette lutte de la monarchie agonisante essayant de vouloir revivre ; on nous pardonnera ce luxe de détails et de citations, car il nous semblait utile et même nécessaire de les reproduire, les causes qui ont fait l'échec de la monarchie étant indirectement celles qui ont fait la facilité de la revision de notre Constitution.
On pourrait se demander si une Constitution ainsi élaborée par des royalistes est bien celle qui convient à une République, si la revision de la Constitution ne doit pas, dans une Démocratie, être laissée à l’initiative du peuple et si le peuple ne doit pas, comme aux Etats-Unis et en Suisse, être consulté sur la Constitution au moins ;
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Pr À RES TN ART SR & ; . + . .| ' $. D 1e ? Fes Re # ë ee ; | , . . ' . il , CS "1 = nous posons la question en terminant, mais ilnentre pas NE — dans nos idées de la discuter, elle ne rentre pas dans notre étude, nous avons voulu simplement exposer la facilité de la revision de notre Constitution et ses causes, nous croyons l'avoir fait.
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G. DE CAQUERAY.
Vu et permis d'imprimer :
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2 CH. LARONZE.
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