‹ Étude sur la filature de la soieChapitre 18 sur 44 · RER · texte numérisé non relu

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à cause de la sensibilité qu’acquiert le bout des doigts plongé à chaqueinstant dans l’eau bouillante (la température moyenne du bainest de 70 degrés) ou presque bouillante des bassines. Aussi constate-t-on souvent des troubles trophiques des extrémités digitales. Le meilleur moyen pour empêcher la douleur est de mettre fréquemment les doigts dans du vin rouge et froid.Chaque dévideuse, du reste, a de l’eau froide à côté de sa bassine.

C’est toute jeune que l’ouvrière fileuse commence à mener cetle pénible existence qui sera encore celle de ses vieux jours. En effet,la loi de 1898 permet à la jeune fille de treize ans de travailler à la filature durant dix heures par jour.

De sorte que voilà une industrie où il n’y a plus d'apprentissage au sens propre du mot. La jeune ouvrière, qui ignore tout de son nouveau métier, exige dès le début, une rémunération qui pendant le premier mois est d’abord de o fr. 25, puis o fr. 50 par jour; pendant le second mois, de 1 francs par jour et après trois mois et demi elle a le même salaire que sa mère. Ainsi, tandis qu’il n’y a pas très longtemps encore, l'ouvrière restait vraiment apprentie pendant un an, aujourd’hui après six mois elle refuse même d'en avoir le nom.

Pour atténuer celte crise de l'apprentissage, qui est du reste générale dans toutes les industries, on a essayé plusieurs moyens. Un arrêté du 15 sep-

tembre 1898 a introduit l’enseignement du travail manuel dans les écoles de garçons et de filles :

Dans le but, dit le texte de cet arrêté, de développer le goût, l'habileté, la dextérité des enfants, de leur faire comprendre l'importance du travail manuel, de leur en donner l'habitude et de le leur faire aimer.

C’est toujours dans le même esprit que le 15 juillet 1905 un projet de loi a été déposé sur le bureau de la Chambre des députés.On l’a vivement critiqué.

Est-il besoin, en effet, de déclarer obligatoire un enseignement qui n’aura d’autre but que de créer des ouvriers d’art, des contre maîtres et des spécialistes ? Et puis, pourquoi vouloir faire passer toutes les industries si dissemblables qu’elles soient les unes des autres dans le même moule ?

Dans la filature de la soie, par exemple, il est évident qu’une école d'apprentissage ne pourrait être qu'un «établissement faisant double emploi avec l'atelier, dont l'intérêt pratique serait nul, car on ne peut demander à une ouvrière de ces industries rien d'autre, sinon de conduire plusieurs filières et alors dans ces conditions que pourrait-elle apprendre à cette école dont elle puisse tirer parti à l'atelier ? (1)»

Ces critiques exposées dans le compte rendu de

1. Bulletin de mars, 1906 : Compte rendu de l’Assemblée générale des délégués de l’Union des syndicats patronaux des industries textiles de France.

l’Assemblée générale des délégués de l’Union des Syndicats patronaux des industries textiles de France sont suivies d’un vœu pour que le Parlement intervienne par voie de subvention pour encourager les œuvressi considérables réalisées en matières d’enseignement professionnel par l'initiative individuelle et notamment par les Chambres de commerce et les Chambres syndicales. La réalisation de ce vœu aurait les conséquences les plus avantageuses pour la solution de cette question si complexe qu'est la crise de l’apprentissage : nous devions la signaler en passant, parce qu'elle soulève dans l’industrie et le commerce une juste émotion.

Si l’apprentie reçoit un salaire qui n’est en rapport ni avec ses services, ni avec ses besoins, il en est de même pour l’ouvrière : le salaire de la première est trop élevé, celui dela seconde est beaucoup trop bas.

Cette constatation, qui ne peut échapper à personne, a fait l’objet de nombreux exposés, par les députés de tous les partis, lors de la discussion de la loi sur le renouvellement des primes. Les divers orateurs faisaient remarquer. que dans le projet de loi les ouvrières fileuses avaient été oubliées, et cependant disaient-ils :

Trois éléments principaux concourent à la confection de la soie : le sériciculteur qui fournit la matière première, le cocon ; le filateur qui dirige la transformation de cette

matière : du cocon en fils de soie; enfin, l’ouvrière fileuse qui opère cette transformation.

En s'inspirant des principales résolutions, prises dans le congrès régional des fileuses, tenu le 1° mars 1908 à Alais (1), on a longuement discuté au Parlement sur la question du salaire, sur la question des heures de travail, sur les secours dus aux vieillards et aux infirmes, et enfin sur les conditions de sécurité et d'hygiène absolument nécessaire dans les usines.

La question du salaire des femmes souvent si minime, si infime, si misérable est des plus angoissantes.

Pourquoi donc le taux de rémunération du travail des femmes est-il si bas ? Les conditions de l’existence ne sont pas différentes qu’il s’agisse de l’homme ou de la femme. Sans doute la femme mange moins, elle a moins de besoins, elle ne connaît (du moins en général et pour la plupart) ni le cabaret, ni le jeu et

1. 1° Demander au Parlement de n’accorder la prime qu'aux patrons qui s'engageront à assurer aux fileuses un salaire journalier d’un minimun de 2 francs ;

2° De même,de ne l’accorder qu’à ceux quis’engageront à ne pas faire travailler plus de huit heures par jour ;

3° De faire subir au filateur une retenue de 10 0/0 sur les primes, retenue qui sera employée à la constitution d’une caisse de chômage ;

4° Que les déléguées ouvrières seront instituées comme pour les mineurs, chargées de veiller à l'hygiène, à la sécurité et à l'observation des règlements et lois protégeant les fileuses à raison d’une par cent ouvrières.

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