fr. 5o
C'est-à-dire qu’il manque à ces malheureuses 66 fr. 5o pour satisfaire à leurs besoins, alors même qu'elles n’ont pu payer les cotisations d’une société de secours mutuels qui, en cas de maladie, prendrait à sa charge les frais pharmaceutiques et médicaux.
Puisque malgré toutes leurs économies et toutes leurs privations, elles ne peuvent échapper àla misère, que dire si un grand nombre d’entre elles cherchent, la charité publique ne pouvant le faire, à assurer leur vie par une union illicite ?
Ce salaire modique de 1 fr. 60 (1) offre la caractéristique de n’avoir pas varié avec le temps. Tandis que la statistique officielle de l'office du travail dit que de 1853 à 1906, les salaires ont augmenté de 110 0/0, il est triste de constater que dans l'industrie
1. Dansles industries très protégées du Nord et dans celles de l'Est, les femmes reçoivent 3 francs et 3 fr. 50 (Fougeirol), Débats parlementaires.
de la soie, ce salaire n’a pas varié depuis 1830 (1): c’est peut-être le seul exemple que nous ayons en France d’une semblable stabilité.
La raison semble en être indiquée dans ces paroles de M. Gide :
Le taux des salaires est sujet à se cristalliser, beaucoup plus que le prix des marchandises : d’ailleurs, le même phénomène se manifeste pour le prix des marchandises vendues au détail, mais dans une moindre mesure. C’est ce qu'on exprime en d’autres termes en disant que le taux des salaires là où des ouvriers ne sont pas organisés et surtout loin des grands centres est régi par la coutume.
Jusqu'en 1906, le salaire n’était que de 1 fr. 50. À cette époque, les ouvrières de Ganges (Hérault), groupées dans un syndicat local, demandèrent une augmentation et elles obtinrent après une grève de trois semaines, o fr. 10 de plus par jour. Elles réclamaient la journée de 2 francs : soit un salaire vital par jour de 1 fr. 65 seulement. C’est précisément parce que 2 francs de salaire n’est pas 2 francs par jour, que les députés des régions séricicoles demandaient tout récemment un salaire minimum de 2 francs par jour.
On doit convenir, disaient-ils, que pour vivre normalement, il faut plus de 2 francs même dans le Midi où le soleil remplace en partie les aliments.