‹ Étude sur la filiaire de wuchererChapitre 18 sur 29 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(PERSONNELLE

Cas observé à la Réunion.

Hémato-chylurie. — Présence dans les urines de nombreux embryons de filaires. — Tumeur lymphatique du creux poplité gauche. — Lymphangite pernicieuse généralisée. — Mort. |

Me G. M..., créole de la Réunion, âgée de vingt-cinq ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin, d’une bonne constitution, -mère de deux enfants, n’a jamais fait de maladie grave. En 1878 seulement, elle a été atteinte, pour la première fois, d’hématochylurie dans le cours de sa seconde grossesse. Cette affection Aisparaît quelques mois après l’accouchement à la suite d’un

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séjour de quelques mois dans les montagnes. La maladie récidive en août 1880. Le docteur Mac-Auliffe est appelé à donner ses soins à la malade. Tantôt les urines étaient simplement lactescentes et formaient dans le vase un caiïllot rappelant par sa consistance une sorte de gelée blanchâtre, tantôt elles prenaient l’aspect du chocolat. Les couches inférieures, plus foncées, présentaient quelques caillots fibrineux plus ou moins sanguinolents. Tantôt enfin ces urines contenaient de véritables caillots de sang. Leur passage à travers le col de la vessie et le canal de l’urèthre donnait lieu à de vives douleurs. L’abondance de ces urines dépassait de beaucoup la moyenne et la quantité d'urine secrétée atteignait parfois deux litres à deux litres et demi. Du reste, ces urines changeaient parfois subitement de nature et, à quelques heures d'intervalle, on reconnaissait les propriétés physiques et chimiques des urines normales. En même temps on constatait dans les urines de la malade la présence de 20mbreux embryons de la filaire de Wucherer. Ces embryons se trouvaient dans les caïllots sanguins et jamais dans le liquide lactescent qui surnageait. Ils étaient nombreux et doués de mouvements très vifs. Quelques-uns d’entr'eux restaient vivants quinze heures encore après l’émission des urines qui les renfermaient. Ces embryons de filaires se trouvaient dans les urines de la nuit et dans les urines de la journée.

Aucune médication n’eut prise sur cette affection dont la persistance fatiguait beaucoup la malade. Les acides benzoïque, tannique, gallique, le perchlorure de fer, l’eau de Rabel, l'essence de térébenthine, la créosote furent successivement employés sans succès. En désespoir de cause, la malade fut dirigée sur les hauteurs où, après un séjour de quelques mois, elle vit son mal disparaître.

Au mois d'avril 1881, apparut une petite tumeur au niveau du creux poplité gauche. Cette tumeur, du volume d'un œuf de pigeon environ était molle, difficilement réductible, légèrement douloureuse à la pression, elle contenait un liquide qui paraissait provenir des parties profondes du creux poplité. Cette tumeur, en un mot, avait absolument l'aspect de ces Ilyÿmphangectasies du pli crural si fréquentes chez les jeunes gens des. deux sexes à la Réunion ét si bien décrites par le D' Mazaë-

la]

Âzéma (1). Cette tumeur était survenue à la suite d’une promenade; elle gênait, par sa présence, les mouvements d’extension, mais surtout les mouvements de flexion. Le repos, une com- | pression modérée à l’aide d’un tampon d’ouate et une bande furent conseillés à la malade. Le mieux se fit sentir, la malade partit pour la campagne, et, enceinte pour la troisième fois, revint à Saint-Denis, dans les premiers jours de février 1882. Elle était alors enceinte de huit mois. Sa santé était excellente, malgré la persistance de la petite tumeur lymphatique signalée plus haut. Après des fatigues successives les 2 et 3 février, Mne M... est obligée de s’aliter. Vers dix heures du soir elle avait été prise d’un violent frisson suivi d’une fièvre intense. Presque en même temps apparaissait une rougeur érysipélateuse sur toute la jambe gauche. La tumeur du creux poplite était douloureuse, tendue. Douleurs vives au sommet du triangle de

Scaurpa et sensation de la présence d’un cordon dur. Les gan-

glions du pli inguinal gauche sont légèrement tuméfiés, la plus

légère pression à Ce niveau arrache des cris à la malade. A droite,

à la partie moyenne de la région antérieure de la cuisse, on voyait une plaque érysipélateuse de la largeur d’une pièce de

cinq francs. De ce côté aussi, les ganglions inguinaux étaient douloureux. Réaction fébrile intense. Température à 40 5. —

Pouls à 144. — Dypsnée. — Soif vive. — Urines albumineuses. —

Mouvements tumultueux du fœtus.

Potion extrait de quinquina et alcoolature d’aconit, sulfate de quinine 2 grammes dansles vingt-quatre heures. Ouate salycilée sur les parties atteintes par l’érysipèle.

A onze heures du soir, accouchement prématuré d’an enfant mort.

Mort de la mère, le lendemain 5 février, à dix heures du matin.

En résumé, hémato-chylurie en 1878 et en 1880. Aux deux fois on constate la présence de nombreux embryons de filaires. Apparition d'une tumeur lymphatique en 1881 ét en 1882; lymphangite pernicieuse, généralisée, qui amène la mort.

Q) Traité de la lymphangite endémique des pays chauds.

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