‹ Étude sur la filiaire de wuchererChapitre 19 sur 29 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

(PERSONNELLE

Eléphancie du sein sauche et de la jambe gauche. — Lympho -hémorrhagie

dans le cours d’une lymphangite généralisée.— Nombreux embryons defilaire dans le liquide épanché. — Mort.

Mr° R.., créole de la Réunion, âgée de trente-huit ans, d’un embonpoint modéré. N’a jamais eu d'enfants. Eléphancie du sein gauche et de la jambe du même côté. À été atteinte un grand nombre de fois d’érysipèle des membres inférieurs, du sein droit ou gauche, mais le plus souvent du sein gauche.

Pas d’hémato-chylurie.

Le 4 juin 1883, le docteur Mas ane est appelé près de la malade. Trois jours avant, M"° R... avait été prise subitement, vers minuit, d'un grand frisson suivi bientôt d’une fièvre intense et de l'apparition d’une rougeur érysipélateuse occupant toute Ja surfacé du sein gauche.

La malade est dans un grand état de prostration. Le pouls est faible, dépressible à 140, la température à 39°5. La langue est sèche, rôtie, la courbature est intense. Douleurs articulaires très vives, surtout dans l’épaule droite et dans le genou gauche. Douleurs à la pression dans les régions inguinales, un peu de tuméfaction des ganglions. Rougeur érysipélateuse occupant tout le sein gauche et envahissant la partie supérieure de la poitrine et le côté interne du sein droit. Rougeur érysipélateuse et cordon lymphatique douloureux à la face interne du bras droit.

Diarrhée fétide, abondante. Urines fortement albumineuses. Le sein gauche est atteint d’éléphantiasis, des varices pleines d’un liquide qui rappelle la lymphe et d’autres plus volumineuses, offrant par transparence un reflet bleuâtre dû au liquide plus foncé qu’elles contiennent, se voient à la surface de l’organe. Sous l'influence de la congestion inflammatoire, ces veines sont portées à leur maximum de dilatation. Plusieurs d’entr” elles se

TAG sont rompues et laissent échapper un liquide plus ou moins coloré par le sang.

L'importance de cette Re est telle qu’en moins de dix minutes il est possible de recueillir assez de ce liquide pour en remplir un flacon ayant contenu 30 grammes de sulfate de quinine. Cette lympho-hémorrhagie a commencé le 3 juin au matin, la malade ne s’en inquiète aucunement, cet accident s’est déjà présenté plusieurs fois, lors des attaques antérieures.

Pronostic très grave, la médication employée consiste dans l'usage des préparations de quinquina unies à l’alcoolature de racines d’aconit, sulfate de quinine et vieux cognac.

Le liquide recueilli est examiné au microscope deux heures après. Il s'était déposé au fond du flacon une couche de sang qui s'était congelé en un caïllot très friable, Ce caïllot contenait wne grande quantité d’'embryons de filaires, présentant tous les caractères morphologiques des embryons de la filaire de Wucherer et de Crevaux. Ces embryons étaient très vivants et accomplissaient avec une grande rapidité leurs mouvements de reptation sur la plaque de l’objectif.

Le lendemain l'état de la malade s’éfait aggravé ; de nouvelles plaques érysipélateuses étaient apparues sur l’abdomen et à la région dorsale. La prostration était extrême, le subdelirium continu, une certaine quantité de sérosité citrine s’écoulait encore des varices du sein, mais on n’y trouvait plus d’embryons de filaires.

. Dans la nuit du 5 au 6 février 1882, la malade succomba.

Dans cette observation la filaire de Wucherer était done associée, d’une part, à l’éléphancie du sein et de la jambe; de l’autre, à la lymphorrhagie et à la Iymphangite généralisée qui a emporté la malade.

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