‹ Étude sur la filiaire de wuchererChapitre 27 sur 29 · ENS · texte numérisé non relu

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aussitôt critiquée par Chervin (1); Clot-Bey ne paraissait pas éloigné de l’accepter, en attribuant aux émanations paludéennes une sorte d’action réflexe des fièvres intermittentes sur l’éléphantiasis (2). Elle a été, depuis, reprise par Dalton et par Waring, et énergiquement soutenue par Lallement (3).

Enfin l'éléphantiasis a été aussi observé en France : « J'ai vu en France, dit M. le professeur Guès, deux cas d’érysipèle à répétition qui laissèrent un gonflement considérable et presque éléphantiasique du membre inférieur où l'éruption avait siégé (4). »

Dans les observations que nous avons citées, nous avons vu associées à l’éléphantiasis, à l’hémato-chylurie, ici, des tumeurs ganglionnaires, des dilatations variqueuses, des glandes, des lymphangextasies de l’aine, du creux poplité ou de l’aisselle, là des lymphangites généralisées à marche rapide et pernicieuse qui, dans un cas, ont entraîné le phlegmon diffus de l’aisselle (observ. IX), dans deux autres une mort plus ou moins rapide (observ. VII et VII).

Ne se préoccupant que de la présence de la filaire de Wucherer, la théorie parasitaire, unit entre elles ces différentes affections, y voit un lien de parenté, pour elle indéniable, les considère, en un mot, comme les effets divers d’une même cause.

Et cependant, ces graves lésions du système lymphatique ne peuvent-elles s’expliquer autrement que par une intervention parasitaire? Les médecins qui les ont observées dans les pays chauds, et même en Europe, n’ont-ils pas cherché à expliquer d’une manière différente la pathogénie de ces diverses maladies du système lymphatique ?

Mazaé-Azéma à la Réunion, Vinson à Maurice, Claudio da Silva-Lima au Brésil, nous donnent, en effet, des explica-

1{) Rapport de Chervin, in Arch. de l’Acad. de méd., 1835.

(2) Rapport de Larrey, Mémoires de la Soc. de chir.,t. IV, p. 171. (3) Nouveau Dict. de méd. et de chirurg. prat., t. XII, p. 565.

(4) Arch. méd. nav., sept. 1879, p. 180.

tions plausibles et tout à fait en dehors de la théorie parasitaire.

Des diverses opinions sur l’étiologie des maladies du système lymphatique dans les pays chauds.

Dans les régions équatoriales, l’homme se trouve dans des conditions spéciales, et ces conditions font prédominer les maladies du système lymphatique. Telle est l’idée que soutient et développe le docteur Mazaé-Azéma dans son traité de la Zymphangite endémique des pays chauds, embrassant sous cette dénomination le groupe d’affections auxquelles , le système lymphatique est sujet dans les pays chauds: lymphangite réticulaire, lymphangite des vaisseaux collecteurs, lymphangites intra-ganglionnaires, ectasies des vaisseaux lymphatiques, lymphorrhagies spontanées, etc. Sous l'influence des climats torrides, l’homme s’anémie, et cette anémie forme le fond du tempérament créole, et intervient dans un grand nombre de phénomènes pathologiques.

« Les causes qui déterminent cette anémie, nous dit M. Mazaé-Azéma (1), peuvent être rattachées aux entraves portées à la nutrition par l'influence persistante de la chaleur et à l’oxygénation moindre du sang... l’état physique de l'atmosphère, dans les pays chauds, alanguit l’hématose en amoindrissant l’incessante purification du sang. »

Il n’est donc pas irrationnel d'admettre que le sang inces-

samment et fatalement appauvri ne soit en totalité utilisé

dans les actes de la réparation organique et que l’excès de sérum qu'il contient ne s’épanche avec plus d’abondance dans la trame des tissus. Or, il est de source certaine qu’au système lymphatique revient le rôle de charrier les fluides fournis par les éléments liquides du sang qui n’ont pas servi

(1) MazAË-AZzÉMA, Traité de la lymphangite endémique des pays chauds.

- à la nutrition par la résorption moléculaire et surtout par la

transsudation du sérum sanguin. Il en résulte pour cet appareil un surcroit d'activité fonctionnelle. » — Cette étiologie est absolument plausible et bien en rapport avec les données de la physiologie et de la pathologie. Plus un organe travaille, plus un système fonctionne, plus il est prédisposé aux affections morbides diverses.

L'activité fonctionnelle du système !ymphatique est donc le facteur le plus puissant indiqué dans cette pathogénie des maladies du système lymphatique. Comme facteurs secondaires on peut aussi invoquer l’engorgement des vaisseaux provoqué par la lutte de la circulation lymphatique contre les lois de la pesanteur et contre les obstacles ganglionnaires.

« Les âges, les sexes, un tempérament lymphatique spécial, l’hérédité et les races ont aussi chacune une part déterminée dans le développement et dans la fréquence de la lymphangite endémique des pays chauds (1).»

D'autre part, Vinson (2), dans son étude sur la lymphangite orave (maladie des glandes) qu’il a observée à la Réunion et à Maurice, où cette affection est loin d'être rare, admet lui aussi des causes prédisposantes et des causes déterminantes à cette grave maladie et laisse complètement de côté la filaire deWucherer dont il n’est pas question et qu’il n’a pas recherchée. Comme le D' Mazaé-Azéma, Vinson admet que la constitution climatérique, pays chaud. et humide, unie à la misère, aux privations, aux mauvaises conditions hygiéniques, aide le tempérament lymphatique. La prédominance de l'élément lymphatique chez les créoles, chez les habitants des régions intertropicales, telle est la cause prédisposante la plus éloignée de ces graves maladies du système lymphatique.

(1} MazAË-AZÈMA, Traité de la lymphangnte, p. 13, (2) Contribution à l'étude de la lymphangite grave, par le D: J. Vinson, Arch. de méd. nav., t. XX VIII, p. 22.

« C’est elle, nous dit Vinson, qui donne naissance à ces varices lymphatiques, véritables lacs, tumeurs lymphatiques, lymphocèles que j'ai eu l’occasion d'observer sur bon nombre de jeunes gens des deux sexes particulièrement aux aines et à la région crurale. » Mais de plus que le D' Mazaé- Azéma, le D' Vinson admet que l’impaludisme n’est pas étranger à la genèse des lymphites profondes. Il se base puis établit ce fait sur les considérations suivantes : Jusqu’en 1868, l’île Maurice, l’île de la Réunion étaient exemptes de fièvres paludéennes, de fièvres à quinquina comme on les appelle encore. L’île de la Réunion devait particulièrement cette immunité à son origine ignée, à sa végétation luxuriante, à l'élévation de ses côtes, à la hauteur de ses montagnes et à leur inclinaison vers le rivage, à son sol fumé de débris de roches volcaniques, recouverts d’une couche plus ou moins épaisse d’humus. Pas de traces de paludisme à ce moment, mais en 1868, sous l'influence de causes diverses, parmi lesquelles, certainement, doit entrer en première ligne le déboisement, déboisement effréné pour la plantation exclusive de la canne à sucre, apparaissent les fièvres à accès. A Maurice, le même phénomène se produisit sous l'influence de la même cause primordiale.

« Depuis 1868, c’est-à-dire depuis l'apparition des fièvres d'accès, nous dit le D' Vinson, le nombre des lymphites profondes s’est prodigieusement accru et j'ai pu en rencontrer 20 cas en une seule année et dans ma seule pratique. Mon éminent confrère le D' Bonnefin, qui exerce à Maurice depuis de longues années, m'a dit avoir fait la même observation : c’est-à-dire que la fréquence de ces lymphites infectieuses se rattache à l'impaludisme. » A cette cause primordiale viendraient s'ajouter des causes déterminantes indéniables, telles que les fatigues excessives, les changements de saison, les refroidissements subits.

Au sujet de ces modifications qui se sont produites dans la pathologie de la Réunion, M. le professeur Layet, dans son

26 == article « Ile Maurice et Réunion » du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, s'exprime ainsi : « En dehors des influences générales de climat qui dépendent essentiel lement de la situation et de la configuration géographique d'un pays, il en est d'autres qui, plus immédiatement en rapport avec la présence de l’homme, sont jusqu’à un Cer-

tain point le résultat de son activité et des conditions sociales dans lesquelles il vit. Ces influences partielles que la civilisation et l’intelligence d’un peuple doivent généralement diriger dans le sens de la santé publique, deviennent en effet, sous l’empire d’un imprévoyant esprit d'exploitation et d’un aveugle désir de jouissance, des modificateurs fâcheux du milieu commun. » Et c'est ainsi « qu'avec le commencement de ce siècle apparaissent les deux grandes causes qui ont tant modifié les conditions climatériques et pathologiques des colonies qui nous occupent (Maurice et Bourbon) : l'industrie sucrière et les immigrations successives des travailleurs nombreux qu’exigeait une nouvelle zgriculture ».

Enfin, en 1872, M. Bourel-Roncière, médecin-principal de la marine, fait paraître dans les Archives de médecine navale, un intéressant rapport sur la station navale du Brésil et de la Plata, travail qui renferme une étude fort complète d’une classe d’angioleucites, dites érysipèles de Rio, lymphangites érysipélateuses, érysipèles angio-lymphatiques, etc. Ce sont

encore des maladies du système lymphatique que les méde-

cins brésiliens n'hésitent pas à considérer comme des manifestations de l’intoxication paludéenne.

Pour le docteur P. Régo, cette étiologie ne présente aucun doute : « Une cause morbide de natuie spéciale agit sur le malade et l’angioleucite ne joue pas ici le principal rôle; elle n’est que la simple expression symptomatique d’une altération profonde du fluide nutritif; en un mot, il ya une véritable intoxication miasmatique grave et les symptômes

CNT ci LE

qui s’observent alors sont en rapport avec ce degré plus ou moins prononcé d'intoxication (1). »

Pour lui ces lymphangites sont une maladie infectieuse de fond palustre, et les phénomènes généraux qui accompagnent l’attaque lymphang'itique sont l'expression d’un accès pernicieux dans lequel le sulfate de quinine produit également une action héroïque. Il considère donc les lymphangites de Rio comme une fièvre pernicieuse de forme lymphatique.

Le docteur Da Silva Lima partage la même opinion. Pour lui aussi, qui décrit les Iymphangites de Rio, celles-ci reconnaissent pour cause presque exclusive le paludisme.

Donner la description symptomatique de ces lymphangites de Rio de Janeiro ne rentre certainement pas dans le cadre que nous nous sommes tracé; cependant nous y relevons un fait spécial et qui mérite d’attirer notre attention.

En effet, M. Bourel-Roncière donnant la symptomatologie des lymphangites de Rio, décrit une forme spéciale sous le nom de lymphangite circonscrite. Cette lymphangite circonscrite, qui naît au niveau des plus légères excoriations, débuterait soit par l’engorgement ganglionnaire, soit par l'apparition de cordons douloureux et noueux sur ie trajet des vaisseaux lymphatiques, soit enfin par le gonflement et la rougeur des régions voisines et se terminerait ou par résolution ou par suppuration ou par gangrène. Cette terminaison par gangrène serait fréquente dans les lymphangites du scrotum ou dans celles des membres inférieurs. Cette g'angrène pourrait survenir dans les quarante-huit heures ,' la mort arriverait parfois avant son apparition.

Cette forme de lymphangite se terminant par gangrène se rapproche singulièrement de celles observées dans le service de M. Richet, et que décrit dans sa Thèse le docteur Jalaguier,sous le nom de lymphangites-gangréneuses. La descrip-

(1) Annales brésiliennes de médecine, t. XXIIT, p. 98.

tion de ces lymphangites gangréneuses observées à Paris offre, en effet, beaucoup d’analogie avec la lymphangite circonscrite de Rio. A l'exemple de M. le professeur Verneuil, le docteur Jalaguier n'hésite pas à rattacher « la lymphangite aiguë à fièvre gangréneuse » à l'alcoolisme.

« Ordinairement, dit-il, les malades chez lesquels une lymphangite devient grangréneuse, présentent une tare organique quelconque, un de ces mauvais états constitutionnels qui ont été dans ces dernières années si bien étudiés par le professeur Verneuil et ses ‘élèves. Cinq de nos malades étaient des alcooliques endurcis. Or, l'alcoolisme entraîne des conséquences désastreuses au point de vue du fonctionnement régulier des tissus. Je crois pour ma part, que, chez ces malades, la lymphangite a pris la forme gangréneuse surtout et peut-être même uniquement parce qu'ils étaient alcooliques. »

1) JALAGUIER, De la lymphangite agguë à forme gangréneuse, 1880, p. 40 et 49.

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