‹ Etude sur la folie puerpéraleChapitre 15 sur 17 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Manie puerpérale. — Guérison.

P.,.. Marie, 28 ans, célibataire, domestique, originaire des Hautes-Pyrénées, d’une constitution fortej d’un tempérament très-lymphatique, affectée d’un goitre peu volumineux, entre à la clinique d’accouchements le 25 juin 1878. Réglée normalement depuis l’âge de 15 ou 16 ans, a eu vers 16 ou 17 ans une congestion

Paraît avoir mené une vie très-déréglée et a dû être enfermée, il y a quelques années, à la suite d’actes insensés et violents, tels que le suivant: ayant envie d’une montre exposée à la vitrine d’un horloger, a brisé la vitrine d’un coup de poing et s’est enfuie en emportant l’objet convoité. Il y a deux ans, éruption cutanée, qui a été traitée comme accident secondaire, accompagnée de mal au gosier et d’affaiblissement notable de la vue. Un peu avant, vers l’âge de 25 ans, cuisson vive à la vulve, accompagnée d’un écoulement abondant et occasionné par une ulcération de la muqueuse. Elle s’était, dit-elle, écorchée en se grattant. Actuellement, pas d’accidents particuliers. La voix est seulement un peu voilée.

Elle est enceinte pour la première fois. La dernière apparition des règles remonte au 15 octobre 1877. Au commencement, idées bizarres et quelques modifications du goût. Pertes blanches assez abondantes depuis le début de la grossesse. La fille P. répond volontiers et paraît d’une humeur enjouée, mais elle a donné plusieurs fois, pendant le séjour à la clinique, des marques d’une grande violence de caractère.

Utérus fortement projeté en avant et retombant au point de laisser palper une partie de sa face postérieure. Fourchette intacte.

Accouchement le 3 juillet 1878: douleurs vives et fréquentes, trois vomissements bilieux au début, quelques tremblements nerveux. Travail régulier, terminé au bout de cinq heures. Enfant du sexe masculin, peu volumineux, pesant 2,512 grammes, mais paraissant bien portant et offrant des dimensions normales.

Le jour même, mais surtout la nuit suivante, apparaît une grande agitation. La fille P.... se découvre constamment et veut sejeter hors du lit. Le4 juillet, àla visite, excitation intellectuelle, grande volubilité de paroles, regard fixe, faciès hagard, face injectée, éclats de rire sans motifs. Répond par instants d’une façon brève et brusque, d’autres fois ne paraît pas entendre les questions qu’on lui pose. Mouvement continuel, rapide et inconscient du bras droit. Pouls 80, sec et dur. Rien autre de particulier.

5 juillet (2® jour). Même état. — P.72, utérus sensible à la pression; seins durs, peu saillants, mamelons très-aplatis, commencement de sécrétion. Lochies normales. Potion purgative.

6, (3® jour). Faciès abattu , moins coloré. — P. 108, chaleur modérée. Dicubitus latéral gauche. Ne répond à aucune question, mais se plaint énergiquement, et dit qu’on lui fait mal lorsqu’on appuie sur la fosse iliaque droite. Pleure et pousse des cris sans motif. Lochies très-diminuées, presque plus rouges. Quatre selles copieuses. Cataplasmes émollients sur l’abdomen.

L’enfant n’a pas encore pu téter, mais il boit bien au biberon.

7. (4® jour). Faciès coloré. — P. 88, peau chaude et moite. Même état, sauf l’abdomen, qui est souple et ne provoque plus aucune plainte à la pression. Seins

indurés et douloureux. Onguent napolitain et cataplasme émollient sur le.s seins. Vin de quinquina, potages.

8. (5® jour). Face moins rouge. — P. 76, agitation très-vive depu’s hier. Mieux ce matin, plus calme, cause assez bien. Fochies normales. Vulve tuméfiée et douloureuse. Même état des seins, quelques élancements. Continuer, injections de guimauve et ca:faplasmes émollients à ïâ vulve.

L’enfant est atteint d’ophtalmie purailente à droite. Pus verdâtre. Eau de mauve, collyre au nitrate d’argent.

9. (6® jour). Amélioration. — La vulve et les seins vont mieux.

10. (7® jour). Agitation de nouveau très-augmentée. — S’est levée cette nuit et a été surprise au moment où elle mettait ses deux mains autour du cou de son- enfant. N’a été contenue qu’avec la plus grande difficulté par les femmes qui la surveillaient. On a dû lui mettre la camisole de force.

Elle est transportée dâns la journée à l’HÔpital-général, pour y être mise en observation avant d’être admise à l’asile d’aliénés.

Voici les symptômes que nous avons remarqués chez cette malade.

Dans les premiers jours on a constaté une agitation très-considérable, associée à dés idées érotiques ; au moment de la visite, cette agitation augmentait surtout à la vue des élèves stagiaires. La malade ne répondait pas aux questions qu’on lui adressait, déchirait ses vêtements et courait nu-pieds dans les salles, dans la cour et il était impossible de l’assujétir à aucun travail : les conseils bienveillants, les menaces ne pouvaient rien sur elle, et déjà par son attitude on était en droit de soupçonner un délire ambitieux. En effet, elle se redressait et prenait une attitude impérieuse lorsqu’on l’approchait ; ce diagnostic ne tarda pas, dit-on, à se confirmer, et lorsqu’elle fut assez calme pour répondre aux questions qu’on lui posait, elle disait que l’établissement lui appartenait, qu’elle était comtesse, marquise, etc.

Malgré le pronostic grave qu’on aurait pu tirer d’idées délirantes de ce genre, la malade, aü bout de quatre à cinq mois de séjour, entra en pleine convalescence et put être dirigée sans escorte sur son département.

Il nous a été impossible de recueillir des renseignements sur les antécédents héréditaires de cette malade.

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