Le Véritable B. Franklin, p
son initiation est incertaine. Mais notre argument reste le même, car lorsqu'on dit qu'aucun homme immoral ne peut être Maçon, on emploie une expression qui ne s'applique pas seulement aux gens qui font efTeclivement partie de l'Ordre, mais à ceux qui sollicitent leur admission, en soi-le que, même si Franklin était exclu de la première catégorie, il pourrait faire partie de la seconde. H y a plus : sa lettre à un jeune homme sur le choix d'une maîtresse fui écrite le 25 juin 1745 : certaines des règles qu'il y pose sont trop grossières pour que son biographe les ait reproduites'. A cette date, Franklin était certainement Maron. Il ne faut donc pas prendre trop à la rigueur l'expression « un homme moi'al. »
II y a dilVérents systèmes de morale. Je ne veux pas dire de vrais systèmes, car parmi les systèmes divers, il n'en est qu'un (jui puisse être le vrai ; je dis des si/stèmes, et, vous le savez, ce qui est qualifié de moral, loué et pratiqué comme tel i)ar un système, est condamné comme immoral par un autre. L'Epicurien était un homme moral, d'après son propre système, quand il se donnait tous les plaisirs possibles, et évitait la souiTrance. Le plaisir était pour lui la pierre de touche du bien et du mal : c'était par là qu'il fallait déterminer la nature morale de toutes les actions. Il y a l'école utilitaire de morale, où l'utilité est prise comme critérium. Telle action m'esl-elle utile? Dans ce cas elle est juste, quelques autres caractères qu'elle puisse présenter. Et l'utilité dont il s'agit ici, c'est l'utilité dans la vie présente. Si ce qui m'est utile est juste pour moi, le développement de ma propre personnalité est la règle pour juger ma moralité. Les prétendus droits de ceux qui se trouvent sur ma route ne sont que les fantômes d'une conscience mal instruite, et, fier de mon intégrité morale, j'écraserai toute opposition par tous les moyens en mon pouvoir. La morale utilitaire n'est point une morale chrétienne. Il y a la morale du Mormon, celle du Mahometan, celle de l'Athée, celle du Nihiliste ; mais toutes sont anti-chrétiennes. Le point essentiel, q\iand on traite de la morale maçonnique est de découvrir quelle sorte i\o morale elle est, d'examiner sur quels principes elle est fondée, en un mot, de chercher si elle est chrétienne ou anti-chrétienne. L'important pour
1. N'oir FisiiKi!. Le W'-rilahlc /{cnjuinin Fronrlilin. V\i\\:M\r\\A\\i\ \W2, pp. \'2Ct- 128. « L)ans le l)t''|)nit<'riicril (i'l":t;if. à W.isliinirlon. dit M. l-islii-r. I. r. j». V2(y, on conserve «''Kalemeiil la ieltie do 1- ranklin .'i 1 Acidi-niie IJoyale de BruxelIo.s sur tes parfums, lettre que les règle.s artiielle» du bon fjoùl ne permettraient pas de publier, et Franklin lui nn^me en dit ([u'elle »Hail troj) grossière, pour (|ue des lecteurs bien élevés puissent la tolérer. — Cf. Bioelow, Œuvres de Franklin. T. Vil. p. 37-1.
nous consiste en cela, et non simplement dans ce fait que la Maçonnerie appelle morale la ligne de conduite qu'elle enseigne.
Ici, cher lecteur, si vous voulez écouter une phrase, ou proposition qui a été rédigée tout exprès pour donner au non-initié l'impression que la morale maçonnique est chrétienne, vous n'avez besoin que de quelques instants pour résoudre la question de la nature de la morale maçonnique, et vous la résoudrez... de travers. Vous voudrez bien accepter sans réserve une assertion comme celle-ci : « La morale de l'antiquité, de la loi mosaïque et du christianisme, est la nôtre )>^ « Peut-on, direz-vous, s'exprimer plus clairement, plus fortement ? La morale maçonnique est donc chrétienne ». Et pourtant la morale maçonnique n'est pas chrétienne, elle ne peut l'être, dans le sens que nous donnons à ce mot. « Nous reconnaissons, dit le Frère Pike, dans tout homme qui enseigne la morale, dans tout Réformateur, un frère en cette grande œuvre ».
« Nous... reconnaissons, dit-il plus loin, tous les initiés comme nos frères. Nous n'appartenons à aucun credo ou école ; dans toutes les religions il y a une base de vérité, dans toutes il y a une morale pure » ^ Qu'est déjà devenue votre théorie chrétienne, alors que Zoroastre, Confucius, Mahomet, Brigham Young sont placés comme professeurs de morale sur la même ligne que Jésus-Christ? Avez-vous déjà oublié que « si la Maçonnerie était simplement une institution chrétienne, le Juif et le Musulman, le Brahmaniste et le Bouddhiste ne pourraient point, en conscience, avoir part à sa lumière?»^ Et si celte illumination consiste dans l'enseignement d'une morale, — car la Maçonnerie se définit « un système de morale » — comment celle morale peul-elle être chrétienne, du moment que le Juif, le Musulman, le Brahmaniste et le Bouddhiste peuvent, en toute conscience, l'adopter et la pratiquer ? Avez-vous donc oublié déjà le Choc de l'Entrée et de l'Illuminalion », où tout candidat se présente à la porte de la Maçonnerie, « sur le seuil de cette nouvelle vie maçonnique, dans les ténèbres, l'impuissance et l'ignorance ; » où, « après avoir erré parmi les erreurs, tout couvert des souillures du monde extérieur et profane » (et tout ce qui est en dehors de la Maçonnerie est ce monde profane), « il vient en homme désireux de s'instruire, à ses portes (de la Maçonnerie) en quête d'une naissance nouvelle, demander qu'on retire le voile qui cache la vérité divine à son regard de non-initié ? Et cette initiation, qui est « en quelque sorte une mort au monde et une résurrection