CHAPITRE HI
Des Moyens d'Instruction dans la Franc-Maçonnerie américaine.
Nous avons exposé dans le chapitre précédent les méthodes qu'emploie la Franc-Maçonnerie américaine pour communiquer son enseignement ; nous allons maintenant examiner brièvement les moyens dont elle se sert dans ce but. On les appelle symboles et allégories, et Ion peut facilement se rendre compte de leurs rapports étroits avec la Maçonnerie par le fait qu'ils forment une partie de la définition qu'elle donne d'elle-même à ses initiés, quand elle leur dit qu'elle « est un système de moralité voilé par l'allégorie et éclairé par les symboles ». L'allégorie, pour cacher les doctrines maçonniquesnux regardsindiscretsdesnon-initiés et des profanes ; les symboles, afin d'illuminer pour l'œil maçonnique le système de morale qu'elle communique — tels sont les moyens d'Instruction qu'emploie la Maçonnerie.
Mais qu'est-ce qu'un symbole ? Ouest-ce qu'une allégorie ? Il nous faut ici supplier nos lecteurs de nous être indulgents si nous nous permettons de les inviter à nous suivre dans l'étude d'un sujet un peu ardu peut-être, mais dont l'intérêt consiste en ce qu'il permet de découvrir une grande partie de ce que la Maçonnerie voudrait tant tenir caché. Ses secrets sont enveloppés dans les symboles et les allégories ; nous ne saurions avancer bien loin dans notre étude de la Maçonnerie américaine si nous ne comprenions clairement la nature des uns et des autres. Sachons acheter par un peu d'attention et de patience une science qui nous sera grandement utile.
Mettons-nous donc à la recherche d'une définition du symbole, tel qu'il est pratiqué en Maçonnerie; nous la trouvons à la page 466 du Lexique de Franc-Maçonnerie du Dr. INIackey. « Un symbole, dit-il, est une image sensible employée pour exprimer une idée occulte mais analogique ».
Le symbole maçonnique exige donc ti'ois conditions : 1" il doit consister en quelque chose qui puisse être perçu par les sens; 2° un rapport doit exister entre la chose qui représente et la chose représentée ; 3" et, ceci est la condition essentiellement maçonnique, il faul(}urrerapporl et lesensqu'ilcontient soient occultes. D'où il res-
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sort que lout symbolisme ijui nesl pas secret, n'est pas maroiiuique. Celui <jue tonl le monde comprend n"esl sûrement pas la j)ropriélé exclusive de la Fralernilé. Ne vous laissez donc plus si facilement tromper à lavenir. Vous veiTez l'Ancre ; vous verrez l'Arche, vous verrez la Croix ; vous pourrez même voir la lettre G a\ï milieu d\\n halo lumineux symbolisant la Divinilé ; vous (croirez com|)rendre tout cela — votre intelligence n'aura aucune dillicullé à interpréter tout cela quoi de plus simple et de plus évident? Et cependant vous serez dans une regrettable erreur si vous croyez que le sens maçonnique est celui que vous imaginez. Pour être maçonnique, fixez bien ceci dans votre esprit, il faut que le sens soit secret ou occulte. Vos interprétations sont les plus simples, les plus communes du monde profane ; elles manquent de la qualité caractéristiijiie requise par la définition du Dr. .Mackey — elles ne sont pas occultes. C'est dans l'Encyclopédie, p. 50, que le Dr. Mackey traite de l'Allégorie. 11 dit : « L'Allégorie est « un discours ou une narration dans lequel il y a un sens littéral el un sens figuré, une signification évidente et un sens qui s'y rappoite ; le sens lilléi-al ou évident ayant pour but d'indiquer, par analogie ou comparaison, le sens figuré ou caché. Le caractère d'une allégorie est exactement exprimé par l'origine grecque du mot ûW/.o; et iyopi'jevj, dire(|uelque chose de ditterent, ou, en d'autres termes, s'exprimer île telle façon que le langage dise une chose alors que le véritable sens en est une autre ».
« On a dit, continue-t-il, qu'il n'y a pas de différence essentielle entre une allégorie et un symbole. 11 n'y en a pas dans l'intention, mais il en existe dans le caractère. On peut interpréter une allégorie suns aucune entente préalable; on ne peut en faire autant pour im symbole. .Vinsi la légende du troisième degré est une allégorie que l'on doit éviilemment interpréter comme enseignant un retour à la vie; et c'est la légende elie-mème qui nous l'apprend, sans qu'on se soif mis d'accord. La branche d'acacia est un symbole de l'immortalité de l'âme. Mais nous ne savons ceci que parce que cette signification a été déterminée conventionnellemcMit lorsque le symbole a été institué. Il est ilonc évident tju'une allégorie dont le sens est obscur est imparfaite. Sa signification énigmalique devrait sinterprétfM" facilement ; c'est ce qui a fait dire au poète fi'ancais Lemière : < Ldllcrjoiue halnle un palais diaphane ». — Toutes les légende^ de la l''ranc-Maronnerie soid |»lus on moins allt'goritpies, et, quelle que soit la part de vérité cpiil y ail dans |)lusi(îurs d'entre elles, au point dc' vue historique, elles n'ont d'inqiorlance (pi'en tant qu'allégories ou syndîoles légendaires. Les Leçons Anglaises ont par conséipient doiuié une définition très juste de la l'ranc-Maçon-
nerie en disant quelle est « un système de moralité enveloppé dans l'allégorie et éclairé par les symboles ».
Ce que dit notre auteur de la transparence de l'allégorie ne s'adresse qu'à ceux pour qui elle a été composée: c'est-à-dire aux seuls membres de la Fraternité. Il est clair, en elï'et, que, toutes les parlies du système maçonni([ue ayant été expressément inventées pour empêcher la lumière mat;onnique de venir jusqu'à nous, profanes, qui sommes en dehors des portiques de l'Art, et que l'allégorie étant une partie de telle importance qu'elle entre dans la définition même de la .Maçonnerie, celui-là serait aveugle qui ne voudrait pas convenir que là où l'on a eu l'intention de mettre seulement un voile pour les initiés, on a bien entendu placer un mur de bronze pour nous autres. Mais nous nous rendrons compte de ceci de mieux en mieux, à mesure que nous avancerons dans notre étude.
Peut-être pensez-vous, cher lecteur, que nous avons trop insisté sur le « secret» des symboles maçonniques, et nous ne songeons pas à vous blâmer de la naïveté de votrejugement. Non seulement notre auteur nous dit exactement la même chose, mais il va jus({u'à nous donner un exemple : « Une allégorie, dit-il, peut être interprétée sans qu'il y ait eu entente préalable, mais un symbole ne le peut pas ». « La branche d'acacia est un symbole de l'immortalité de l'âme. Mais nous ne savons cela que parce que cette signification a été conventionnellemenl déterminée lorsque le symbole a été institué ». Ce n'est donc pas parce que l'acacia est toujours vert qu'il représente l'immortalité maçonnique de l'àme ; ce n'est pas non plus, comme le prétend Ragon, ' à cause de l'incorruptibilité de son bois ; car ces deux raisons sont tirées de la nature du bois et non d'un accord, d'une convention. Nous, les profanes, interprétons ainsi ce symbole. C'est l'interprétation courante, simple, évidente, qui se présente d'elle-même à l'esprit. Nous pensions naïvement que telle était celle que lui attribuait la Maçonnerie. C'est, en effet, de telle sorte qn'elle interprétait pour nous le symbole. Nous avions tout naturellement confiance en elle, car nous n'avions pas appris que la Maçonnerie, sans aucun scrupule de conscience, bien mieux, pour imiter ce qu'elle prétend être la conduite de Dieu envers les hommes, induit intentionnellement en erreur ses propres membres; nous n'avions pas appris qu'un « emblème », pour être maçonnique, devait être occulte, et nous étions dans l'heureuse ignorance du fait que le sens maçonnique est purement conventionnel ; c'est une question d'entente préalable.
« Il appartient à chaque Maçon individuellement, dit le F.".