‹ Etude sur la franc-maçonnerie américaineChapitre 75 sur 221 · Encyclopscdia, p · texte numérisé non relu

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cemnie abréviation ou symbole de ce nom sacro-saint, que l'on n'écrit, pour ainsi dire, jamais entièrement ».

» Maintenant, aioute-t-il, comme l'initiale du mot God (Dieu), est également un G, et que ce mot est l'équivalent du nom hébreu .lehovah, on a adopté cette lettre comme symbole devant tenir lieu, dans les Loges modernes, du symbole hébreu. Adoptée d'abord par les auteurs des rituels anglais, elle a été transmise, sans aucune explication, à la Maçonnerie continentale, et on la trouve employée comme symbole dans tous les systèmes, en Allemagne, en France, en Espagne, en Italie, au Portugal, ainsi que dans tous les autres pays où la Maçonnerie a été introduite, quoiqu'il n'y ait qu'en Allemagne qu'elle soit, comme en Angleterre, un symbole intelligible ».

« Enfin, continue le Docteur, « la lettre G a donc, en Maçonnerie, la même force et le même sens que la lettre yod pour les kabbalistes. Ce n'est qu'un symbole de la lettre hébraïque, et comme celle-ci est un symbole de Dieu, la lettre G n'est autre chose qu'un symbole d'un autre symbole ».

Nous interrompons ici la citation de peur que nos lecteurs ne se perdent dans toute cette phraséologie du savant Docteur. Il nous dit que, d'après les kabbalistes (dont nous verrons que la théorie s'accorde avec celle des Maçons), la lettre yod exprime la nature de Dieu, parce qu'elle est la première lettre du mot Jehovah, tel qu'il est compris et interprété par les kabbalistes mêmes. La lettre yod était donc le symbole de la divinité kabbalislique et maçonnique. Mais aujourd'hui, le G remplace yod. Donc il représente yod, il^est le symbole de yod, et partant est bien le'symbole d'un symbole.

Vous ne manquerez pas de poser ici cette question : « Pourquoi G n'est-il pas, comme yod, un symbole de Jehovah ? Dieu n'est-il pas Jehovah, et Jehovah n'est-il pas Dieu ? Gomment se peut-il faire que G ne soit pas, tout aussi bien que yod, un symbole de Jehovah » ? Nous répondrons d'une façon complète au chapitre suivant ; mais nousjugeons opportun de le faire brièvement dès à présent. Jehovah, tel que nous, catholiques, nous, chrétiens, nous, profanes, appartenant au monde non-maçonnique, le comprenons et adorons, n'est pas le Dieu des Maçons. Notre Jehovah est le Jehovah de la Bible ; le Jehovah maçonnique est le Jehovah de la Kabbale. Sont-ils donc diftérents ? Totalement. C'est pourquoi, au « Choc de l'Illumination >, on a exigé que vous rompiez toutes vos anciennes attaches, afin de pouvoir former de nouveaux liens, adorer la véritable divinité, et vivre une vie nouvelle.

Vous ne pouviez guère vous attendre à voir la Maçonnerie adorer

le Jehovah des Hébreux primitifs. Voici dailleurs le portrait qu'en trace la plume facile du F.-. Pike.

« La Divinité des primitifs Hébreux parla à Adam et à Eve dans le Jardin de Délices, tout en se promenant à la fraîcheur du jour; elle parla à Caïn ; elle s'assit et mangea avec Abraham sous sa lente ; ce patriarche réclama d'elle un gage visible afin qu'il consentit à croire à sa promesse positive ; elle permit à Abraham de discuter avec elle et de lui persuader de changer sa première décision à l'égard de Sodome ; elle lutta avec Jacob; elle montra toute sa personne, sauf sa face, à Moïse ; elle dicta aux Israélites jusqu'aux moindres règlements administratifs, même les dimensions du tabernacle, même son aménagement ; elle insista pour qu'on lui fit des sacrifices, et les agréa ainsi que toutes les oITrandes brûlées sur des autels ; elle était violente, jalouse, vindicative, autant qu'ondoyante et irrésolue ; elle permit à Moïse de la dissuader de sa résolution arrêtée de détruire entièrement son peiiple ; elle commanda l'exécution d'actes odieux et révoltants de cruauté et de barbarie. Elle endurcit le cœur du Pharaon ; elle se repentit du mal qu'elle avait promis de faire aux Xiniviles ; et elle ne le fit pas, ce qui motiva le dégoût et la colère de Jonas » .

Le sentiment qui anime ce passage est évident, son injustice l'est également pour qui que ce soit, même pour un incroyant, pouivu qu'il prête au sujet une attention sincère. Pike sait aussi bien que nous que, pour parler de Dieu, nous sommes obligés de nous servir du langage humain ; qu'en nous servant du langage humain, nous employons un intermédiaire imparfait ; que, pour que cet intermédiaire puisse être employé, il faut que la persomie qui parle et celle à qui l'on parle fassent la part des choses ; qu'il est déloyal de prendre au sens propre le langage figuré que l'on emploie et de l'interpréter littéralement, — et que, en ce qui concerne Dieu, il ne doit être entendu (pie dans un sens figuré, puisque nous ne pouvons parler de lui que par analogie.

Si nous disons d'un héros : c'est un lion, nous ne faisons (pi'affirmerce que toutes les langues admellent ; si nous disons d'un homme de génie : c'est un aigle, aucun de nos lecteurs ne songera à nous condamner. Mais voici venir un ciitique du génie du F.-. Pike qui, se refusante distinguer entre la vérité sous-entendue et notre fac^on de l'exprimer, commence par nous tourner en ridicule pour avoir donné à notre héros, quatre j)atles, une 'M-inière et une queue, et à notre génie, desserres, des plumes et un bec. Nous n'avons rien fait de tout cela. Il en est de même de l'Ecriture, lorsqu'elle

dit : Dieu parla, elle ne lui prêle pour cela ni corps, ni lèvres, ni langue, non plus que, lorsqu'elle le représente marchant, elle ne lui suppose des jambes. Ces objections sont aussi puériles qu'impudentes. Nous ne disposons pas d'assez de place pour les réfuter en détail.

On pourrait encore prouver le manque de sincérité de ces attaques en s'appuvant sur la fable d'Osiris, qu'on nous invite à exalter jusqu'aux cieux malgré tout ce qu'elle contient de révoltant. Ne sommes-nous pas aussi invités à admirer avec sympathie ce meurtre d'un frère par son frère, pour expliquer la succession des saisons de l'année et les phases variées de la belle et bonne nature. Les orgies et l'ivrognerie de Bacchus, les fornications de Jupiter, l'impudicité de Vénus, Saturne dévorant ses propres enfants, tout cela peut Cdve travesti et embelli par les explications et les interprélalious des admirateurs des mystères païens ; mais le Jéhovah des anciens hébreux excite les railleries dii F.'. Pike pour avoir épargné Ninive après que ses menaces l'eurent amenée au repentir, et pour avoir soulevé 1 indignation de Jonas qui, dans sa vanité blessée, aurait préféré voir la cité repentante détruite plutôt que de s'exposer à être considéré par les Ninivites comme un faux prophète.

« Tu te chagrines, dit le Seigneur, pour le lierre que tu n'a pas eu la peine de planter ni d'arroser, et qui poussa en une nuit et qui périt en une nuit.

« Et n'épargnerai-je pas Ninive, celte grande cité, dans laquelle il y a plus de cent vingt mille personnes qui ne savent pas distinguer leur main droite de leur main gauche, et un grand nombre d'animaux » ?

La lettre G soulève donc les objections du Maçon ésotérique ; car celui qui prendrait la divinité maçonnique pour notre Dieu n'adorerait, en aucune façon, le Jéhovah maçonnique. Quoi qu'il en soit, celle lettre a été adoptée, et, pour le moment, du moins, il faut l'accepter telle qu'elle est.

« Quant à signifier la Géométrie, continue notre auteur, Kloss, l'historien maçonnique allemand, nous dit que les anciens Maçons opéralifs rapportaient toute la science de la Géométrie à l'art de construire, ce qui a engagé les Maçons anglais modernes à comprendre sous le nom de Géométrie tout le système maçonnique. Voilà pourquoi on adopta le symbole de cette science, qui est en même temps celui de God (Dieu), pour le degré de Compagnon.

<( Somme toute, conclut-il, ce symbole rendu sacré, puisqu'il s'appliquait au grand Géomètre de l'Univers, méritait bien d'être éga-

lement appliqué à cette science qui, depuis les temps les plus reculés, est considérée comme synonyme de la Ma»,*onnerie ' ».

Nos idées s'éclaircissent. La Géométrie est le symbole de la Maçonnerie ; car, puisque la Maçonnerie est la construction de l'humanité sur des bases païennes, la Géométrie, «science qui consiste exclusivement dans l'art de bâtir », va lui servir admirablement de symbole. L'œuvre de la Maçonnerie, c'est la construction du temple païen do l'humanité ; le Maçon en est le constructeur, le géomètre : la Divinité maçonnique est le Grand Bâtisseur, le Grand Architecte de l'L nivers, le Grand Géomètre, l'Algabil ^.

« Car la Maçonnerie voit dans le Dieu suprême qu'elle adore, nous dit le Dr. Mackey, non pas un numen divinum, une puissance divine, non pas un moderator rerum omnium, un modérateur de toutes choses, comme l'appelaient les anciens philosophes, mais un Grand Architecte de l'Univers. D'après la conception maçonnique, c'est Lui qui est le Tout-Puissant Constructeur de ce Globe terrestre et des innombrables mondes qui l'entourent. Il n'est pas Yens enliiim (l'Etre des êtres) ; aucun des titres dont l'a gratifié la spéculation ancienne et moderne ne lui convient ; il est simplement l'Architecte — au sens où les Grecs entendent leur 'oLpx^-:iy.r<ù-j, le contremaître - sous les ordres duquel nous devons tous travailler comme des ouvriers ; notre travail constitue donc notre culte ». Et citant Lenning, il ajoute dans une note en bas de page : « L'ouvrier est le nom symboliipie du Franc-Maçon ».

Ecartez donc de votre esprit, cher lecteur, toutes les idées que vous avez eues jusqu'à présent sur Dieu; car, d'après la Maçonnerie, elles sont toutes fausses ; représentez-le vous désormais comme un Maître Maçon, le Surintendant du travail, car il n'est que cela, et considérez mainh'naiil combien vous êtes libre. Vous êtes un bâtisseur, un maçon avec lui, par sa volonté ; il vous dirige ; mais vous n'êtes pas sa ci'éature, l'œuvre de ses mains, et toute la loi morale édifiée sur cette idée s'écroule ; les liens de votre nature morale sont brisés. Vous rendez-vous compte de plus en plus jusqu'à quel point les liens qui vous attachaient au passé sont brisés ? Complèt»*menl, irrémédiablement brisés .' Vous devenez un /'/a /r- Mac on ; un /vYz/jc'-batisseur.

yui nous en dira davantage sur ce Grand Géomètre, ce Grand Baii.sseur ? Qui nous mettra à môme de pénétrer plus intimement dans la nature réelle de ce Dieu maçonnique? Le F.-. McClenachan, le continuateur du Dr. Mackey, nous apportera la lumière qui nous

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