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ménager la possibilité de faire de gros détachements.
L’armée du duc de Savoie, débouchant alors des Bauges, prend position sur la rive droite de liséré, en avant de Montmélian, et sa cavalerie occupe Chambéry.
Le maréchal, comme on le voit par sa correspondance, éprouvait les craintes les plus vives de voir l’ennemi effectuer le passage du Rhône ou s’ouvrir le chemin du Dauphiné par le défilé des Echelles. Il fait occuper par de forts détachements le château d’Entremont, aux sources du Guiers, et envoie au poste des Echelles l’ordre de se retirer, en cas de nécessité, sur Voreppe, pour couvrir de ce côté la place de Grenoble. Enfin l’ordre est envoyé « aux milices bourgeoises « de Lyon, de monter de grosses gardes aux « portes de la ville sur le Rhône, en attendant « un renfort de 25 escadrons attendu d’Alsace. » Au bout de quelque temps, voyant l’inaction de l’ennemi, le maréchal ne sait plus se rendre compte de ses projets. Il suppose que le duc se propose d’hiverner en Savoie en s’établissant derrière la ligne du Cheran, la droite au Rhône. Mais Victor- Amédée ne pousse pas plus loin ses premiers avantages, et, renonçant à déloger le maréchal de sa forte position de Barraux, il se décide à rétrograder et reprend le 8 septembre le chemin du Piémont.
Le maréchal prend l’offensive à son tour et
dirige lui-même sur le fort d’Exilles et les retranchements de Saint-Golomban, situés sur le versant gauche de la vallée de la Doire, une tentative dont il attendait d’heureux résultats pour reprendre cette place.
Elle échoua par suite du défaut de simultanéité des deux attaques, dont Tune devait se faire par le plateau du mont Genis et l’autre par le fond de la vallée de Doire.
Ces deux campagnes de 1709 et 1711 ont cela de particulier, que les opérations des deux adversaires y ont presque la régularité d’une manœuvre, dont le programme a été tracé à l’avance, et, à ce point de vue, elles servent à faire ressortir les avantages tactiques des positions importantes de la Savoie, telles que Valoire, Conflans, Montmélian, les Bauges et Barraux.
Elles ne présentent, d’autre part, aucun fait d’armes important et montrent combien était restreint à cette époque le cercle des opérations militaires, et combien on jugeait dangereux de s’éloigner beaucoup de sa base d’opérations.
Le duc de Savoie envisageait son échiquier stratégique comme limité au revers des Alpes, et la prise d’une forteresse telle qu’Exilles,Fenestrelle, ou Briançon, lui paraissait le seul objectif qu’il fût possible d’atteindre.
La Savoie une fois évacuée par les Français jusqu’au Rhône, il ne se décide ni à franchir ce fleuve ni à attaquer le maréchal dans son camp
de Barraux. Peut-être espérait-il l’obliger à abandonner celte position; mais il aurait fallu pour cela, après avoir fortifié Confïans afin de s’en assurer la possession et de protéger sa ligne de retraite, menacer sérieusement Grenoble ou Lyon. Quoi qu’il en soit, l’avantage est ici au maréchal, qui avec des forces restreintes et sans grand sacrifice d’hommes, réussit, par la justesse de ses combinaisons, à couvrir toute cette frontière des Alpes. Sa confiance fut si grande, qu’il offrit au roi, dès 1710, d’envoyer en Espagne, où la France avait subi des revers, une partie des forces placées sous son commandement.
Campagne de 1793. — En 1793, Lyon, déclarée rebelle par la Convention nationale, était assiégée par l’armée républicaine et attendait sa délivrance d’un secours étranger.
Une armée sarde pénétra en Savoie par les deux passages du mont Cenis et du petit Saint- Bernard. Les généraux français qui occupaient les vallées de la Tarentaise et de la Maurienne, se replièrent en disputant le terrain pied à pied, et réussirent à arrêter les colonnes ennemies aux défilés de Briançon sur l’Isère et d’Argentine sur l’Arc, jusqu’à l’arrivée des secours.
Les généraux sardes, manquant de hardiesse dans l’offensive, se contentèrent d’occuper des positions dans les hautes vallées, et leurs deux corps principaux restèrent séparés par un contre-fort élevé. Une colonne, détachée dans la
haute vallée de l’Arve, réussit seule à pénétrer jusque près de Bonneville, et son apparition fut le signal de quelques soulèvements partiels contre l'occupation française.
Kellermann, quittant le siège de Lyon, accourt en toute hâte en Savoie avec 8 bataillons, prend ! une offensive vigoureuse en Maurienne et manœuvre sur les pentes du contre-fort situé entre l’Arc et l’Isère, de manière à s'emparer du col de la Madeleine, qui était la communication la plus directe entre les corps piémontais. Il réussit à s'interposer entre eux, menace leurs flancs et les oblige à la retraite. Jamais expédition ne présenta en faveur du Piémont autant de chances de réussite et ne fut conduite avec plus d’hésitation. Le général Jomini, en racontant celte courte campagne, fait observer que, dans les pays de montagnes, quand les diverses colonnes de l’armée d’invasion ont la supériorité numérique, elles doivent, sans se laisser arrêter par la crainte d’être tournées, se diriger vivement sur les points d’embranchement des vallées, et séjourner le moins possible dans les gorges intermédiaires. Ces points étaient, dit-il, pour les troupes sardes, d'abord les retranchements du pied du petit Saint- Bernard, en second lieu Conflans et Aylon, et enfin Montmélian. Leurs colonnes auraient dû marcher et combattre jusqu’à ce qu’elles les eussent successivement atteints.
Cette courte campagne présente avec celle du
maréchal de Berwick cette différence, que la tactique de la défense consiste à fermer aux colonnes ennemies les débouchés des hautes vallées, puis à reprendre l’offensive par la même voie pour les refouler sur les Alpes. L’action de flanc par Valoire et le col du Galibier ne joua ici qu'un rôle très-secondaire, bien que Kellermann eût eu la précaution d’y faire marcher un détachement depuis le camp de Tournoux.
Campagne de 1814. — Le général Bubna, qui commandait l’aile gauche de l’armée de Bohême, avait fait son entrée dans Genève, comme nous l’avons dit ailleurs, le 31 décembre 1813; il dirigea aussitôt sur Chambéry la brigade du général Zeichmeister, forte de 3,000 hommes et d’une batterie de 8 pièces, en même temps qu’il marchait lui-même avec le gros de ses forces sur Lyon.
Le corps chargé d’envahir la Savoie devait seconder les opérations du corps principal et intercepter les communications avec le mont Cenis, pour empêcher l’arrivée de secours provenant de l’armée d’Italie. La défense de la frontière de la Savoie vers Genève était dans les plus mauvaises condilions; 1400 hommes à peine, en y comprenant les brigades de douane qu’on avait réunies à la hâte, y étaient éparpillés sur divers points. Les détachements les plus avancés occupaient la ligne du Fier, c’est-à-dire Annecy et Rumilly.
Attaqués le J 5 janvier par des forces supérieures, ils se replièrent en faisant bonne contenance, et vinrent occuper la position de l'ancien camp retranché de Barraux et celle de Pontcharra, située presque en face, sur la rive gauche de l’Isère.
Les Autrichiens, entrés à Chambéry le 20 janvier, avaient attaqué et forcé les défilés des Échelles. Les routes de Lyon et de Grenoble étaient ouvertes; des partis ennemis s’avançaient dans la direction de Yoreppe et de Voirons. Une colonne autrichienne, partie d’Annecy, avait traversé les Bauges et débouché dans la vallée de l’Isère.
Une marche hardie des Autrichiens sur Grenoble les eût rendus maîtres de cette place, qui n’était pas à l'abri d’un coup de main. L’alarme y était extrême, et on avait évacué en toute hâte le matériel d’artillerie sur Valence et sur les places des hautes Alpes.
Mais le général Zeichmeister se laissa imposer par les positions de Barraux et de la Chavanne. Ces hauteurs, dont les Français avaient repris possession, sont situées sur la rive gauche de l'Isère et commandent le pont de Monlmélian.
L’inaction des Autrichiens dura du 20 janvier jusqu'à la mi-février, sans autre tentative qu’une attaque mal conduite sur les positions de Barraux. Dans cet intervalle, les Français avaient reçu des renforts par la route du mont Cenis. Le général
Marchand avait pris le commandement des troupes et déployait, de concert avec le général Dessaix, chargé d'organiser la levée en masse en Savoie, la plus grande énergie. Les forces dont cess généraux pouvaient disposer, s'élevaient à. 3,500 hommes et 8 pièces d’arlillerie.
Le 17 février, les Français s’ébranlent et reprennent l'offensive sur toute la ligne pour coopérer au mouvement du maréchal Augereau sur le Jura; le poste des Échelles est repris, l’Isère franchie à Montmélian et trois colonnes d’attaque se réunissent sous les murs de Chambéry.
Les 19 et 20 février 1814 les hauteurs de Lémenc, qui dominent cette ville au nord, celles de la Croix-Rousse et le château de Montagny, qui couvraient la retraite des Autrichiens sur Aix-les-Bains, furent attaqués et emportés par les Français.
L’ennemi, vivement poursuivi, se dirigea sur Genève en deux colonnes, passant par Annecy et par Rumiily. La première soutint des combats d’arrière-garde à Alby, sur les hauteurs de Saint- Sylvestre, à Annecy et au pont de Laeaille, où le torrent des Usses coule dans une coupure profonde bordée de précipices. La seconde colonne défendit le passage du Fier au pont de Copet.
Ces deux colonnes se réunirent en avant de Saint-Julien, où elles prirent position avec 14 pièces d’artillerie. Le 1er mars, les Français les
attaquèrent et occupèrent la ville après une lutte sanglante, où ils eurent trois cents hommes hors de combat.
Les Autrichiens, qui avaient subi de fortes pertes, repassèrent l’Arve et se retirèrent sur Genève, qui avait été mise par eux en état de défense.
Le général Dessaix vint prendre position, au confluent de l’Arve et du Rhône, dans le camp retranché naturel dont nous avons parlé. Il lit occuper sur sa gauche Seyssel et Châlillon de Michaille pour fermer rentrée des gorges de Nantua.
On était au 3 mars, Genève était cernée de toutes parts et Dessaix était en mesure de l’attaquer, en passant le pont de Carouge, dès que les têtes de colonnes du maréchal Augereau, dont on signalait l’arrivée, déboucheraient du Jura sur le littoral du lac.
La garnison de Genève, menacée de se voir couper sa ligne de retraite, se préparait à évacuer la place, et déjà on traitait de sa reddition, lorsque le mouvement de retraite d’Augereau sur Lyon vint arrêter brusquement toutes les combinaisons. Le général Dessaix dut se borner à rester sur la défensive, jusqu'au moment où la nouvelle de la capitulation de Lyon vint mettre un terme aux opérations de la campagne.
La marche rapide et l’initiative vigoureuse du petit corps commandé par Marchand et Des-
saix (4), et qui formait l’aile droite de l’armée de Lyon, contrastent avec la lenteur et l’hésitation du corps principal. Ces- généraux avaient contribué de tout leur pouvoir à la reprise de Genève, dont Napoléon avait fait la clef des opérations de cette campagne.
Campagne de 4815. — Au début de la campagne de 1815, avant que les puissances alliées eussent eu le temps de préparer une nouvelle invasion de la France, les détachements sardes en Savoie gardaient les deux rives de l'Isère jusqu’à Montmélian, que le traité de Paris avait laissé au Piémont.
Le 14e régiment de ligne, sous le commandement du colonel Bugeaud, occupait les montagnes des Bauges, que le traité de Paris avait laissées à la France avec toute la basse Savoie. Il avait reçu l’ordre de marcher sur Conflans, en même temps que d’autres colonnes françaises se portaient sur Montméîian et Aiguebelle pour cher-
(!) Le général Dessaix, qui avait été, en '1812, gouverneur de Berlin, était né à Thonon.
La Savoie a donné, sous le premier Empire, les généraux de division Curial, Dupas, Chastel, Pacthod etMonfalcon, et les généraux de brigade Forestier et de Martinel. Parmi les colonels, il me sera permis de nommer le colonel d’artillerie Borson, élève sous-lieutenant à l’école de Châlons en 4795, commandant P artillerie à Erfurth en 4 843, et retraité en 4832, comme directeur à Abonne.
cher à y envelopper les détachements sardes.
Bugeaud, voulant, comme il le dit lui-même dans ses Aperçus de la petite guerre , ouvrir la campagne par un de ces coup^ de main qui élèvent le moral des troupes, prit d’habiles dispositions pour enlever le poste qui occupait Saint- Pierre d’Albigny, au pied des pentes escarpées des Bauges. Dans ce but, il fit descendre, à l'entrée de la nuit, 3 compagnies par un sentier fort roide qui les conduisit dans la vallée de l’Isère, où elles prirent position de manière à couper la retraite du poste sarde sur Conflans. C'est ce qui eut lieu, et le 14e régiment lit de nombreux prisonniers.
Les Français, s’avançant vers les vallées de la Maurienne et de la Tarenlaise, refoulèrent les troupes sardes, d’ailleurs inférieures en nombre, jusqu’au pied des Alpes.
L’armée coalisée, s’étant rassemblée dans la plaine du Piémont, ne tarda pas à reprendre l’offensive.
Nous avons déjà eu l’occasion d’indiquer le plan de campagne qui avait été arrêté à Milan, et la marche de l’aile droite de l’armée d’Italie sur Genève, par la route du Simplon.
L’aile gauche de cette armée, commandée par le général Bubna, et forte de 30,000 hommes, dont 12,000 composaient le contingent piémontais, entra en Savoie par le mont Cenis et le petit Saint-Bernard ; elle devait se porter sur
Lyon par la rive gauche du Rhône, après avoir investi la place de Grenoble.
Le maréchal Suchet ne pouvait opposer à ces 70,000 hommes que 2 divisions, appuyées par quelques bataillons de gardes nationales. Avec ces forces disséminées, il devait couvrir une étendue de près de 30 lieues de frontière, entre le pied du Jura et Grenoble.
La division Dessaix avait été dirigée sur Thonon, où elle défendit, comme nous Lavons vu ailleurs, les défilés de Meillerie, le passage de la Dranse et de l’Arve, avant de se replier sur la position des Rousses. Les troupes de la seconde division, après avoir fait leur retraite par les vallées de la Maurienne et de la Tarentaise, prirent position à Aiguebelle et à Conflans, qui en ferment les débouchés.
Les 27 et 28 juin, les avant-gardes ennemies se présentèrent en grandes forces devant ces deux positions. Conflans, attaqué à la fois par deux colonnes, l’une venant de la vallée de l’Isère, l’autre de Beaufort, était défendu par le 14e régiment et par 1 bataillon du 20e, sous le commandement du colonel Bugeaud.
Le combat fut vif et opiniâtre. Les troupes françaises défendirent successivement le village de Conflans, le pont de bois à demi détruit de l’Arly et le bourg de l’Hôpital, aujourd’hui Albertville , situé sur la rive droite du torrent. Obéissant à la voix d’un chef qui avait toute leur
confiance, et sous l'impression produite par Pannonce du désastre de Waterloo, elles combattirent avec un courage qui tenait du désespoir. Les Français étaient encore maîtres de la rive droite I de PArly , lorsque la nouvelle d’un armistice I conclu par le maréchal Suchet mit fin à la lutte.
| Leur perte était de plus de 100 hommes hors de | combat; mais Pennemi comptait 800 hommes tués ou blessés et 400 prisonniers.
L'histoire a conservé le rapport du colonel Bugeaud, écrit le lendemain du combat et tout empreint encore de l’animation de la lutte.
« Avant hier, écrit-il au maréchal Suchet, nous « apprîmes les malheureux événements qui ont « engagé l’Empereur à abdiquer; nous reçûmes « en même temps notre aigle, et nous jurâmes « mille et mille fois, avec l’accent du désespoir, « de périr tous plutôt que de nous laisser humilier.
| « Je prononçai un petit discours suivi des série ments les plus forts et les plus solennels. »
| Plus loin, le récit du combat contient ce passage, qui en retrace toute la vivacité :
« A ma voix, les troupes font volte-face et sur- « le-champ je les ramenai au village. J’y rentrai « avec les 2 compagnies de grenadiers au pas de |« charge, nous culbutâmes tout ce qui se trouvait :< devant nous; nous couvrîmes de morts les rues, :< les jardins et le quai, et nous fîmes 400 prisonac niers. Jamais charge n’a été plus vigoureuse; la le baïonnette a travaillé pendant dix minutes. »
Ces épisodes sanglants vivent encore aujourd’hui dans la mémoire des vieillards du pays, qui, des hauteurs environnantes, en ont été les témoins.
Aux termes de la capitulation qui avait été conclue, les corps français évacuèrent la vallée de Tlsère, pour rentrer derrière les limites fixées par le traité de Paris.
Suchet fit occuper par quelques bataillons de gardes nationales les défilés de la Grotte et des Echelles, les crêtes du mont du Chat, et le col de ce nom. Il se porta lui-même, avec le gros de ses forces, vers Seyssel et Bellegarde, pour défendre le passage du Rhône et la route de Lyon, par les gorges de Nantua ; il pouvait rallier ainsi la division Dessaix, qui se repliait par Saint-Claude, et couvrir avec elle la seconde ville de l'empire. Bubna, de son côté, avait, sans perdre de temps, poussé le contingent piémontais sur Grenoble, et s'avançait sur Lyon par les routes du pont Beauvoisin et de Belley.
L’armée française, débordée de toutes parts, voyait sa position devenir de plus en plus critique, à mesure que le théâtre de l’action s’éloignait des gorges des Alpes. Grenoble, dont la garnison ne comptait que quelques dépôts et des gardes nationales, et dont les défenses extérieures étaient presque nulles, dut se rendre au général piémontais de La Tour, après une honorable réristance.
Suehet, de son côlé, repoussa, en avant de Nantua, une attaque où l’ennemi perdit 600 hommes; mais, obligé de céder à la supériorité des forces qui le pressaient de toutes parts, il jugea que la dernière heure de résistance avait sonné. Ne voulant pas, sans doute, malgré les moyens de défense dont il disposait encore, exposer Lyon à un bombardement, il signa une capitulation, à la suite de laquelle cette place fut occupée par l’ennenli.
Ainsi se termina cette lutte inégale, dans laquelle la France soutenait avec les débris de ses armées les efforts de l’Europe coalisée. Le combat de Conflans était un dernier éclair de la gloire militaire du premier empire.
Comme on le voit, la tactique du maréchal sSuchet, pour la défense de cette frontière, consista à occuper les défilés des hautes vallées; ces ildébouchés une fois perdus, à se replier derrière la ligne formée par l’arête du mont du Chat, le Rhône et le Jura, et enfin, ces positions forcées, à concentrer son armée sur Lyon.
Celte tactique diffère complètement de celle du maréchal de Berwick, sans qu’il y ait lieu de s’en étonner.
Deux faits étaient venus modifier profondément Ides conditions de la défense de celte frontière : d’une part, l’immense supériorité des forces que déployait l’invasion, de l’autre, l’ouverture de la route du Simplon qui, en élargissant la base
d’opéralions sur les Alpes, assurait à l'ennemi sa ligne de retraite et faisait du bassin du lac de Genève la clef des opérations contre Lyon. Ce bassin forme en effet un saillant sur la frontière, et, du moment où la gauche de l’armée française était menacée, la défense des gorges de la Savoie devenait inutile.
Dans les conditions où elle se trouvait, l'armée austro-sarde, arrivée au pied du Jura et sur les bords du Rhône, disposant d’une grande supériorité numérique, pouvait donc, sans danger, marcher directement sur Lyon. C’est ce qu’elle fit ; quant à l’armée française, si elle s’était réfu- ! giée dans le camp retranché de Barraux, elle eût si été réduite à quitter sa forte position.
Quelques critiques ont été adressées néan- j moins aux opérations du maréchal Suchet, par un officier d’état-major qui a fait celle campagne J avec le contingent piémontais, et qui en a écrit la relation (1).
Je les rapporterai ici, pour servir à l’instruction de mes jeunes camarades; et je puis le faire d’autant plus librement, qu’en les supposant fondées, elles trouveraient une explication J dans l’infériorité si grande des forces du maré- j chai Suchet et dans la situation où combattait
(4) Relation de la campagne de 4845, par le comte de Yillette-Chevron, lieutenant-colonel d’état-major sarde, sous-chef d’état-major du contingent piémontais.
l’armée française, après le désastre de Waterloo.
Ces critiques portent sur trois points :
Le poste de Valoire, qui a toujours exercé une si grande action pour la défense de la Maurienne, ne fut pas occupé.
Il en fut de même de Genève, à l’extrême gauche de la frontière; cette ville, mise en état de défense, aurait servi puissamment à entraver la marche de l’aile droite des alliés qui débouchait par le Simplon; ceux-ci s’étaient attendus à voir les Français s'en emparer dès le début des hostilités, ce qui aurait eu lieu sans difficulté, car 2 bataillons suisses en formaient la seule garnison.
Enfin, si les troupes qui avaient défendu Confïans s’étaient retirées dans les Bauges, elles auraient pu disputer encore avec avantage la possession des bassins environnants, et retarder la marche des ennemis. Le centre de l’armée française occupant ce massif montagneux, Grenoble et Genève servant de points d’appui aux deux ailes, l’ensemble formait une seconde et bonne ligne de défense en avant de celle du Rhône.
Rôle de la Savoie dans la défense de cette frontière. — La disposition qu’on vient d’indiquer répond à l’idée que l’on peut se former aujourd’hui de la défense de cette partie de la frontière des Alpes. Mais, en s’établissant sur cette ligne de bataille, il convient d’occuper, en avant du front, les gorges et les défilés rapprochés du pied des Alpes.
La neutralité de la Suisse, qui ferme la route j du Simplon, et J’occupation du camp retranché du Chablais, viennent suppléer au point d’appui'; qu’on ne peut trouver à Genève. Quant au massif des Bauges, il devient le centre et le pivot de la défense; jeté, comme un grand redan, en avant, du Rhône, le saillant tourné vers les Alpes, et pourvu de bonnes communications à la gorge, il couvre les voies ferrées qui circulent sur les deux rives du Rhône, ainsi que les points de pas- , sage du fleuve à Seyssel et à Culoz, qui devront être assurés par des têtes de pont. Le fleuve luimême sera ainsi transformé de simple barrière défensive en base d’opérations, et, semblable à une courtine dont le Jura et le massif de la grande Chartreuse sont les bastions, il sert de seconde ligne de défense. Enfin la place de Lyon, avec le bassin de la Saône et du Rhône, forme le dernier boulevard de cette frontière du Jura et des Alpes, j
Il reste une question secondaire sur laquelle je ne me hasarderai pas à me prononcer; c’est le choix de la ligne de défense la plus convenable pour intercepter les deux roules qui, de Conflans, se portent sur le Rhône par Annecy et par Chambéry, en longeant le pied des pentes escarpées des Bauges. On peut indiquer trois de ces lignes : celle de la rive gauche de l’Arly, qu’a défendue Bugeaud, en lui donnant pour appui, sur la gauche, où elle peut être facilement tournée, un point fortifié en face d’Ugine.
Celle du col de Tamié, appuyée à droite à une tête de pont sur l’Isère et à gauche à la position Je Faverges (1), supposée fortifiée;
Enfin la ligne située plus en arrière, qui s'appuierait à droite à la position de Montmélian,
| )ourvue d’urte tête de pont sur l'Isère, et à gau- | he au lac d’Annecy.
En toute hypothèse, il paraîtrait utile de ferler, soit en face d'Ugine, soit à Faverges, l'ouerture par laquelle on pénètre dans le bassin u lac d'Annecy, afin de protéger la partie la lus peuplée et la plus riche du territoire de la avoie, d’intercepter la ligne d'opérations sur Jeyssel, et de rejeter l’invasion dans la vallée de Isère, où elle rencontrerait le plus d'obstacles, i Conclusion . — Après avoir terminé l’étude de 1 frontière de Nice, j'ai dit que l'acquisition de i territoire avait mis entre les mains de la rance des positions défensives qui ont toujours ué un grand rôle dans les guerres des Alpes, i Pour ce qui concerne la Savoie, la conclusion t analogue, sans doute; mais je dois à la vérité î dire qu'elle est moins absolue.
La France pouvait toujours occuper la Savoie | s:s le début des hostilités (2), et, sous ce rap-
, 1(1) La position rde Faverges a ét^êtudiée récemment r " le génie militaire.
[ (2) Au commencemen t d’une campagne, dit le général i Bourcet, on peut toujours regarder la Savoie comme nt à la disposition de la France.
2e série. — N° 5.
port, tant que des ouvrages de forliücatîori
nûpmonflnlfl ci un Ïpg Îucta nfilpc rtP «PrAttt n!K'
permanente, si on les juge utiles, ne seront pa^1 venus fournir un nouvel élément à la situation! on pourra dire que les conditions de la défense de cette frontière ne sont pas essentiellement modifiées.
Le plateau du mont Cenis continuera à être ce qu’il a été pour le Piémont pendant les guerres de la Révolution, la véritable position de défense de l’Italie sur les Alpes. Cette position doit sJen tendre de tout le pâté montagneux dont le plateau occupe le centre, et dont il assure l’occupa lion en cas de guerre (1).
La France, par le traité d'annexion, en i abandonné la possession à l'Italie, et l'équité b voulait peut-être ainsi : car, au point de vue d< l’offensive, l’acquisition de la forteresse de Les seillon et sa proximité de celle de Briançon on accru les avantages que la France possédait déji sur cette partie de la frontière.
La tête de la vallée de la Doire, où déboucff le tunnel des Alpes, peut être occupée presqu sans coup férir, et la ligne défensive de l’anciei Piémont entre Feneslrelle et Exilles, sans êtr entamée, a perdu un point d'appui utile sur s droite.
(4) La position du plateau ou du grand mont Cenis avai ( pour défenses avancées les camps de la Magdeleine, d Thermignon , du Petit-Mont-Cenis, et la redoute d Bramant située au débouché du vallon de Saint-Pierrt
Nous ne pouvons mieux faire pour terminer cette étude que de reproduire ici quelques lignes de l'ouvrage de Lavallée sur les Frontières de la France, où le savant et regretté professeur a apprécié les nouvelles conditions de la frontière du sud-est, depuis l’annexion de la Savoie et du ïomté de Nice.
« L’annexion, dit-il, ou la restitution de la Sa- < voie et de Nice, est le plus grand changement ( qu’aient subi depuis un demi-siècle les frontières t déjà France. Cette annexion n’a pas seulec ment rendu à la France des territoires peuplés c de 700,000 habitants, des populations bonnes c et dévouées, aussi françaises par le cœur que c par la géographie, mais elle nous a donné des c positions militaires de premier ordre, de nout velles sûretés contre nos ennemis.
« Du côté de Nice, le Var, si facilement abordable, est couvert par la chaîne des Alpes.
Toulon se trouve garanti
de toute agression
continentale; un port militaire, Villefranche,
lit
de
re
se trouve ajouté à notre frontière maritime.
« Du côté de la Savoie, la grande route du mont Cenis nous appartient avec celle du petit Saint-Bernard. Lyon et le Rhône sont garantis de toute agression venant des Alpes. La porte de Genève est cernée et rendue inutile; la Suisse, enveloppée à l’occident et au midi, gardée et protégée par notre voisinage, est désormais en mesure de défendre
« sa neutralité. Tous les défilés du Jura se trodj- « vent ainsi fermés, et par contre-coup la porté « de Bâle; enfin les fortifications de Paris venanti « se joindre à toutes ces sûretés, la frontière du' « nord-est a repris toute sa puissance et toute « son utilité. »