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Pour apprécier à leur valeur le coup d’œil militaire et la hauteur de vues dont fit preuve le maréchal de Berwick, en définissant avec autant de clarté que de précision la tactique qu’il comptait suivre dans la défense de cette frontière, il faut dire que la plus complète divergence de vues s’était manifestée dans la campagne de l’année précédente (1708), parmi les généraux chargés d’occuper la Savoie, sur la valeur des positions et le meilleur mode de défense du pays. Ce fait, qui s’est reproduit depuis, a de l’intérêt, parce qu’il montre combien est difficile l’application des principes de l’art de la guerre, même dans les pays de montagnes, où la configuration du terrain a une influence si directe sur les opérations militaires.
M. de Medavi, qui s’était acquis une grande réputation militaire dans la campagne de 1706, en Lombardie, insistait pour la défense du pied du petit Saint-Bernard, au moyen de la ligne de retranchements établie en avant de Bourg-Saint- Maurice (1). ce Ces retranchements abandonnés,
(1) Le projet d'une ligne de défense entre Briançon et la Savoie par le Galibier, dont l’honneur est attribué au maréchal de Berwick comme à celui qui l’a mis à exécution de la manière la plus brillante, fut proposé en 4708, par conséquent un an avant l’arrivée du maréchal à l'armée des Alpes, parM. de Medavi. Ce général le rappelle lui-même dans un mémoire à la cour, écrit pendant la campagne de 4740. Il croyait pouvoir en même temps défendre la tête
c( dit-il^ l’ennemi peut pénétrer dans la vallée de « Beaufort par le col du Bonhomme, en Mau- « rienne par le col de Leisse, dans la vallée de « Bozel, qui tombe à Moutiers, par le col du Pacc let. Puis, Moutiers abandonné, il serait maître « du col des Encombres et de la Colombe (Made- « leine.) »
M. de Yallière pensait, au contraire, que le camp retranché de Saint-Maurice était inutile, par l’impossibilité de s’y « soutenir, et qu’en cas « d’attaque d’un corps considérable, il fallait se « retirer à Conflans, où devait être le principal « corps, en ayant soin d’occuper le col de Co- <( lombe (de la Madeleine) et de faire rompre les « ponts sur l’Isère. »
Selon le même général, le col du Cormet, qui conduit dans la vallée de Beaufort, devait être ji occupé par un détachement du camp de Con- ! flans, et ce camp lui-même pouvait être défendu en retranchant et fortifiant la hauteur de ce nom.
Cette dernière opinion, soutenue par M. de Chamlay, était vivement combattue par M. de Medavi. « A l’égard du poste de Conflans, éeritcc il, je voudrais bien que l’auteur m’apprît par i « où les troupes qui le garderont pourraient se « retirer, si elles attendaient que l’ennemi, maî-
i de la vallée de l’Isère ; c’est en cela que le maréchal vit plus juste, et corrigea une disposition qui aurait pu nuire au plan général de défense de la frontière.
« tre de la vallée de Beaulort, eût passé la rivière « de TArly. »
Le maréchal de Tessé est du même avis : « Il « pense que ce corps retranché sous Conflans a est inutile, car il peut être tourné par sa droite « et déposté sans un coup de fusil. »
Après ces indications générales sur les conditions de la défense de la Savoie, telles qu'on les envisageait à cette époque, nous allons rapporter quelques-uns des faits particuliers relatifs aux deux campagnes de 1709 et 1711 sur cette frontière.
Campagne de 1709. — Au début des opérations, le maréchal de Berwick établit son quartier général, avec 20 bataillons, sur la route conduisant de Briançon au col du Galibier et à celui du Lautaret.
L’armée austro-sarde, forte de 45 bataillons et de 54 escadrons, franchit les Alpes le 11 juillet et vint camper au pied du mont Cenis.
Le comte de Thaun, qui la commandait, avait des vues sur Briançon; mais voyant l'armée française immobile dans ses positions, et ne pouvant descendre plus avant en Maurienne sans s’exposer à être pris de flanc, il jette le gros de ses forces en Tarentaise par le col de la Yanoise.
Le comte de Thoy, qui commandait le corps français en Tarentaise, se replie, selon les instructions qu’il avait reçues, d’abord sur Fessons, puis sur la Roche-Cevin, où il soutient un combat d’arrière-garde et perd 600 hommes.
Cette circonstance l’empêcha sans doute de prendre position, ainsi que le lui avait prescrit le maréchal, « sur les hauteurs vis-à-vis de Contt flans de l’autre côté de l’Arly, rompant le pont <( afin de donner le temps au comte de Medavi « (qui occupait la Maurienne) de se joindre à lui « par derrière l’Isère, ou de lui envoyer un rentt fort suffisant de troupes. »
M. de Medavi ne s’arrêta pas dans cette position, que devait illustrer en 1815 le colonel Bugeaud, et il vint se réfugier dans le camp de Frêterive, situé à cheval sur l’Isère, un peu en amont du confluent de cette rivière avec l’Arc ; mais, n’ayant pas eu la précaution de faire occuper sur sa gauche les montagnes de Tamié, il ne tarda pas à être délogé.
Le maréchal était resté jusque-là immobile dans la crainte que l’armée sarde ne fit une contre-marche rapide par le col de la Roue pour investir Briançon. Il accourt en toute hâte à la gauche de sa ligne , s’établit à Montmélian jette 1600 hommes dans les Bauges.
L’armée austro-sarde occupe alors Conflans et s’avance dans le bassin du lac d’Annecy; toute sa cavalerie (70 escadrons) se porte vers Seyssel, sur le Rhône- Ce fleuve était défendu par un corps volant, composé de la cavalerie qui s’était repliée depuis la Tarentaise et de quelques bataillons d’infanterie appuyés des milices du Bugey et de la Bresse.
Il y avait, en outre, à Chanaz, à l'extrémité du lac du Bourget, un fort détachement prêt à franchir le Rhône en cas de besoin.
La nouvelle que le corps de troupes commandé par le comte de Mercy avait été battu dans la haute Alsace, lit échouer le projet d’une jonction des Impériaux et des Piémontais en Franche- Comté, et détermina le comte de Thaun à repasser les Alpes. Le chemin de la Yanoise s’étant trouvé fermé par les neiges, il fut obligé de rentrer en Piémont par le petit Saint-Bernard.
Le maréchal informe, le 26 septembre, le roi.de la retraite de l’armée ennemie : «Je compte prête sentement notre campagne comme finie, écrit- « il; nous avons, Dieu merci ! rendu inutiles les « grands projetsdes ennemis. J’ose même assurer « à Votre Majesté que tant que la guerre durera, « il ne leur sera pas possible de rien entreprendre « sur cette frontière, par l’heureuse situation « que nous avons trouvée. La Savoie a été la « seule victime de cette campagne, elle a été « mangée par les deux armées. »
Campagne de 1711. — En 1711, l’ennemi avait fait de grands préparatifs à Coni, ce qui fit craindre qu’il n’eût le projet de se porter sur le Yar, dont la ligne fut garnie de retranchements. Le maréchal établit son quartier général et un camp de 24 bataillons à Guillestre, à mi-chemin entre Briançon et Tournoux; il pouvait de là se rendre
en cinq jours sur le Yar et en trois jours en Savoie, par le Galibier.
La colonne principale de l’armée austro-sarde, commandée par le duc Victor-Amédée en personne, entra en Savoie le 6 juillet par le mont Cenis, et campa le 7 à Thermignon. Comme dans la campagne précédente, elle traverse le col de la Yanoise et se jette en Tarentaise, où elle se réunit à la colonne qui était entrée par le petit Saint-Bernard.
L’armée austro-sarde occupe Conflans sans rencontrer de résistance, passe l’Arly et vient camper sur la rive droite de l’Isère, à la hauteur de Chevron, la droite au col de Tamié.
Le maréchal reçoit, le 6 juillet, l’avis de la marche du duc de Savoie. Le 7, il quitte son camp de Guillestre; le 9, il est à Yaloire et le 10 à Saint- Jean de Maurienne.
Il vient occuper, comme l’année précédente, la position de Montmélian, où il rallie la colonne venant delà Tarentaise, et jette 6 bataillons dans les Bauges.
Le duc de Savoie, qui avait fait avancer un corps de troupes par Faverges dans le bassin du lac d’Annecy, fait attaquer le massif des Bauges, rejette les Français de la combe d’Aillon dans celle de la Thuile et sur Montmélian. Le maréchal évacue alors cette dernière position, et se retire avec 35 bataillons dans le camp de Barraux, qu’il fait retrancher avec] soin, afin de se