DE LA GREFFE PAR HETEROPLASTIE HUMAINE
La transplantation d'une dent faite d'un sujet à un autre, est mentionnée dans les écrits d'Albucasis. Mais le premier exemple que les auteurs nous en aient rapporté est celui d'Ambroise Paré.
Il faut ensuite arriver à Fauchard, pour voir pratiquer cette opération. Cet auteur nous en rapporte un cas assez détaillé, relatif à une dent qu'il fut obligé de limer considérablement pour lui donner la même longueur qu'aux autres, et qui, malgré cela, se consolida et dura pendant 6 ans. Après lui, Bourdet se fit l'avocat de cette opération et la pratiqua plusieurs fois avec succès. Ces auteurs trouvèrent ensuite des imitateurs dans Graebner, 1767 ; Hunter, 1771 ; Jourdain, 1778; Richter, 1797; Hirsch, 1801 ; Bell, 1806, Schmidt, 1807; Woofendale, 1783; et une foule d'autres praticiens. Il fallait même qu'elle fût passée au nombre des opérations les plus courantes pour que Bell, qui Ta décrite dans tous ses détails, soit allé jusqu'à désirer « que Ton eût toujours plusieurs personnes prêtes à fourif> nir leurs dents, pour que le dentiste pût facilement en » trouver d'un volume et d'une forme convenables. »
Nous ne dirons que peu de choses de cette opération, qui présente des difficultés très-grandes à propos du choix de la dent à transplanter.
Od comprend, en effet, combien il est difficile de trouver une racine ayant la même forme et les mêmes dimensions que celles à laquelle on veut la substituer. La couronne remplirait-elle toutes les conditions voulues pour s'harmoniser avec Tarcade dentaire, que la racine ne serait pas pour cela en rapport convenable de forme et de dimension avec son nouvel alvéole.
Il faudrait, à l'exemple de Bell, pour, pratiquer cette opération, disposer d'un grand nombre d'individus tous prêts à faire le sacrifice de la même dent. Cet inconvénient fait que la transplantation a été recommandée par un plus petit nombre d'auteurs que la réimplantation, et qu'elle a été plus attaquée que celle-ci. Citons, parmi ses adversaires : Laforgue, Andry, Arnemann, Zang, Serre, Richerand. Galette, Angermann, Richard, Londe, Maury, Désirabode.
Mais, outre les inconvénients et les difficultés qu'elle présente par elle-même, la transplantation soulève une question bien plus importante. Nous voulons parler de la possibilité dé communiquer, par ce mode de greffe, certaines maladies infectieuses, et notamment la syphilis. William Watson, Littsom, Hamilton et Kiihn ont rapporté des exemples d'un pareil mode de contagion syphilitique, et Rollet, dans son Traité des maladies téné^ viennes, ne le met pas en doute.
C'est probablement pour cette raison, autant qu'à cause de la mutilation infligée à Tindividu privé de sa dent, que certains auteurs s'élèvent hautement contre la transplantation, qu'ils considèrent comme immorale et contre la-
éfnéile ils rëëlEteént rat>plifeatî6n de l'article du Code pëtt^lfèMit ànx âititîlâtibns et àtix sévices.
Bien qû^liostile on ]()rincipe à cette variété de greffe deirtàire, nous pèriisoiis ù'ê'à'nmôms q[u'elle peut être tentée dans des cas rates, pour des raisons tout à fait pà'fticulîètés, et exëluiSvement avec des dents à racine unique. Il convient alors de s'entourer des conditions' les plus favorables. au succès. Les auteurs conseillent à cet égard de prendre utie dent en général un peu plus petite que celle à laquelle on êe propose de la substituer , une dent de femme, par exemple, pour la l*éimplantation sur un homme; de faire choix d'un sujet bien constitué et dans l'âge adulte (20 à 40 ans).
Les indications de la greffe dentaire hétéroplastique sont difficiles à établir. En tous cas, des altérations profondes, irréparables de la couronne doivent seules nous faire penser à cette opération, dont la détermination doit être plutôt prise par le malade que par le chirurgien.
Le manuel opératoire, les soins consécutifs à la remise en place, la contention doivent être les mêmes que pour la réimplantation. Si, dans l'^implantation de la dent, la racine se trouvait trop longue, on pourrait sans danger en réséquer une partie.
Ajoutons enfin que, dans le but d'obvier à Tinconvénient de mutiler un individu pour en restaurer un autre, 041 pourrait, suivant le conseil d'A. Paré, prendre les dents à transplanter sur un cadavre dont la mort ne remonterait qu'à quelques heures, et chez lequel là vitaÔté du périoste dentaire ne serait pas encore éteinte.