‹ Étude sur la greffe dentaireChapitre 2 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ I. — DtPlNrriON ET HISTORIQUE.

a II y a greffe, dit M. P. Bert (1), toutes les fois qu'une partie séparée du corps de Tanimal est ensuite replacée en tel lieu qu'elle continue à vivre comme si ses rapports nourriciers n'avaient en rien été interrompus. Ce qui la caractérise c'est Tisolement dans lequel s*est trouvée pendaift un certain temps la {Partie séparée, privée des liens vasculaires qui lui apportaient sa nourriture, réduite à ses propres ressources et condamnée à mort si cet isolement dure trop longtemps ; ce sont ensuite les conditions d'existence retrouvées, les connexions rétablies, la solidarité

nutritive acquise de nouveau et la vie, un instant en péril, »

assurée désormais.

« La partie greffée doit devenir partie inhérente de l'individu et en suivre le sort ou la destinée et participer aux mêmes évolutions physiologiques, aux mêmes usages que la partie retranchée alors qu'elle était saine. x>

(1) Thèse sur la greffe animale. Paris, 1863.

L*origine de la greffe animale doit certainement âtre fort ancienne. Il parait assez naturel, dit M. Ârmaignac (1), de penser que l'idée a dû en Tenir an premier indtvida qui aura vu une partie de son corps violemment retranchée. Gela doit être vrai surtout pour la greffe des dents, lesquelles sont plus exposées que nulle autre partie du corps à être isolées de leur place, soit par des traumatismes, soit par des manœuvres d'extraction. Aussi émettons^nous cette remarque que la greffe dentaire a dû certainenàent précéder l'époque où elle fait son apparition dans la littérature médicale. Les premiers exemples de greffe pratiquée avec succès nous viennent de l'Inde, où les prêtres et les médecins ont fait de la rhinoplastie dès la plus hfiute antiquité. La greffe dentaire: ne paraîtrait, suivant certains auteurs, remonter qu'au XP siècle où Âlbucasis fait mention de la transplantation. Mais Hippocrate luimême nous semble ne l'avoir point méconnue, lorsque, à propos des fractures du maxillaire inférieur, il conseilfe de remettre en place les dents dérangées, de les maintenir à Taide de âls d'or, ajoutant qu'à l'aide de ces moyens elles se consolident.

D'après une statistique, soigneusement dressée par M. Bérenger-Féraud (2), le nombre de faits connus de greffes suivies de succès était, en 1870, de deux cent vingt-quatre. Mais dans ce chiffre ne figure pas la greffe dentaire qui, à la même époque, aurait à elle seule donné un relevé bien plus fort, comme il est facile de s'en con-

(1) Thèse de Paris. 1876.

(2) Gazette des hôpitaux. Paris, 1870.

vaincre par rhkt(orî<|Ue quôdious AonneroDâ) à propos de chaoon dea-proeédés suivant lesquels elle a été pratiquée. Nous nef ferons certes pas un reproche au si brillantïmédedin de la marine d'avoir commis cet oubli, car ce. qui touche aux questions dentaires.a été de. tout temps fort .n^g^gé. deSrmédecinSy: et Je point spécial qui nous occupe est encore : parmi eux un domaine resté inexploré et un vSsUJet de controverse.

La greffe. dientaire consiste à faire revivre une dent qui

>a!é(té complètement isolée de sa place normale.

. Bes atiteurs ont admis, d'autres ont nié la possibilite.de

' voir réussir une pareille tentati{7e,Jea 'premiers se fondant sur Fobservation,' les autres suri le raisonnement. Ces derniers pensent que Torgane dentaire^ se nourrissant par les vaisseaux qui pénètrent le sommet de- sa racine, périt inévitablement après leur rupture et se trouve dès lors inapte à reprendre droit de domicile dans roi^anisme, conformément aux conditions indiquées dans la définition que nous avons empruntée à P. Bert.

Les premiers s'appuient sur les faiti^ qui sont certes nombreux. Sans préjudice de l'historique que nous ferons* à propos de chacune des espèces de greffe dentaire, nous allons l' rapporter quelques-uns de/ ces faits> empruntés à divers aùteursi Puis nous exposerons à titre de preuve les

< expérimentatians qui ont été faites à ce sujet sur . lesani-

:maux.

§ IL — ' P«EUVES TlftÊBS D'ÔBSËftVXTlONS FAÎTES SOR L'HOBIMB.

Nous lisons dans Âmbroise Paré, le fait suivant (1) :

« Un homme digne d'être ciru m'ff à'ffffmé qu'une prin- » cesse ayant fait arrachier une dent, s'en fit remettre »' subit une autre d'une sienne damoiselle , laquelle se re- » prit et quelque temps après mâchait dessus* comme sur » celle qu'elle avait fait arracher. »

Une observation plus complète, plus détaillée nous est fournie par Hunter.

ce M. X... reçut un coup qui chassa violemment la pre- » mière bienspidée hors deTalvéoleet luxa la seconde. » La première était tombée dans sa bouche ; il la cracha » par^ terre , mais il la ramassa aussitôt et la mit dans sa x> poche. Quelques heures après il me fit appeler, me ra« » conta l'accident et me montra la dent. En examinamt » sa bouche, je trouvai la seconde bicuspidée très'-mo- D bile, mais assez bien à sa place. Ladebt qui avait été » extraite n'était pas tout à fait desséchée ; mais comme

(1) Œuvres complètes. Edition dé Malgaigne, tome II, p* 449.

» elle était tombée par terre et qu'elle avait été quelque » temps dans la poche, elle était très-sale. Je la plongeai » immédiatement dans de Teau chaude, et après 1 y avoir » laissée séjourner un quart d'heure pour qu'elle se ra- » mollit, je la nettoyai aussi bien que possible^ et je la » replaçai après avoir introduit ,une sonde dans l'alvéole x> pour briser le caillot sanguin qui le remplissait.

t> Je liai alors cette dent et la seconde à la cuspidée et » à la preinière molaire av^c un fil de soie qui fut laissé if> en place pendant quelques jours et ôté ensuite. Au y> bout d'un mois, ces deux dents étaient aussi solides que » toutes les autres, et sans le souvenir des circonstances » qui viennent d'être rapportées, M. X... n'aurait aucune » conscience de ^accident arrivé à ses dents. Il y a » maintenant quatre années que cet événement s'est » passé (1). »

Mouton (2) consacre un chapitre à la transplantation, et un autre à la réimplantatîon. A propos de celle-ci, il dit que toutes les fois que une ou plusieurs dents ont été extraites par accident de leur alvéole, il faut les y réintégrer promptement, car elle se reconsolideront en moins de quinze jours. Il dit avoir plusieurs fois pratiqué cette restitution et Tavoir toujours vu réussir. On Iqi doit même l'observation suivante qui, si elle est authenthique, est fort curieuse, car elle montre que des dents de lait dont les racines sont petites, usées en partie par la couronne delà dent définitive sous-jacente, peuvent également se consolider.

(1) Traité des dents, p. 133.

(2) Essai d'odontotechnie. Paris, 1744.

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