‹ Étude sur la grossesse extra-utérineChapitre 33 sur 57 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

Grossesse tubaire de six semaines, — Rupture de la trompe.— Laparotomie,. — Guérison.

(D Duchamp, agrégé, chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Saint-Étienne, Lyon médic.,

23 août 1887.)

Le 18 juin 1887, j'ai été appelé par mon excellent confrère et ami, le D' Nodet, du Chambon-Feugerolles, auprès d’une de ses clientes présentant depuis quelques heures tous les signés d’une perforation aiguë du péritoine.

Cette dame, âgée de 31 ans, avait eu à la suite de deux accouchements (trois ans et demi et deux ans auparavant) une poussée de pelvipéritonite terminée rapidement par la résolution. Depuis lors, pas de nouvelle grossesse, santé générale bonne. : |

Mr V... avait eu ses règles le 30 avril 1887. Le mois de mai avait été marqué par de l'anémie et quelques palpitations sans lésion cardiaque. Le 30 mai, absence des règles ; M"° V... a seulement la migraine qui accompagne d'ordinaire chez elle chaque époque menstruelle. Il n’y avait aucun trouble digestif, et l’absence des règles faisait seule penser à uu état de grossesse.

La santé était parfaite lorsque le 17 juin, à 4 heures du soir, faisant un travail de couture, M®° V... ressentit brusquement dans lé ventre une douleur déchirante. Défaillances, vomissements, pâleur de la face. Le D' Nodet, appelé à 8 heures, trouve le ventre un peu ballonné, douloureux à la pression, surtout dans l’épigastre et les hypochondres. Le pouls est imperceptible, les lipothymies continuelles ;-la face est pâle. Les renseignements fournis par la famille font songer au D' Nodet à une péritonite par perforation due à un ulcère de l'estomac avec une abondante hémorrhagie interne. Opium, glace.

Le lendemain, à { heure, je vois la malade. Son ventre, fortement ballonné, est sonore dans toute son étendue. La douleur à la pression est plus marquée dans la région sous-ombilicale. Les vomissements sont fréquents, porracés. La face est pâle, la peau moite, le pouls presque imperceptible. Le toucher vaginal négatif; la consistance du col à peu près normale. |

La malade, plus calme que la veille, peut répondre aux questions,

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et l'on établit nettement alors que la douleur atroce du début occupait la partie inférieure du ventre, au-dessus du pubis, et qu’elle a été suivie tout aussitôt de ténesme rectal et d'épreintes pendant une demi-heure.

Le diagnostic de perforation du péritoine et d'hémorrhagie interne s'imposait,; le siège de la douleur du début et les épreintes rectales permettaient de localiser la rupture dans le bassin. La suppression des dernières règles, chez une femme à époques régulières. permettait de croire à une grossesse, et, dans l’état, il était probable que cette grossesse élair la cause de tous les accidents. >

Nous basant sur ce diagnostic, nous proposâmes la laparotomie, qui fut acceptée. L'opération fut pratiquée à 5 heures du soir, vingtcinq heures après le début des accidénts. J'étais assisté directement par le D' Nodet. Le D' Jonannaud, de La Ricamarie, donnait avec précaution le chloroforme +

La vessie est vidée et la paroi abdominale soigneusement désinfectée. Pas de spray. A l'ouverture du péritoine, un flot de sarg noir s'échappe, entremêélé de caillots. Cette masse, recueillie par M. B..., pharmacien, parent de l'opérée, a été évaluée par lui à deux litres et demi environ. Le sang évacué, on fait, entre deux ligatures, la section d'une frange épiploïque tendue dans le champ opératoire. L'intestin, dont la surface est vascularisée, fait hernie à travers l'incision. Ne pouvant, à cause du ballonnement, le maintenir réduit et soulevé, je prends le parti de l'amener au dehors et de le renverser du côté de l’épigastre en l'enveloppant d’une pièce de gaze antiseptique trempée dans une solution boriquée tiède. Alors seulement je puis voir le petit bassin et le vider du sang qu'il contient. Je constate plusieurs brides péritonéales fixant l’utérus et ses annexes. Je trouve, parmi les caillots, un petit œuf de 2 centim. de diamètre environ, et enfin une perforation de la trompe gauche, de la dimension d’une pièce de 50 centimes, à ? centim. de l'utérus. Une aiguille de Cooper perfore le ligament large au-dessous de la trompe et au voisinage de l'utérus, et permet de passer deux fils de soie phéniquée, l’un liant la trompe et le ligament de l'ovaire; l’autre horizontal, passant au-dessous de. l'ovaire et de la trompe, soulevés. Ovaire et trompe sont ensuite excisés. Le temps de la ligature était rendu particulièrement pénible par l’adhérence des parties.

Après la toilette du péritoine, l'intestin fut réduit et le ventre

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