CHAPITRE PREMIER
Historique.
L'histoire de la grossesse extra-utérine ne remonte pas à une époque bien reculée. Les anciens médecins, et même ceux du moyen âge, n'avaient aucune connaissance de ce genre de grossesse. La première observation de grossesse extra-utérine qu’on connaisse, remonte au xr° siècle. Elle est due à Albucasis!, médecin arabe, « fameux écrivain en chirurgie », qui raconte son cas avec une exactitude surprenante. Le kyste fœtal de sa malade suppura, s’ouvrit à la paroi abdominale, et il en sortit par parcelles un squelette de fœtus. La malade vécut, conservant une fistule. Albucasis dit qu’il finit par découvrir que les os expulsés provenaient d'un fœtus, mais il n’essaya pas d’interpréter son cas, ayant des connaissances très imparfaites sur la gestation. |
Le premier auteur qui admet la formation d’un fœtus hors de la matrice est Riolan?; il écrit en 1649 : in qua (tuba uteri), quod est mirabile, fœtus humanum concipi fuit observatum. Il s’appuie, pour démontrer ce qu’il avance, sur trois observations,
1 Albucasis ; Dans méth. méd. de Hieronymus Germusaeus, 1541. 2 Opera Anatomica. Lib. II, pag. 180, 1649.
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qu'il rapporte avec autopsie et dans lesquelles les fœtus furent trouvés à l'intérieur des trompes. Il cite en outre deux faits semblables empruntés à Marquardus et à Avaricus.
En 1675, Mauriceau ‘ parle d'une femme, dans le ventre de laquelle fut trouvé un fœtus avec une grande quantité de sang, fait observé en 1669 par un chirurgien de Paris, nommé Vassal, «qui voyait», dit Mauriceau, «que la génération de l'enfant s’était faite dansle vaisseau éjaculateur». Mauriceau lui-même ne croit pas à la possibilité de la conception dans la trompe, et pense qu’il s’agit d’une grossesse développée dans une hernie de l'utérus. Cependant où trouve dans son livre une planche, qu'il dit avoir dessinée de sa propre main, représentant l'utérus et les trompes, dans laquelle l'extrémité utérine de la trompe droite est très dilatée et déchirée à sa partie supérieure. C'est, en somme, le dessin d’un kyste fœtal, formé par la trompe et déchiré à sa partie supérieure vers le deuxième ou troisième mois.
En 1672, Régnier de Graaf, par la découverte de l’ovule sur l'ovaire, rend compréhensible la formation du fœtus hors de l'utérus. |
Cependant Diemerbrook*, anatomiste, décrivant les trompes en 1679, suppose que la conception dans ces conduits est impos-
sible. Il argumente les observations de Rioian, rejette l'opinion : de Deufingius et de Jouan Horne, et conclut à l'impossibilité de pe la conception hors de l'utérus, à qui swmmus conditor soli utero LS
concipiendi officium imposuit, in eoque solo fœtus conceptionem et formationem fieri voluit, elc.
En 1721, Dionis*, dans son Traité d'accouchement, consacre un chapitre aux «enfants formés hors de la matrice», dans‘lequel il discute et il admet la conception dans les trompes par arrêt de
! Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées, tom. 1, pas. 86, 7e édition.
# Anatome corporis hominis, pag. 141.
$ Dionis, Traité général d'accouchement. Livre 1, pag. 91.
DEEP CES l'ovule à ce niveau. Il se rattache d’ailleurs aux découvertes de de Graaf sur la fécondation, et rejette la théorie des deux semences, soutenue par Mauriceau.
En 1727, Du Bois soutient à la Faculté de Paris une thèse sans grande valeur intitulée : An fœtus extra uterum genitus, salva matre, possit excludi ? Discutant Les faits un peu théoriquement et sans s'appuyer sur des observations, il résout la question par la conclusion suivante : Ergo, fœtus extra uterum genitus, salva matre, polet excludi.
Quelques années plus tard, en 1761, Duvernay ! s'occupe des troïs variétés de la grossesse ectopique, de la variété tubaire, de l’ovarique et de l’abdominale. Cette division de la grossesse extra-utérine en trois variétés, attribuée à Beaudelocque, n’en est pas moins due à Duvernay, qui publiait son ouvrage en 1761, tandis que Baudelocque ne reproduisit cette division qu'après Astruc el Levret. Il rapporte en outre plusieurs observations” de grossesse ectopique, dont une personnelle qu'il rattache avec . juste raison à la variété ovarique. Cette division, vieille déjà, est encore aujourd’hui la meilleure.
. À peu près à la même époque, Astruc*, professeur à Montpellier, puis à Paris, étudie la question sous le nom de « Fausses conceptions» avec une grande sagacité. Il admet aussi trois variétés et rapporte un très grand nombre d’observations à l'appui de chaque variété ; son ouvrage est bientôt suivi par celui de Levret %, dans lequel l’auteur consacre un chapitre à ces grossesses qu'il définit « mauvaises grossesses ».
Avec Baudelocque *, on commence à connaître l’évolution clinique de la maladie. Il en décrit les symptômes et en indique le traitement.
1 Œuvres anatomiques, pag. 349, 1761.
2 Traité des maladies des femmes, 1761-1765.
3 L'art des accouchements, 1766, pag. 45.
4 Id. pag. 514.