OBSERVATION XX
(Communiquée par M. le professeur Kiener.)
Grossesse extra-utérine de cinq mois environ.— Éclampsie, par compression des uretères, suivie de mort.
Note clinique. — Femme âgée de 25 ans, à eu une bonne: santé jusqu'au moment de sa grossesse; vivait dans l’aisance ; pas de grossesse antérieure ; nerveuse, mais n’ayant jamais eu d'accès hystériques, ni épileptiques ; pas d’antécédents névrosiques dans sa famille. À eu ses règles pour la dernière fois dans les premiers jours de janvier. [1 y a un mois, survinrent des vomissements et un amaigrissement général ; en même temps elle s’aperçut de l'élargissement du volume du ventre et fut sujette à une constipation, nécessitant l'emploi journalier de lavements. Aucune trace d’œdème.
La maladie actuelle a commencé le 15 mai. Elle éprouva brusquement un éblouissement, immédiatement suivi de perte de connaissance ;. cet accès dura seize minutes et laissa à sa suite un peu de faiblesse dans les membres du côte droit. Le reste de la journée se passa bien, et le lendemain elle put sortir. Dans la nuit du 17 au 18, convulsions qui durèrent toute la nuit avec perte de connaissance et coma.
Ælle entre à l'hôpital le 18 mai au matin ; stupeur profonde, pas de réponses; mictions involontaires ; apyrexie. Dans la soirée, deux petites crises convulsives. Le 19, on retire de la vessie 200 gram. d’urine jaune foncé ne contenant pas d’albumine. On reconnut à ce moment une grossesse, sans cependant pouvoir entendre les battements du cœur du fœtus. La tumeur était médiane, globuleuse et remontait jusqu’à trois travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Dans le flanc droit sur le côté du kyste fœlal, on reconnaissait en outre une tumeur piriforme,
aplatie, mobile, grande comme un œuf, dont la nature ne peut
être précisée. La journée se passa dans un état de stupeur voisin du coma; il n’y a pas de convulsions ; pas de fièvre.
Le 20, la malade reprit un peu connaissance comprenant les questions, mais sans y répondre ;-elle réagissait au pincement de la peau ; la malade n’était plus dans la résolution complète comme Ja veille. Temp. 37°,3 matin et soir. Léger souffle au cœur, à la pointe et au premier temps. |
Le 21, la connaissance un peu meilleure ; la malade demande à boire ; temp. 37°,8, aspect (yphique, bouche sèche, narines pulvérulentes ; pouls petit et fréquent.
Le 22, même état ; temp. 58 ; dans la soirée, deux accès convulsifs. à |
Le 23, le coma redevient profond ; par moments cris et agitation ; Temp. 38°, 2.
Le 24, même état que la veille ; Temp. 380,3. Toujours aucune trace d'æœdème; face pâle. On fait un nouvel examen de l'urine; couleur jaune foncé, densité 1014 ; chlorures 3 gram.
par litre, phosphates 14,05, nrée 12%",6. Légères traces d’albu- | mine.
Le 25, coma absolu ; mort. La température n’a pas dépassé 38°,3.
Autopsie. — Gracilité excessive du corps ; maïigreur. Circonférence à la base de la poitrine 61 centim.; taille 1 mèt. 53. Petit bassin : distance d’une apophyse antéro-supérieure à l’autre 25 centim. 1/2. Seins petits, d’où l’on fait sourdre une goutte de liquide lactescent. Traces de sudamina à la paroi du tronc. Pas d'æœdème. |
A l'ouverture de l'abdomen, on remarque que le petit bassin est occupé par une tumeur globuleuse et fluctuante, du volume des deux poings, occupant la région médiane et montant jusqu’à trois travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Sa surface est lisse et recouverte d’un lacis veineux qui lui donne une coloration rouge sombre. Elle adhère fortement en arrière à l’excavation
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du sacrum et s'étend dans le cul-de-sac recto-vaginal ; on en reconnaît le relief par le toucher sur la paroi postérieure du vagin à 4 centim. de la vulve.
L'épiploon se réfléchit sur une partie de sa convexité et se confond avec sa paroi; des adhérences fibro-cellulaires l'attachent à l'S iliaque.
L'utérus est complètement indépendant de la tumeur ; ilaété refoulé en haut et à droite et n’est autre que la petite tumeur que l’on percevait par la palpation dans le flanc droit immédiatement sous la paroi abdominale.
Par le toucher vaginal on arrivait avec peine à trouver le col, à cause de l'élévation de l'utérus. En ouvrant le vagin on le trouve rempli de muco-pus, dont une grosse goutte sort de l'orifice du col un peu élargi et béant.
L'utérus a sa forme ordinaire, mais il est un peu augmenté de volume. En l’incisant on trouve sa cavité remplie d’un pus grumeleux et la muqueuse considérablement épaissie, rouge-sombre dans ses couches profondes, avec un revêtement blanchätre, semblable à une croûte diphtéritique, par places ramollie.
Trompe et ovaire gauches.— Le ligament large du côté gauche avec la trompe et l'ovaire correspondant est étalé au-devant du kyste fœlal, à la paroi antérieure duquel il adhère. La trompe, un peu allongée par tiraillement, est d’ailleurs sans lésion notable et perméable ; le pavillon est libre. L’ovaire est aplati contre le kyste fœtal, un peu allongé et plus large, et moins épais qu’à l'état normal, sa structure est peu modifiée ; on reconnaît à la coupe des traces de corps jaunes atrophiés, mais rien qui ressemble au corps jaune de la grossesse.
-Trompe droite. — Elle s’insère à l'angle droit de l’utérus et se recourbe ensuite en arrière pour venir s'appliquer contre le kyste fœtal, où elle s’aplatit et finit par se confondre avec la paroi de celui-ci, sans qu’on puisse distinguer aucun vestige du pavillon. En introduisant un stylet par l'orifice utérin de cette trompe,
FI à
RC En on pénétre à une profondeur de ? centim. environ, puis on est arrêté par l’atrésie complète du canal. |
La veine utéro-ovarique du côté droita le calibre du petit doigt, celle de gauche a le calibre d’une grosse plume d'oie.
Fœtus.— Après avoir détaché le kyste fœætal de ses adhérences avec la face antérieure du sacrum, on y cherche inutilement quelque vestige de l'ovaire droit. Par conséquent, il faut conclure que le kyste fœtal,en comprimant cette glande, l’a atrophiée.
En ouvrant le kyste on fait sortir l’eau de l’amnios, et on
met à nu un fœtus bien conformé, non macéré, long de 28 cm.
et pesant 480 gram.
Le cordon pèse 30 gram. et le placenta 350; il s'insère sur les deux tiers environ de la surface interne du kyste et paraït avoir la structure ordinaire. |
Le fœtus est du sexe féminin. Le clitoris est proéminent; à sa base s’ouvre l’orifice de l’urèthre, d’où l’on fait sourdre quelques gouttes d’uriue en pressant sur la vessie. Les petites lèvres sont bien dessinées; les grandes lèvres légèrement indiquées par un repli cutané en forme de fer à cheval. L'orifice du vagin est fermé par la membrane hymen. L'utérus est bien défini et à chacun des angles s’insère une trompe terminée par un pavillon, qui se recourbe autour de l'ovaire. Cette glande est a longée, cylindrique, longue de 6 à 7 mm. Les reins sont bien développés à leurs places et ont une surface bosselée qui rappelle la cOAIGrES mation du rein d'agneau. :
La capsule surrénale est volumineuse; la rate est petite et
sphérique ; le foie est très volumineux et mou; le gros intestin,
rempli de méconium, se termine par un appendice ilio- cæcal
de ? cm.
Les cavités pleurales sont formées ; les poumons sont pourvus de tous leurs lobes ; le thymus, volumineux, se prolonge dans le cou par deux cornes, qui Se terminent à à quelques millimètres du corps thyroïde ; ce corps est bien formé ainsi que le larynx.
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