‹ Étude sur la langue anglaise au xive siècleChapitre 25 sur 51 · VI. Verbes · texte numérisé non relu

VI. Verbes

La conjugaison, déjà si simple^ de l'anglo-saxon est réduite à une seule forme avec quatre modes : indicatif, impératif, subjonctif, infinitif; mais elle n'a que deux temps, le présent et le passé. Toutes les autres formes de modes ou de temps sont rendues par des auxiliaires.

Le participe présent hésite enccHre entre la vieille terminaison en ande, ende, et la nouvelle en ing, ,

Il h'y a qu'une seule conjugaison dont s'éloignent à peine quelques verbes irréguliers. Tous les temps se forment de l'infinitif, qui est le radical du verbe.

Oq ne trouve plus que rarement des infinitifs en e, en, reste de la terminaison anglosaxonne an.

Le parfait et le participe passé ont le d pour lettre caractéristique. La disparition de cette lettre, dans l'un ou l'autre temps, constitue l'irrégularité du verbe.

La conjugaison française est modelée sur la conjugaison latine. Le pronom n'y est pas encore employé ; la terminaison particulière à chaque personne en tient lieu.

On peut diviser les verbes en faibles et en forts. Ce qui caractérise les premiers, c'est que l'accent est sur la terminaison au lieu d'être sur le radical à la l** et à la 3« personne du parf. sing. (chantâ^i, chantai; rends, rendit; parti, partie). La conjug. faible offre des verbes en er, eir, re, ir,

La conjugaison forte comprend les verbes latins de la seconde et de la troisième conjug. Elle offre des infin. en oir, re, ir. La V^ et la 3® pers. du parf. y sont accentuées sur le radical et non sur la terminaison.

Il faut aussi remarquer une forme mixte qui se môle parfois à la foime pure.

THU KINGS KNGLISH

On y rencontre encore des traces fréquentes du ge saxon au participe passé. Ce préfixe est souvent représenté par un y et, parfois môme, subsiste à côté de la nouvelle forme éd.

Dans les deux conjugaisons (faible et forte), les modes et les temps sont disposés comme en latin.

Le participe présent se forme en ajoutant ant au radical du verbe.

Le participe passé, comme dans le français moderne, a une terminaison qui dépend de celle de r infinitif présent ou de la forme môme du part, passé latin (chanter, chanté^ chantet ; partir, 'parti ; ardoir, arz^,

VIL Conjonctions bt prépositions.

Les parties indéclinables du ^scours, n'ayant déjà plus de simplification à subir, persistent naturellement.

Elles ont à peu près la forme actuelle, mais elles ne peuvent guère trouver accès dans la langue de Chaucer, où leur place est déjà occupée.

On le voit, les mots français, introduits dans la nouvelle langue, ne pouvaient qu'accepter .les règles fondamentales de la syntaxe anglaise. Mais cette concession, ne suffisait pas ; ils devaient, en outre, être proportionnés au sujet traité : au premier rang dans certains cas, ils devaient savoir aussi se résigner parfois à un rôle tout à fait secondaire. Avec leur langue, en effet, les conquérants avaient importé une civilisation nouvelle qui ne pouvait trouver dans le vieil anglais un interprète suffisant. Les institutions féodales des Normands devaient avoir, pour complément naturel, la poésie de la féodalité, c'est-à-dire la poésie de la chevalerie. Mais tout ce qui appartenait en propre à la civilisation anglo-saxonne, devait, avec autant de raison,, conserver son expression anglo-saxonne. La langue

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nouvelle ne pouvait ôtre acceptée et durer qu'à la condition de ménager habilement les prétentions contradictoires et pourtant légitimes des deux races. Le poète devait faire une œuvre de diplomate tout autant qu'une œuvre d'art.

Ce point de vue donne, dans cette étude, une importance , particulière aux œuvres de Chaucer. Dans la traduction de la Bible et dans la Vision de Piers Plowman, nous trouvons une langue forte, nette, parfois savante ; mais ce n'est pas tout à fait la langue anglaise. Elle ne représente guère que l'un des deux éléments de la nation nouvelle et ne s'adresse qu'à lui. Dans Chau<îer et, à son exemple, dans Gower, nous trouvons, au contraire l'anglais proprement dit, l'anglais définitif.

Nous allons en étudier la structure et essayer de découvrir les véritables causes de son succès^ Constatons d'abord, par quelques exemples, que le mélange des mots ' français n'y est pas fait au hasard, et qu'il dépend toujours ' des exigences du sujet choisi| par le poète. Dans le style familier, dans la peinture des mœurs populaires, môme lorsque le récit est une imitation des fabliaux français, Chaucer se garde bien ie sortir du vocabula;îre anglo- . saxon: >

Whan ech of hem y-dronken bad bis^^r^, Thig Nicholas his dore gan to schitte, And dede this carpenter doun by him sitte, And seide, <k Johan, myn host fui levé and deéte, Thou schalt npon the trouthe swere me heere, That to no wight thou schalt this counsel wreye, For it is Gristes counsel that I seye, And is thou telle it man, thou art forlore ; For this vengaunce thou schalt han ther fore, That if thou wreye me, thou schalt be wood ! » — ' « Nay, Crist forbede it for his holy blood Quod tho this sely man, I am no labbe,

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Though I it say, I am nought leef to gab})e.

Say what thou wilt, I schal it never telle

To child ne wyfe, by hlm that harwed belle ! ' »

Et ailleurs :

A wyf is keper of Ihin housbondrye :

Wel may tbe sike mân wayle and wèpe, Tber as tber is no Wyf Ihe hojise to kepe.

I "wame tbe, if wisly tbou wilt wirche, Love wel tby wyf, as Grist lovetb bis cbirebe ; If tbou lovest tbyself, tbou lovest tby wyf.

No man batitb bis fleisscb, but in bis lif He fostritb it, and tberfore warne I tbe, Cherissh tby wyf, or tbou scbalt never tbe.

Housbond and wyf, wbat so men jape or pliBye, Of wordly folk bolden tbe rigbte weye ; Tbay ben so knyt, tber may noon barm b/tyde, And namelicbe upon tbe wyves syde*. ...»

C'est à peine si nous pouvons souligner au passage troi9 pu quatre mots français dans le premier morceau, et ua seul dans le second ; et encore ces mots sont-ils déjà d'un usage si commun, qu'ils font partie de la langue vulgaire et sont également compris de tous. Rien ne serait plus facile que de multiplier les citations de ce genre ; nous leui* donnerons toute leur valeur par des rapprochements significatifs :

. Tel us some merry tl^ing of adveniures, Youre termes, your colours, and your figures Keep bem in stoor, til so be tbat ye endile Higb style, as wban that men to kynges write. Spekitb so playn at tbis tyme, we yow praye, Tbat we may understonde tbat ye saye. >

Tbis wortby clerh benignely answerde :

* Chaucer, The millerés taie, v. 312-326.

' Chaucer» The marehaundes taie, v. 13&-14$.

« Sir host, quod he, I am under your yerde, Ye hâve of us as now the governaunce, And therfor wol I do you ohemaunce^ As fer as resoun askith hardily \ » ^

Telle me this now feythfully, Hâve I not proved thus symply^ Withouten any sMilité Of speche, or grete prolyœité Of termes oi philosophie, Of figures of poeterie Or colours of retorike * ?

Et en prose :

Than, by the cojinseil of his wyf Prudens, this Melibem let cotte a great congregacioun oîpeple as sirurgiens, phisiciens, olde and yonge, and some of his olde enemyes recounsiled (as by her semblaunt) to bis love and to his grâce; and therewithal ther corne some of bis neighebours that deden him révérence more for drede than for love, as happeth ofte. Ther comen also fui many subtil fiatterers and wise advoketes lerned in the law '. »

Dans ces trois passages, d'un genre bien différent, les mots d'origine française sont les plus importants de la phrase ; on peut même dire qu'ils sont les plus nombreux, si Ton considère que les termes purement saxons (déterminatifs, auxiliaires, particules) sont, par leur nature môme, sans cesse répétés dans le discours.

Chaucer se trouve, pour ainsi dire, en présence d'un double trésor, et il y puise sans scrupule, mais avec discernement. Sa langue acquiert ainsi cette double puissance d'expression qui devait lui assurer, dans la suite, l'un des

' Chaucer, The clerk of Oœenfordes prologe , v. 15-25. ' Chaucer, The Eouse offame, v. 345-351.

' Chaucer, The taie of Melibevs,

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premiers rangs parmi les langues littéraires de l'Europe. Grâce à lui, le goût littéraire put^ dès l'origine, se réserver, dans ce double vocabulaire, un domaine particulier et y vivre d'une vie propre, sans se heurter à la langue vulgaire ni se ternir à ce contact. Rejeter le terme normand au profit du terme saxon eût été aussi injuste qu'imprudent : sous une plume habile, chacune des deux expressions trouvera sa place, où l'autre ne saurait la remplacer ; car la synonymie absolue n'existe pas pour l'écrivain qui connaît la valeur du mot propre.

En somme, un des traits les plus remarquables du dialecte de Chaucer ou King's English, c'est que l'admission des mots normands n'y est plus arbitraire, comme dans les autres dialectes ; elle y est soumise à des lois fixes et si bien justifiées, que l'anglais moderne les observe encore presque toutes. Chaucer ne fait guère usage du terme étranger que lorsqu'une idée nouvelle nécessite l'emploi d'un mot nouveau ; et si ses emprunts sont nombreux et importants, c'est simplement parce que la conquête et surtout l'organisation des études classiques par Lanfranc avaient profondément modifié l'esprit national. Certains critiques se sont étonnés plus tard d'entendre qualifier Chaucer de « well of English undefiled ». (Source du pur anglais) * ; ce titre n'a jamais signifié, dans la pensée de Spenser, que Chaucer ne devait rien au français, puisque, sans le secours de cette langue, l'idiome Chaucérien n'aurait pas existé ; Spenser faisait seulement allusion aux formes étranges que l'euphuisme introduisait dans l'anglais de son temps.

Aussi bien, Chaucer ne se contenta point d'emprunter aux trouvères un grand nombre de mots ; il leur prit aussi des tournures de phrase, des locutions complètes. Le mé-

^ Ed. Spenser, Fairy-queen, liv. IV, chap. ii, str. 32.

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lange des mots est^ d'ailleurs, une conséquence si naturelle du mélange des idées, que ces formes idiomatiques furent adoptées sans effort ; nous les retrouvons encore en grand nombre dans l'anglais moderne. C'est ainsi que nos voisins nous fournissent parfois Texplication de certaines locutions de notre vieille langue qu'ils ont mieux conservées que. nous, parce que leur idiome prenait, grâce à Chaucer et à. son école, une forme unique, tandis que le nôtre demeurait encore dialectique *.

Nous allons montrer, par de nombreux exemples, la nature et l'importance du rôle que joua le vieux français dans la constitution définitive de l'anglais du roi :

!• La forme possessive, qui existait en anglo-saxon, il est vrai, fut d'autant mieux adoptée par Chaucer que le vieux français la possédait aussi. Ce vers

Fille su! le roi Flore qui tant fait à louer.

signifie : Je suis la fille du roi Flore .... L'absence de Vs du mot roi indique qu'il est dans le rapport de régime avec le mot fille *. '

Belle Idoine se sied dessous le vert olive En Son père verger. . .

C'est-à-dire dans le verger de son père. Il ne reste guère de cette vieille fprme que les locutions Hôtel-Dieu (Hôtel de Dieu),,cfe par le roi (de la part du roi) *•

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