L. C. signifie l'édition de Montaigne éditée par Le G
Accouer v. tr., attacher par la queue. Ex. Nous n'avons pas faict marché en nous mariant, de nous tenir continuellement accouez l'un à l'aultre. III, 9. ~ De l'italien <n-r:>ii '■■ re. XVI:e s.
A dire loc. adv., de moins, à regretter; différence. Ex. Les eunucques, qui ont les femmes religieuses en garde, ont encores le nez et les lèvres à dire. I, 22. On luy dira ce qu'il y a à dire entre l'ambition et l'avarice. I, 25.
Adresser v. tr., mettre à droit, redresser. Ex. N'adresse elle (la fortune) pas quelquefois nos conseils et les. corrige'? I, 30.
f Advertence s. f., attention, surveillance. Ex. Les richesses ne valent pas une advertence et sollicitude pénible. III, 9.
Affinement s. m. action d'affiner (fig.). Ex. III, 9,. voyez Assagissement. — XVI:e s.
Affiquet s. m., petit objet d'ajustement. Ex. C'est un affiquet à pendre en un cabinet. I, 86. — Dans ce sens,, le mot s'emploie toujours au pluriel aujourd'hui.
Affoler v. tr., léser, détériorer. Ex. Et leur sembloit que c'estoit affoler les mystères de Venus que de les oster <lu retiré sacraire de son temple. II, 12. Vo3"là comme ils se gastent et affolent. III, s.
Affolir v. tr., rendre fou, badin. Ex. Il y a non seulement du plaisir, mais de la gloire encores, d'aii'olir et desbaueher cette molle doulceur et cette pudeur enfantine. II, 15. — C'est sans doute dans ce sens là que Montaigm emploie ici ce mot, qui, du reste, ne se trouve dans aucun de nos vieux dictionnaires, dit Coste (cit. dans L. C.) Le verbe affolir, qui esi dans la première éd. du Dict. de FAcad., est intransitif et signifie devenir fou. Littré. — Affoler, rendre fou, est afolir en provençal. Littré.
Affréter (s') v. réfl., se lier, s'attacher. Ex. Il (l'esprit) 3'esi si estroictement affretté au corps. 111,5. — XVI:e s.
Aguet s. m., propos délibéré. Ex. le sçais qu'on arrivera par fois, si on veult, à reiecter l'ame, sur ce mesme instant, à aultres pensements: mais il fault la tendre et roidir d'aguet. — Ne s'emploie pas aujourd'hui au singulier.
Ahanner v. intr., souffrir, prendre de la peine. Ex. le sçais combien ahanne la mienne (âme) en compaignie
d'un corps si tendre. I, 25.
Ains conj., mais. Ex. Ce n'est point une isle, ains une terre ferme I, is. — »N'est plus en usage parmi les lions auteurs». Vaugeïas.
Alaigresse s. f., agilité. Ex. le l'ay veu, par de là soixante ans, se mocquer de nos alaigresses. II, 2. — XVI:.' s.
A Vairte loc. pr., alerte. Ex. Aeschylus. menacé de la cliente d'une maison, a beau se tenir à l'airte. E, in. — Cf. l'italien far'e alV erta, être au guet, prendre garde à soi. — XVI:e s.
Amerrons futur Ramener. Ex. Voylà cinq esclaves . . . mange les, et nous t'en amerrons davantage. I. 29.
f Amete s. f., petite âme (Cotgrave cité par L. C). Ex. Quand ces. am'etes naines et chestifues s'en vont embabouinant. III .
A mesme que loc. conj., lorsque. Ex. A mesme qu'on prend le plaisir au vice, il s'engendre un desplaisir contraire en la conscience. II, 5.
A peu loc. adv., peu s'en faut. Ex. A peu que ie n'entre en haine. I, ;;.
Apparoir v. intr., paraître. Ex. Mais d'amendement ^t correction..., ils ne nous en font rien apparoir. 111,2.
Apparesser v. tr., rendre paresseux. Ex. Pour garder que les forces de nostre estomach ne s'apparessent. II, 1. — Poitevin, dans son Dictionnaire, dit que ce mot est un néologisme. Il l'était probablement au XVI:e siècle. Nous ne le trouvons ni avant ni après cette époque. — Littré l'a mentionné comme n'étant point dans le Dict. de l'Acad.
Appert v. impers, de l'infinitif apparoir, il est constaté. il est clair. Ex. Il appert bien par ce langage de ces bonnes gents, qu'ils n'avoient ... I, 5. — Terme de palais.
Apposter v. a. ordonner. Ex. Xy par surprinses et rencontres de nuict, ny par fuittes appostees et recharges inopinées. I, 5. — Ce mot est probablement dérivé du mot poste, dans le sens de dessein, blâmé par Vaugeïas, qui
dit: c'est une façon de parler purement italienne Tito fatto à posta. — XVI:e s.
f AppoUronir v. tr., rendre poltron. Ex. Il n'est rien qui puisse si iustement desgouster un subiect de se mettre en peine et hazard pour le service de son prince, que de le veoir appoltrony luy mesme. II, 21. — Montaigm semble avoir fait lui-même ce mot, qui ne se. trouve dans aucun dictionnaire.
Appretitisse fém. archaïque d'apprenti, employé adjectivement. Ex. Mon internent ne sçait pas faire se besongnes d'une puérile et apprentisse intelligence. II, 10.
Appréhender v. tr.. saisir, comprendre. Ex. Nostre intelligence ne l'appréhende point. II, 12. — Du temps de Montaigne, le mot appréhender n'étoit employé que dans ce sens-là. .Appréhender, pour dire craindre, etoit absolument inconnu. Caste cit. par L. C.
A quartier loc. adv., à part. Ex. Et me suis iecté en ce discours à quartier. II, si.
ArgovZet s. m ., arquebusier, fig. homme de néant. Ex. Tant de victoires ensepvelies sous l'oubliance rendent ridicule l'espérance d'éterniser nostre nom par la prinse de dix argoulets d'un pouiller. I, 20. — XVI:e s.
Ars, arse p. p. du verbe ardoir (ardre, arder), brûlé. Ex. Ll trahit aux Russiens Yisilieie. grande et riche cité, qui feut entièrement saccagée et arse par eulx, avec occision totale. III, 1.
r Art&aliser v. tr., rendre artificiel. Ex. Si i'estois du mestier, ie naturaliserois l'ait, autant comme ils artialisenl la nature. III, 5. — Mot. forgé probablement par JIoutaigne par analogie avec naturaliser (rendre naturel).
Assagir (s") v. réfl., se rendre sage. Ex. l'estudiay pour l'ostentation; depuis, un peu pour m'assagir. III.:;. — Ce verbe a vieilli; c'est dommage ; bien employé, il pourrait rena Ltre. Littré.
Assagissement subst. <\u précédent. Ex. L'affinement des esprits, ce n'eu ( m pas L'assagissemenl en une police. III. 9.
;■ Asseverer v. tr.. rendre sur. confirmer. Ex. Lamais instruction ne but titubante et rien asseverante, si la
sienne ne l'est. II, 12. -- Ce mot est évidemment calqué sur le latin asseverare.
j Assueftietion s. f., accoutumance. Ex. L'assuefaction endort la veue de nostre iugement. I, -2-2. — Latinisme peu étymologique, forgé par Montaigne.
Asture loc. adv., à cette heure, tantôt. Ex. Aristote: asture que c'est l'esprit, asture le monde; asture il donne un aultre maistre à ce monde, et asture faict dieu l'ardeur du ciel. II, 12.
Attentive (s") v. rerl., prêter attention. Ex. Lesquelles desdaignent de s'attendre à nos nécessiteuses eommoditez.
ni, 1.3.
f Attrempance s. f.. modération. Ex. Avecques tel ordre et attrempance, que l'orage délivra couler par dessus leur teste, sans offence. III, 1. — Du latin temperantia.
A tout loc. prép., avec. Ex. Au Peru, ils couroient sur les hommes, qui les chargeoient sur lés espaules à tout des portoires. II, 22. Popilius circonscrit la place où il estoit, à tout sa baguette. 11,24. — Et tout est un gasconisme dont on trouve un exemple dans Montaigne, et qui signifie aussi: Toutes choses ont leur saison, les bonnes et tout. »On dit encore itout pour aussi en Sologne.» Eloi Johanneau cité par L. C.
Auleunement adv., en aucune façon, nullement. Du temps de Mont., il avait aussi le sens aflirmatif: jusqu'à un certain point. Ex. le me console aulcunement. 1, 9. — Cet emploi a vieilli ou bien il est terme de palais. Il est encore d'usage dans une proposition dubitative ou interrogative, mais alors il signifie en quelque façon.
Autour pr., au sens figuré: sur. Ex. Des iugements seurs et ouuerts autour des obiects qu'elle cognoissoit. [)25< XVLe s.
Avaler v. tr., mettre en bas, à val, renverser. Ex. Un homme de cheval l'alla saisir au corps, et l'avala par terre. III, c. — Vieux en ce sens.
f Avoyer v. tr., mettre en route. Ex. Estant avoyé, ie vois tant qu'on veult. III, 9.
A vau Veau loc. pr.. suivant le courant d'eau. Fig. Aller à vau l'eau, ne pas réussir, être ruiné. Ex. Et ce
coniniencement esbranlé, toute la science du monde s'en va nécessairement à vau l'eau. II, 12.
Avecques adv.. aussi. Ex. Et a moy avecqnes, peut estre, de m'en taire. 1, 56. — Et ne sçais avecqnes, si nous l'appelerions iamais grande. II, 7.
Badin s. m., diseur de balivernes, de niaiseries. Ex. Quand ie l'appelle un badin, un veau, ie n'entreprends pas de luy coudre à iamais ces tiltres. 1, 37. — XYI:e s.
Balbucie s. f.. état de celui qui balbutie. Ex. Voylà un exemple de la balbucie de cette enfance. III, 6. - XVI:e s.
Balieure s. f., la lèvre de' dessous. Ex. Les [ndes chargent de gros anneaux d'or le cartilage . . . comme aussi la balieure de gros cercles enrichis de pierrerie, si qu'elle leur tumbe sur le menton. — Littré blâme l'Académie d'avoir donné à ce mot le sens de lèvre inférieure, et dit qu'il signifie l'ensemble des lèvres. Le sens de notre exemple prouve cependant que le mot peut signifier la lèvre de dessous.
liai; renia- v. tr., s'occuper de balivernes, de chose puériles. Ex. Ils s'en vont balivernant et traisnant. I. ; - Ce mot n'appartient qu'au XVI:e siècle.
Huila- v. intr., danser. Ex. Elle se met à baller el à chanter. [1,29. — Hors d'usage.
Bastant adj., suffisant. Ex. La sincérité el la solidité de ses moeurs y sont desia bastantes. II, 17. — De l'italien bastare, suffire. — XVI:e s.
Basteler v. intr., faire le sol. Ex. Il me fau.11 ordinairemenl basteler par compaignie à traicter des subiects et contes frivoles. [II, 11. — XVLe s.
j Basteleresque adj. de basteleur, bouffon. Ex. Ces hommes de vile condition cherchent à se recommender par des saults périlleux el aultres mouvements estranges et basteleresques. 1 1. 10. X V [:e s.
Baster v. intr., suffire. Ex. Dix ou douze mille com-
battants fidèles debvoient bastei à un suffisant chef de guerre. II, m. — Ce mot, d'origine italienne (bastarej, fut introduit dans le français au XVLe siècle. Aujourd'hui on n'en emploie plus que l'impératif, qui est devenu interjection.
j Bavasser v. intr., babiller. Ex. Il semble que In coustume concède à cet aage plus de liberté de bavasser 111,2. — Dér. de Laver. — XVLe s.
Baye s. f. tromperie. Ex. l'en oy qui s'excusent de ne se pouvoir exprimer . . . c'est une baye. I. 25.
Béer v. intr.. désirer quelque chose avec une grande avidité. Ex. Ceulx qui accusent les hommes d'aller tousiours béants après les choses futures 1,3. — N'est aujourd'hui qu'un adjectif verbal, ex. gouffre béant, bouche béante. S'écrit dans le Dictionnaire de Littré bayer.
Biais s. m., façon particulière de présenter ou de regarder une affaire. Ex. Ils le prennent de ce biais . . I, 13. — Montaigne emploie biais aussi adjectivement: Une interprétation détournée, contrainte et biaise (oblique).
Bicle adj., louche. Ex. Les borgnes, les boiteux et les bicles. II, 25. — ■ Ce mot, quoiqu'il se trouve encore -dans Voltaire-, a vieilli.
Bienveiffner v. tr., complimenter, féliciter quelqu'un sur son heureuse arrivée. Ex. A bienveigner, à prendre congé, à remercier, à saluer. 1, 39.
Biffe s. f. tromperie. Ex. Ce n'est que biffe etpiperie. 1,42. — De l'italien beffa, selon Nicot, cité par Coste. L. C. — XVLe s.
j Bihore intr., vite, dehors! Ex. Nous avons beau crier Bihore. II, 37. — • Bihore, terme qui se trouve dans Gotgrave, et dont se servent les charretiers de Languedoc pour hâter leurs chevaux; il répond à notre aïe! et signifie, à la lettre, vite dehors, car je le crois composé des deux mots via et foras ou foris. Eloi Johanneau cité par L. C.
Blandices s. f. pi., flatteries pour gagner le coeur. Ex. A l'encontre des immodérées et charmeresses blandices de la volupté. III, 13.
Bonnettade s. f., salutation à coup de bonnet. Ex.
Quand il sera eu ialousie et caprice, nos bonnettades le remettront elles? 1,42. — XYI:e s.
Boiiquer v. tr., obliger quelqu'un à céder. Ex. Chascun sent bien qu'il y a plus de braverie et de desdaing à battre son enemy qu'à l'achever, et de le faire bouquer que de le faire mourir. — XVI:e s.
Boute-feu s. m., incendiaire. Ex. Néron devenu parricide, boute-feu. — Aujourd'hui, celui qui excite des querelles.
Boute-hors s. m., espèce de jeu qui n'est plus en usage, où l'on prend la place l'un de l'autre. Ex. Ils ne sont plus exempts du boute-hors (d'être déboutés, chassés) qu'étaient leurs devanciers. II, 12. Au figuré, il signifie celui qui est toujours prêt à parler. Ex. Les uns ont le boute-hors si aisé. 1, 10. — Aujourd'hui, ternie de marine. Ce mot est expliqué dans le Dict. d'Albert par: gute Art und G-abe seine Meinung aus/uspreehen. Vis eloquencli, dicendi facultas.
Brciffue s. f., autre forme pour braie. Ex. Ses robbes,. ses souliers, ses bragues. III, 9.
Bran int., expression pour marquer mépris. Ex. Il n'est îour, ny heure à peine en laquelle on ne me ouist gronder en moy mesme et contre moy: »Bran du fat!» 1,37.
Braverie s. f., action par laquelle on brave quelqu'un. Ex. Toutesfois la braverie, la constance et la resolution ont servy à ce mesme effect. 1, 1. -- Aujourd'hui, comme dans Le vieux français, amour de la toilette (Hippeau).
f Brode adj., lâche, languissant. Ex. C'est un langage brode, traisnant, esfoiré. -- Brode est un mot purement gascon, dit Coste, cité par L. C.
Brouillas s. m., brouillard. Ex. Au travers d'elle
la passion), les faultes non- apparoissenl plu- grandes,
comme les corps au travers d'un brouillas. — Brouillas
v\ Ue i plu- usités autrefois que brouillard, qui
est -'".il resté.
Buffe s. m., soufflet. Ex. le conseille qu'on donne plustost nue bùffe à la ioue <!<■ son valet [I, si. - Il ussi buffé, buffet.
Caignanl s. m., chenil. Ex. Mais en ces voyages vous serez arresté misérablement en un caignard, où tout vous manquera. III, 9. — Il s'écrivait dans la langue d'oïl cagnard. Ordinairement il est adjectif.
Cappe s. f., habit de guerre. Ex. On ne trouvoit gueres bon qu'un aultre offrist d'y aller avecques sa cappe. III, o. — Cappe, chlamys, sagum militare. Nicot cité par L. C.
Capette s. f., proprement: petit manteau; au figuré: un impertinent écolier, un sot. Ex. Ces babouins capettes s'en feussent mocquez. III, 9.
y CaroUe s. f., mouvement cadencé. Ex. Voyez au mot Muance. — De l'italien cardia. Ce mot se trouve dans la langue d'oïl. Cf. l'anglais caroî.
Cenglé, ée p. p. de cerigler ou cingler v. tr., frapper avec quelque chose de pliant. Ex. Quelle géhenne ne soutirent elles, guindées et cenglees à tout de gi coches sur les costez. 1, 4o. — Le passage, cité dans Littré, a la leçon sanglées, serrées avecAme sangle.
Chacuniere s. f., la maison de chacun. Ex. Usî ancien, que ie treuve bon à refreschir, chacun en sa chacuniere. — 3Iot de plaisanterie, employé aussi par Rabelais. — XVLe s.
f Chafourré p. p. du v. chafourer, défiguré. Ex. L'idée de leur amendement est chafourree. III, 2.
f Chalemie s. f., du masc. chalemean (Albert), flûte champêtre. Ex. Comme, sur mon propos, le proverbe gascon, tiré d'une chalemie, est il délicat. 1, 24. — Il se trouve dans la langue d'oïl.
Chaloir v. intr., être d'importance, causer du souci. Ex. Que chault il quand ce soit'? Lu. Xe vous chaille. 1,38.
Champis, isse adj., malin, goguenard. Ex. Et ces champîsses contenances de nos laquais y estoient aussi. I, 4ù. — Ancien mot. repris par l'usage littéraire, selon Littré, qui ne lui a donné que le sens d'enfant trouvé.
Charmeresse s. f. du masc. charmeur, celle qui charme. Ex. voyez à Blqndices.
Cttaude,8ur ht cJuiulde loc. adv., sur l'heure, à l'instant. Ex. Laisser sur la chaulde l'entrée libre aux soldats. I. g.
Chef, s. m., çap, promontoire. Ex. L'aiicieu Xanthippus feit enterrer son chien sur un chef en la coste de la mer, qui en a depuis retenu le nom. IL 11.
Chevance s. f., bien, fortune. Ex. Il avoit perdu femme, enfants et chevance. — Inusité aujourd'hui.
Chevir v. intr., venir à bout. Ex. Pourquoy n'en chevirons nous? 1, 40.
Chicheté s. f., avarice. . Ex. L'espargne et chicheté de sa table. II,s. — »Mot forgé, qui est synonyme d'à varice>-, dit 31. Xap. Landais. Il se trompe; il signifie bien avarice, mais il n'est point forgé, nos pères s'en sont servis, et pour notre compte, nous sommes fâché qu'on lait laissé vieillir, car il était joli et expressif. Bescherelle.
j Choiié p. p. du verbe suivant, frustré, éludé. Ex. Mes paidagogues se trouveroient chouez, s'estant remis au serment de mon expérience. I, 24.
f Chouer v. tr., éluder. Ex. Il avoit choué la divine iustice. - Pour ce sens Coste a cité Cotgrave. L. C.
Choliqtieux adj., affecté de colique. Ex. Pour nous aultres choliqueux. II, 37. - XYI:e s.
Choamer v. intr., ne pas travailler. Ex. Ainsi, sans doubte, il (l'enfant) choumera moins que 1rs aultres. [,20. L'enfanl ainsi élevé sera moins désœuvré que les antres). — Ce mot s'écrit aujourd hui chômer. Dans les XVI:e et KVII:e siècles il s'écrivait généralemeni chaumer (ïtegniei chommer). La plus ancienne orthographe (''tait chômer.
< !<tits<- s. f, phrase, période. Ex. On nous tient quatre ou cinq ans à entendre les mots v\ les coudre en clauses. I, 25. In des vieillards presche en redisant une mesme clause a plusieurs fois. I, 30.
<'<)<!ic s. f.. éclisse. Ex. Voyez plus liant sous le mot cenglé.
Cogitation s. I'. pensée. Ex. Le poids d'une telle cogitation. II, 13. - Du moi latin cogitatio, qui signifie pensée, a été fabriqué cogitation, qui se trouve dans
Nicot, dit Coste, cité dans L. C. — Ce mot est du vieux français.
Collège s. ni., congrégation, couvent. Ex. En une si grande société de dévotion, nous avons mille et mille collèges, qui la (vie) passent commodément. I, 4c — Ce sens du mot ne se trouve pas dans Littré.
Collet s. m., partie d'un vêtement qui entoure le cou. Ex. Collet de fleur. I, 22. — »C'est peut-être ce qu'on nommoit collet de' senteur, espèce de pourpoint de peau parfumée, à petites basques et sans manches. Côstt cité par L. C.
Colligance s. f., connexion, étroite liaison. Ex. J'ay beau essayer de le destourner de cette colligance. - - Du latin cdlligare. Terme de logique. Inusité.
Commet' v. intr.. faire comparaison. Ex. Si ie ne comme bien, qu'un aultre comme pour moi. I, a . — XA Le s.
Concurre prés, du subj. de concourir. Ex. L'auctorité y concurre quand et la raison. II, 17. - Je crois que le mot de concourir étoit encore tout nouveau du temps de Montaigne, parce qu'il ne se trouve ni dans Nicot, ni dans Cotgrave.» Caste cité dans L. C. — XVI:e -
Condigne adj., digne. Ex. Xostre ame montrant si peu de signe de purification et netteté condigne à cet office. III, 2. — Aujord'hui, terme de théologie. — XVI:e s.
f Condonner v. tr.. pardonner. Ex. Toutes ces cli me semblent pouvoir estre condonnees à son aage. II, 36. — Ce mot, qui ne se trouve pas dans les dictionnaires, e'st probablement forgé par Montaigne. Cf. le latin condonare.
Condolu p. p. du verbe réfl. se condouloir, se plaindre. Ex. Après s'estre souvent condolu à ses privez des maulx qui . . . ' I, 11.
Cou fabulation s. f, entretien familier. Ex. Nostre esprit montre sa beauté . . . autant aux confabulations privées. III, 3. — XVI:e s.
Conférer v. intr.. contribuer. Ex. Platon interdict
rts de mener les poings ... et de luicter .... parce
qu'elles ont aultre but que de rendre la ieunesse plus
apte au service bellique, et n'y confèrent point. — ( n-
\>'i'< r en ce -eus est purement latin, dit L. C. Il s'em-
GO
ployait avec cette acception déjà au XIY:e siècle et il l'a encore dans Corneille. Littré.
Conniller v. intr., s'esquiver, chercher à se cacher dans un trou comme le timide connil ^vieux nom du lapin). Ex. Cherchant à conniller et se desrober, il les enflamma. I, 23.
r Connillières s. f. pi., subterfuges. Ex. Xous desadvouons nostre pensée et cherchons des conuillieres.
ru, 10.
Consent adj., témoin, qui a la conscience d'une chose. Ex. C'estoit une certaine afféterie consente de sa beauté, qui faisoit un peu pencher la teste d'Alexandre sur un costé. II, 17. — Convenable à sa beauté ou qui seyoit bien à sa, beauté». Eloi Johanneau cité dans L. C.
f Cons.orce s. m., société. Ex. J'aime à veoir ces âmes principales ne se pouvoir despendre de nostre consorce. III, 4. — Ce mot semble avoir été forgé par Montaigne du latin consortium.
Contraction s. f'., exiguité. Ex. La contraction de mes désirs et desseings. III, 9. — L'exiguïté, le peu d'étendue de mes désirs et de mes projets, dit L. C, en ajoutant: ce mot est purement latin. — Aujourd'hui ce n'est qu'un terme technique.
Contrecarre s. f., opposition. Ex. Elles se mettent à l'envv, comme pour faire teste et contrecarre. III, 13. — XVÎ:e s.
Contrechanger v. tr., donner en échange. Ex. Qui ne contrechange volontiers la santé, le repos et la vie, à la réputation. I, 38. — XVLe s.
Contremont loc. prép., à l'opposite. Ex. Contremont les ruynes de ce mur. I, 38. - L'acc'eption d'adverbe jii'a aujourd'hui ce mot, es1 aussi l'ordinaire dans M<)i>-
taigne.
f Contrepiper v. tr., résistera, s'opposera. Ex. Ceulx qui savenl Leurs membres de nature dociles, qu'ils se soignenl seulement de contrepiper leur fantaisie. I, lo.
Courir,' s. tn., festin, banquet. Ex. Platon l'ayant invitée à 3on convive. I. 25. Le met recul cette accepl ion seulement au X Y [:e siècle.
Convoyé m e;,t s. ni., action de reconduire par civilité une personne dont on a reçu une visite. Ex. Il s'y faict trefue de cerimonie, d'assistance et convoyements. III, 2. — Aujourd'hui, terme de marine.
Coquines v. tr . mendier. Ex. Cette faim de renom- • mee et d'honneur, basse et helistresse (gueuse), qui nous le faict coquiner de toute sorte de gents. III, 10.
f Costier adj., à coté. Ex. Il en tire à l'adventure, et se paye de ce que ses gents luy disent qu'il est ou hault ou costier (qu'il tire haut ou à côté de la butte). II, 12.
Coucher v. tr., avancer. Ex. Il couche de beaucoup (avance quelque chose d'extraordinaire), préférant leur plaisir au sien. II, 3G. — En ce sens il a vieilli.
Couleuvrine s. ['.. espace de canon. Ex. Il braqua si à propos une couleuvrine. I. 12. — Dans le Dict. de Littré ce mot s'écrit couh vriî 1 .
Coust s. m., ce que coûte une chose. Ex. Celuy là est indigne de son accointance. qui contrepoise son coust à son fruict. I, 19. — Il ne se dit guère qu'au palais.
Constituer s. m., celui qui portait la coustille lïp Ex. Car il feut cause de sa mort, le coustillier d'Onesilus l'ayant accueilly d'une faulx.
Crouler v. tr.. agiter, remuer. Ex Croulez la (cette matière) tant soit peu; elle leur eschappe. III. s. -- Ce mot a vieilli en ce sens, mais il reste très usité comme terme provincial (Littré). — Il a dans l'ancien français c< même sens de remuer (Hippeau .
Cuider v. tr., penser. Ex. Et cuida par précipitation se priver de la iouïssance d'une si belle victoire. II, 3. — Ce vieux mot s'emploie quelquefois encore dans le style naïf ou burlesque.
Cul sur poiucfe loc. adv., sens dessus dessous. Ex. Envoyer cul sur poincte toutes nos deffences et levées. 1. 40.
Daguer v. tr., frapper à coup de dague. Ex. Se sentant daguer à terre par son ennemy. III. 4. — XVI:e s.
Dedans pr., dans. Ex. Le monde est un temple tressainct, dedans lequel l'homme est introduit. II, 12.
Derechef adv., de nouveau. Ex. Donnant derechef la main à ce parent. II, 29. — Il a vieilli dans le langage usuel, et ne s'emploie guère aujourd'hui qu'en terme de pratique.
Desduit s. m., divertissement. Ex. C'estoient aultret'ois mystères, ce sont à présent desduits et eshats. — Hor< d'usage aujourd'hui.
f Desenforyé adj., dégagé. Ex. Accuse il pas une pareille doulceur et ioye en son ame pour estre desenforgée des incommodité/ passées? II, 11. — Cotgrave, cité par L. C.
Desferre s. f., défroque, dépouille. Ex. Employant sa desferre à ses continuelles liheralitez. I, 35. — Le sens propre est celui de vieux fers de cheval. ■ — Inusité.
Desferrer (se) v. réfl., perdre son fer, fig. se déconcerter. Ex. Oultre ce qu'inprudemment ils se desferrent eulx mesmes si souvent. I, 9. — Semble être hors d'usage.
Desfortune s. f., mauvaise fortune. Ex. L'honneur de tant de victoires, lequel une seule desfortune luy pourroit faire perdre. Il, 34. ■ Terme vieilli, mais qui serait bon à reprendre. Littré. — XVI:e s.
Desfrauder v. tr., priver par fraude. Ex. Nous nous desfraudons de nos propres utilitez. III, :>.
f Desgosiller v. tr., couper la gorge. Ex. L'aysance qu'il a trouvée à desgosiller un passant. I, 56.
v Deshonté adj., qui est contre la pudeur. Ex. voyez Encheriment.
Designer v. tr., prescrire, ordonner. Ex. l'honore bien ce glorieux nom (la médecine)..., mais ce qu'il designe, entre nous, ie ne l'honore ni l'estime. -- »Le mot de désigner se trouve en ce sens-là dans Cotgrave». Coste cité dan- h. ( '.
Desmeu p. p. du v. démouvoir, désintéressé. Ex. le
roys d'une affection simplemenl légitime et
civile, ny esmeue ny desmeue par interest privé. III. 1.
Démouvoir, qui esl vieux et inusité, ne s'emploie au-
i qu'à l'infinitif
Desmis adj. du latin demissus, soumis. Ex. Cette contenance clesmise et flatteuse. I, 23. — Ce sens ne se trouve pas dans Littré.
Despendre v. tr., dépenser. Ex. A despendre, ie m'y entends un peu. III, 9. - Inusité aujourd'hui, excepté dans quelques phrases proverbiales.
Despit adj., qui a du dépit. Ex. Cette sotte image, triste, querelleuse, despite, menaceuse, mineuse. I, 25.
f Desseiffné' p. p. de desseigner, fait à dessein, préparé d'avance. Ex. Il ne veoid enfin ses affaires que par une image disposée et clesseignee. II, is.
f Dessoude (en) loc. adv., soudainement. Ex. Quant elle (la mort) arrive ou à eulx ou à leurs femmes, enfants et amis, les surprenant en dessoude. I, 10.
Dessous adv., s'emploie aussi comme préposition. Ex. Le livre de raisons qu'il avoit dessous sa robe. II, 5.
f Desfourbier s. m., trouble. Ex. Que la licence des iugements est un grand destourbier aux grands affaires. II, ie — Du latin disturbare.
Deslrousseement adv., ouvertement. Ex. Cette coupeure de la ligne vitale de votre main gauche vous advertit de quelque notable et voisine indisposition: et enfin elle s'adresse tout destrousseement à la santé mesme.
II, 12. - XYI:e s.
Deult 3:e pers. prés, de douloir, ressentir de la douleur. Ex. Il nous deult. II, s. — Vieux et peu usité. Devant adv., auparavant. Ex. Trois iours devant.
III, s.
Devant que loc. conj., avant que. Ex. le ne veux pas me déspouiller devant que de m'aller coucher. II, s.
Devers prép., vers, auprès de, chez. Montaigne l'emploie même de personnes. Ex. C'estoit raison qu'il veinst devers luy. I, 5. »Depuis quelque temps ce mot a vieilli». Vdugelas. »Devers a vieilli; cependant il est si bien autorisa qu'on pourrait sans scrupule en faire usage». Littré.
Die = dise, 3:e pers. du subj. prés, du verbe dire.
f Différente?' v. tr., mettre en opposition. Ex. Et le différente Ion à soy mesme, selon le différent cours des choses. II, 12. — -«C'est ce qu'emporte ici le mot diffe-
roder, que je n"ai pu trouver dans le Dictionnaire françois et anglois de Cotgrave». Caste cité dans L. C.
Dttayer v. tr., renvoyer à un temps plus éloigné. Ex. Le dilayer des prinses de la vieillesse. III, 5. — Xe se dit plus guère. — XVI:e s.
Discourtoisie s. f., manque de courtoisie. Ex. Ce seroit une notable discourtoisie de faillir ... I, 13. XVI:e s.
f I>iscrepance s. f., différence, diversité. Ex. Les apparences s'entr'empeschent par leurs contrarietez et discrepances. II, 12. — Du latin discrepantia.
Dispenser v. tr., permettre. Ex. Nous dispenserons volontiers qu'on rie aprez, pourveu qu'on nous rie pendant la vie. II, 35. — Dispenser n'a plus cette acception.
f Dissentieux, ense, adj., qui a des qualités discordantes. Ex. Ils offensent l'estomach par ces drogues dissentieuses. II, 37. — Ce mot, qui ne se trouve dans aucun dictionnaire, est probablement forgé par Montaigne.
Doini ancienne forme du subj. prés, pour donne. Ex. Dieu leur doint bien faire! 111,5. -- Cette forme qui se trouve déjà dans la Chanson de Roland et jusque dans le XYIILe siècle, peut encore être employée dans le style marotique, selon Littré.
Droicturier, ière, adj., qui va en droite ligne. Ex. Se Laissant mener ei conduire par la main d'aultruy à la voye battue et droieturiere. El, 12.
Duire v. tr.. accoutumer. Ex. Nation sur toutes duicte à combattre de pied ferme. 1. 12.
f Dyspathie s. f.. a 1. Ex. Il est possibl que
i'ay receu d'eulx cette dyspathie naturelle à la m< decim II.. ,7. - Ce mot, qui ne se trouve pas dans les dictionnaires, esf importé du grec.
f El oise s. !.. éclair. Ex. Ce1 instanl qui n'es! qu'une ■y\y^~ el< is Le cours infiny d'une iHiri éternelle. [1, 12.
— Borel, qui cite Montaigne à ce mot, Le fail venir de ère. < oste, cité dans L. < '.
Embattre (s') v. réfl., se jeter sur. Ex. Le soleil estant extrêmement aspre sur le rnidy, et les chaleurs insupportables, je m'embatis sur une caverne cachée. II, 12.
Embesongner v. a., occuper, féconder. Ex. Ceulx là s'embesongnoient aprez les paroles, ceulx ci aprez les choses. 1, 24. Il les fault embesongner d'une aultre semence. I, 8.
j Embesott(/)tettieiit s. m., état d'être »embesongné», occupation. Ex. Cet embesongnement oisif naist de ce que chascun se prend laschement à l'office de sa vacation. III, 9.
Emblème s. m., ouvrage de marqueterie. Ex. le me donne loy d'y attacher quelque emblème supernumeraire. III, 9. »Quelque ornement surnuméraire, quelque pièce de rapport; dans le sens grec et latin de ce mot, qui se disait également et des figurines adoptées à un vase précieux, scaphia cum emblematis. (Cic. in Verreni IV, 17)». L. C.
j Embuffler v. tr., tromper, séduire. Ex. le ne m'estonne plus de ceulx que les singeries d'Apollonius et de Mahumet embufflerent. III, 10. — Mener par le nez, comme un buffle. Cotgrave cité dans L. C.
Emmitonner v. tr., envelopper dans quelque étoffe moelleuse. Ex. Tel qui se tient emmitonné dans les martes jusques aux aureilles. 1, 35. — Le mot, qui a aussi le sens figuré de circonvenir quelqu'un, est peu usité. XVI:e s.
Emmurer v. tr., entourer de murailles, d'une armure défensive. Ex. le crois qu'on trouvera quelque invention de nous emmurer pour nous en garantir (des balles). II, 9.
f Emmy pr., parmi, dans. Ex. Il ordonna qu'ils fussent par trois iours assis emmy la place publicque. I,i5. — Ce mot »ne .vaut rien du tout à escrire, quoyque M. de Malherbe en ait souvent usé dans sa prose». Vaugelas.
Emperiere s. f., impératrice.- Ex. La royne et emperiere du monde. 1, 22. — Sous cette forme, le mot est employé par Froissart comme masculin. Voyez Littré au mot empereur.
Empesti'er v. tr., embarrasser. Ex. Cette défaillance est insupportable à qui s'empestre des négociations du
monde. 1, 9. — La lettre s se prononçait dans ce mot. qui s'écrit aujourd'hui empêtrer.
Employte s. f., ancienne forme pour emplette. Ex. Le maniement et employte des beaux esprits donne prix à la langue. 111,5. — Manière (V employer semble être le sens du mot dans le passage cité.
f Eneheriment s. m., caresse. Ex. Ces encherimenta deshontez, que la chaleur première nous suggère. 1, 25.
Encombrier s. m., ancienne forme pour encombrement. Ex. Aultres encombriers de l'humaine nécessité. III, 7.
Encore* adv., encore. Cette forme du mot est la plus, fréquente dans Montaigne. Vaugelas dit: »I1 faut tousjours dire encore, et jamais encor, ni encores; néant-moins en poésie la plus part disent encor». — Vieux français anc, ore, du latin liane horam, à cette heure.
Enfieller v. tr., mêler de fiel, rendre amer. Ex. On doibt ensucrer les viandes salubres à l'enfant, et enfieller celles qui luy sont nuisibles. 1, 25. — XVI:e s.
Enfondrer v. tr., rompre, briser. Ex. Il se haste naturellement d'en eschapper, comme d'un pas où il ne peult se.fermir, où il craint d'enfondrer. II, 20. — Dans le Dict. d'Albert, ce mot est 'traduit par demergere. Le passage cité semble exiger le sens réfléchi de ce verbe.
f Enfrasquer v. tr., embarrasser. Ex. Les voylà enfrasquez et embrouillez en l'inimité des figures. III, 13. — De l'italien infrascare (B esche relie).
f Enhorter v. tr., exhorter. Ex. Jl enhortait ses capitaines et soldats. II, 21. — Ce mot, qui était dans la langue d'oïl, se trouve dans h' Dict. d'Albert, qui le regarde comme vieilli. '
Enquester (s') v. réti., s'enquérir. Ex. Celuy qui -Vnquestoit à Thaïes.. 111,5. — XVI:e s.
Ensacher v. tr., mettre dans uu sac. Au sens figuré: rendre plus grave. Ex. . Vous faictes plus do mal que de bien au malade, de luy faire changer de place: vous ensachez le mal en le remuant; comme les pals s'enfoncent plus avanl et .s'affermissent en les branslant et secouant. 1, 3s. — Bescherelle esl Le seul lexicographe qui ait ex-
pliqué ce mot clans un sens figuré, en lui donnant l'acception d'entasser.
Ensemble pi\, avec. Ex. Ordonnèrent, que sa principale partie, qui est esmouvoir les affections, fust ostee ensemble les exordes et perorations. I, 51.
f Ensuerer ou Ensuaiè-ei' v. ti\, envelopper d'un linceul (suaire) un corps mort. Ex. Ce furieux Egyptien, eschauffé aprez la charongne d'une morte qu'il enibaumoit et ensueroit. III, 5.
Entregent s. m., savoir-vivre. Ex. C'est au demourant une tresutile science que la science de l'entregent. I,i3. — Expression empruntée à la fauconnerie.
f Entrelect s. m., proposition, ouverture. Ex. L. Marcius sema des entreiects d'accord. 1, 5. — Quelques éditions lisent interjects.
f Equalité s. f., égalité. Ex. L'ôqualitô est la première de l'équité. 1, 19. — Mot calqué par Montaigne sur le latin eequalitas, ainsi que inéqualité 1, 22, équàble 1, 25.
Equipollent adj., équivalent; à l'équipollent = par équivalent, en revanche. Ex. Si ie n'ay point le coeur gros assez, ie l'ay à l'équipollent ouvert. III, 7.
Esbaudir (s9) v. réfl., se réjouir. Ex. L'yvresse estant propre à donner aux personnes d'aage le courage de s'esbaudir en danses. II, 2. — Le terme a vieilli, quoique employé encore par Chateaubriand.
f Esboittement s. m., dislocation. Et puis les voylà estropiez ... ; et nostre iustice qui n'en faict compte, comme si ces esboittements et eslochements n'estoient pas des membres de nostre chose publicque. II, si.
Esbraillé p. p. du verbe esbraiïïer, plus souvent débrailler, négligé, en désordre. Ex. Toute esbraillé et destaché, comme s'il venoit de la garderobbe. 1, 43.
Escarre s. f., cicatrice. Ex. Les Turcs se font de grandes escarres pour leur dames. 1, 40. — Il s'écrivait aussi eschare.
Escharsement adv., chichement. Ex. La première, il la fault prendre par médecine et par nécessité plus escharsement. III, 13. — De l'ancien français éschars, économe avare.
Eschever v. tr., éviter. Ex. Vous en avez assez veu qui se sont bien trouvez de mourir, eschevant par là des grandes misères. 1, 19. — Même mot qu'esquiver.
Escholage s. m., état de celui qui suit les leçons d'une école. Ex. On peult continuer à tout temps l'estude, non pas l'esoholage. II, 2s. — XYLe s.
f Esfoiré adj., sans force, sans vigueur. Ex. Voyez s. Brode. — Ce mot, qui ne se trouve dans aucun dictionnaire, est probablement forgé de es préfixe et du verbe foirer.
f Esloch émeut s. m., synonyme (TEsboittemcnt, que voyez.
f Espandable adj., qui peut être répandu. Ex. Ce carnage dura jusques à la dernière goutte de sang espandable. I, 1.
Espatdettes (par) loc. adv., pied à pied, par parcelles, en détail. Ex. »Yoylà qui est beau!» ayant ouï une entière page de Virgile . . ., mais d'entreprendre à le suyvre par espaulettes . . . III, s.
Esperable adj., qu'on peut espérer. Ex. Plus elle (la mort) est esloignee de nous, d'autant est elle moins esperable. 1, 57. — XVI:e s.
f Espessissure s. f., épaisseur. Ex. Mes maistres font valoir, pour magnanimité et force de courage, des exemples qui tiennent volontiers plus de Tespessissure de la peau. 1, 25.
Espoinçonner v. tr., piquer. Ex. La fureur qui espoinçonne celuy qui la sçait pénétrer. 1, 36. — XVLe s.
f Essimer v. tr., amaigrir, diminuer. (Eloi Johanneau cité dans L. C.) Ex. Il disent que la perfection de santé trop alaigre et vigoureuse, il nous la fault essimer. [I, 28. — Albert, qui a ce mot dans son Dictionnaire, le rend par: oster la graisse excessive et amaigrir.
Essoré adj., libre. Ex. 8011 esprit alloit errant par tout genre de vie, et représentant des moeurs si essorées et vagabondes. III, 13. — Essorer avait dans l'ancien français le sens de prendre son essor, s'élever dans les airs, lat. exaurare (Hippeau). Terme de fauconnerie.
Estacade s. f., champ clos. Ex. Comme il se battoit en estacade. III, 4. — XVI:e s.
Esteuf s. m., balle, au figuré, jeu. Ex. Ils ue laissent de suyvre pourtant leur esteuf. 1, 31.
f Estouv s. m., choc, mêlée, combat. Ex. Ceulx qui auront été bien frottez en quelque estour de guerre. 1, 17. — Etait dans la langue d'oïl, où il s'écrivait aussi estor, estur (Hippeau):
Estviver v. ^intr., résister, témoigner de la répugnance. Ex. On les hurloit et mauldissoit, si on les veoyoit estriver à recevoir la mort. — De ce terme vieilli, Lettré n'a donné que le sens d'être en querelle.
Estiide s. f., chambre où Ton étudie. Ex. Une estude fournie de toute sorte de livres. I, ic. — Autrefois étude dans ce sens était féminin, et étude dans le sens de travail d'étudier, masculin.
y Estuyé adj., en étui. Ex. Elle (la philosophie) paroist et inutile et vicieuse, quand elle est mal estuyee. III, s. — Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire.
f Exagiter v. tr., railler. Ex. Ridicule fruict de la science, que Socrates exagite si plaisamment contre Euthydemus. III, 12. — Mot forgé du latin exagitare. Il n'est ni dans Littré, ni dans les autres dictionnaires.
y Exercite s. m., armée. Ex. Un mois avant que de mettre leur exercite aux champs. 1, 5. — Le mot est marqué comme suranné déjà dans le Dict. d'Albert. Il a été forgé probablement par Montaigne.
f Exhortement s. m., exhortation. Ex. Ceulx qui me veoient si ferme contre les exhortements. II, 37. — Ce mot, n'étant pas dans les dictionnaires, doit être forgé par Montaigne.
Expertise s. f. expérience. Ex. On y requeroit anciennement une expertise bellique (expérience militaire). II, 7. — Aujourd'hui, terme de pratique.
f Exsiiperance s. f., surabondance. Ex. Alcmaeon (loge la cause originelle des maladies) en l'exsuperance ou default des forces corporelles. II, 37. — Cf. exsuper- 'intia. Oie.
Ez pr., en. Ne s'emploie aujourd'hui que dans cer-
taines locutions. »La particule es est baume du beau langage». Vax gelas.
JFaee pour féé, enchanté. Ex. Se présentants aux combats avecques des corps et des armes faees. III, t.
j Faineance s. f'., vice du fainéant. Ex. Et accuse ma faineance de n'avoir passé oultre à parfaire les beaux commencements. III, 9. — Synonyme de fainéantise dans Cot grave. L. C.
Fantasiev v. tr., imaginer. Ex. Il y a dangier que nous fantasions des offices nouveaux. III, 5. — XVI:e s.
f Fatals s. m., milieu. Ex. L'empereur Mechmet practiquoit souvent de faire trencher les hommes en deux parts par le fauls du corps. 11,27. — iPar Venfourchure; à la lettre par Je défaut du eoips» Eloi Johanneau cité dans L. C.
f Faulsee s. f., charge, attaque. Ex. Faire une plus vifve faulsee dans la troupe. 1, 38. — Albert a le verbe fausser clans le sens de apercer tout outre, durchstechen. traiieere».
f FauUier s. m., celui qui manque à son debvoir. Ex. Quand le faultier fault, il fault par touts les vices ensemble. II, 11.
f Favorir v. tr., favoriser. Ex. Peult elle designer et favorir l'inanité? II, ic. — Ce mot est probablement forgé par Montaigne.
f Fermir v. tr., affermir. Ex. Voir s. v. Enfondn r. — Ce mot se trouve dans le Dictionnaire de Bescherèlli . mais on ne peut l'admettre que sous bénéfice d'inventaire.
Fiance s. f., bonne foi, fidélité. Ex. Et ne se doibt attendre fiance des uns aux autres. 1, 1;.
Fiert du latin ferit, frappe. Ex. La sentence ... me fiert d'une plus vifve secousse. [,25. — «Rousseau eut à s'applaudir, dans sa jeunesse, d'avoir lu Montaigne, lorsqu'il se souvint que fiert veut dire frappe, du latin ferit, et devint ainsi L'heureux interprète de cette devise de la maison de Solar: Tel fiert qui ne tue pas. L. C.
Flacque adj., las, paresseux. Ex. Ce qui la (jument) Tendit si flacque et refroidie. 1, 48. — Le Dict. de Littré ne donne qua la forme flasque, dér. du latin flaccidus.
Fourre (Foerre, Feiirre) s. f., au sens propre: paille; fig. dans le vieux proverbe : Il ne fault point faire barbe de foarre à Dieu. II, 12, c'est-à-dire, il ne faut pas se moquer de Dieu. — Ce mot, qui se trouve dans la langue d'oïl (Hippeau), est aussi dans Rabelais: Gargantua faisoit gerbe de feurre aux dieux.
Forcené rie s. f., acte du forcené. Ex. Cette forceneri'e est voisine à celle de ce garson, qui alla saillir par amour la belle image de Venus. III, 5. — Mot tombé en •désuétude, mais à reprendre. Littré.
Fourvoyer v. intr., perdre le vrai cbemin. Ex. Xos -conseils fourvoyent parce qu'ils n'ont pas d'adresse et de but. II, 1. — Xe s'emploie guère neutralement aujourd'hui.
j Fratesque adj., monacal. Ex. Non pedantesque, non fratesque. 1,25. — De l'italien fratesco, adj. dérivé <le frate, moine.
Fruition s. f., jouissance. Ex. La fruition de la vie ne nous peult estre vrayment plaisante, si nous sommes en crainte de la perdre. II, 15. — Latinisme du XY:e siècle, hors d'usage aujourd'hui.
f Frustratoirement adv., inutilement, en vain. Ex. Philistus s'osta de sa main la vie, qu'il avoit si libéralement abandonnée et frustratoirement aux mains ennemis. II, 21. — L'adjectif frustratoire n'est qu'un terme de palais.
GuJuntise s. £, galanterie, politesse. Ex. le ne suis pas encores arrivé à cette perfection d'habileté et galantise d'esprit. III, 5. — XYLe s.
Gallee s. f., galère. Ex. Celuy à qui le bourreau donnoit le bransle, s'écria. Vogue la gallee. I, 40. — S'écrit ordinairement galée.
j Galler v. tr., priser. Ex. Les dix mille parts du monde ne laissent pas de galler le bon temps. 1. 25. -
Ce mot se trouve aussi dans Rabelais. Dans le vieux français il avait le sens de sauter, se réjouir (Hippeau).
Garse s. f., jeune fille. Ex. L'une travestie en garson, l'aultre vestue en garse. 1, 25. N'a plus qu'un sens très bas dans le français moderne.
Garsonner v. tr., fréquenter les garçons (pueriliter laseivire Albert). Ex. Ce sont les femmes qui communiquent tant qu'on veult leurs pièces à garsonner. 1,25.
Gast s. m., pour dégât, dommage. Ex. La nécessité des guerres porte à touts les coups de faire le gast. I, 47.
Garbe ou galbe s. m., bonne grâce, agrément, Ex. Certes, sa conduicte a plus de garbe. III, 5. — XVLe s. — Aujourd'hui, terme d'architecture.
Gaudir v. intr., se réjouir. Ex. Les devis poinctus et coupez que l'alaigresse et la privante introduict entre les amis, gaussants (se moquant) et gaudissants plaisamment et vifvement les uns les aultres. III, s. — Gaudir, qui est du vieux français, a vieilli. Gausser trouve encore sa place dans le style plaisant ou burlesque.
Gaudisserie s. f., action de se réjouir. Ex. Il s'en est trouvé qui n'ont voulu abandonner leur gaudisserie en la mort mesme. — Terme familier, qui a vieilli, ainsi que gaudisseur, railleur, qui se trouve II, 17.
Géhenne s. f., torture. Ex. C'est une dangereuse invention que celle de géhennes. II, 5. — Dans ce sens, il a vieilli.
Gentilsfemmes s. f., femmes de gentilshommes. I, 1.
Gloire s. f., vanité, présomption. Ex. Il y a deux parties en cette gloire: sçavoir est, de s'estimer trop; et n'estimer pas assez aultruy. II, 17. — »C'est dans ce sens que Philippe de Comines a souvent employé ce mot». Costa dans L. C.
Goderonné p. p. employé adjectivement, ajusté, paré. Ex. In peu trop curieusement et mollement goderonnee pour fille ecclésiastique et sacerdotale. II, 18. — Godronné n'est aujourd'hui qu'un terme de botanique et d'anatomie.
f Gorgias adj., beau. Ex. Il est malaysé à croire qu' Epaminondas eust volontiers consenti d'échanger celles Là ses filles, Les victoires) aux plus gorgiases de toute la
Grèce. II, s. — Gorgias signifie mignon, propre, selon Nicot; gorgias ou gorgiasse, agréable, belle, selon Borel {Coste dans L. C.) — Gorgias, dit Albert, signifie coint, proprement et mignonnement habillé. — Dans le vieux français: glorieux, vaniteux (Hippeau). Se gorgiaser, qui se trouve III, 5 — pourveu qu'ils se gorgiasent en la nouvelleté — signifie se plaire, se flatter, s'applaudir, selon Coste, cité dans L. C.
Grangee s. f., ce qui est contenu dans une grange. Ex. Il y a quelqu'un des vieillards qui, le matin, presche en commun toute la grangee. 1, 30.
Gratterie s. f., action de se gratter. Ex. Si est la gratterie, des gratifications de la nature des plus doulces, et autant à la main. III, 13. — XVLe s.
Grave s. f., gravelle (terme de méd.). Ex. Cette matière gluante, de laquelle se bastit la grave. — En ce senslà le mot n'est pas dans Littré.
Greguesques s. f., des chausses à la grecque, culotte. Ex. Si nous feussions nays avecques condition de cotillon et de greguesques. I, 35. — Il s'écrivait aussi gregesque, gargesgue, garguesque, guarguesque.
Grève s. f., l:o partie de l'armure qui couvrait la jambe; 2:o jambe. Ex. l:o Les femmes, en l'une et l'aultre jambe, portent des grèves de cuivre. 1, 22. ±0 X'oserions nous dire d'un voleur, qu'il a belle grève? III, 10.
f Greveure s. f., hernie. Ex. Les greveures ont aussi parfois servy de ' recommendation et faveur. — Coste le fait venir du latin gravedo. L. C.
Groisse s. f., l'état d'une femme enceinte. Ex. Cet appétit desreglé et goust malade qu'elles ont au temps deleur groisses. II, s.
Grosset adj., un peu gros. Ex. Si de fortune il s'y rencontre quelque corps un peu plus grosset. II, 37.
Guère ou Gueres adv., beaucoup, très. Ex. Xous ne sommes cheus de gueres haut. III, 12.
Harde s. f. attache. Ex. Que ne prend il envie à quelqu'une, de faire cette noble harde socratique du corps
à l'esprit? III, 5. — Horde n'est guère que terme de chasse aujourd'hui.
f Marpade s. f., coup de harpon, combat. (Eloi Johanneau dans L. C.) Ex. Les violentes harpades de la drogue et du mal sont tousiours à notre perte. II, 37.
Haultaineté s. f., caractère hautain. Ex. Les orages se picquent contre l'orgueil et haultaineté de nos bastiriients. I, is. — Terme vieilli, mais bon à remettre en usage (Littré).
Hem- s. m., bonne fortune. Ex. Vous estes à manldire ou l'heur de leur mémoire, ou le malheur de leur iugement. 1, 9. — Ce mot n'est guère en usage que dans la phrase proverbiale: il n'y a qu'heur et malheur en ce monde.
Historial adj., historique. Ex. le surpasse de ce costé là en religion superstitieuse toute f'oy histoiïale. 1, 20.
j Hormais- adv., désormais, à l'avenir. Ex. Il les debvroit hormais réellement employer. II, 28. — Ne se trouve pas dans les dictionnaires.
Huis s. m., porte. Ex. iEmilius Lepidus (mourut) pour avoir heurté du pied contre le seuil de son huis. I, 19. N'est plus usité que dans: à huis clos.
Ta adv., jamais. Ex. la Dieu ne permette que . . . III, 19.
Iect s. m., calcul qui se fait par les jetons. Ex. le ne sçays compter ny à iect ny à plume. II, 17. — Il a vieilli en ce sens.
Tmboire v. tr., se pénétrer de. Ex. Il fault qu'il imboive leurs humeurs. I, 25.
Importable adj., insupportable. Ex. l'en treuve les maladies importables. III, 10. — Cette acception est du vieux tramais (Hippeau). ■ ■ Aujourd'hui ce n'est plus guère qu'un terme de douane ou de commerce.
: Tmpos adj., impotent, peu dispos. Ex. De mon temps, un gentilhomme, en L'une de nos frontières, impos de sa personne..., marchoil par païs en coche. 111,6. — Ce
mot se trouve dans Bescherelle, mais est sujet à caution, car on ne le retrouve pas dans les bons auteurs modernes.
f Improvidence s. f., défaut de prudence. Voyez Invigilance.
Inculcation s. f., action d'inculquer. Ex. le me desplais de Tinculcation, voire aux choses utiles. III, 9. — XVI:e s.
Tndivinable adj., qui ne peut pas être deviné. Ex. Il y a des parties secrètes aux objects qu'on manie, et indivinables, signamment en la nature des hommes. III. 2. — XVI:e s.
In fiable adj., auquel on ne peut se fier. Ex. La drogue est un secours infiable. II, 37.
Infondre v. tr., fondre dans, insinuer, introduire. Ex. L'aimant non seulement attire une aiguille, mais infond encores en icelle sa faculté d'en attirer d'aultres. I, 36. — Latinisme de infundere. — XVI:e s.
f Infrasquer (s') v. réfl., s'embarrasser, s'embrouiller. Ex. Vault il pas mieulx demeurer en suspens, que de s'infrasquer en tant d'erreurs? II, 12. -- Infrasquer vient de l'italien infrascare, qui signifie couvrir de feuillage, et, par métaphore, embrouiller, embarrasser. Coste cité dans L. C.
f Insipience s. f., ignorance. Ex. voyez le mot sapience. — Insipience est probablement forgé par Montaigne.
InvigUamce s. f., défaut- de vigilance. Ex. Vos amis mesmes s'amusent à accuser votre invigilance et improvidence. II, 15. — Ce mot n'appartient qu'à Montaigne, semble-t-il.
Ire s. f., colère. Ex. Qu'ils n'attirassent l'ire des Dieux sur eulx. I, 3. - - Terme vieilli, quoique employé encore par les poètes (Lamartine).
f lieux, euse adj., courroucé, orageux. Ex. Selon que l'eau est ireuse ou bonasse. II, 1. — Ce mot, formé du précédent, ne se trouve dans aucun dictionnaire.
Lairray, laisserai. Ex. le lairray la coustume ordonner de cette cerimonie. I. 3. — »Cette abreuiation de
lairrois, lairray, en toutes les personnes et en tous les nombres, pour laisserais et laisserai/, ne vaut rien, quoyqu'une infinité de gens le disent et Inscrivent.» Vaugelas.
Lundi) s. m., (meilleure orthographe Lendit), salaire que les écoliers donnaient à leur maître. Ex. Il se verra enrichy des moyens de ses disciples, comme les régents du landy. - - Le mot latin in diction, déterminé, a donné endit, qui devient, par agglutination de l'article, lendit.
j Languagier adj., bavard. Ex. Un homme languagïer, comme ie suis. III, 5. Dans le Dict, d'Albert, il est
traduit par loquax, garrulas.
Lasseté s. f., lassitude. Ex. Iusques à la satiété, sinon iusques à la lasseté. 1, 25.
Latineur s. m., celui qui sait le latin. Ex. Comparez à cettuy cy un de ces latineurs de collège. 1, 25. — Terme de plaisanterie.
Liesse s. f., joie. Ex. Il regrettoit cette sorte de condition en laquelle il avoit vescu en liesse. — Il n'est plus guère usité que dans les locutions être en liesse, vivre en joie et en liesse.
f IMure s. f., effaeure, rature. Ex. I'ay accoustumé les grands à y supporter des litures et des trasseures. 1, 39.
Mot calqué par Montaigne sur le latin litura; synom. trasseure.
j Livresque adj., qui n'est puisé que dans les livres. Ex. Fascheuse suffisance, qu'une suffisance pure livresque. I, 25. - - Ce mot est forgé probablement par Montaigne et est bien regrettable dans le français actuel qui ne peut en rendre l'idée que par une périphrase.
L&ise prés, du subj. de l'ancien infinitif loisir, être permis, du latin licere. Ex. Que sauf les rumens, à homme ne loise porter en son doigt anneau d'or. I, 43.
Longuerie s. f., longueur fatigante. Ex. Ce qu'il 'y a de vif et de mouelle est estouffé par ses lougueries d'apprêts. II, ut. - »Vieux mot qu'on a laissé perdre.» Bescheréllt . - XVI:e s.
Lors ad\ ., alors. Ex. EnCOres y a il lors assez à faire [,6. Ne s'emploie guère aujourd'hui que dans quelques locutions pr. el adv.
f Loudier s. m., matelas. Ex. Il print, quand, et quand, des préceptes d'Attalus, de ne se coucher plus sur des loudiers qui enfondrent. — Le Clerc rend ainsi cette expression: sur des matelas qui foncent ou s'enfoncent. — Le mot loudier, qui s'écrivait dans la langue d'oïl lodier, provient du latin lodix et signifie couvre-pieds fait de laine. (Hippeau).
Loy s. f., permission, liberté. Ex. Luy donnant lors seulement loy de recommencer. 1, 25. Il y a prou de loy de parler. I, 47.
Loz s. m., louange. Ex. Attribuant au reng le loz qui appartenoit au mérite. 1, 3. ■ - Ce mot, qui est dans la langue d'oïl, ne s'emploie aujourd'hui que dans la poésie.
f Lut (à) loc. adv., à l'excès. Ex. Mais cet homme là estoit il convié à boire à lut, par debvoir de civilité? III, 13. — Rabelais a boire allus ou alluz, que l'on a voulu dériver de l'allemand ail-ans. ce qui aurait donné à lut, par corruption.
Maestral adj., magistral, d'un ton de maître. Ex. Le conseil de Platon ne me plaist pas, de parler tousiours d'un langage maestral à ses serviteurs. III, 3. — Ancien mot provençal.
Magistère s. m., supériorité que donne la science. Ex. Les sçavants font tousiours parade de leur magistère. III, 3 — En ce sens-là il ne se trouve pas dans Littrc.
Mail s. m., maillet. Ex. Il fault rabattre et resserrer, à bons coups de mail, ce vaisseau qui se desprend. III, 12.
Mais adv., plus, davantage. Ex. Voire mais, on me dira que se desseing de se servir de soy, pour subiect à escrire, seroit excusable. II, is. •-- Mais, dans ce sens de l'ancienne langue, ne se conserve aujourd'hui que dans la locution rCen, riy pouvoir mais.
Maistrise s. f., autorité de maître. Ex. La maistrise engendre mespris de ce qu'on tient et régente. II, 17. — C'est ainsi que ce mot a été expliqué par Littrc au passage cité. Il avait le même sens dans le vieux français. — Costc, cité dans L. C, le rend ici par »la posses-
sion >. Cf. II, si: le n'ay point mémoire pour cette heure d'avoir veu aulcun aultre exemple où les assiégés gaignent la maistrise de la campaigne.
Mat, e adj., mauvais. Ex. La maie fortune et aultres ininres de nostre vie fraisle et eaducque. II, 12. — Comme adjectif, ce mot ne se retrouve aujourd'hui que dans quelques mots composés, comme malheur, malaise.
r Maltnesler v. tr., brouiller. Ex. le ne sçais qui a peu malmesler Pallas et les Muses avecques Venus. III, 5. - Ce mot, qui ne se trouve pas dans les dictionnaires, semble être forgé par Montaigne.
Maltalent s. m., mauvaise volonté, mécontentement. Ex. X 'ayants sceu faire mourir leur maltalent. 1, 7. - Ce mof a vieilli, mais il se trouve encore dans Voltaire.
Maniacle adj., synon. de maniaque. Ex. Quelle hardiesse et maniacle confiance feut ce, de n'en vouloir pas abandonner son* entreprise. II, 34. -- XVI:e s.
Manque adj. , défectueux. Ex. Un homme bien manque et défaillant. II, 29. ■ Ce mot est substantif dans les dictionnaires, excepté dans celui d'Albert, où il est traduit par le latin mancus.
Marc s. m., résidu de fruits etc. Fig. ce qui est essentiel, la substance d'une chose. Ex. Or ceulx icy, ou ils inventent marc et tout, ou ils desguisent un fond véritable. I, 9. - le ne conseille non plus aux dames d'appeler honneur leur debvoir; leur debvoir est le marc, leur honneur n'est que l'escorce. III. - Le sens propre est seul
Marche s. f., touche. Ex. Qui en a touché une marche, :i tout touché. II,i. C'est-à-dire: celui qui a posé le doigt sur une des touches du clavier, les a fait résonner toutes. Amaury Durai, cité dans L. C.
Maire s. f., foule. Ex. Ainsi se forgea cette infinie marée d'hommes. 11,23. -- »Ce mot ne se trouve pas en ce sens-là dans nos vieux dictionnaires. Il répond, en quelque manière, à celui de flot, fort usité pour signaler quantité, multitude, comme dans ce vers de Boileau:
Cotin, à ses sermons traînant toute La terre,
Fend Les flots d'auditeurs... . Coste, cité dans L. C.
Jlarniitetix adj.. mal en point, mal partagé du côté de la fortune et de la santé. Ex. Si la fin de s'enrichir ne les tenoit en crédit (les sciences), vous les verriez san* doubte aussi niarniiteuses qu'elles furent oncques. 1, 24. — Terme familier et vieilli.
Marry adj., fâché. Ex. Bien niarry que telle exécution se feust faicte de iour. I, 9. Se retrouve dans La Fontaine.
Mauldissan s. f., malédiction. Ex. Pour leur plus extrême mauldisson ... ils avoient tousiours en bouche . . .
II, 29. — IAttrê remarque à propos de ce mot, que les mots archaïques ont, d'une façon singulière, une tendance à passer dans le langage familier et plaisant.
f Memorieuac adj., qui a de la mémoire. Ex. Un homme sçavant et memorieux. III,-. -Coste, cité dans L. C, remarque que le mot mémoi 'ieux, forgé peut-être par Montaigne, a été rejeté, sans que l'usage nous ait donné un équivalent.
Menaceur s. m., employé adjectivement, avec la forme féminine menaceuse, qui fait des menaces. Ex. voir à Despit.
j Mercadence s. f, commerce. Ex. Qui meit iamais à tel prix le service de la mercadence et de la traficque?
III, g. — Le mot n'est pas dans les dictionnaires.
j Herciuialiseï' v. tr., reprendre, censurer L. (C). Ex. Tels de mes amis ont par fois entreprins de me chapitrer et mercurialiser. III, 2. — Aujourd'hui terme de médecine.
Mescowter (se) v. réfl. = mécompter, se tromper. Ex. Celuy qui s'est une fois mesconté, on ne le veoid plus. 1, 30.
Meshuy adv., désormais. Ex. Ce que i'esperoy qu'il peust meshuy faire plus ayseement. I, s. — Mais huy = magis hodie.
f Meslouable adj., qui ne mérite pas d'être loué. Ex. La mémoire d'un prince meslouable» 1, 3.
7 Jles/ouer v. tr., blâmer. Ex. C'est un exercice que ie ne mesloue point aux ieunes enfants. I, 25.
Mineur, eti.se adj., minaudier, minaudière. Ex. L'amour des Espaignols et des Italiens . . . plus mineuse et couverte, me plaist. III, 5.
Mixtion s. f., mélange. Ex. le crains que Platon, en sa plus verte vertu . . ., y eust senty quelque ton de gauche de mixtion humaine. II, 20. — Ce mot n'est aujourd'hui qu'un terme technique.
f Jloïau s. m., milieu, centre. (Cotgrave cite dans L. C). Ex. Dans le moïau de tout le trouble des guerres civiles. II, c. — Dans la langue d'oïl moïeu, milieu de l'oeuf. (Hippeau).
Mon adv., véritablement, certes. Ex. Scavoir mon, si Ptolemee s'y est trompé aultrefois, sur les fondements de sa raison si ce ne seroit pas sottise de me fier ... II, 12. — Le Clerc interprète: il reste présentement à savoir. Yrayment, c'est mon, dit Nicocles ... II, 37.
31onopole s. m., conjuration, conspiration. Ex. Ayant receu le premier advis des monopoles que ce peuple dressoit contre luy. 1, 23. — Dans ce sens, qui ne se trouve pas dans Littré, le mot a été employé par Rabelais Garg. I,it: Pleust à Dieu que ie sceusse lofficine en laquelle sont forgez ces schismes et monopoles.
Montioie s. f., monceau de sable. Ex. Nous veoyons de grandes montioies d'arène mouvante. 1, 30.
Montre s. f., action de montrer. Ex. Pour le masque et la montre. 1, 9, = pour ce qu'il devait cacher et pour ce qu'il devait faire voir.
f Morfondement s. m., refroidissement. Ex. Celuy qu'ils ont iecté d'un morfondement en une fièvre quotidienne. II, 37. — Morfondure se trouve dans Albert traduit par morbus ex frigore contractas, et aussi dans Littré comme terme dé vétérinaire.
Morné adj., se disait de la lance rendue inoffensive au moyen d'une morue (espèce d'anneau au bout de la lance courtoise). Ex. l'entends bien, mornee pour un aultre, affilée pour moy. E, 10.
Mousse adj., qui n'est pas aigu; fig. qui n'a pas de finesse. Ex. I'ay, de ma port, le goust estrangement mousse. El, 8.
Minime s. f., changement d'une note en une autre. Ex. Une merveilleuse harmonie, aux coupures et muance de Laquelle se nm nient les contours et changements des ca-
rolles des astres. 1,22. — Au sens propre de changement' Toutes choses sont en fluxion, muance et variation perpétuelle. II, 12. Du latin mutare, changer.
Musser v. tr., cacher. Ex. Il fault musser ma foiblesse soubs ces grands crédits. II, 10. — Il vieillit (Littrê).
Nasitort s. m., cresson alônois (nasturtium). Ex. Les plus ordinaires mets, c'estoient du pain, du nasitort et de l'eau. 1, 22.
Nihilité s. f., néant. Ex. le iuge volontiers des actions d'aultrui: des miennes, ie donne peu à iuger à cause de leur nihilité. II, is. — XVI:e s.
f Nolsif adj., querelleur. Ex. Que dict il, sinon qu'il ■est foible et noisif? II, 27. — Ce mot, qui est dans le Dict. de Bescherelle, est dérivé du subst. noise, querelle.
Nonchaloir s. m., nonchalance, inaction. Ex. Certes, ie puis ayseement oublier, mais de mettre à nonchaloir la charge que mon amy m'a donnée, ie ne le fois pas. 1, 9.
Nouvelleté s. f., nouveauté. Ex. Mais le meilleur prétexte de nouvelleté est tresdangereux. 1, 22. — Cette forme, qui avait dans le vieux français un emploi général, n'est aujourd'hui qu'un terme de jurisprudence.
Nubileuoc adj., nébuleux, obscur. Ex. Un style nubileux et douteux. II, 12. XVLe s.
Occision s. f., meurtre, tuerie. Voyez l'exemple au mot ars.
Office s. m., service. Ex. Pour les tenir en office (en parlant de terres) I, s = pour les rendre utiles. Dans ce sens, le mot a probablement vieilli. Il signifie aussi clans Montaigne, études, leçons. Ex. Arrivez y (au collège) sur le point de leur office. 1, 25.
f Oncques adv., jamais. La plus forte bataille que les Grecs ayent oncques donnée. I, 3.
Opiniastrise s. f., suffisance. Ex. C'est un moyen
aysé de se donner du plaisir, puisqu'on le tire de soy mesrae, spécialement s'il y a un peu de fermeté en leur opiniastrise. II, 17. -- Cette acception nous semble convenir mieux au sens du passage en question, que celle d'opiniâtreté, qui est donnée par Coste (cité dans L. C); celui-ci dit, que le mot opiniastrise, quoiqu'il soit dans Nicot, est un mot purement gascon. — XVI:e s.
Ord, orde adj., qui excite le dégoût par la saleté. Ex. Le proufit . . . servit de prétexte au sénat romain à cette orde conclusion. III, 1.
j Oter v. intr., parler. Ex. Il avoit à orer en publicque. 1,39. -- Mot forgé par Montaigne du latin orare.
Ores adv., tantôt. Ex. Et combattoient ores à pied, ores à cheval. 1, 4s. — Cette forme archaïque est dérivée du latin hora; le sens propre est à Vheure, à présent. Ex. Ores que ie n'y suis plus, i'en iuge comme si i'y estois. III, 12.
Or-rois coud. prés. d'Ouïr. Ex. l'en ferois de mesme si c'estoit une arondelle (hirondelle) qui parlast: mais si c'estoit une aigle, ie l'orrois volontiers. II, si. La forme orra du futur simple se trouve aussi dans Montaigne. II, \a.
Ost s. m., armée. Ex. Hannibal avoit faict espandre du feu par tout son ost pour eschauffer ses soldats. 1,35.
OuUrecuidance s. f,, témérité, présomption. Ex. Telles. actions tiennent, à la vérité, un peu plus encores d'oultrecuidance que de bestise. I.i. -- M. de Malherbe se sert à? outrecuidance: mais M. Coëffeteau n'eu a jamais usé, et je voy peu de gens de ceux-mesmes qui ne sont pas des plus délicats au choix des mots, approuver celuy-ci non plus qu'outrecuidé. Vaugelas.
OuZtrecuidé adj., présomptueux. Ex. Il n'est pas si oultrecuidé de s'opposer à l'auctorité de tant d'aultres fameux iùgements anciens. 1 1, lo.
Ouvrer v. intr., employé substantivement, travail, ouvrage. Ex. ['ay la voue assez claire et réglée, mais, :i L'ouvrer, elle se trouble. Il, 17.
Ouvroir s. m., atelier. Ex. Pour veoir nu personaagi grand ei signalé arriver en une ville, les ouvroirs et les boutiques s'abandonnent. II. 18. — Aujourd'hui
établissement public de bienfaisance, où Ton procure de l'ouvrage aux jeunes filles et aux femmes pauvres. — 11 s'écrivait aussi ouvrouer.
Oyselet s. m., petit oiseau. Ex. Touts nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oyselet. 1, 30. — Dimin. de oisel, ancienne forme du mot oiseau.
f Pache s. m., pacte, accord, convention. Ex. L, Aem. Regïllus fit pache avec eulx de les recevoir pour amis du peuple romain. 1, 0. — Suranné déjà au milieu du XVII.e siècle.
PaiUàrder v. intr., se livrer à des actes d'impudicité. Ex. S'il debvoit sollemnellement nier d'avoir paillarde. III, 5.
j Palestrine s. f., chez les anciens lieu public pour
, les exercices du corps. Ex. Pour maintenir leurs corps
fermes au service de la course des ieux olympiques de
la palestrine. — Palestrine pour palestre se trouve aussi
dans Brantôme. Coste, cité dans L. C.
Pâlot s. m., se dit des piquets sur lesquels on tend les cordes au bord de la mer. Eigurément I, -'0. Si ie leur pouvois tenir pâlot = si ie pouvois aller de pair avec eulx (Coste dans L. C). Cf. la locution proverbiale suédoise »halla nâgon stângen».
Parangon s. m., comparaison. Ex. En cettuy cy Tinnocence est une qualité propre . . ., au parangon de laquelle elle paroist, en Alexandre, subalterne ... II, se.
Parfoumir v. tr., achever (de fournir), parfaire. Ex. Et au pis aller, la distribution et variété de touts les actes de ma comédie se parfournit en un an. I, m. — Terme de palais.
Partier, ière adj., qui parle trop. Ex. Retournant à la vertu parliere. 1, 39.
Parmi adv. Ex. Il y a quelque plaisir corporel, naturellement meslé parmy. II, 3.
Parquoy conj., c'est pourquoi. Ex. Ils tiennent que le plus court chemin à gaigner paradis, c'est de tuer quelqu'un de religion contraire. Parquoy on l'a veu ... II, 29.
Partement s. m., départ. Ex. Il suffit de l'accompaiguer à son parteinent. I, 13.
Parth' v. tr., partager. Ex. Nous partons le fruit de notre chasse avecques nos chiens et oyseaux. II, 12. — Ce mot vieilli n'est plus d'usage que dans cette phrase proverbiale: >Tls ont toujours maille à partir entre eux.»
j Pasquage s. m., pâturage. Ex. Ses rentes et ses domaines se sont eschangez en pasquages bien maigres. I, 30.
Pastisser v. tr., faire de la pâtisserie. Dieu sçait lors ... de quel bon iugement ils vous le pastissent (leur testament). I, 19. — XVLe s.
Pastissage s. m., mélange informe. Ex. Comme nous appelions iustice, le pastissage des premières lois qui nous tumbent en main ... II, 37. — ■ XVLe s.
Paresarte s. f., rangée de pavois (boucliers) autour du navire pour protéger les combattants. Ex. Le tout couvert d'une pavesade, à la mode d'une galliote. III, 0. — Ancien terme de marine. — XVLe s.
PeciUier adj., particulier. Ex. Xom de quelque peculiere valeur. 1, 25. — Latinisme du XVLe siècle.
P&auder. v. tr., battre. Ex. Oultie cette secousse, i'en souffris d'aultres . . . ie feus pelaudé à toutes mains. III, 12. — Terme populaire.
■f PéUegrin adj., fin, poli, délicat. Ex. Oyez dire Métonymie, Métaphore . . ., semble il pas qu'on signifie quelque forme de langage rare et pellegrin? I, 51. — De l'italien pellegrino qui signifie la même chose. Caste, cité dans L. C.
j Pennade s. f., action de ruer. Ex. Le cheval du roy Charles le deschargea, à ruades et pennades [,48.
Peneux, euse adj., embarrassé, misérable. Ex. Asteure sont les miennes propremenl honteuses et peneuses. 111,5. — Albert donne pour synonymes de ce mot jpenaut, p*iteux, et le traduit en Latin p&rpudore suffusus,tristis,moestus. —
Perenne adj., qui dure toujours. Ex. Des ruisseaux perennes bordez de lieaux arbres. III..:. X'esf aujourd'hui qu'un terme didactique. — XVLe s.
f Pcrflable adj., perméable à l'air. Ex. Epicurus faict les dieux luisants, transparents et perflables. II, 12. — Du latin perflabilis.
Pieoreur s. m., maraudeur. Ex. I'avois, d'une part, les ennemis à ma porte; d'aultre part, les picoreurs, pires ennemis. III, 12. — XVI:e s.
Pieça adv., depuis longtemps. Ex. Tu vis pieça par faveur extraordinaire. 1, 19.
Pièce s. f., s'emploie dans le sens de temps. Ex. Bonne pièce (longtemps) avant la venue de Jésus-Christ. 1, 10. — C'est un italianisme, un buon pezzo. L. C.
Pipeiw s. m., fém. piperesse et pipjeuse, qui trompe, de quelque manière que ce soit. Ex. En manière que i'en rendois ma loyauté mesnagiere et aulcunement piperesse. I, 40. »De manière que par loyauté je devenois économe^ et inspirois ainsi plus de confiance à mes créanciers. Coste approuve avec raison la traduction angloise de Ch. Cotton: So that I practised at once tlirifty and withal a kind of alluring honesty.» L. C.
Pistolade s. f., coup de pistolet. Ex. Pour luy avoir donné d'une pistolade en la teste ... II, 27. — XVI:e s.
Planter adj., complet. Ex. Les Espagnols en usèrent comme en une victoire planiere. I, c. — Ce mot, qui n'est pas très usité, s'é'crit aujourd'hui plénier. Montaigne a aussi pie nier.
Planté s. f., abondance. Ex. Il ne pouvoit faillir d'avoir planté de toutes commoditez. I, 47. — Il s'écrit aussi pïenté, de plénité, plenitas.
Plant 11 te use ment àdv., en abondance. Ce dequoy i'ay eu si plantureusement assez. 111,9. — Plantureux a vieilli, mais revient en usage, dit Littré.
Pleuvir v. tr., garantir, promettre. Ex. le ne pleuvis aulcune certitude. II, 9. — Ce mot est marqué comme vieilli déjà dans le Dict. d'Albert. Il se trouve dans le Dict. de Hippean sous la forme de plevir.
Plombé p. p. de plomber, lourd, appesanti. Ex. Ce siècle auquel nous vivons, au moins pour notre climat, est si plombé, que, ie ne dis pas l'exécution, mais l'imagination
mesme de la vertu en est à dire. I, 36. — IAttrè explique le mot dans le passage cité par vil.
r/oi/<(ble adj., qui peut être ployé. Ex. Seroit ce foiblesse d'unie qui les rendist ainsi ployables à toutes extrernitez? 11,27. — XYI:e s.
Poisamment adv., pesamment, d'une manière pesante. Ex. D'autant qu'ils payent plus poisamment et incommodeement, d'autant en est leur satisfaction plus iuste. 1, 7.
f PonctiUe s. f.,. circonstance de peu d'importance. Ex. On ne confronte les tesmoings et receoit les obiects sur la preuve, des ponctilles de chasque accident.
f Poi-toire s. f., espèce de litière. Ex. Au Peru ils eouroient sur les hommes, qui les cbargeoient sur les espaules à tout des portoires. II, 22. — Le mot a disparu avec la chose.
Poste s. f., disposition, envie, gré. Ex. Les filles se peuvent abandonner à leur, poste. 1,22. — Locution vieillie.
Postposeï' v. tr., subordonner, estimer inférieur. Ex. Postposant cette liaison nationale à l'universelle et commune. III, 9. — XVLe s.
Poullier s. ni., bicoque, place mal fortifiée. Ex. Il n'y auroit poullier qui n'arrestast une armée. 1, 14. — Ne se trouve pas dans ce sens dans le Dict. de Littré.
Pour pr.. par. Ex. Pour exemple I, 12.
Pour autant que loc. conj., parce que. Ex. La chose publicque demeuroit sur ses pieds, pour autant qu'il sçavoil bien commander. I, 11.
Pour ce .que loc. conj., parce que. Ex. C'est pource qu'il est mon roy. III, 7.
Pourmener (se) v. réfl., par métathèse pour promener. Ex. Qui se pourmenoyent mis le théâtre aux arènes, T, 12.
Pourpoinctier s. ni., faiseur de pourpoints. Ex. Comme nous avons des pourpoinctiers. II, .7.
Pourquoy loc. conj., parce que, c'est pourquoi. Ex. le ne trouve rien si cher que ce qui m'est donné: et ce pourquoy ma volonté demeure hypothéquée par tiltre d'ingratitude. III.:-.
Pourtant ("iij.. c'est pour cela que- Ex. Il fault espessir et obscurcir les esprit- pouT les proportionner h
«ette vie ténébreuse et terrestre: pourtant se treuvent les esprits , communs et moins tendus, plus propres et plus heureuses à conduire affaires. II, 20. — Dans la langue actuelle, pourtant n'a pas ce sens de conjonction explicative.
Pourtraîre, portraire v. tr., dessiner un portrait, peindre. Ex. l'y ferois pourtraire la love. l'Alaigresse, et Flora, et les Grâces. 1, 25.
Pourvoyance s. t., action de pourvoir. Ex. Ce sont moyens extraordinaires et qu'il n'appartient qu'à la fortune de César, et à son admirable pourvoyance, de heureusement conduire. II, 33. — C'est à la suite de l'adjectif pourvoyant qu'on a hasardé pourvoyance. Littré.
Preceller v. intr., être supérieur. Ex. Le premier . . . precelle en exploicts militaires et en utilité de ses vacations publicques. II, 28. — Latinisme du XVLe siècle.
Prime adj., premier. Ex. Mais estre le premier de la Grèce, c'est facilement estre le prime du monde. II, 3<;.
— Ce mot n'est plus usité seul, mais s'emploie dans certaines loc. adv. etc.
f Primement adv., exactement. Ex. Qui y regarde primement, ne se treuve gueres deux fois en mesme estât. II,i. — »Primement se trouve dans Cotgrave . Coste, cité dans L. C.
Primsautt s. m., premier saut. Ex. Du primsault, il a laissé en mémoire des petits miracles. II, 2. — Xe reluque dans la loc. adv. de prime-saut.
f Principesque adj., princier. Ex. Les advantages principesques sont quasi advantages imaginaires. 1, 42.
f Principiant p. pr. du verbe inusité principier, commençant. Ex. Mon humeur n'est propre non plus à parler qu'à escrire pour les principiants. III, s. — Ce mot- ne se trouve pas dans les dictionnaires. Principier est dans Bescherdle.
PrisaMe adj., digne d'être prisé, loué. Ex. Celle du sçavoir est moins prisable que celle du iugement. 1, 24.
— Ce mot est probablement forgé par Montaigne.
Proclive adj., enclin. Ex. 11 est tousiours proclive
aux femmes de disconvenir à leurs maris. II, s. — Aujourd'hui terme techn. de zool. — XVLe s.
f Profluvion s. f., écoulement. Ex. La profluvion de sable aysee et abondante. III, 13. — Profluvion est forgé du latin profluvium.
Profits, -e adj., prodigue. Ex. La libéralité des dames. est trop profuse au mariage. 111,5. — Du latin profusus.
- XVLe s.
Prospect s. m., vue qui s'étend au loin et devant le spectateur. (Eloi Jolianneau dans L. C). Ex. Elle (la salle de travail de Mont.) a trois veues de riche et libre prospect, III, 3. — Du latin prospectus. — XVLe s.
Protocole s. m., accompagnateur (?). Ex. Ce fleuteur protocole de Gracchus, qui amollisoit, roidissoit et contournoit la voix de son maistre. — »C'est ce que nousappelons aujourd'hui un souffleur» dit Coste, cité dans L. C.
— Cette explication ne peut pas être exacte, car le fleuteur en question ne soufflait rien du tout.
Prouesse s. f., acte de valeur. Ex. Pour la singulière prouesse des habitants à se bien deffendre. I, g. — En ce sens il est vieux et ne se dit que par plaisanterie: il conte volontiers ses prouesses.
Pruante s. f., démangeaison. Ex. le l'exerce (la gratterie) plus aux aureilles, que i'ay au dedans pruantes. III, 13. — Expression gasconne (Coste dans L. C). Oî.prurit.
Puis pr., depuis. Ex. Qui ne se laissa voir oncques. puis ses nopces. III, 5.
Quand et loc. prép., avec. Ex. Mais y ayant quand et«luy introduirt sou armée. 1, 0. — S'écrit aussi quant et; cette locution, usitée par Malherbe, blâmée par Vaugelas, Th. Corneille et l'Académie, ne s'emploie plus aujourd'hui.
Quand et quand loc. adv., en même temps. Ex. Il fault que leur parole se diversifie quand <t quand. 1,9.
Quatrain s m., ancienne monnaie qui valait un liard. Ex. Vous n'eu donnerez à L'adventure pas un quatrain. [,42.
f Quest s. m., gain. Ex. I'estudiay . . . ianiais pour le quest. — Forgé par Montaigne du latin queestus.
f Questuaire adj., mercenaire. Ex. Où la vie est questuaire, la pluralité des enfants, c'est un adgencement de mesnage. II, is. — Du latin quœstuarius.
liaccointev v. tr., accointer de nouveau. Voyez l'exemple au mot Bepractiquer.
M'accoysé adj., rapaisé. Ex. Les choses nous sembleront à la vérité aultres, quand nous serons r'accoysez et refroidis. II, 31. — »R'accoyser ne se trouve ni dans le dict. de Xicot, ni dans celui de Cotgrave; mais accoyser est dans tous les deux, où il signifie calmer, apaiser etc. Ces mots venoient de coi, qui subsiste encore». Coste dans L. C. — XVI:e s.
Raller v. intr., retourner. Ex. En Caton on veoid bien clair que c'est une allure tendue bien loing au dessus des communes . . . cettuy cy (Socrate) ralle à terre et, d'un pas mol et ordinaire, traiete les plus utiles discours. III,i2. — Coste le rend par aller en rasant la terre, comme font certains oiseaux; Cotgrave, par courir vite. (L. C). — Ces explications ne nous semblent pas exactes. La langue d'oïl a le mot râler avec le sens de retourner (Hippeau).
Ramentevant p. pr du verbe ramentevoir, rappelant, remémorant. Ex. Alloit au contraire ramentevant à haulte voix l'honnorable et glorieuse cause de sa mort. I, 1. — Qu'il se ramentoive les vies de Scipion, d'Epaminondas etc. II, g.
JRecovs s. m., témoin. Ex. Deux saincts evesques, qu'il appelle pour ses recors. 1, 26.
Mengreger v. tr., augmenter, accroître. Ex. La femme de Socrates rengregeoit son deuil par telle circonstance. II, 12.
f Mepractiquer v. tr., fréquenter de nouveau. Ex. C'est par le coing d'une librairie, et pour en amuser un
voisin, un parent, un amy, qui aura plaisir à me raccointer et repractiquer en cette image. II, is.
Résolutif adj., qui résout une difficulté. Ex. C'est par effect un pyrrhonisme soubs une forme resolutifve. II, 12. — Aujourd'hui terme de médecine.
Ressentit adj., qui réside, domicilié. Ex. S'il y a quelque personne . . . resseante ou voyagere. III, 5. — XVI:e s.
f Ressiner s. m., qui s'écrit aussi reciné (du latin recoenare), le goûter quelque temps après le diner. Ex. Il semble qu'en nos maisons, comme i'ay veu en mon enfance, les desieusners, les ressiners et les collations l'eussent plus fréquentes. II, 2. Cf. Rabelais Garg. IV, «. »I1 n'est desieusner que d'escholiers, dipner que d'advocats; ressiner que de vignerons; souper que de marchands». — »Der Scblaffbissen,.die Collation und das Xasehen vor dem Schlaffen gehen, wie etliche Miigde tliun» dit Alhcrt dans son Dictionnaire.
t Retenter v. tr., sonder de nouveau. Ex. Qui retentera son estre et ses forces. II, 12. — Du latin retentare, éprouver à plusieurs reprises.
f Refrain adj., resserré. Ex. Il semble que la ialousie que nous avons de les veoir paroistre . . ., nous rende plus espargnants et retrains envers eulx. II, s. — Ce mot ne se trouve dans aucun des dictionnaires cités.
Kevirade s. f., action de retourner. Ex. I'ay autrefois employé, à la nécessité et presse du combat, des revirades. III, s. — XYI:e s.
Riotte s. f., petite querelle. Ex. Il y a naturellement de la trigue et riotte entre elles et nous. III, 6.
f RommeUer v. intr. pour Grommeler, ("eulx que nous oyons rommeller et rendre par fois des soupirs trenchants. 11,6. — Cotgrave dans L. C.
Rondellier s. m., un soldai armé d'une rondelle ou rondache (bouclier circulaire). Ex. En chascun y ayanl un rondellier. III, g. — X\ l:e s.
Rouer v. intr.. tourner. Ex. Boire, dormir ci manger: nous rouons sans cesse en ce cercle. Il, 13. ■ — Aujourd'hui terme de marine: roueT un câble.
Honte s. f.. déroute. Ex. La route de Cannes. 1, 2. S'écrit aussi roupte.
Sacri fiable adj., que l'on peut sacrifier. Ex. Ces pauvres gents sacrifiables. 1, 29. — XVLe s.
Salade s. f., casque. Ex. Nos pères donnoient leur salade, leur lance et leurs gantelets à porter. II, 9. — »Du mot italien »celata» qui signifie elmo, casque, armet, les soldats français firent en Italie le mot salade». Voltaire Dict. phil., art. Langues, • sect. 3, cité dans L. C. — Il n'est d'usage qu'en .parlant des XV, XVI et XVII siècles. Littré.
Sapience s. f., sagesse. Ex. Toute sapience est insipide qui ne s'accommode à l'insipience commune. III, s.
f Saturité s. f'., satiété. Ex. El nous advertit ingénieusement de ne vouloir point esveiller nostre faim par la saturité. III, 5. — Ce mot se trouve dans Cotgrave. L. C.
f Saulteler v. intr., sauter à plusieurs reprises. Ex. Voleter et saulteler de conte en conte, comme de branche en branche. II, 10.
Sauveté s. f., sûreté. Ex. Pour le mettre en sauveté. 1,38. — Ne s'emploie guère que dans ces phrases: Il est en lieu de sauveté. Ses marchandises sont en sauveté.
Saye s. m., espèce de manteau grossier. Ex. Un grand garçon, ayant un petit saye, le donna à l'un de ces compaignons. 1, 24. — Ce mot, qui était du genre masculin aux XVLe et XVILe siècles, est devenu féminin.
j SearbiUat adj., gai, de bonne humeur. Ex. le ne sçais qui demandoit à un de nos gueux, quil voyoit en chemise, en plein hyver, aussi scarbillat que tel qui se tient emmitonné en martes etc. 1, 35. — Coste dans L. C. Le mot ne se trouve pas dans les dictionnaires.
Seiour s. m., repos, délassement. Ex. On accusoit Galba, du te'mps passé, de ce quil vivoit oyseusement: il respondit que »chascun debvoit rendre raison de ses actions, non pas de son seiour». — C'est aussi le sens du mot dans le vieux français. (Hippeau).
Semons p. p. du verbe semondre, convier. Ex. Semons par moy. III, 2. — La plupart des temps du verbe semondre sont tombés en désuétude.
Sereiner v. tr., rendre serein. Ex. Elle (la philosophie) faict estât de sereiner les tempestes de l'ame. 1, 25.
Si adv., aussi. Ex. Oultre ce qu'Alexandre estoit d'une température plus sanguine, cholere et ardente, et si esmouvoit encores cette humeur par le vin. II, 34. — Dans Montaigne, si est en général conj. adversative.
f Sier v. intr., se placer. Ex. Les gents de pied des Lacedemoniens, qui . . . s'adviserent de s'escarter et sier arrière. I, 12. — Du latin ^edi re.
Siese 3:e pers. du subj. prés, de seoir dans le sens d*étre convenable. Ex. Il n'est homme à qui il siese si mal de se mesler de parler de mémoire. I, o.
f Signamment adv., spécialement. Ex. Voir sous le mot Indivinable. — Ce mot se trouve dans le Dict. iï Albert.
Solage s. m., sol, terrein. Ex. Ez raisons, comparaisons, arguments, si i'en transplante quelqu'un en mon solage ... II, 10.
Solenne adj., solennel. Ex. Aussi fut il délivré des prisons d'Italie par une solenne recommendatiou de nostre roy. II, 27. — Cette forme du mot, n'étant dans aucun dictionnaire, est probablement calquée par Montaigm sur le latin solennis.
Son7<lotj< v v. tr., solder. Ex. Les centeniers luy offri- 1 ■ nt «le souldoyer, chascun sur sa bourse, un homme d'armes. - Les dictionnaires n'ont pas cotte l'orme du verbe.
Souloir v. intr., avoir coutume. Ex. Terez souloit dire. I, 40. — Ce terme vieilli, dont Littré regrette la perte, n'a plus que l'imparfait à peine encore usité quelquefois.
Sourgeon s. m. petite source. Ex. Ce n'est qu'un petit sourgeon d'eau à peine reconnoissable. II, 12. — Il s'écrit aussi surgeon.
Strette s. t'., étreinte. Ex. A la première strette que luy donne la goutte. I, 42. — De l'italien stretta. — Aujourd'hui, terme <!»■ musique.
Stropié p. p. pour estropié du verbe estropier, priver de l'usage d'un membre par suite de coups ou blessures. Ex. Plusieurs stropiés par les extremitez. 1, 35. De l'italien stroppiare.
Suader v. tr., persuader. Ex. I'aidois moi mesme, soubs la foy d'aultruy à le luy suader. II. 37. — »M. de Malherbe le dit, mais il vaut rien». Vaugelas.
Suasion s. f., irritation, incitation. Ex. Si ce n'est à une grande suasion de la nécessité ou de la volupté. I, 3. — Mot vieilli déjà au XVII: é siècle.
f Suppeditant p. prés, du verbe suppediter, subjuguer, dompter, fouler aux pieds (Cotgrave); Vaincre (JSTicot). cités dans L. C. Ex. Les droicts de l'avarice et de la vengeance suppeditant ceulx de son auctorité et de la discipline militaire. I, 6.
Nm.s pr., sur. Ex. Cette sienne resolution arrêta sus bout (= à l'instant) la furie de son maistre. I, 1. — N'est plus guère usité que dans la phrase courir sus à quelqu'un, où il est adverbe, et comme interjection pour exhorter, exciter.
Tabou rin s. m., petit tambour. Ex. I, 3.
f Tabut s. m. querelle, vacarme. Ex. Autour de luy, un tabut de ses valets, plein de licence. — Ce mot se trouve dans le dictionnaire de Hippeau.
Tant y a que loc. fam., quoiqu'il en soit. Ex. Tant y a qu'à ce mesme propos, le sire de Iduinville, tesmoing croyable autant que tout aultre, nous raconte ... II, 29.
Tempester v. intr., faire grand bruit; Montaignt l'emploie dans un sens transitif. Ex. On avoit beau le tempester, et hurler, et le pincer etc. I, 19.
Terrien adj., terrestre. Ex. La considération de la nature . . . nous faict desdaigner les choses basses et terriennes. II, 12.
Testonner v. tr., friser les cheveux avec soin. Ex. C'est à faire aux seuls Spartiates, de se mettre à se peigner et testonner. III, 9. — XVLe s. — Le mot, employé encore par La Fontaine, a vieilli.
Théorique s. f., théorie. Ex. Il fauldroit mettre la théorique avant la practique. II, 27. — Ce mot, employé substantivement dés que le XIILe siècle, n'est aujourd'hui qu'adjectif.
Tintouitier v. tr., faire entendre un tintouin. Ex. Le son mesrne des noms qui nous tiutouine aux aureilles. III, 4. — Montaigne semble avoir forgé ce mot du substantif tintouin.
Tirasser v. tr., embarrasser. Ex. C'est pitié comme elle les tirasse et tyrannise cruellement. III, 5. — XVI:e s.
Tistre v. tr., tisser. Ex. La pluspart des arts, les bestes nous les ont apprinses, comme l'araignée à tistre et à coudre. II, 12.
Ti'asseure s. f., rature. Voyez Liture.
■f Tressuer v. intr., suer dans un haut degré' (très, suer). Ex. Nous tressuons, nous tremblons . . . aux secousses de nos imaginations. — La composition semble être de Montaigne.
t Tricotterie s. f., tromperie. Ex. Pour avoir eu à contrecouèr de mesler ny tricotterie ny finesse à mes ieux enfantins. I, 22. V. Littré à tricherie.
Tumber v. tr.. lâcher. Ex. Il est bon de tumber souvent de l'eau. II. 37. — »Expression gasconne, tout à fait barbare en françois . Coste dans L. C.
l's((nrc s." f., usage reçu. Ex. C'esl une usance qui
apporte des commoditez singulières. I, :;. Vieilli en en sens; aujourd'hui ternie forestier etc.
Vacation s. t.. profession, métier. Ex. Chasque vacation a sa civilité particulière. I, 13. — Vieilli en ce sens.
Vanteur s. m., celui qui -c vante. Ex. Il estoit un peu vanteur. 1 1. su.
Vaulsirent passé déf. de valoir. Ex. Les assiégez n'en vaulsirent pas moins. I, 33. — De même vouloir hésite entre voulsit et voulut
Veloux s. m., velours. Ex. Cette longue queue de veloux plissé qui pend aux testes de nos femmes. I, -2-2. — >Nous n'avons du français que le nominatif velox (?) qui peut venir soit de vellutum, soit de villosum. Pour décider la question, il faudrait avoir le régime, qui serait dans le premier cas velout, dans le second cri mis . Littré.
Venue s. f, train continu, suite entretenue; p<u- venues, sans interruption. Ex. Une santé . . ., telle qu'aultrefois la verdeur des ans et la sécurité me la fournissoient par venues. III, 5.
t Vergoigner v. tr. et rérl.. avoir honte. Ex. Quoy des mains"? Xous requérons, nous promettons, appelons^ congédions — vergoignons. II, 13. — Xous n'avons trouvéce mot que dans le Dict. d'Albert, qui le traduit: pudefacere, pudefèeri.
t Verisimilitude s. f, vraisemblance. Ex. Il n'est rien en l'humaine invention où il y ayt tant de verisimilitude. II, 12. — Forgé probablement par Montaigne.
loue adv.. vraiment. Ex. Que (ces auteurs) ie voys au moins de loing aprez disant que voire. I, 24. — Ce sens propre du mot a vieilli. Montaigne a employé dans le même sens :
f Voirement. Ex. Ce n'estoit voirement que paroles françoises. Ibm.
f loterie s. f., commune. Ex. Xous mesmes qui sommes de la voierie du peuple. III, 12. — Coste (cité dans L. C.) interprète: la lie du peuple. Il nous est impossible d'admettre cette acception, car le sens propre de voierie était (selon le Dict. de Hippeau) juridiction du seigneur voyer». Commune y répond aujourd'hui, dans le sens de division territoriale administrée par un maire.
Voitlsisse, l'ancienne forme pour l'imparf. du subj. de vouloir. Ex. Il sembleroit que ie vous voulsisse souspeçonner. III, 12.
Voyager, ère adj.. qui est en voyage. Ex. voyez Ressaut,
RÉSUMÉ ET CONCLUSIO
nV
En résumant les traits caractéristiques de la langue de Montaigne, nous trouvons que l'usage de V article estplus fréquent chez lui que chez ses devanciers, quoiqu'il * n'ait pas encore reçu la fixité qui résulte des règles du français moderne. — Le genre des substantifs est encore chancelant. La suppression (Tes prépositions de et à pour marquer des cas différents est très rare. — Les adjectifs, à l'exception de grand et gentil, ont des terminaisons différentes pour le masculin et le féminin. D'ordinaire il n y a pas de distinction entre le superlatif et le compara-^, tif. Les noms de nombres ordinaux sont employés, sans exception, pour marquer Tordre des régents. — Les pronoms ne se distinguent pas d'une manière arrêtée en eonj on c tifs et absolus. Le pronom personnel est souvent employé pléonastiquement avec le substantif comme régime; comme sujet, il est fréquemment supprimé. Les formes absolues du pronom personnel s'emploient toujours devant un pronom relatif. Soi est employé en rapport avec des"| personnes déterminées. Mien, tien sien etc. s'emploient* comme pronoms conjonctifs ainsi que chacun, quoique plus souvent chaque. Cettuy, celui/ sont parfois employés* adjecS tivement. Le pronom neutre ce est souvent usité poui\ cela. La plus grande liberté règne dans l'emploi des pronoms relatifs. Qui s'emploie avec une préposition se rapportant à des noms de choses. Lequel est beaucoup plus fréquent que dans le français actuel; ainsi il se met au lieu de dont, qui est très rare dans MONTAIGNE. Quoy se rapporte quelquefois à des personnes. Aucun a souvent™ un sens affirmatif. — Au lieu de la simple forme active du verbe, od trouve très souvent aller avec le gérondif.
La voix passive est exprimée, saus restriction, par la forme réfléchie. Le subjonctif, dont l'emploi est plus étendu que dans le français moderne, se trouve souvent dans des propositions substantives qui expriment un sentiment ou une affirmation, dans des propositions indirectement interrogatives, après comme si, dans des propositions consécutives et dans la proposition attributive du discours indirect. L-iôên-itif devient très souvent substantif. Lorsqu'il dépend d'un verbe, il est précédé, comme dans le français actuel, des prépositions -de et à, dont l'usage est cependant chancelant. Le participe présent s'accorde ordinairement avec le mot auquel il se rapporte et n'a qu'une seule forme pour les deux genres. Pour le participe passé, l'accord suit généralement les règles du français moderne. — Plu-; sieurs prépositions s'emploient, qui ne sont plus en usage dans le français moderne, ainsi que des adverbes, dont quelques-uns remplissent aussi l'office de prépositions/ tandis que certaines prépositions ont le sens d'adverbes. En est plus fréquent que dans. Les adverbes si, aussi, tant, autant se placent indistinctement devant des adjectifs et des adverbes. Les adverbes en ment sont recherchés avec prédilection. Parmi les conjonctions coordinatives, si et ains sont fréquemment en usage; avec une signification adversative. L'union ordinaire dans le vieux français, du second membre de la phrase avec si, n'est plus si fréquente chez Montaigne. Comme dans les propositions comparatives et interrogatives, pour que et comment, est assez fréquent. Les conjonctions composées sont plus nombreuses que dans le français moderne. — Les règles du français actuel pour la répétition de l'article, du pronom possessif, des prépositions de et à, et de l'adverbe de comparaison plus ne sont pas encore fixées chez Montaigne; la répétition de l'article est facultative même devant des substantifs qui diffèrent en genre et en nombre. — Pas, qui a une force négative plus grande que dans le français actuel, est souvent omis, surtout dans les propositions secondaires et avec l'infinitif, tandis que, d'un autre côté, il y a ellipse de ne, surtout dans les propositions interrogatives. — L'inversion, plus restreinte dans le français actuel, se
trouve dans les propositions subordonnées, mais elle est encore plus fréquente dans les propositions principales, sourtout après et, et après une détermination adverbiale en tète de la proposition. Le sujet se place aussi entre le verbe et le nom prédicatif, entre le verbe auxiliaire et le participe passé ; le prédicat, sans restriction, au commencement de la proposition. L'accusatif se met moins souvent que. dans le vieux français immédiatement avant le verbe. Des compléments prépositifs, même d'une assez grande étendue, se placent entre le prédicat et l'infinitif, entre l'infinitif et la préposition, entre les parties des formes verbales composées. Les participes ainsi que les adjectifs ont leur place indistinctement avant ou. après le substantif. - - Ce qui donne en outre un caractère particulier à lap langue de Montaigne, a été bien indiqué par lui-même,. lorsqu'il dit (I, 39) que son style est »trop serré, desordonné, ^L coupé». Dans ses périodes continuées à perte d'haleiner>^ il ne garde, en effet, ni l'unité ni l'équilibre, ce qui nuit à la clarté et à l'barmonie du style, si bien établies par l'ordre rigoureux qu'exige le français moderne. Quant à l'enchaînement- des diverses phrases, il y a surtout deux constructions qui sont des latinismes évidents. L'une de ces constructions consiste à se servir du pronom relatif pour relier deux phrases, dans des cas oîi nous emploierions le pronom personnel ou démonstratif, en coupant la phrase, l'autre construction calquée sur le latin, est celle que les grammaires latines françaises appellent >,que retranché» (ace. cum infinitivo). Mais s'il y a ainsi des rapprochements frappants entre la syntaxe latine et celle de Montaigne, on ne peut pas omettre, non plus, l'un des traits caractéristiques de lu langue de notre auteur, a savoir la richesse du vocabulaire. Notre glossaire, quoiqu'il laisse encore beaucoup à désirer, prouve incontestablement cette richesse, en ce qu'il donne environ 500 mots qui sont tombés en désuétude ou qui ont aujourd'hui un sens altéré. Il y en a beaucoup qu'on peut supposer créés par MONTAIGNE, SOÎI par une filiation directe du latin. soi! par dérivation ou composition de mots existant avant lui dans le français. Il est probable que la Pléiade n'a
pas laissé d'exercer sous ce rapport une grande influence sur Montaigne, qui admire tellement Ronsard, qu'il le, ! déclare sans hésiter »égal aux anciens». On ne peut pas dé-», sirer que ces innovations linguistiques se fussent continuées sans restriction, mais on peut affirmer sans crainte que' i la perte de quelques-uns de ces mots nouveaux est à regretter pour le français moderne. — Xous avons dit que\ Montaigne se trouve à égale distance du vieux français \ et du français moderne ; en effet, l'on trouve à coté de ses archaïsmes, et parfois dans la môme phrase, des constructions conformes au génie du français actuel. Or, il s'agit. pour les législateurs de la langue du siècle suivant, le XVILe, d'établir une plus grande fixité, de donner à l'u sage cette symétrie et cette régularité qui lui manquaien souvent, à cause de la trop grande multiplicité des ellipses, enfin de se prononcer nettement contre le défaut de cohésion qui tenait, d'une part, à la séparation excessive et trop fréquente de mots qui devraient être réunis,! et, d'autre part, h la surabondance des mots parasites.