‹ Étude Sur La Lèpre Tuberculeuse Ou Éléphantiasis Des GrecsChapitre 17 sur 20 · AT · texte numérisé non relu

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Respiration. #3 La respiration est pure, sans bruits anormaux ; la sonorité de la poitrine est parfaite ; le malade ne tousse que rarement et encore doit-on rapporter cette toux aux altérations tuberculeuses du larynx, qui est envahi par les progrès de la maladie.

Digestion. — La faim est conservée, la soif est vive. L'alimentation a toujours été bonne; elle était composée de viandes, légumes et de poisson. L'été, M. R... a souvent fait des excès de boissons qui ont rendu son estomac un peu paresseux ; mais, depuis qu’il s’observe davantage, il n’éprouve plus ces pituites ni cette gêne de la digestion stomacale.

Grand fumeur de cigarettes, il a souvent la bouche pâteuse et amère, La mastication est facile; la langue ne présente pas de tubercules et a conservé les sensations gustatives dans toute leur fraicheur.

Les dents sont recouvertes, au niveau de la sertissure des gencives devenues fongueuses, d'une couche épaisse de tartre, La voûte palatine présente des tubercules de faible volume, qui sont groupés sur la ligne médiane et sur le bord alvéolaire des gencives; le voile du palais est épaissi et on voit sur sa face buccale et sur la luette de petits tubercules dont l'érosion superficielle a donné à la muqueuse une apparence blanchâtre sur fond rouge.

Les amygdales ainsi que le pharynx sont recouverts de petits tubercules qui donnent à la muqueuse un aspect granulé.

La déglution est considérablement gênée par la raideur du voile du palais, qui est épaissi, et par les tubercules pharyngiens.

La digestion stomacale se fait assez bien en ce moment. Il y a trois ans, lors de ses excès, il était sujet aux vomissements. Les matières vomies étaient des aliments colorés en jaune par de la bile; mais maintenant qu'il surveille son régime il ne vomit plus.

Il était, pendant son séjour à Nice, sujet à des flatuosités et à de la diarrhée, qui durait trois jours au plus et n’a jamais revêtu le caractère dysentérique.

La nutrition ne se fait plus aussi bien qu’autrefois ; le malade s’est amaigri dans ces derniers mois.

La secrétion de la salive est considérablement augmentée.

La sueur est très-abondante et se fait sur toute la surface cutanée, même au front, où les tubercules ont atteint un volume assez consi-

dérable.

Fonctions encéphaliques. -= La sensibilité est diminuée ou abolie partiellement à la région postérieure de l’avant-bras, dans sa moitié inférieure et sur le dos de la main gauche.

La peau en est indurée et offre une teinte bistre limitée en certains points; sur cette induration on sent, en promenant le doigt, de petits tubercules très-peu élevés au-dessus du niveau de la peau. En ces mémes points, la peau est fine et douce.

La sensibilité est conservée sur le reste du corps et même à la figure

où sont les plus gros tubercules.

Les moindres coups ou chocs sont plus douloureux que par le passé, par suite de l’exaltation de la sensibilité.

Le caractère du malade est devenu très-excitable; le sommeil, troublé début au de sa maladie, a repris son calme habituel, etmaintenant le malade y est très-enclin et éprouve un grand bien-être à se reposer.

Il à remarqué aussi que son activité était moins grande et que ses facultés intellectuelles, notamment sa mémoire, baissaient beaucoup. Son esprit est souvent distrait et ne peut suivre longtemps une lecture sans penser à autre chose.

Ses bras et ses jambes, dont les saillies musculaires étaient fortement accusées, sont amaigris, mais ont pourtant conservé assez de force, pour qu’il puisse faire, sans trop de fatigue, 8 ou 4 lieues.

Nous n'avons pas constaté d’atrophie des éminences thénar et hypothénar ; il serre encore avec force.

Voix. — Il y a environ huit mois, il perdit entièrement la voix pendant deux ou trois mois, à la suite d’un refroidissement ; depuis ce temps il a toujours conservé une certaine raucité de la voix.

La vue est intacte ; maïs les organes protecteurs de l’œil ne sont pas normaux. Les deux paupières supérieures portent, vers le milieu de leur bord libre, un tubercule de la grosseur d’un pois, qui ressemble tout à fait à un orgeolet. Les cils à ce niveau sont détruits.

Les oreilles sont hypertrophiées en masse ; les lobules sont énornes et au toucher on sent de véritables tubercules sur lesquels on aperçoit de petites varices capillaires bien plus abondantes sur le lobule que sur le reste de cet organe. Tout s’est borné à l'oreille externe, car l’ouïe est parfaite.

Le nez, un peu écrasé, est actuellement recouvert de petits tubercules de la grosseur d’une lentille, qui lui donnent un aspect verruqueux; ces tubercules sont plus abondants sur les ailes du nez. Sur le dos du nez, les glandes sébacées fonctionnent avec plus d'activité; quant à l’odorat, ilest presque anéanti par un coryza répété, occasionnant des croûtes plus. ou moins épaisses qui se détachent sans amener d’hémorrhagies.

Au début de la maladie, les désirs génésiques étaient assez ardents mais depuis un an et demi ils ont cessé presque entièrement, d'ailleurs les testicules sont atrophiés. |

Voici ce que l’on constate du côté du tégument externe:

Figure. — Les sourcils présentent des tubercules qui ressemblent en certains points à de petits molluscums ; la peau des parties environnantes est épaisse, ridée et dépourvue de poils. Les rides du front, vers la racine du nez, sont très-saillantes et séparent les tubercules, groupés les uns à côlé des autres.

Il existe quelques tubercules sur les lèvres supérieure et inférieure à partir de la muqueuse seulement. Les plus gros sont du volume d’un

pois et presque pédiculés et ils ressemblent un peu à une syphilide végétante.

Le menton en porte quelques-uns d’un faible volume ; le cou n'offre rien de particulier à noter,

Corps. — Il y a très-peu de chose sur l'abdomen et la région lombaire; c'est à la région mammaire et en arrière sur les côtés de la poitrine et des épaules, que se trouvent des taches assez pelites, sans élevures sur les bords, lisses et d’une teinte bistre foncée.

Les bras, petitsen comparaison d’autrefois, sont recouverts de faibles taches, bien plus abondantes à la face externe qu’au dedans. On voit, au niveau du coude gauche, trois tubercules, peu élevés au-dessus du niveau de la peau et recouverts d’une légère done épithéliale. L’avant-bras de ce côté présente une induration de la peau, au niveau. du poignet, vers le bord radial; sur cette induration, on remarque quelques petits tubercules. Un seul tubercule, gros comme un pois, siége à l’avant-bras. La main est très-peu malade et les ongles n’ont rien.

Le bras droit, à part un tubereule du volume d’une noisette, à surface lisse et rouge, recouvert à son centre d’une croûte brune qui cache une petite ulcération centrale, ne porte que peu de taches foncées. Le poignet de ce même côté a la même rudesse et quelques tubercules analogues à celui du côté gauche.

Les jambes sont mouchetées de taches dont les plus grandes sont: comme une pièce de 1 franc. Çà et là existent deux ou trois tubercules, ainsi que des cicatrices de furoncles, dont l’éruption remonte à cinq ou. six ans, Les taches ont une teinte bistre et la peau est très-lisse à leur niveau.

Les pieds sont très-sensibles, bien que la peau soit à peu près saine. ainsi que les ongles.

Voici ce que l'examen microsenpique a permis de constater sur des préparations faites avec le tubereule unique situé à la partie inférieure. de la face dorsale de l’avant-bras gauche.

Ce tubercule était du reste parfaitement limité et saillant au-dessus de la peau, aveg laquelle il faisait corps, tout en glissant sur les parties profondes.

Nous reproduisons la note (1) que notre excellent ami Malassez a bien voulu nous communiquer ; nous avons été heureux, en la lisant, de voir que les altérations qu’il mentionne venaient corroborer celles que nous avions constatées nous-même sur le malade de l’observation n° 4.

«On peut voir, sur une coupe perpendiculaire à la surface, que la tumeur est constituée d’abord par l’épiderme épaissi, puis par un tissu gris blanchâtre, présentant un certain nombre d’orifices vasculaires saignants. Ce tissu occupe toute la place du derme et se prolonge même un peu dans le tissu cellulo- -graisseux sous-cutané. Le passage des tissus sains aux tissus morbides se fait brusquement ; aussi la tumeur est-elle facilement limitable.

« Examen microscopique. — L'épiderme est épaissi; en effet, dans les

(1) Communication faite à là Société anatomique,

parties qui avoisinent la tumeur, la hauteur de la couche épithéliale est de 50 p (1) au plus; au niveau de la tumeur, elle mesure 240 à 230 be De plus, il existe des prolongements papillaires assez minces et peu profonds à la périphérie de la tumeur ; mais plus larges et plus profonds à la partie centrale. J'en ai mesuré qui atteignent, dit l'observateur, 30 y. Cette hypertrophie est due à une multiplication des cellules épithéliales qui prises en elles-mêmes ne m'ont pas paru présenter de particularités, si ce n’est une augmentation des granulations pigmentaires.

« Quant au tissu morbide, il est formé presque exclusivement de cellules de formes et de dimensions variables, comme on peut le voir sur une Coupe fine ou mieux par le râclage.

« La plupart de ces cellules sont plates et présentent un certain nombre de prolongements ; ce qui leur donne un aspect fusiforme s’il y a deux prolongements, stellaire s’il y en a un plus grand nombre. On en voit qui s’anastomosent à l’aide de ces prolongements.

« Elles n’ont d'ordinaire qu’un seul noyau contenant plusieurs nucléoles. Sur plusieurs cellules fusiformes, j'ai vu deux noyaux, comme s’il y avait division de noyaux primitifs.

«En ne tenant pas compte des prolongements, elles présentent de 45 à 20 y. et, avec les prolongements, elles peuvent aller jusqu’à 49 p.

« Les noyaux sont ovoïdes et mesurent, en moyenne, de 8 à 13 p de, long sur 5 y de large.

«A côté de ces cellules, j’en ai remarqué de beaucoup plus grandes ayant de 25 à 45 & de diamètre et qui ressemblent tout à fait aux cellules mères de la moelle des os. Comme sur plusieurs de ces cellules, j'ai pu reconnaitre des lignes de séparation entre les noyaux, je me suis demandé si je n’avais pas eu simplement affaire à des cellules semblables à celles précédemment décrites, mais qui seraient accolées par leurs bords.

« J'ai également vu, et cela surtout surles préparations obtenues par le râclage, une certaine quantité de noyaux libres ou entourés d’un proto-. plasma irrégulier, comme déchiqueté : ne seraient-ce pas des cellules fusiformes ou étoilées que le râclage aurait plus ou moins détruites.

« Enfin, il existe quelques corpuscules de Gluge, principalement dans les parties centrales ; dans les mêmes parties, la plupart des éléments sont devenus plus ou moins complétement granuleux et graisseux.

«Le passage des tissus sains aux tissus morbides est particulièrement intéressant ; sur des coupes fines on peut voir que le travail morbide se fait dans le derme à peu de distance de l’épiderme, au niveau du réseau capillaire superficiel, autour de vaisseaux plus profonds et autour des glandes et conduits glandulaires.

« Comme les glandes et les conduits glandulaires sontenveloppés d’un réseau capillaire, on pourrait dire, d’une manière générale, quele travail morbide débute au voisinage des capillaires. Ce travail morbide con-

(1) & signifie millième de millimètre.

Siste en une multiplication des cellules du tissu conjonctif; en même temps qu'elles se multiplient, elles semblent devenir plus petites et présénter un moins grand développement dans leurs prolongements.

« Simultanément les faisceaux de tissu conjonctif, que ces cellules entourent, deviennent de plus en plus petits, si bien qu'ils finissent par être réduits à de petits filaments, qui bientôt disparaissent eux-mêmes.

«Les fibres élastiques subissent le même sort. Il est probable que c’est par un mécanisme analogue que disparaissent les follicules pileux, ainsi que les glandes sébacées et sudoripares, pour faire place au tissu morbide.

« Les vaisseaux, que nous avons vus être le point de départ du processus, semblent résister seuls au travail de destruction. Ils ne m'ont paru ni plus ni moins abondants ; mais ils sont très-évidemment plus développés.

« Cette non-augmentation du nombre des capillaires dans un point où les éléments cellulaires sont au contraire bien plus nombreux, explique peut-être pourquoi les éléments subissent la dégénérescence graisseuse dans les parties centrales du tubercule, Ià où ces éléments sont plus anciens, plus nombreux, et par conséquent se nourrissent moins faciiement.

«Leur structure ne m’a point paru modifiée; leurs parois ne sont pas revenues à l’état embryonnaire, fait déjà signalé par Ranvier (voir observation N° 2)et qui iui parait un caractère propre à faire distinguer les tubercules de la lèvre des tumeurs sarcomateuses. »

Cet examen vientconfirmer presque en tous points ce que nous avions observé nous-même sur les préparations faites avec de la peau dont l’altération était plus avancée.

OBsERvATION V (personnelle).

Lépre anesthétique et tuberculeuse.

M. Théodore L., âgé de 45 ans, artiste peintre, entre le 8 juillet 1869 au pavillon Gabrielle, chambre n° 9, hôpital St-Louis. Service du DrHillairet.

Nous ne trouvons aucun antécédent de maladie cutanée dans sa famille; il a, du reste, joui d’une excellente santé dans sa première jeunesse.

Il a été nourri par sa mère; son père, âgé de 70 ans, est parfaitemen portant.

Sa première maladie remonte à l'âge de 28 ans ; étant à New- York, il eut une pneumonie qui dura quinze jours.

Quelque temps après, il alla rejoindre son père qui exerçait la médecine à Puerto-Cabello,

En 1844, il vit apparaître, à la suite a’un contact impur qu’il eut à Ca-

= 192 — racas (capitale du Venezuela), deux chanceres avec chaude-pisse cordée et adénites inguinales, qui durent être ponctionnées par le bistouri, Tous ces accidents avaient disparu au bout de deux mois.

En 1846, il revint à Paris et eut, à la suite de libations, un petit écoulement uréthral qui ne fut point douloureux et guérit très-facilement.

Après un an de séjour en France, il revint à New-York et fut parfaitement portant durant dix ans.

En 1859, il fut encore repris d’un écoulement uréthral,

. Sa santé, à part tous ces petits accidents, étant bonne, ilse maria à Maracaybo, qu'il quitta au bout de trois mois, pour aller s'installer pendant deux ans à la Jamaïque.

Au bout de deux ans de mariage, il vit apparaître une exostose du tibia droit s’accompagnant de douleurs ostéocopes, dont la disparition eut lieu deux mois après, à la suite d’un traitement à l’iodure de potassium.

Dans cet intervalle, sa femme avait eu deux enfants quiétaient morts,

C'est elle qui s’aperçut la première qu’il avait des taches rosées disséminées sur la région fessière et lombaire. Ces taches continuèrent à se développer sur le tronc, les fesses, les cuisses et les bras : elles étaient rondes par place, mais encore sans élevuresau-dessus du niveau de la peau des parties voisines. Ces plaques avaient l’apparence de la peau d’un vieillard et étaient couvertes d'une desquamation furfuracée,

À quelque temps de là, il fut pris d’une attaque de délirium tremens, à l'occasion d’une chute de cheval. Ces accidents durèrent huit jours. À partir de cette époque, sa vue baissa et l’odorat se perdit,

Les taches du corps, en s’étendant, finirent par se réunir en couvrant surtout le tronc, Leur coloration du rose tendre passa au rouge cuivré,

Les paupières s'étaient hypertrophiées, et la conjonctive oculaire présentait déjà la même teinte que la peau.

Il y avait, en outre, un gonflement des mains et des pieds.

Les fonctions digestives laissaient à désirer ; la cause devait en être attribuée à l’abus qu’il faisait des boissons alcooliques. Les troubles gastriques, les pituites, la constipation et les hémorrhoïdes dont il souffrait, n'avaient d’autre cause que le mauvais régime auquel il se soumettait.

À quelque temps de là, il fit une grande excursion photographique pour prendre des vues dans la province de Carabolo, où il fut exposé à l’ardeur des rayons solaires : c’est en revenant de ce voyage, qu’il se fixa pendant deux ans à Valence, à dix lieues de Puerto-Cabello.'

Sous l'influence d’un meilleur régime, les fonctions de lestomac se rétablirent, et il put reprendre ses travaux habituels.

Trois mois avant de s’embarquer pour la France, c’est-à-dire au mois de décembre 1868, il vit apparaître des bulles de pemphigus aux pieds. Ces accidents récidivèrent et finirent par déterminer des eschares qu’il pansa avec de la poudre de quinquina et de charbon.

Il s’embarqua le 48 mai 4869, pour arriver au Havre le 4e juillet, La traversée lui fit du bien,

Voici dans quel état il se trouve actuellement :

Le tronc ne présente que quelques taches fauves à contours festonnés, mais non saillants au toucher. Dans les intervalles, la peau est de coloration normale. Ce malade apprécie assez bien les différences de température des corps mis en contactavec la peau, qui a du reste conservé sa sensibilité sur le tronc, sauf dans quelques points ou elle est obtuse.

Les parties les plus malades sont: la figure, les mains, les avant-bras, les pieds et les jambes.

La figure est tout à fait caractéristique et répond à la forme léontiasique.

Le cuir chevelu, comme nous en avons fait la remarque chez presque tous les lépreux, est intact et les cheveux sont conservés en grande partie ; toutefois, sur le sommet de la tête et en un point très-limité, il existe une légère induration de la peau.

Les tubereules ont envahi, pour ainsi dire, toute la face, depuis les sourcils jusqu’au menton; ils sont séparés par les sillons habituels de la face. Ces sillons, très-profonds par le développementdes tubercules, sont le siége d’un léger suintement.

Ce qui frappe l'œil de l'observateur, quand il regarde attentivement la physionomie de ce malade, c'est la dilatation en arborisation des vaisseaux de la peau devenus superficiels et très-apparents, par suite de la minceur de l’épiderme. Nous n’avons jamais rencontré ce caractère aussi prononcé chez les autres malades que nous avons eu l’occasion d'examiner. Ce phénomène est d'autant plus saillant, qu’on l’observe au moment d’une poussée tuberculeuse ou à l’occasion d’une fluxion inflammatoire quelconque.

Les oreilles, énormes et pour ainsi dire lobées, par suite des tubercules implantés à leur surface, présentent le même aspect. Les sourcils ne sont tuberculeux et glabres que dans leur moitié interne ; dans le reste de l’étendue, la peau moins indurée a conservé ses poils.

Les conjonctives oculaires sont d’une teinte bistre assez prononcée ; au niveau du cul-de-sac externe de la conjonctive oculaire gauche, on voit un épaississement tuberculeux très-riche en vaisseaux, qui empiète un peu sur le bord de la cornée, légèrement dépolie à ce niveau. : À

Cette altération, qui dure depuis quelque temps, a déterminé une inflammation profonde de l’œil, inflammation qui se traduit du côté de l'iris par un changement de coloration et une irrégularité de la pupille accompagnée de douleurs péri-orbitaires. Cet œil, comme celui du côté opposé, larmoie facilement et la vue affaiblie ne peut supporter longtemps sans se voiler un effort visuel continu.

Les paupières fonctionnent difficilement, épaissies qu'elles sont par la présence de petits tubercules d’un volume variable, ayant détruit tous

les cils,

Le nez est épaté et son volume a presque doublé; l’orifice des narines est obstrué par des tubercules volumineux développés sur les ailes du nez. L’odorat est presque anéanti et les épistaxis sont très-fréquentes : indice d’une altération profonde de la muqueuse de Schneider.

Le nez est couvert d'acné punctata et les orifices des glandes sébacés sont béants et laissent échapper par la pression des cylindres de matière sébacée.

Les pommettes, très-saillantes, portent d'énormes tubercules séparés des ailes du nez par un sillon profond, qui est devenu le siége d’un suintement abondant.

Le pavillon de l'oreille, avons-nous dit, est pour ainsi dire lobulé par le développement des tubercules qui ressemblent, au moins pour la forme, à de petits molluscums. L'ouïe est intacte.

Les lèvres sont épaisses et portent, aux commissures, des tubercules excoriés; leur face muqueuse est exulcérée par place, en sorte que le contact des aliments irritants est devenu tres-douloureux.

La langue est tuméfiée et couverte, sur sa face dorsale, de tubercules dont l’épithélium a disparu en grande partie. Le goût ne perçoit plus aussi délicatement l’impression des substances sapides ; cela se comprend facilement,

La muqueuse palatine est considérablement bosselée et épaissie sur la ligne médiane et au voisinage des dents. Les gencives sont fongueuses et saignent facilement.

Les inspirations sont rudes et sifflantes, par suite des productions analogues à celles de la peau, implantées sur la muqueuse du vestibule et des cordes vocales, qui, devenues rigides, ont donné à la voix une raucité spéciale et un timbre sourd, depuis six à huit mois, La pression, au niveau des cartilages du larynx est douloureuse et, en portant profondément le doigt dans le pharynx, on sent l’induration de la base de la langue et des replis arythéno-épiglottiques.

Le cou présente peu de tubercules; mais la peau a cette teinte spéciale et caractéristique des léproïdes maculeuses de Bazin.

Les membres, et en particulier les supérieurs, offrent à leur extrémité des lésions beaucoup plus avancées que celles du tronc. La peau, lisse au toucher dans les points qui ne sont pas le siége de desquamation, présente une épaisseur considérable et des indurations partielles ou générales sur toute son étendue.

Les mouvements des doigts sont gênés par la raideur de la peau et par les ulcérations dont ils sont le siége.

Le petit doigt et l’annulaire de la main gauche sont ankylosés.

Les ongles, dont la matrice est rétrécie, sontdevenusécailleux, à l’ex- Ception de ceux des pouces qui sont à peu près intacts. Leur vitalité est profondément troublée par suite de l’altération de la matrice. Ils sont le-siége d’un véritable onyxis lépreux.

La peau de la face palmaire, assez souple et fine, offre une grande varicosité des veines et capillaires. Les éminences thénar et hypothé-

mn er

nar sont recouvertes de croûles jaunàtres dues à des cautérisations.

La face dorsale des mains présente un épaississement avec tuber- Cules et cicatrices, suite de cautérisations par l’acide phénique.

Dans toutes ces parties, la peau est sèche et couverte de squames épithéliales.

Pius où s'approche de la racine du membre, c'est-à-dire des parties couvertes de vêtements, plus on remarque que les lésions sont moins avancées.

Les avant-bras, couverts d’une desquarnation furfuracée, présentent des taches avec tubercules et cicatrices. La sensibilité est obtuse en certains points.

Les bras n’ont que quelques macules. Les pieds sont moins malades que les mains; ies ongles des doigts ont cependant été envahis par la maladie avant ceux des mains: mais tout s’est borné à cet onyxis et à quelques taches disséminées sur les faces dorsale et plantaire.

L’appétit est satisfaisant; mais les altérations de la langue ne permettent pas au malade d’user d'aliments solides. Les digestions se font assez bien, et les garde-robes sont régulières.

Les fonctions de circulation et de respiration s’exécutent comme à l'ordinaire; cependant, quelquefois le malade tousse et rejette quelques crachats muqueux striés de sang, venant du larynx.

Malgré l’état avancé des lésions externeschez ce malade, dont le moral est excellent, les forces sont en grande partie conservées, et il a la plus grande confiance dans les cautérisations qu’il pratique lui-même.

Nous avons appris, dans ces derniers temps, que M.L... avait succombé, pendant le siége de Paris, aux progrès de la maladie, dont les ravages s'étaient étendus du côté du larynx.

OBsERvVATION V (personnelle).

Lèpre tuberculeuse et anesthétique.

Mlle S..... (Clémentine), âgée de 39 ans, couturière, demeurant, depuis quelques mois rue Monge, 10, est née à Loudeac (Côtes-du-Nord), pays très-sain, de parents bien portants, n'ayant jamais eu parmi leurs ascendants des personnes atteintes de maladie cutanée.

Elevée, dans sa jeunesse, chez un de ses parents, elle revint à onze ans sous le toit paternel et fit son apprentissage chez sa mère qui habitait Nantes; au bout de trois ans de séjour, elle quitta cette ville pour se rendre à l'ile Maurice, en compagnie d’une famille mauricienne qui retournait dans son pays.

Après une traversée de trois mois et demi, en 4854, elle débarque à l'ile Maurice, où elle vit pendant vingt-six mois, avec cette famille, dans une aisance relative. Mais, bientôt, elle subit des privations qui se tra-

duisènt par un affaiblissement de la santé et lirrégularité des règles,

En 1854 et en 1856, elle put échapper aux deux épidémies de choléra qui furent si meurtrières.

Jusqu’en 1865, elle vécut sous le climat de l’île Maurice, se portant assez bien, malgré les privations qu’elle était obligée de s’imposer.

Dans les derniers mois de son séjour, elle prit pension dans une famille créole, où elle raccommoda, dit-elle, des vêtements dé lépreux. (Dans ce pays dont le climatest très-sain, la croyance générale du pays ést que la lèpre ne se communique que par le contact ???)

Voyant sa position s’aggraver, elle quitte l'ile Maurice, pour aller à Batavia, dans l’espérance de mieux réussir, et de retourner bientôt en France.

La traversée dura environ un mois, et sans inconvénients pour sa santé.

A Batavia, les variations de température sont extrêmement brusques. On fait usage d’une alimentation très-excitante, poissons, jambon, lard; on boit aussi beaucoup de spiritueux et de bière.

Après un an de séjour dans ce pays, elle éprouva de violentes secousses morales, des pertes d'argent, et dut, pour subvenir au nécessaire, s'imposer des privations de toutes sortes et travailler de nouveau dans la couture.

C’est à partir de ce moment, qu’elle eut des accès de fièvre mal réglés, qui l’obligèrent à garder le lit quatre jours; le traitement qu’elle fit n'amena pas grand résultat.

Quelque temps après, elle vit apparaitre des taches un peu jaunâtres sur les bras et les jambes seulement.

Elle avait bien remarqué aussi que sa figure avait changé d’aspect; mais les détails de ce changement ne lui sont pas restés présents à la mémoire. Elle nous dit qu’à l'approche des orages, elle ressentait des fourmillements et des picotements dans les membres.

Les forces avaient conservé toute leur vigueur et le moral était bon.

L’appétit était depuis longtemps chancelant et capricieux. Le riz, la viande de porc et les ragoüûts de toute sorte faisaient la base de son alimentation.

Trois années se passent ainsi à Batavia : puis elle s’embarque pour

la France et éprouve à ce moment de vives contrariétés,

Dans l'intervalle du trajet qui dure un mois et des tubercules apparaissent sur le corps.

Elle débarque à Marseille, vient à Paris, où elle habite depuis vingt huit mois, et entre le 49 avril à Saint-Louis (salle Henri IV, n° 37).

Le logement qu’elle prend dans une maison neuve en arrivant à Paris, contribue certainement à accroître les manifestalions de sa ma-

, Sa figure se décompose,

ladie.

Voici dans quel état nous la trouvons à son entrée à l'hôpital.

La figure est bouffie et colorée; les paupières, le nez, les oreilles sont

couverts de tubercules d’un volume variable, qui impriment à la physionomie le cachet lépreux.

Les yeux sont ternes, et la conjonctive oculaire est jaunâtre; la portée de la vue est conservée.

Les sourcils sont tous tombés ; les cheveux en partie seulement,

Le nez est épaté, et depuis longtemps la malade saigne du nez. La muqueuse pituitaire est très-épaissie, etses sensations sont très-obtuses.

L'appareil digestif fonctionne assez bien, cependant il se produit de temps en temps un peu de diarrhée qui a causé un amaigrissement assez notable.

La muqueuse palatine porte de nombreux tubercules non anesthétiques; sur la ligne médiane, la langue en est exempte. Les gencives saignent très-facilement; les dents sont saines.

Cette malade à conservé sa voix; d’ailleurs le larynx est sain, A l’auscultation, nous n’avons rien pu saisir d’anormal du côté des poumons ni du côté du cœur, bien que cependant elle nous ait dit que ses jambes enflaient.

Le sujet a perdu son énergie morale, et la moindre contrariété lui occasionne des éblouissements et des syncopes.

Voici dans quel état se trouve la surface cutanée : la peau du tronc, souple, fine et sèche, présente à la région hypogastrique et à la région mammaire, une teinte fauve sans anesthésie. Cette teinte fauve a succédé à des rougeurs qui ont disparu, en cédant la place à des léproïdes maculeuses à sensibilité un peu obtuse.

Lo haut de la poitrine est d’une teinte plus foncée. Le cou est trèsridé, quoique la malade n’ait encore que 39 ans.

Comme chez nos autres lépreux, ce sont la figure et les membres, qui offrent les altérations les plus avancées,

Les avant-bras présentent des indurations cutanées volumineuses ; sur le bord radial du bras droit, il y a un épaississement considérable de la peau dont la sensibilité est détruite, À ce niveau surtout, l’avant-bras et les mains, elle est rude, sèche et couverte de squames ; çà et là on trouve des cicatrices de tubercules ulcérés et de petites bulles de pemphigus.

Près des coudes, il existe de larges croûtes noirâtres à couches stratifiées, suites d’ulcérations.

Plus on approche de Ja racine du membre et moins les ravages sont grands; il n’y a là encore que des taches jaunes qui remontent jusqu'aux deux tiers inférieurs.

Les ongles des mains ne sont pas encore profondément altérés; mais ils sont d’une finesse et d’une blancheur plus grande qu’à l'état normal.

Les mouvements des doigts sont aussi faciles que par le passé; du reste il n’y à pas d’atrophie des muscles dès éminences thénar et hypothénar. La sensibilité tactile n’a pas encore subi d'atteinte, et la force de préhension est conservée, surtout à gauche.

La face palmaire présente quelques petits tubercuies de la grosseur d’une lentille. Sur la face dorsale de la main droite, au niveau du tendon de l’annulaire, se trouve un gros tubercule cutané que l’on déplace dificilement, tant il fait corps avec la peau et les parties profondes. |

Les jambes et les cuisses sont marbrées et mouchetées de peutes taches livides avec ou sans induration; toute la peau des membres inférieurs est sèche, écailleuse et recouverte de squames épithéliales anûlogues à celles que l’on voit se développer sur la surface d'un vésicatoire en voie de dessiccation. Çà et Ià, on trouve des cicatrices à toutes les phases d'évolution, dont les plus larges ont l'étendue d’une pièce de 1 franc, résultat de l’ulcération de petits tubercules. Au pli de l’aine, du côté gauche, on sent quelques petits ganglions.

La sensibilité est obtuse sur les membres inférieurs.

Aux pieds, les ongles sont intacts; la peau du talon et de la plante du pied est aussi en voie de desquamation.

Les yeux sont peu malades; la conjonctive seule est légèrement infiltrée et offre la teinte bistre si caractéristique des taches lépreuses. La vue a toute son acuité; les sourcils n’ont disparu qu’au voisinage du nez; l’ouie n’a subi aucune atteinte; l’oreille externe est seule déformée par des tubercules.

Les cheveux sont conservés en quantité et en couleur,

L'état général est assez satisfaisant ; cependant depuis quelque temps la malade maigrit; il est vrai que la nourriture d'hôpital n’est pas faite pour stimuler son appétit qui est devenu capricieux. Ses urines sont épaisses, et on constate que le dépôt est formé en grande partie par des cellules épithéliales.

Quelques jours après son entrée, elle fut prise d’une douleur violente du genou droit, qui s’accompagna d’un gonflement de l'articulation; il n'y avait pas de fièvre. On mit quelques vésicatoires qui amenèrent la résolution du liquide synovial et un bandage compressif fut appliqué pour faciliter la disparition de l’enflure de cette région. Malgré l’emploi de ces moyens, le membre ne put reprendre ses fonctions, et la malade fut obligée de garder le lit. Un traitement tonique avait été institué dèsle début de son séjour à l'hôpital; on lui faisait prendre une solution très-étendue d'acide phénique, dans l'espérance d’amener, sinon la guérison, tout au moins la résolution des tubercules qui faisaient des progrès en nombre et en étendue. Mais le résultat n’a pas répondu aux espérances que l’on avait conçues.

La malade, dont l'affection, d'après ce que nous venons de dire, était parfaitement caractérisée, quitta, au bout de quelques mois, le service de M. Hillairet, sans avoir éprouvé de soulagement sensible, malgré les soins et la médication dont elle avait été l’objet.

OBsEeRvATION VI (personnelle).

Lèpre anesthétique et tuberculeuse.

Le nommé Louis C..., âgé de 22 ans, garçon boulanger, entre dans le service de M. le D'Hillairet, saile Saint-Louis, lit n° 7, le 4er août 4870.

Il n’est pas d’une bien robuste constitution; néanmoins il a toujours eu une bonne santé, et en le questionnunt sur ses antécédents, on ne trouve aucun indice de la maladie pour laquelle il entre à l'hôpital. Il est marié depuis déjà plusieurs années et a un enfant de trois ans, engendré depuis sa maladie qui remonte à huit ans; cet enfant se porte très-bien, ainsi que sa mère,

C’est donc ily a huit ans qu’apparurent des taches rouges, irrégulières et disséminées sur les jambes et les bras. Elles étaient insensibles.

Pendant deux ans elles restèrent stationnaires et ne s’accompagnèrent d’aucun autre symptôme. Au bout de ce temps, des tubercules se développèrent sur les genoux, les coudes et la face externe des avantbras. La figure en était indemne.

Ce n'est que depuis six à sept mois que la maladie qui semblait rester stationnaire fit des progrès et qu’elle se généralisa sur la peau et les muqueuses.

Un peu avant les sept mois, il avait déjà sur la poitrine quelques taches lenticulaires d’une teinte bistre.

Voici dans quel état il se trouve actuellement :

Les facultés intellectuelles ont conservé toute leur intégrité, et ce jeune malade possède une grande énergie morale.

Sens. La vue est très-bonne; les yeux ainsi que leurs organes protecteurs sont sains.

L’ouïe est aussi fine que par le passé.

Odorat. Depuis trois ans, il est sujet, comme tous les lépreux, à de fréquents saignements de nez et à des croûtes, qui, par leur accumulations, gênent la respiration pendant le sommeil et le forcent à dormir la bouche ouverte.

L’olfaction, par suite des altérations qu’a subies la muqueuse, est trèsimparfaite.

Goût. Les sensations gustatives sont imparfaites, quoiqu'il n’y ait pas de tubercules sur la langue. Le malade éprouve de la douleur au passage des aliments irritants et des boissons alcooliques.

Les gencives sont fongueuses et saignantes ; les dents sont déchaussées et recouvertes de tartre.

Le voile du palais et la luctte sont tuberculisés, et la sensibilité est très-vive au niveau de la sertissure gingivale de la voûte palatine.

La voix a subi des modifications qui tiennent à l’altération des cordes vocales; elle est voilée; par l'examen laryngoscopique, nous avons pu constater que l’épiglotte était rouge et un peu raccornie ; la glotte se

Lamblin. 9

grouvait rétrécie par l'augmentation de volume des deux cordes vocales supérieures, et par la présence d’un renflement tuberculeux sur celle de gauche; leur coloration était rougeñtre.

L’auscultation de l'appareil respiratoire ne nous à rien décéié.

Figure. Les cheveux sont normaux; le front, d’une teinte bistre, ne présente que peu d’altérations, si ce n’est au voisinage des sourcils, où la peau est seulement indurée sans tubercules saillants. Les poils sont tombés, surtout à la région externe des sourcils, où l’altération de la peau est plus avancée. Les yeux et leurs appareils protecteurs sont encore intacts.

Nez. La peau offre, à peu près, la même coloration que celle du front. On remarque quelques bosselures légères des ailes du nez.

Les lèvres sont tuméfiées et portent de petits tubercules de la grosseur d’un pois ou d’une lentille, à la réunion de la peau et de la muqueuse buccale. Ces petits tubercules sont plus abondants à la lèvre inférieure et aux commissures labiales.

Le menton est devenu proéminent, par suite du développement de petits tubercules groupés les uns à côté des autres, ayant considérablement épaissi la peau.

Les joues, simplement indurées, offrent une coloration bistre.

La figure, bier qu’elle présente çà et là des tuméfactions et des tubercules, est amaigrie. :

Les oreilles portent des tubercules au niveau des saillies du lobule de l’antitragus et de l’hélix.

Poursuivons plus loin notre examen extérieur.

Sur la poitrine, on trouve des taches ressemblant beaucoup à du pytiriasis versicolor (léproïde squameuse de Bazin), légèrement surélevées au-dessus du niveau de la peau. Il y a très-peu de chose sur le cou, l'abdomen, la région fessière et la face antéro-inférieure des cuisses.

La peau des genoux est indurée, squameuse, insensible.

Les jambes sont plus malades que les cuisses ; la peau devenue insensible est indurée dans presque toute son étendue, et recou verte de petits tubercules peu saillants.

Ce malade accuse, le long du tibia, des douleurs ostéocopes.

Les pieds ne présentent rien qui mérite de fixer notre attention; les ongles sont sains.

La jambe droite est dans un état d’altération moins avancé que la jambe gauche,

Les membres supérieurs offrent quelques taches disséminées sur la face externe; les coudes sont recouverts de quelques tubercules avec croûtes; c'est à peine si on en trouve un ou deux sur les avant-bras; ce= pendant, du côté gauche, le malade nous en montre un qui date de trois ans et demi environ.

Voyons les mains : le dos de la main gauche, vers son bord eubital et ja racine des doigts, offre un petit groupe de tubercules de la grosseur d'une lentille, et qui remontent à deux ans; la sensibilité à disparu en

grande partie. La main droite est bien moins malade; c'est à peine si L QU . .

l'on remarque quelques tubercules miliaires sur le bord cubital et sur les phalanges.

Les ongles sont sains, et les muscles de la paume des mains n’offrent pas trace d’atrophie.

Depuis deux ans, ce malade a beaucoup maigri; cependant il a conservé ses forces et son appétit. Son estomac fonctionne avec régularité, etil digère bien ses aliments.

Les fonctions urinaires se font bien; mais ses urines sont un peu rouges; depuis quelque temps, ses sueurs ont augmenté; mais cela tient très-probablement à sa profession fatigante.

Nous n'avons pas trouvé dans son alimentation la cause occasionnelle de sa maladie.

OBserRvaTION VIT (personnelle).

Lèpre anesthétique et tuberculeuse.

M. T..., demeurant rue Boursault, à Paris, est né en France de parents bien portants. Pendant toute sa jeunesse, il a joui d’une bonne santé; sa constitution d’ailleurs était excellente. Il n’a jamais fait d’excès d’aucune sorte ; il est marié et père de plusieurs enfants bien portants.

Sa jeunesse se passa en France; puis il partit à Montevidéo, où se déclarèrent les premiers symptômes de la maladie dont il est atteint.

C'est en 1863, en se livrant à l'exercice de Ja chasse, que son attention fut éveillée par certains phénomènes insolites; d’abord par un affaiblissement de la mémoire et ensuite par des sueurs très-abondantes, qu'il calmait par un lavage à l’eau froide en rentrant chez lui.

Après une chasse aux canards, pendant laquelle il se mit à l’eau, il éprouva un malaise général et de vives démangeaisons. Sept ou huit jours après, il remarqua sur le corps, le front et les poignets des taches analogues à des taches de rousseur. Ces taches firent de suite des progrès, et, vers la fin du mois de juillet, il fit un voyage en France pour venir consulter les hommes de l’art. Pendant la traversée, il se développa quelques tubercules, et les sourcils commeñcèrent à tomber.

Il resta dix mois en France, pendant lesquels sa maladie fit des progrès, malgré le traitement qu’on lui faisait suivre.

Quelques tubercules s'étaient montrés sur les poignets; la peau avait bruni pendant son séjour.

Voyant que son état ne s’améliorait pas, il se décida, en 1864, à retourner à Montevidéo. La traversée se fait bien. Maïs, à partir de cette époque, le sommeil laisse à désirer, l'énergie morale disparait de jour en jour, bien que cependant les fonctions se fassent bien; les désirs vénériens diminuent considérablement et des accès fébriles se répêtent assez souvent.

La médecine Leroy, qu’on lui avait conseillée, détermine üne poussée qui l’oblige à se mettre au lit quinze jours après son arrivée, La figure

surtout était le siége de cette nouvelle poussée, La maladie resta stationnaire pendant quelque temps. La sensibilité toutefois était moins grande au niveau des taches et des tubercules.

C’est environ cinq ou six mois après son retour, que les jambes jusque-là saines présentèrent des taches qui s’indurèrent et devinrent le siége de bulles de pemphigus de toute dimension, apparaissant vite et se cicatrisant de même.

Sept ou huit mois se passèrent ainsi ; puis les taches de la peau, situées sur le corps, les bras et Ja figure diminuèrent. Les indurations elles-mêmes avaient suivi cette marche rétrograde.

Ilne restait plus que quelques petites taches etdes tubercules disséminés; l’état général était satisfaisant; en somme, le malade se sentait assez bien pour reprendre ses occupations et faire exécuter un grand travail,

Les années se passent sans que la guérison arrive et il revient en France en mai 1869,

Voici dans quel état il nous a été donné de l’examiner.

La coloration générale de la figure se rapproche de la teinte bistre; le front est induré et tuberculeux; les paupières sont intactes; les conjonctives oculaires offrent une teinte légèrement ictérique. Les sourcils sont rares. Le cuir chevelu, comme chez presque tous les lépreux, est normal,

Le nez, depuis que le malade à fait disparaître par la cautérisation quelques tubercules développés surles ailes de cet organe, a repris son aspect primitif.

Les joues, qui avaient acquis un volume considérable, par la présence de tubercules développés (dit le malade), à la suite de lotions avec de la neige, sont moins grosses depuis les cautérisations dont elles ont été le siége.

La muqueuse nasale est prise depuis trois ans, et M. T...a remarqué que les lotions d’eau salée entravaient la formation des croûtes qui obstruaient autrefois les fosses nasales. Jamais il n’a eu d épistaxis.

La lèvre supérieure, quelque peu tuméfiée et glabre, présente un petit tubercule médian; l’inférieure est moins indurée, malgré la présence de deux petits tubercules limités sur la ligne médiane.

La région mentonnière porte les traces de la cautérisation de tubercules anciens.

Les muqueuses linguale, palatine et laryngée sont à peu prés saines.

Sur les membres supérieurs on aperçoit quelques taches avec induration tuberculeuse, surtout au niveau des avant-bras.

La face dorsale des mains seule est très-indurée et tuberculeuse. Dans tous ces points la sensibilité était très-obtuse,

Le malade à remarqué que, depuis l’année dernière, de petites taches lenticulaires d’une coloration foncée s’étaient montrées sur Ja poitrine et l'abdomen et que, depuis dix-huit mois environ, elles s'étaient élevées au-dessus du niveau de la peau.

Aux jambes, la peau est également mouchetée et présente des plaques lichénoïdes.

L'état général est assez satisfaisant et les fonctions se font régulière-

ment : somme toute, la maladie n’a encore porté ses ravages que sur le tégument externe.

Ici s'arrête l'observation; nous avons perdu de vue ce malade, qui s'était mis lui-même à cautériser ses tubercules cutanés. Ces cautérisations avaient paru affaisser ceux de la figure et des mains. Au moment de l'élimination des eschares, il se déclarait un mouvement fébrile qui disparaissait au bout de quelques jours.

Ce malade, ayant toujours eu une excellente alimentation, est encore un exemple de lèpre tuberculeuse anesthétique dont les accidents se sont déroulés d’après la marche ordinaire.

OBsERvATION VIII.

Lèpre maculeuse avec induration et anesthésie de la peau. (Hôpital Saint-Louis, pavillon Gabrielle, n° 4, service de M. Hillairet.)

Observation de M. Robertet.

Le nommé Gustave Girard, âgé de 53 ans, planteur à Cuba, demeurant à Paris depuis six mois, né à Istre (Bouches-du-Rhône), entré le 9 mars 1863 à l'hôpital, est malade depuis cinq ans et n’a jamais eu de parents atteints de la lèpre.

Il s'embarqua pour l’île de Cuba à lâge de 23 ans et alla se fixer au milieu des terres, à huit lieues de la mer, dans une habitation qu’il a toujours occupée pendant vingt-neuf ans. Son existence était très-fatiganto ; il récoltait du café et du sucre dans une plantation située dans une position assez saine, mais cependant humide, Ce malade avait remarqué que, chez lui et dans le voisinage, les affections cutanées éléphantiasiques étaient très-fréquentes.

Néanmoins il s’acclimata parfaitement et jouit, pendant une dizaine d'années, de la santé la plus robuste, ne s’épargnani aucune fatigue et se livrant à des excès de coit.

Début. — 11 y à quinze ans se sont manifestées des douleurs vagues et passagères, bornées exclusivement aux pieds et aux genoux, rendant la marche assez pénible et revenant à des intervalles assez rapprochés pour nécessiter, malgré leur peu d'intensité, divers traitements.

Vers cette époque, une épidémie de Pian sévit sur ses gens; il soigna lui-même ses nègres el fut atteint, sur la figure, une éruption trèsdiscrète de Pian, qui céda au bout d’un mois à l'emploi de salspareille

iodurée.

Huit années se passèrent ainsi, sans rien offrir de nouveau.

Il y a sept ans, une vive douleur se localisa au genou gauche et survint (s’il faut en croire le malade) à la suite d’une chute.

L'application d’une pommade irritante détermina, au-dessous de ja rotule, une ulcération qui mit trois mois à se cicatriser, en laissant une tache blanche, indélébile, qu’on retrouve encore aujourd’hui.

Six mois après, sur le genou droit, apparut une éruption, que le malade qualifia de furonculaire, et qu’il attribue aux frottements réitérés du genou sur le lit; toujours est-il qu’une plaie ulcéreuse succéda à cette éruption.

Le malade n’hésite pas à faire remonter le début de sa maladie à cinq ans; c’est à la suite de violents chagrins d'amour que son caractère très-impressionnable se modifia ; il devint d’une grande tristesse. Les membres inférieurs furent le siége de démangeaisons très-vives, et bientôt les bras et la surface du tronc se recouvrirent de éaches rouges, sans élevures ni dureté du derme; ces taches étaient indolentes. Depuis leur apparition, elles ont subi diverses variations dans leur teinte; mais jamais elles ne se sont effacées complétement.

Elles se sont produites successivement et insensiblement, sans phénomène réactionnel morbide. Les membres inférieurs, les mains, le visage furent respectés au début.

Peu à peu ces taches se sont agrandies ; elles sont devenues dures et relevées sur les bords et ont pris une coloration rouge de plus en plus foncée, mais elles sont toujours restées indolentes.

Malgré l'existence de ces lésions, l’état général était bon et les fonctions conservaient leur intégrité.

La peau, cependant, a présenté simultanément d’autres modifications, soit dans sa sensibilité, qui s’est émoussée et abolie en certains points, soit dans son activité fonctionnelle ; le malade a remarqué que depuis quelque temps il suait peu, à quelque température qu'il s’exposât.

La maladie eut une marche progressive, avec quelques rémissions passagères, jusqu’au mois de mai 1869, pendant lequel des douleurs vives, continues, lancinantes, avec sensation de refroidissement trèsprononcé, se déclarèrent,

Elles restèrent limitées aux deux pieds et prirent un tel caractère d’acuité, que la marche devint impossible et que le sommeil fit défaut.

En même temps, une anesthésie incomplète et ascendante envahit les membres inférieurs. Les taches du corps et des membres supérieurs étaient alors dans le même état qu'aujourd'hui ; peut-être un peu plus saillantes. Celles des mains étaient moins larges alors.

Le malade quitte Cuba, pour se rendre en France, le 24 août 1862. Jl arrive à Paris le 18 septembre et entre le 19 à la maison de santé du Dr Ricord. Les douleurs des pieds avaient diminué d'intensité pendant la traversée, et la marche était redevenue possible, quoique pénible et douloureuse.

Le malade sort de la maison de santé le 40 décembre, sans avoir

éprouvé aucune amélioration du côté des taches, qui, au contraire, se sont étendues à la figure, en même temps que les cils sont tombés et que les paupières sont devenues rouges à leur face conjonctivale. Les douleurs des pieds ont seules diminué notablement. La santé générale est parfaite.

Le malade part pour le midi de la France, et, après avoir fait un voyage d'agrément, revient à Paris où il entre, le 9 mars 4863, dans le service de M. Hillairet. Il présentait alors les phénomènes suivants :

L'enveloppe cutanée est altérée sur presque toute sa surface. Elle est couverte de maculatures qui occupent le tronc, les membres supérieurs, le cou, la face; les membres inférieurs paraissent respectés à première vue, mais un examen plus approfondi démontre qu’ils participent uux lésions. Les taches sont très-larges, irrégulières dans leur forme, et se rapprochent tellement les unes des autres qu’elles laissent fort peu de peau saine dans leurs intervalles. Elles ont sensiblement même aspect sur les membres supérieurs et le tronc.

Sur le bras droit, on trouve une large tache unique, recouvrant la peau du moignon de l'épaule, de presque toute la circonférence du bras et de l’avant-bras, la face dorsale de la main et des doigts; à la face palmaire, la tache recouvre la moitié externe de l’éminence thénar et s’arrête au tiers inférieur de la première phalange du pouce; on la retrouve sur toute l'éminence hypothénar, la face palmaire des deux derniers doigts et une partie de celle du medius et de l’index.

Sur toute l’étendue de cette large tache, la peau offre diverses teintes quise fondent ensemble; en général, elle est d’un brun pâle, légèrement fauve, qui tranche avec la blancheur de la peau restée saine. En divers points, cette coloration brune est plus marquée et devient insensiblement d’une rougeur diffuse. À la paume de la main et sur les doigts, la peau est bisse, douce aw toucher, épaissie et d’une rougeur violacée livide.

La portion de peau restée saine est, comme on le voit, très-peu considérable; elle est, en effet, limitée à l’aisselle, à une petite partie de la face antéro-interne du bras et du pli du coude; elle manque absolument sur l’avant-bras et ne reparaît que sur un tiers environ de la face antérieure du poignet, se prolongeant dans le pli palmaire et sur la face antérieure du pouce et de l'index.

La ligne de démarcation entre les parties saines et malades est trèsnettement tranchée, grâce à une sorte de bande légèrement saillante et dure au toucher, d'une couleur rouge foncée : cette bande trace sur la peau des dessins à contours généralement arrondis, lesquels rappellent la disposition du psoriasis circiné, avec cette différence toutefois, que, dans le psoriasis, la desquamation caractéristique se fait surtout au niveau du bourrelet, tandis que, dans le cas actuel il n’y a pas de desquamation bien apparente. De plus, dans la lèpre, les taches sont plus grandes que dans le psoriasis.

La sensibilité cutanée est notablement modifiée : elle paraît eraltée

sur les petites portions {de peau restées saines; le malade, lorsqu'on lui pique un membre, le retire rapidement et accuse une vive douleur.

La sensibilité est également exaltée sur le bourrelet; elie est au contraire manifestement diminuée sur toute l’étendue des macules. Cette anesthésie est superficielle ; car, pour peu que la piqure soit profonde, le malade éprouve de la douleur. Ces altérations de sensibilité ne sont nulle part mieux accusées qu'à la paume dela main ; le malade fait remarquer que, lorsqu'il l’applique sur une surface froide, il ne peut en apprécier la basse température qu’en certains points, précisément la où la peau est normale.

Sur le membre thoracique du côté gauche, les lésions occupent à peu près la même étendue, mais elles sont distribuées d’une façon un peu différente. Ainsi, la peau est restée saine sur une plus grande partie du moignon de l’épaule et de la face antéro-interne du bras ; mais, en revanche, elle existe à peine au pli du coude et a complétement disparu sur l’avant-bras et enfin ne se montre plus qu’à la face palmaire de l’éminence thénar du pouce et des autres doigts. Les lésions sont semblables à celles du côté opposé, même coloration d’un brun pâle, avec rougeurs diffuses par places, même bourrelet dur, inégal, légèrement saillant, d’un rouge vif sur les parties malades, même teinte violacée de la paume de la main sur l’éminence hypothénar ; mêmes altérations de sensibilité cutanée.

L’anesthésie est surtout prononcée à l’avant-bras.

Le malade ne se plaint pas de douleurs dans les membres supérieurs ; il accuse seulement une sensation de refroidissement dans les extrémités et des engourdissements dans l’index de la main gauche. Il n’y a ni prurit, ni démangeaisons sur les macules.

Sur le tronc, on retrouve les mêmes taches très-irrégulières dans leur forme arrondie, limitées par un rebord dur, légèrement saillant, d’un rouge vif. Ces taches sont plus colorées à leur centre que celles des bras et elles sont moins larges. L'anesthésie est moins prononcée à leur surface que sur les bras ; s’il faut en croire le malade, la sensibiité aurait été autrefois beaucoup plus obtuse et aurait actuellement recouvré une grande partie de son intégrité. À la base du thorax, la rougeur est plus uniforme et plus marquée que partout ailleurs; on n'y voit pas d'intervalle de peau saine, A ja région dorsale, plusieurs taches se sont réunies en s'agrandissant ; on distingue encore une ligne rouge à leurs points de jonction, mais le bourrelet s’est effacé. La sensibilité cutanée est dans toute son intégrité sur cette région.

Sur le ventre et dans la rainure interfessière existent aussi des macules plus discrètes, avec la même rougeur diffuse.

Les macules se prolongent sur le cou et la figure; mais on ne retrouve plus le bourrelet qui les limite sur le tronc et les membres supérieurs. La peau prend une teinte rouge plus uniforme. Au niveau du menton, des joues, des ailes du nez, apparaissent quelques vésicules

sinueuses, dilatées, d’une coloration violacée; le nez est volumineux, épaté, injecté Les cils sont tombés du bord libre des deux paupières inférieures ; la face conjonctivale de celles-ci est irès-rouge, la vision paraît ur peu affaiblie, au dire du malade. Les autres organes des sens ont conservé lenr intégrité. Les muqueuses buccales, pharyngiennes et Pituitaires sont à peu près normales, au moins à la vue. La voix n’a subi aucune modification.

Les membres inférieurs sont les seules parties du corps qui soient exemptes de macules ; mais, chose remarquable l’anesthésie y est plus complète que partout ailleurs. Le malade porte les traces d’une brûlure qu’il s’est faite près d’un poële sans en avoir eu conscience. Les pieds offrent, à la région plantaire et sur les orteils, une rougeur diffuse, livide ; ils sont le siége d’un refroidissement permanent et parfois de dou- Feurs sourdes avec élancements passagers; mais celles-ci ne ressemblent en rien aux anciennes douleurs rhumatoïdes qui ont si cruellement fait souffrir le malade.

Les nerfs sciatiques sont un peu sensibles à la pression. (Signe de de périnévrite.)

La contractilité musculaire a conservé toute son énergie, tant dans les membres inférieurs que dans les supérieurs.

Les poils sont tombés sur les jambes et sur la poitrine, où il en reste cependant encore une certaine quantité. Ceux des sourcils sontrares et raides. La barbe et les sourcils sont assez bien fournis.

L'examen des organes génitaux nous montre l'existence, du côté droit, d’un oschéocèle avec hydrocèle ne communiquant pas avec le sac herniaire. Le malade reconnaît. que ses appétits vénériens ont beaucoup diminué relativement à ce qu'ils étaient; néanmoins tout désir n’a pas disparu.

Toutes les fonctions de la vie organique s’exécutent avec régularité. L'embonpoint est notable, la constitution est vigoureuse, l’appétit développé, la respiration est normale et le pouls bat à 80.

23 mars. Même état. On lui fait une saignée de deux palettes.

Le 24. Le caillotest très-étalé, adhérent aux bords du vase et recouvert d’une croûte rousse de 3 ou 4 millimètres d'épaisseur. Les taches paraissent avoir pâ'i légèrement, les douleurs vagues passagères que le malade éprouvait dans les pieds n’ont pas reparu la nuit dernière.

Le 95. Coloration rouge de la face conjonctivale des paupières, injection de la conjonctive oculaire, surtout marquée à l'angle externe de l'œil; les taches de la poitrine et surtout des bras ont pâli; les taches violacées des paumes de la main sont devenues d’un brun pâle; la sensibilité des parties non malades est la même ; le bourrelet qui limite les taches est moins dur, moins saillant et d’une coloration rouge moins vive. Le pouls est à 76, mais assez large.

L’anesthésie est la même sur les endroits malades, la coloration générale des taches est d’un rouge uniforme sur la poitrine. Même état dela peau des doigts et de la main. L'état général se maintient.

Le 27. L'application d’un bandage a déterminé dans la région safroiliaque une écorchure de 6 cent. de long sur 3 de large qui forme une ulcération superficielle et irrégulièrement ovalaire ; les papilles sont à nu ; néanmoins il n’y a pas de sensibilité exagérée à la pression, ni de douleurs spontanées.

Le 30. La plaie se cicatrise ; le malade ne sent aucune douleur dans cette région ; il n’en est pas de même de la main droite qui devientraide et douloureuse. L'état des taches est le même.

Cette observation s'arrête ici, le malade ayant quitté le service le 4 avril, On voit, en la lisant attentivement, la relation intime qui existe entre la présence des taches, dont les rebords sont très-saillants, et l’anesthésie qui siége à leur niveau, Nul doute que, si le malade eût été suivi plus longtemps, la peau, d’indurée qu'elle etait, ne fût devenue par la suite tuberculeuse. |

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