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figure et aux mains qu’en 1857. Ge fut à cette époque que le maiade ressentit des douleurs violentes dans l’intérieur du nez, en même temps qu'il vit s'établir une sécrétion à la fois purulente et sanguinolente par les narines et une perforation de la cloison. Puis, les traits du visage commencèrent à grossir et le nez fut bientôt doublé de volume. Quant à l’état général, il ne subit pas de modifications notables pendant cette première période de la maladie, dont la marche, toujours croissante, engagea M. Giraudy à quitter Cuba pour venir se faire traiter à Paris. Il entra dans le service de M. Hillairet, le 3 avril 4860.
À ce moment, on était frappé, de prime abord, par un aspect spécial, caractéristique, que sa face présentait, La peau du front, très-épaissie, lisse, luisante et d’une coloration rougeätre, était creusée de rides profondes, indélébiles, à direction transversale. Le nez était volumineux, large, épaté ; les oreilles, notamment la droite, avaient aussi augmenté de volume. Sur toutes ces parties, sur les joues, le menton, le tégument offrait an toucher une dureté très-manifeste, mais inégalement répartie, sous forme de tubercules cutanés de volume très-variable, paraissant occuper l'épaisseur même de la peau, et plus appréciables au toucher qn’à la vue. Cependant le bord libre des narines, considérablement tuméfié, était comme lobulé, mamelonné, et cet aspect était dû à la présence de tubercules plus saillants là que partout ailleurs. On retrouvait sur le cou quelques petits tubercules rougeâtres, sans engorgement ganglionnaire sous-jacent. Les mêmes saillies tuberculeuses existaient disséminées Ça et là sur toute la peau du tronc, sous forme de plaques rouges, inégales, plus ou moins étendues, recouvertes en certains points de squames jaunâtres, assez épaisses, assez larges et peu adbérentes; ces plaques devenaient confluentes dans les régions postérieures et latérales du tronc, .où elles ne laissaient entre elles que peu d’intervalles de peau saire ; cette peau tranchait, par sa coloration blanche, sur lacoloration rouge lie-de-vin des parties malades. La légère saillie, qui formait ces plaques, était due à une tuméfaction de toute l'épaisseur du derme. Celles-ci étaient constituées par le groupement d’une multitude de petits tubercules irréguliers donnant à leur surface un aspect rugueux. Dans la région dorsale, les plaques étaient le siége d'une légère desquamation blanche et furfuracée.
On retrouve, aux membres supérieurs, ces mêmes lésions cutanées, limitées aux faces postérieure et externe et s'étendant jusque sur le dos des mains. À la face postérieure de l’avant-bras droit, près du poignet, existait une large ulcération à fond grisâtre, à bords violacés, indurés, taillés à pie, dont le début remontait à environ six mois. Toutes les articulations jouissaient de leur intégrité fonctionnelle. Les ongles n'avaient pas subi d’altération. Aux membres inférieurs, les lésions étaient disposées à peu près comme aux membres thoraciques. Elles respectaient la face interne; de chaque côté, au-dessus du genou, la face antérieure de la cuisse offrait deux ou trois plaques violacées, au niveau desquelles la peau était très-amincie et glissait facilement sur
les tissus sous-jacents ; c'était là, qu’au dire du malade, s'étaient montrés les premiers phénomènes morbides, consistant d’abord en une induration et une tuméfaction du derme, comme cela s’observait sur les autres plaques de date plus récente. La peau prenait une teinte sombre, violacée à la partie inférieure de la jambe et sur le dos du pied ; dans ces régions elle était distendue par un œdème assez notable. A la région plantaire, près du bord interne, existaient deux petites ulcérations datant de deux mois environ. L’ongle du gros orteil droit était soulevé par une matière dure, épaisse, jaunâtre, sécrétée, un an auparavant, par une ulcération sous-unguéale, aujourd’hui cicatrisée. |
La sensibilité de la surface de la peau avait conservé toute son intégrité sur la face, le tronc, le cou, tandis qu’aux membres, et notamment aux supérieurs, il existait une anesthésie prononcée sur toutes les parlies de peau malade ; les portions restées saines conservaient leur sensibilité.
Les organes des sens étaient peu affectés : on trouvait l'ouïe, l’odorat, le goût intacts; il faut noter toutefois la perforation de la cloison des fosses nasales indiquée plus haut.
La vue avait faibli. Les facultés intellectuelles, très-développées chez le malade, n'avaient subi aucune atteinte, et, du côté des fonctions organiques, il n’y avait pas de troubles appréciables. Les bruits du cœur étaient normaux et les battements un peu saccadés. Le pouls plein, régulier, battait 76 fois par minute. La respiration et la digestion se faisaient normalement, sans qu'il y eût d’amaigrissement. La rate paraissait un peu augmentée de volume. Quant à ce qui Concerne les organes génitaux, la verge avait un développement normal, sans altération du fourreau. Le testicule avait conservé sa sensibilité, mais il paraissait en voie d’atrophie. Les fonctions génitales avaient perdu de leur énergie depuis un certain temps. Jamais le malade n'avait contracté d'accidents vénériens.
Pendant l’année 1860, sous l’influence d’un traitement alcalin, les lésions cutanées semblèrent s'améliorer tout d’abord pendant le premier mois. Mais, vers la fin de mai, sans cause appréciable, un accès fébrile intense avec sueurs profuses, précéda l'apparition de douleurs rhumatoïides, très-aiguës, sans gonflement articulaire dans les poignets et les mains. Ces douleurs, jointes à un état de malaise général aves fièvre, persistèrent quelques jours, puis disparurent pour faire place à une poussée tuberculo-ulcéreuse.
Les mêmes phénomènes se reproduisirent dans le même ordre, à deux reprises différentes ; ils s'accompagnèrent d’une dermalgie généralisée, très-vive, qui rendit tout contact extrêmement douloureux.
. Les cinq derniers mois de l’année se passèrent sans poussée nouvelle : l’état de la peau s’améliora considérablement sur le tronc et les membres ; la sensibilité cutanée reparut aux bras. Mais aspect caractéris
tique de la face se prononça de plus en plus et arriva à cet état qu’on a désigné sous le nom de Léontiasis.
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Le traitement employé pendant ces derniers mois et dans le cours de l’année suivante, consista dans l’emploi combiné de l’hydrothérapie et de l’ergot de seigle.
Le malade se trouvait, au commencement de l'année 1861, dans de bonnes conditions de santé, qui se maintirrent pendant les quatre premiers mois. Toutefois il fut pris de toux et d’un léger enrocement tenace.
A la fin du printemps, il alla passer une saison aux eaux de Vichy et se loua de leur action. À son retour, la voix qui, depuis quelques mois était simplement enrouée, devint rauque. Des tubercules apparurent en divers points de la muqueus2 buccale, particulièrement à la voûte palatine et à la base de la langue vers lépiglotte ; ils netardèrent pas à s’ulcérer. Le laryngoscope fit découvrir l'existence d’un bourreiet tuberculeux entourant la circonférence de l’épiglotte ; l’exagération de sensibilité de la muqueuse buccale obligea de restreindre cette exploration. Des accès fébriles reparurent avec l’accroissement de la température et coïncidèrent avec des sueurs abondantes et une nouvelle évolution de tubercules cutanés.
Au mois de novembre, une éruption pemphigoïde envahit la face dorsale de la main et de l’avant-bras gauche, sans adénite axillaire. Les ulcérations des deux poignets s’élargirent en suivant une marche comme serpigineuse ; puis elles se cicatrisérent lentement, tandis que la face continuait à se déformer de plus en plus. Les paupières et la conjonctive oculaire se prirent à leur tour. Le nez se déforma complétement, s’ulcéra au niveau des ailes et se recouvrit de croûtes jaunâtres épaisses.
La fin de l’année s’écoula au milieu de recrudescences aiguës, fébriles, que M. Hillairet combattit à l’aide de quelques saignées ; celles-ci fournirent un sang couenneux et riche en fibrine (4 à 6). Le malade fut pris de toux avec expectoration sanguinolente, et on constata les signes d’une pleurésie sèche à la base du poumon gauche.
En 1862, ces accidents se calmèrent peu à peu, non pas sans que l’état général souffrit de leur prolongation: lappétit avait disparu; l’'embonpoint considérablement diminué; les ulcérations de la voûte palatine et de la langue entravaient aussi la mastication. Enfin, au mois de mars, la-voüte osseuse du palais se perforait sur la ligne médiane, et établissait entre les cavités nasale et buccale une communication qui alla dès lors en s’agrandissant, avec des alternatives d'amélioration et d’aggravation. Le pourtour de la perforation, examiné par la bouche, était boursouflé et offrait une surface grisâtre et sanieuse; d’autres ulcérations s'établirent à la face externe des joues et sur le bord des lèvres.
M. Giraudy alla passer une seconde saison à Vichy, et en retira plus de soulagement encore que la première fois. Il quitta le pavillon Gabrielle dans un état satisfaisant et n’y rentra qu’au mois de janvier 1863. A cette époque, on pouvait constater que l’aphonie était complète;
là perforation de la voûte palatine, de forme ovalaire, mesurait > centimètres de long sur 1 centimètre de large; la muqueuse qui la bordait était violacée, très-tuméfiée, be et parsemée de petites végétations d’une teinte grisâtre, La circonférence de la langue portait plusieurs tubercules, à diverses périodes d'évolution, dont deux étaient largement ulcérés; la face avait le même aspect léontiasique ; le nez était énorme ; sa face dorsale, d’un rouge sombre violacé, était sillonnée par un groupe de vésicules variqueuses de couleur lie de vin ;le lobule et le pourtour des narines étaient convertis en eroûles épaisses, noirâtres, très-adhérentes. Les poils des cheveux, et la barbe, étaient rares, raides, hérissés, de couleur rouge fauve; les cils étaient entièrerement tombés. On retrouvait sur les membres supérieurs des croûtes semblables à celles du nez, symétriquement disposées le long dela face postérieure des articulations du coude, du poignet, de la main. La main droite était maintenue dans une extension forcée, par rétraction d’un tissu inodulaire siégeant au poignet; il n’y avait rien aux ganglions axillaires ; à ce moment le corps n’était pas le siége d’éruption lépreuse. L'état général se maintenait assez bon.
Une poussée avec fièvre apparut, comme les années précédentes, avec le printemps, au mois de mars; elle fut marquée par l’éruption, sur les membres inférieurs, de petites bulles pemphigoïdes très-douloureuses ; le mouvement fébrile fut cette fois plus tenace et dura tout un mois. D'un autre côté, la largeur de la perforation de la voûte palatine nécessita l’application d’un obturateur pour faciliter la mastication ; d’ailleurs, les mois d'avril et de mai se passèrent d’ure manière satisfaisante pour le malade, quand des revers de fortune vinrent abattre l'énergie morale dont il avait fait preuve jusque-là ; du service des malades payants. il fut obligé de passer dans ja salle commune (30 mai, salle Saint-Gharles, n° 50). Dès lors, les forces déclinèrent rapidement; un état d’abattement lui enleva toute résistance à la maladie ; des accès fébriles erratiques reparurent; les parties molles et les cartilages du nez se détruisirent complétement ; l'appétit se perdit.
Dans le courant de juillet, une parotide énorme envahit tout le côté gauche de la face et du cou; des phlyctènes couvrirent la région temporale, l’œil gauche fut caché par les paupières considérablement tuméfiées. Bientôt la face entière participa au gonflement et se couvrit d’une poussée érysipélateuse; la fièvre était néanmoins modérée (100 pulsations); tous les tubercules de la face et du cuir chevelu se ramollirent et suppurèrent abondamment. Des quintes de toux et de la dyspnée vinrent s'ajouter à cet état grave de la face.
Le malade était triste, abattu, la déglutition était devenue excessive ment douloureuse; la suppuration des téguinents de la tête se prolongea et amena un état de marasme extrême; les bourses se tuméfièrent à leur tour. Enfin, du 10 au 13 août, la respiration s’embarrassa de plus en plus; le malade rendit des vomiques très-abondantes, sans qu'à l'auscullation on constatät d'autres bruits anormaux que dés rales
muqueux et sibilants, Enfin, dans les derniers jours qui précédèrent la mort, la coloration brune de la peau, du tronc et des membres pâlit, les tubercules s’affaissèrent considérablement ; les téguments de la face perdirent aussi leur tuméfaction, et une maigreur extrême remplaça le boursouflement des traits. Enfin, le malade mourut le 15 août, ayant conservé jusque-là toute son intelligence.
A l’autopsie, faite vingt-deux heures après la mort, on trouva de grandes modifications apportées par la mort dans l’état de la peau, et révélées par l'aspect extérieur du cadavre. Les saillies tuberculeuses, qui étaient en voie de disparition vers la fin de la vie, n’existaient plus, et étaient remplacées par des surfaces presque planes, simplement ridées, de couleur brunâtre et non plus rouge ; le toucher faisait constater cependant un épaississement encore notable de la peau. Quant aux ulcérations, elles étaient restées telles, avec le même décollement des bords; les os, les muscles, les aponévroses, étaient intacts. Le tissu cellulaire sous-cutané paraissait épaissi, et les vaisseaux qu’il contenait. les veines surtout, telles que les radiales, avaient subi une altération notable; le calibre en était devenu filiforme ; les paroïs avaient augmenté de volume, et, vers la face profonde du derme, présentaient un épaississement qui allait jusqu’à 2 millimètres, la paroi opposée n’ayant qu’un demi-millimètre au plus. Toutes ces particularités se remarquaient spécialement à la face, au cuir chevelu et aux membres; aucune des ulcérations nombreuses que l’on observait à la surface du corps, ne dépassait l’épaisseur du derme.
La muqueuse buccale, qui était, comme la peau, parsemée de tubercules et d’ulcérations lépreuses, avait perdu également ces lésions en très-grande partie ; la voûte palatine présentait une perforation considérable ovalaire, large de 2 centimètres, longue de 3 environ, à bords amincis et formés par les os palatins, cariés et recouverts de deux lames muqueuses parsemées d’ulcérations grisètres où bleuâtres. Les lésions se continuaient, mais un peu moins prononcées, sur la face buccale du voile du palais; la luette n’était plus qu'un petit mamelon informe, ulcéré à droite. À la place des amygdales, on ne trouvait plus que des cryptes profondes, élargies, mais non ulcérées, limitées par les piliers du voiie du palais, qui, comme la luette, étaient atrophiés et di- minués de longueur et de souplesse, avec érosions considérables de la muqueuse.
La face postérieure du pharynx était également criblée d’ulcérations, à bords violacés, indiquant des lésions d’ancienne date; en arrivant à l’æsophage, la muqueuse, devenait souple, rose, et reprenait peu à peu son caractère normal.
La langue offrait, à la pointe, un peu à gauche de la ligne médiane, une surface brunâtre, froncée, au centre de laquelle se montrait une matière jaune; au toucher, on avait la sensation de l’existence d’un tubercule de la grosseur d’un pois, et à la Coupe on découvrait une matière jaune, demi-concrète, infiltrée dans la muqueuse et jusque dans