‹ Étude Sur La Lèpre Tuberculeuse Ou Éléphantiasis Des GrecsChapitre 20 sur 20 · NE · texte numérisé non relu

NE

les muscles sous-jacents. En arrière de ce point, la muqueuse reprenait insensiblement son épaisseur et ses autres caractères. A droite de la ligne médiane, à deux centimètres de la pointe, et sur la face dorsale, existait une surface déprimée, contrastant par son état lisse avec le reste du dos de la langue, hérissé de papilles; cette cicatrice ne dépassait pas l'épaisseur de la muqueuse amincie. Le V lingual était très-accusé, etles glandules situées en arrière étaient considérablement hypertrophiées ; la muqueuse de cette région était boursouflée, épaissie jusque sur l’épiglotte, où les lésions étaient beaucoup plus prononcées encore.

Dans toute l’étendue du tube digestif, de l’orifice supérieur de l’œsophage au rectum, l’examen le plus attentif ne révéla aucune altération notable; le péritoine, parfaitement sain, re contenait aucun épanchement dans sa cavité; les deux faces du mésentère étaient parsemées d'une multitude de petites saillies adipeuses, qui donnaiént à cette portion de la séreuse un aspect singulier. L'état normal se retrouvait dans les annexes du tube digestif, le foie, la rate et le pancréas.

Le cœur, remarquable par sa grande flaccidité, avait un volume un peu au-dessous de la moyenne; sa face externe était intimement unie à la face profonde du péricarde par des adhérences cellulaires trèsserrées; les parois des ventricules, surtout du cdlé gauche, avaient diminué d'épaisseur; les fibres charnues étaient molles, pâles, et avaient subi un commencement de dégénérescence graisseuse; les cavités et les orifices n’offraient aucune particularité. On remarquait dans l’aorte descendante une plaque athéromateuse, large de 2 à 3 centimètres, sans rien trouver dans l’artère pulmonaire ni dans le reste de l'arbre aortique.

Les fosses nasales étaient, pour ainsi dire, un vaste foyer d’ulcérations lépreuses, qui avaient détruit, non-seulement la voûte palatine, mais la cloison et les cartilages du nez; la face supérieure du voile du palais était en quelque sorte déchiquetée.

L’épiglotte, peu mobile, semblait revenue sur elle-même; son fibrocartilage, mis à nu et érodé, apparaissait sur le bord libre; la muqueuse offrait sur les deux faces une épaisseur de 1 à 2 millimètres; elle était criblée d’ulcérations traversant l’épiglotte de part en part.

Les ligaments antérieurs et latéraux de l’épiglotte étaient un peu bridés et tuméfiés, et les replis aryténo-épiglottiques tuberculeux, singulièrement raccourcis, durs et épais, de sorte que l’orifice supérieur du larynx avait subi un rétrécissement d’un tiers environ. A {a face interne du larynx, les mêmes lésions se continuaient; les cordes vocales supérieures et inférieures, les ventricules n’existaient plus qu’à l’état de vestiges ; la muqueuse laryngée, dans toute son étendue, était criblée d’ulcérations et infiltrée de matière jaunâtre.

La trachée était large, dilatée, et la muqueuse reprenait peu à peu son aspect normal; sur l'éperon de bifurcation existait une ulcération profonde, arrivant jusqu’au fibro-cartilage qui paraissait sain.

ss 145 ET

| Les poumons, légèrement emphysémateux, ne faisaient pas hernie à l'ouverture du thorax; quelques adhérences récentes retenaient le poumon gauche, près de sa base et le long de son bord postérieur, à la face interne des côtes ; cette base adhérait également par son centre au diaphragme. Au sommet du poumon droit, existait un petit groupe de trois à quatre noyaux tuberculeux, du volume d’un pois à celui d’une lentille, ressemblant à des tubereules caséeux; le bord libre de la base du poumon portait un noyau lenticulaire de même apparence; la base du poumon droit offrait, au niveau du point adhérent, une sorte de foyer gangréneux du volume d’une petite noix. Telles étaient les seules lésions du parenchyme pulmonaire.

Les ganglions bronchiques étaient noirs et volumineux; près de l’un d’eux se trouvait une concrétion pierreuse jaunâtre,dans laquelle l’analyse chimique faisait reconnaitre du carbonate calcaire.

Le crâne, les méninges et le cerveau, examinés avec grand soin, ne révélaient aucune altération saisissable. Il en était de même pour la moelle et ses enveloppes. On pouvait cependant signaler une injection prononcée des veines médullaires antérieures et postérieures, et l’existence de cinq à six plaques blanches de 4 millimètre à 1 centimètre carré de surface, de consistance calcaire, adhérant à l’arachnoïde spinale. Les racines nerveuses, les ganglions sympathiques, le ganglion de Gasser avaient leurs caractères normaux, ainsi que les nerfs qui en émanaient,.

Les yeux n'offraient pas d’aliération marquée. La rétine, au niveau de la papille, paraissait un peu infiltrée de matière aibumineuse. Mais la choroïde était intacte et conservait Ja régularité de sa pigmentation jusque sur la papille. Les autres membranes et les milieux de l'œil n’otfraient rien d’anormal.

On ne trouva rien d’anormal dans les reins, les bassinets, les uretères, la vessie, la prostate, la verge. Mais le bord libre du prépuce, près du frein, était occupé par trois cicatrices tuberculeuses, en tout semblables à celles du bout de la langue. En outre, le méat était notablement rétréci par un tubercule jaunâtre.

Le testicule gauche était mou et atrophié. A l’union de la queue de l'épididyme et du cordon existaient plusieurs noyaux jaunes, entourés d’un tissu dur, lardacé, cartilagineux même, par places. Le cordon avait diminué de volume, et son canal était oblitéré. On trouva, adhérent à l’épididyme, un kyste gros comme une noix, contenant un liquide séreux dans lequel le microscope ne révélait rien de particulier. Les tubes séminifères paraissent petits et granuleux. Les mêmes altérations, mais plus avancées, s’observaient du côté droit, dans le testicule, l'épididyme et le cordon. La tunique vaginale adhérait par places à la glande, et la peau des bourses, très-tuméfiée, offrait jusqu'à 0,01 d'épaisseur.

Les muscles étaient atrophiés, mais sans avoir subi de dégénérescence graisseuse ; ils n'étaient altérés nulle part ailleurs qu'aux fosses nasales. Les articulations étaient saines; cependant les franges synoviales des

Lamblin, 10

Page 1