CHAPITRE VI
INFECTIONS LATENTES D'ŒMOPROTOZOAIRES
Leur intérêt pour l’étude de la parasitologie humaine et comparée
Quand nous disions au cours d’un chapitre précédent que si cette question de la persistance du parasitisme pouvait n'occasioner chez des individus rapatriés que des incidents — elle soulevait cependant un problème important sur l’évolution et la longévité des parasites du sang auxquels appartiennent les hématozoaires, à savoir les hoemoproteidoea et les piroplasmidoea.
C’est en effet, chez des animaux, hôtes habituels de ces formes parasitaires que des cas identiques de latence ont été signalés, et il est alors rationnel de faire de sérieux rapprochements de nos différentes études, et c’est là un des grands intérêts de la pathologie expérimentale et comparée dont le parasitologue ne peut se départir quand il applique sa science à la parasitologie hu-
maine.
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Etre
Quand Rieux dans son étude qu’il consacrait en 1922 sur l’existence du paludisme chronique chez les paludéens définitivement rapatriés, nous dit que l’hématozoaire a besoin pour assurer sa réviviscence, de repasser par l’organisme de l’Anophelle : c’est là, pour lui, une nécessité biologique qui plaide plutôt contre la conception de la longévité du plasmodium dans l’organisme humain, nous pensons qu'il existe dans la pathologie comparée de nombreux exemples à lui opposer quand on considère les piroplasmes et les anaplasmes.
Le professeur BRUMPT rapporte dans son étude sur les piroplasmoses des bovidés des constatations des plus importantes, faites dans le Texas : des animaux guéris gardaient des parasites très longtemps, et il cite notamment le cas d’une vache qui avait quitté depuis 12 ans la région à fièvre du Texas et l'animal guéri portait encore des piroplasma bigeminum : nous savons en effet que ces parasites peuvent persister très longtemps alors que les p. canis ont une longévité qui n’est en général que de quelques mois. Notion en faveur de la guérison fonctionnelle dont nous parlions précédemment.
THeiLeR de son côté a montré le même fait chez un animal isolé depuis 7 ans.
SCHRŒDER ET COTTON ont signalé des cas identiques : des Margaropus neufs pouvant s’infecter sur un bovin guéri depuis 6 ans -— et ces animaux immuns présentérent des rechûütes dans diverses circonstances,
Des observations que nous jugeons utile de retracer ont été faites par le professeur BRUMPT :
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Une vache inoculée six ans et 8 mois auparavant dans la région Tunisienne avec piroplasma bigeminum, p. argentum anaplasma marginale et theileria mutans et ramenée dès lors dans les pâturages du Cotentin a pu donner expérimentalement une infection mixte à theileria mutans et anaplasma marginale, à une génisse.
De plus l’examen direct des frottis de sang de cette vache faite sept ans et 4 mois et demi après l'infection a permis de trouver facilement fheileria mutans.
Ces cas nous montrent également, que — puisque la persistance du parasitisme n’exige pas de nouveaux passages sur des hôtes transmetteurs comme les anophelles les rechûtes sont tout simplement dues à un processus schizogonique.
Mais quand Rieux nous dit que quand un individu qui a été une fois atteint, de paludisme, se déclare impaludé pour le reste de sa vie, alors qu'il a guéri spontanément de son affection — nous pouvons citer des cas interessants en faveur de cette guérison spontanée et pour appuyer cette preuve que nous apportons ici — nous remercions le professeur BRUMPT de nous avoir autorisé à publier les constatations qu'il a faites dans son laboratoire : En effet il n’a pu obtenir des animaux lui parvenant du Brésil et du Maroc des survivances parasitaires pendant plus d’un an — ces animaux soit qu'ils fussent parasités, par des Hoemoproteus Columbae ou des Hoemoproteus du Padda, guérisaient spontanément.
Mais en parlant des Hoemoproteus, parasites, qui ont permis de comprendre bien des stades dans l’évolution des hématozoaires, nous devons rappeler également les
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expériences déjà anciennes (1905) de CASAGRANDI mais qu’on comprend mieux avec le temps et les constatations nouvelles qu’il apporte. — En effet, cet auteur est arrivé à produire des rechutes chez deux pigeons hebergeant des Hoemoproteus dans leur sang depuis plus d'un an en les soumettant à une semi-inanition.
CaARPANO (1930) conclut de ses études sur les infections latentes à Hoemoprotozoaires, qu'il faut intensifier nos recherches dans le domaine de la pathologie humaine comme dans celui de la pathologie animale. Pour lui, ces infections latentes doivent être très fréquentes quand il considère ces cas nombreux de réveils d'espèces parasitaires chez les animaux qu'il fut amené à traiter. En effet, cet auteur a observé chez des boeufs soumis à la vaccination contre la peste bovine des rechutes à piroplasma bigeminum, de même qu'il vit réapparaître nultalia equi chez des équidés soumis à des vaccinations antibactériennes. Nous connaissons déjà le choc humoral produit par les vaccinations.
Les mêmes observations ont été faites pour certains trypanosomes trouvés chez des bovidés de l'intérieur de l’Abyssinie infectés de {rypanosoma theilerti.
Des faits identiques ont été observés avec {rypanosoa vivax, berberum, marocanum, sur des veaux, des chèvres, par l'examen de frottis de sang de ces animaux fait par ED. SERGENT el LHÉRITIER qui pensèrent que les infec- Lions latentes à hémoprotozoaires pouvaient se manifester comme des infections primitives, mais à longue période d’incubation et l’on comprend mieux que chez les animaux comme chez l'homme des vaccinations antibac-
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tériennes puissent ramener dans le sang périphérique ces formes parasitaires qui trouvaient un abri dans le système glandulaire lymphatique, la moelle osseuse, etc. et que ces animaux n’ayant aucune manifestation morbide due à leur parasitisme purent à l’occasion d’une maladie intercurrente — telle que la peste bovine — donner une occasion aux piroplasma bigeminum de se réveiller — ce qui allait expliquer la gravité de cette affection intercurrente et aussi les complications, et la thérapeutique inefficace, comme le firent remarquer Kockx et KozE que CaRPANO cite dans son travail sur les infections latentes.
Ne nous sommes-nous pas trouvés en présence de cas semblables dans nos observations citées plus haut.
Donc nous conclurons aussi qu’en faveur de cette longévité des formes parasitaires intervient une sero résistance, les Hoemoprotozoaires vivraient en état de mutuelle tolérance avec l’organisme hôte, et comme CaArRPANO nous parlerons alors de formes parasitaires de latence, formes durables de repos ou de résistance.
En 1918 un auteur américain EuG. WHiTMoRE fit des expériences sur des oiseaux infectés avec des Proteosoma provenant de moineaux (1913) et conservés sur canaris — et d’après ses observations, voyons comment il en est arrivé à ses conclusions sur le paludisme et ses rechutes ©?
Cet auteur a observé que bien qu’on n’observe de parasites dans le sang périphérique que pendant 4 à 5 mois — ce sang restait infectant jusqu’au 29e mois, preuve en faveur de la persistance des formes asexuées dans le sang périphérique — et au cours de cette latence il put déter-
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miner des rechutes chez des oiseaux ne montrant plus de parasites.
WHiTMORE pense également que ces oiseaux présentent une immunité pendant tout le temps de cette infection persistante et il voulut donner ainsi une explication aux observations faites par M. Et. SERGENT et Miss Hem sur l’immunité de 4 canaris, infectés deux ans et demi auparavant avec des plasmodium relictum et qui soumis à une réinfection d’épreuve ne montrèrent aucune manifestation morbide alors qu'un 5€ oiseau, réalisant les mêmes conditions a présenté une très forte infection :
Les 4 oiseaux résistants étaient encore infectés — seul, l’oiseau sensible ne l'était plus.
N'est-ce pas, cette même, immunité relative qui fait que chez les indigènes et nos coloniaux, les réinoculations d’hématozoaires restent sans complication aucune et c'est sur de pareilles observations qu'on a pensé que la persistance du parasitisme était un bon moyen de défense de l'organisme — même certains auteurs pensèrent qu'elle était indispensable en pays paludéen, nous lisons ceci dans un article de Et. SERGENT, PARROT, DONATIEN et LESTOQUARD qui pensent qu'une infection latente et légère, après les accidents graves du début procurera les bénéfices de cette prémunition chez un paludéen appelé à vivre en pays insalubre.
Nous voyons, que toutes ces études de pathologie com-
parée, sont indispensables pour l étude de la longévité des hoemoprotozoaires en général.
Nous pensons donc, que ces observations sur l’homme et les animaux de laboratoire et autres — plaident en faveur d’une longévité possible dépassant les manifestations cliniques évidentes pour des parasites considérés et que si cette longévité procure parfois les bénéfices d’une prémunition, elle peut compliquer des affections intercurrentes chez certains animaux dont nous parle CARPANO, et ne sont-ce pas là des preuves de plus à apporter à nos observations que nous signalons plus haut ?
De même quand, après une splenectomie, suivie de symptômes pathologiques inattendus, ne peut-on pas alors invoquer l'expérience de tous les jours au laboratoire, quand on désire réaliser une rechute parasitaire chez une souris atteinte, par exemple de Bartonellose.