INTRODUCTION
De toutes les luxations, celles de l'épaule sont certainement les plus fréquentes : 46 à 60 pour 100 du nombre total des luxations.
Mais, parmi les différents groupes de luxations de l’é-
paule, celui des antéro-internes, comprend la majorité
des cas ; aussi celles-ci sont-elles également les mieux connues.
[1 n'en est pas de même des luxations inférieures et postérieures, beaucoup plus rares, et par conséquent moins étudiées, Pourtant, dans ce dernier groupe, certaines variétés ont fait l'objet de recherches spéciales, telle la luxation sous-tricipitale, dont le mécanisme a été autrefois magistralement décrit par le professeur Farabeuf.
Quant à la /uxatio erecta, seulement connue cliniquement depuis Middeldorpf, en 1859, il nous a semblé que son étude était encore aujourd'hui tout à fait incomplète. Nous avons en effet recherché les différentes publications scientifiques ayant trait à ce sujet ; et, ainsi qu'en fait foi notre bibliographie, nous n'avons guère retrouvé que de rares observations isolées, ou encore
de courts entrefilets faisant simplement mention dans les Traités de cette variété rare de luxation.
Aussi avons-nous Cru intéressant de grouper dans ce travail ces quelques observations, dont une inédite due à l’obligeance de notre ami le Docteur GréGoire. Puis, comparant les différentes données fournies ainsi par les auteurs de ces diverses observations, y joignant, d'autre part, les résultats de nos expériences personnelles sur le cadavre, nous avons pu tracer une vue d'ensemble de la /uxatio erecta.
Nous nous tiendrons pour satisfait si nous avons pu par ce travail faciliter quelque peu la compréhension de la luxatio erecta, et surtout celle de son mécanisme assez
complexe.
ETIOLOGIE
La rareté même de la /uxatio erecta par rapport aux autres luxations de l'épaule, étant un de ses caractères les plus saillants, nous commencerons l'étude de ce chapitre en rappelant les quelques chiffres signalés par VauGan (loc. cit } à son sujet :
Depuis 1859, époque à laquelle Mipperporpr la signala pour la première fois, jusqu’en 1899, Srimson ne put en réunir que 9 cas.
Maxns dit que sur 539 cas de luxations de l'épaule observés au St-Thomas’s Hospital,on ne rencontra aucun cas de luxatio erecta.
KkoxLEN n’en rapporte que 3 cas sur 207 luxations.
Barpenxeuer, enfin, prétend que sur 400 luxations il n’a jamais observé un seul cas typique de /uxatio erecta ; mais, il cite à ce sujet 2 cas de l/uxatio horizontalis sur lesquels nous reviendrons plus loin.
Ces quelques chiffres suffisent amplement pour bien mettre en évidence la très minime fréquence de la /uxa- {10 erecta.
Aussi, nous semble-t-il intéressant d'étudier avec précision quelles sont les causes, tant prédisposantes que déterminantes, qui sont intervenues dans les quelques cas que nous avons pu recueillir dans la littérature.
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L'âge des malades oscille dans ces différentes observations entre 24 et 62 ans .
La luxatio erecta, comme d’ailleurs toutes les autres luxations de l'épaule, se produit donc à l'âge moyen de la vie ; pour ces dernières, en effet, Srimson et KRONLEIN font remarquer dans leurs travaux, que leur rareté extrême au-dessous de 20 ans pourrait s'expliquer par ce fait que la violence extérieure donne lieu, chez l'enfant, soit à la luxation du coude, soit à la fracture de la clavicule, soit à la disjonction épiphysaire de l'humérus.
C'est enfin presque toujours sur des hommes qu'on a pu observer la /uxalio erecta ; seule l'observation de Miver se rapporte à une femme de 62 ans.
Mais, cette prédisposition du sexe masculin n’est encore pas une particularité de la luxaño erecta, puisque Krox- LEIN et MALGaiGne, dans leurs statistiques, concernant les luxations de l'épaule en général, signalent : l’un 184 hommes pour 23 femmes, l'autre 370 bommes pour 97 femmes.
Cette prédisposition du sexe fort s'explique facilement par son exposition plus fréquente aux traumatismes et par la rudesse habituelle de ses travaux.
Presque toutes les observations que nous avons sous les yeux concernent en effet des travailleurs exerçant des métiers assez rudes, sauf toutefois, le tenancier de bar, signalé par VauGHan, qui fut renversé par une voiture, et l'employé de bureau signalé par Junn. Mais, dans ce dernier cas, l'auteur rapporte qu'il s’est trouvé en présence d'un individu bien musclé; et, cette particularité
MS
est encore très nettement soulignée dans les cas de MacponaLo, de Grécoire, et d'OsENBACH.
Et dès maintenant, nous ferons déjà remarquer à ce propos que la puissante musculature du sujet, loin de le prédisposer à la luxation, semblerait plutôt, à première vue, permettre une coaptation plus solide des surfaces articulaires Nous verrons plus loin, à l'étude du mécanisme, quelle importance il convient de donner à ce facteur .
Parmi les observations rapportées dans cette thèse, il en est 7 dans lesquelles il est fait mention du côté qui se trouvait lésé : 5 individus étaient luxés du côté droit et 2 du côté gauche.
Cette prédisposition marquée pour le côté droit marche peut-être de pair avec la plus grande fréquence des droitiers sur les gauchers ; le côté droit se trouve alors lésé de préférence, lors des traumatismes professionnels, ou encore, dans les mouvements de défense, de protection, dans une chute par exemple.
Nous n'avons, dans cette variété de /uxatio erecta, jamais vu signaler de luxation double.
Quant aux différentes variétés de traumatismes rapportées par les auteurs, elles méritent une étude attentive, car elles nous permettront quelquefois d'entrevoir déjà le mécanisme que nous avons voulu vérifier, ainsi que nous l’exposerons plus loin, par l’expérimentation sur le cadavre.
Et, de prime abord, nous les classerons en deux grandes variétés : causes directes et causes indirectes, les pre-
mières agissant directement sur l'épaule ou en son voi-