‹ Étude sur la lymphadénieChapitre 4 sur 5 · PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Observation I.

Adcnie ou hypertrophie généralisée des ganglions lymphatiques et de la rate, cachexie sans leucémie; mort. — Tumeurs lymphoïdes du poumon, des ovaires, de la muqueuse stomacale (1).

Par le Dr Hérard. (Résumé).

Jeune femme de 32 ans, ayant eu des accidents scrofuleux (gourme et ophthalmie) dans son enfance. En juin 1864, après de grandes fatigues, elle perd l’appétit ; en septembre, commence à tousser; suppression des règles et perte des forces en février; accès de fièvre irréguliers, sueurs nocturnes, amaigrissement progressif. A cette époque apparaissent des tumeurs ganglionnaires dans les aines, le cou, les aisselles; œdème des jambes, d’abord intermittent, puis permanent; les tumeurs ganglionnaires, après avoir diminué, disparu même en quelques points, deviennent permanentes. Teinte subictérique, douleurs le long du trajet des nerfs comprimés par les ganglions.

A son entrée à l’hôpital, le 4 juin 1865, on constate un état cachectique caractérisé par une fièvre hectique, par de l’œdème des pieds et des jambes, par de la diarrhée. Le ventre a son volume normal, la rate descend jusque dans la fosse iliaque gauche; le foie déborde les fausses côtes ; hypertrophie générale de tous les ganglions lymphatiques superficiels; ils sont mobiles, non douloureux; rien dans la poitrine. Ni sucre, ni albumine dans l’urine; le sang ne renferme ni globules blancs, ni globulins en excès. Après quelques jours apparaissent de la dyspnée, des ecchymoses spontanées ou provoquées par la moindre pression; épistaxis; vomissements, diarrhée abondante, œdème et ascite de plus en plus marqués. Le 26 juin, gangrène de la gencive et des replis gingivo-buccaux. Mort dans le marasme le 4 juillet.

Autopsie. — Ganglions superficiels et profonds, surtout les mésentériques, formant des masses considérables; la rate pèse

(I) Union médicale, 39 juillet 186S-

810 grammes; sa section présente un grand nombre de tumeurs de la grosseur d’un grain de chènevis à celle d’une noisette; elles sont constituées, d’après l’examen de M. Cornil, par du tissu lymphatique. On constate une ulcération du duodénum et des points ecchymotiques à sa surface. En même temps, un épaississement notable de la muqueuse de la partie inférieure de l’intestin grêle, due surtout à un épanchement sanguin dans les tuniques. Les plaques de Peyer sont normales. « Les lésions de l’estomac, des poumons, des ovaires, méritent une mention spéciale : sur la muqueuse stomacale, on aperçoit une vingtaine d’ulcérations saillantes, dont les plus petites ont le volume d’une lentille aplatie, avec un petit point ulcéré au centre ; les plus grosses présentent des bords proéminents et un point ulcéré ; sur une d’entre elles existe une eschare gangréneuse. Les poumons, légèrement congestionnés, offrent en plusieurs endroits, mais surtout au bord tranchant inférieur, de petites masses dures dont la coupe est identiques à celle des ganglions lymphatiques. Dans les ovaires, il existe sous la tunique fibreuse de petites tumeurs analogues à celles du poumon. Toutes ces lésions sont identiques dans leur composition; M. Cornil les a trouvées au microscope, constituées par les mêmes éléments que ceux de la rate et des ganglions hypertrophiés. »

Observation II.

Hypertrophie généralisée des ganglions lymphatiques ; ligature de la veine jugulaire interne. .Mort. — Productions lymphoïdes dans la plèvre, le foie, la rate et le corps des vertèbres.

Par J. Castiaux, interne. Gaz. des hôp., 18742. (Résumé.)

Annette L..., âgé de 58 ans, cuisinière, entre le 14 novembre 187 L dans la salle Sainte-Rose, n° 6, service de M. Lannelongue. Elle présente tous les signes extérieurs d'une constitution robuste et n'accuse aucune maladie antérieure; pa3 d’antécédents scrofuleux. Les ganglions du cou ont commencé à s’hypertrophier depuis quatre mois. Quand on examine de face, on constate un gonflement considérable du côté gauche du cou, commençant sous l’oreille et s'étendant jusqu’à la clavicule; il est formé par les ganglions hypertrophiés, malades, sans adhérence à la peau, indolents. Quelques-uns atteignent la grosseur d’un œuf de poule; les ganglions axillaires sont aussi gonflés. Au côté droit du cou, on trouve seulement quelques ganglions malades au-dessus de la clavicule; l’aisselle droite et les aines n’en renferment point. L’appétit est conservé; la nuit, la malade avait des accès de dyspnée;

on notait de la raucité de la voix et des fourmillements dans le bras gauche. La dyspnée croissant par la déviation de la trachée et la compression du larynx, M. Lannelongue entreprend l’extirpation aussi complète que possible de la masse ganglionnaire. L’opération se fait sans trop de difficultés ; la malade fut sensiblement améliorée, quand, le neuvième jour, une hémorrhagie secondaire causée par l’ulcération de la veine jugulaire interne vint, malgré la ligature, déterminer la mort.

A l'autopsie , outre les tumeurs ganglionnaires, on constate des tumeurs de la rate, du foie, et une altération spéciale du corps des vertèbres. L’examen histologique de toutes ces pièces démontre que ces tumeurs sont toutes composées de tissu lymphatique, reconnaissable à la présence du réticulum et des corpuscules lymphatiques : « L’altération a débuté par le cou, les ganglions se sont hypertrophiés les premiers, et l’altération a successivement envahi ceux du thorax, de l’abdomen, pour aller se reproduire auloin dans la rate, 1s foie, la plèvre et même les os. »

Observation III.

Lvmphadénome du cou, du foie et du corps thyroïde.

ParE. Bourdon. (Th. agrég. 1872, Bergeron.)

Mademoiselle A. S., âgée de 30 ans, lingère, entre à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte-Anne, n° 32, le 18 novembre 1871. Elle a été réglée régulièrement à 19 ans, mais les époques étaient peu abondantes. Elle a toujours eu une bonne santé pendant son enfance, elle n’a pas eu de fièvre éruptive.

Il y a trois ans, elle s’aperçut de la présence d’une petite glande dure et mobile à la partie inférieure de la région sus-claviculaire gauche. Cette tumeur est restée stationnaire jusqu’au siège; mais, à cette époque, la malade souffrit beaucoup du froid et de la mauvaise alimentation. Une autre petite glande, voisine de la première, apparut en ce moment. Depuis l’armistice, ces glandes ont beaucoup grossi -, elles ne sont le siège d’aucune douleur, d’aucun élancement. La malade a parfois des douleurs de tète et quelques bourdonnements d’oreille; il n’y a pas de gonflement de la face ni du bras; la déglutition se fait bien.

Au moment de son entrée, la malade jouit d’une assez bonne santé. La tumeur du cou est grosse comme le poing; elle est exactement située au-dessous de l’angle de la mâchoire et s’étend depuis le côté gauche du larynx jusqu’au bord inférieur du trapèze, en longeant l’apophyse masto'ide. Elle va depuis le lobule de l’oreille jusqu’à deux travers de doigt au-dessus de la

clavicule, en laissant libre la partie inférieure et interne du creux sus-claviculaire. La consistance est celle de l’hypertrophie ganglionnaire ; elle est rarement fluctuante; elle est lobulée à contours arrondis. La peau est saine, non adhérente à la tumeur ; on ne remarque à sa surface aucune dilatation veineuse. Les mouvements de déglutition ne se transmettent pas à la tumeur. La malade n'a en ce moment ni bourdonnements d’oreille, ni maux de tète ; la respiration est libre. Dans la gorge, la portion gauche du voile du palais est rouge, ainsi que le pilier antérieur; l'amygdale du même côté est rongée par une ulcération blafarde, à bords minces; sur la ligne médiane de la voûte palatine, on trouve une ulcération superficielle, à bords sinueux, taillés à pic et à fond grisâtre.

L’opération est pratiquée le 10 janvier. M. Verneuil fait une incision verticale; des veines nombreuses sont ouvertes, on en lie les deux bouts ; il y a un vaisseau veineux d’assez gros calibre qui est atteint. Il fallut sectionner transversalement le sternomastoldien; au-dessous, la glande est très-adhérente aux parties profondes; en la retirant, elle se déchire et laisse écouler un liquide puriforme. Malgré ‘tous les efforts faits pour énucléer la tumeur avec les doigts, on ne peut l’enlever complètement ; on j ette un fil solide sur la base de la tumeur et on sectionne au-dessus. Pendant l’opération, on constate que le corps thyroïde ne fait pas partie de la tumeur.

Dans la journée suivante, hémorrhagie, ligatures diverses et tamponnement au perchlorure. La nuit, nouvelle hémorrhagie arrêtée encore par le perchlorure. Le lendemain, application de glace; la malade avale difficilement; la plaie est anfractueuse, avec des clapiers. Le 14, délire léger d’abord, puis intense. Mort à cinq heures du matin.

Autopsie. — Au cou, dans le sterno-mastoïdien, se trouve une masse volumineuse, s’étendant depuis la parotide gauche, qui est saine, jusqu’au trapèze, auquel elle est très-adhérente. En dedans, l’œsophage, le larynx,, la trachée, le corps thyroïde, ne sont pas englobés dans la tumeur. La tumeur comprend, dans certains points, des masses bien isolées dans une gangue de tissu conjonctif dense; elles varient de la grosseur d’un pois à celle d’un marron; les unes dures, les autres ramollies. La jugulaire externe a été coupée, les deux bouts contiennent du pus; la jugulaire interne, entourée par la tumeur, a été coupée et liée pendant 1 opération. La carotide primitive est adhérente à la partie interne de la tumeur, sa tunique externe est épaissie.

Le corps thyroïde a son volume normal, ilest indépendant de la tumeur; le lobe gauche est plus dur et légèrement bosselé dans

ses deux tiers supérieurs; à ce niveau, le tissu ressemble à celui de certaines parties non suppurées de la tumeur ganglionnaire. La trachée est saine ; sur les amygdales, le voile du palais on voit des traces d’ulcérations cicatrisées. Le foie est sain, sauf en deux points ; au milieu de la face convexe du lobe droit, et au milieu du bord tranchant du lobe gauche on trouve deux petits ilôts gros comme une lentille, circulaires, à bords festonnés, nettement découpés dans le tissu du foie, formées par un tissu blanc grisâtre.

Examen microscopique par L. Malassez.

Ganglions. — Il a la forme d’un petit œuf de pigeon; à la coupe, son tissu est homogène, de couleur blanc jaunâtre, légèrement rosé; par la pression, on fait sourdre un suc lactescent, qui, examiné au microscope, contient un grand nombre de cellules analogues aux cellules lymphatiques; cellules rondes, granuleuses, pour la plupart à un seul noyau, et mesurant de 0m,009 à 0,012 On trouve un certain nombre de noyaux libres et une certaine quantité de granulations, soit libres, soit réunies en petites masses, le tout provenant d’éléments détruits. Sur des coupes minces, après durcissement dans l’acide picrique, on trouve un réticulum et des cellules incluses dans le réticulum, quelle que soit la partie de la tumeur examinée; les cellules sont semblables à celles du liquide lactescent. Le réticulum est très-mince, très-fragile, et présente des nœuds dont les uns sont fertiles, les autres stériles. De distance en distance, on voit des travées assez épaisses de tissu conjonctif, formant comme des loges dans l’intérieur desquelles se trouve le tissu adénoïde. A la périphérie, ces travées sont plus abondantes, les loges lymphatiques plus petites; enfin, tout à fait à la limite, on ne trouve plus que du tissu conjonctif disposé en faisceaux parallèles à la surface des ganglions et ne contenant que quelques cellules rares. En résumé, ce ganglion est atteint d’ hypertrophie hyperplasique.

Tumeur du corps thyroïde. — Son tissu a le même aspect que celui du ganglion; le suc est moins abondant, sa structure est également semblable; réticulum et cellules lymphatiques; on ne retrouve en aucun point le tissu normal de la glande. Cette tumeur est donc un lymphadénome.

Tumeur du foie. — Son tissu est gris rosé, un peu jaunâtre, et tranche sur le brun du foie. La structure est encore la même que celle du corps thyroïde; c’est encore un lymphadénome.

Observation IV.

Lymphadénome de l’amygdale; lcucocythémio ; hypertrophie splénique et ganglionnaire (I)

Par M. le Dr Panas.

R... (Louis), âgé de 46 ans, entre à l’hôpital Saint-Louis le 8 octobre 1871 pour une tumeur volumineuse qu’il porte dans la gorge depuis trois mois environ. D’abord sensation de gène dans la gorge, surtout pendant la déglutition ; tuméfaction de la région parotidienne; tumeur de l’amygdale qui en trois mois obstrue l’isthme du gosier; écoulement continuel de salive par la bouche; amaigrissement rapide.

A l’entrée du malade à l’hôpital, on constate une décoloration complète des téguments ; la moitié gauche du cou est le siège d’une tumeur énorme, multilobée, élastique. En certains points, la peau amincie est violacée et adhérente. L’amygdale gauche est remplacée par une masse considérable de tissu grisâtre, friable, ayant l’aspect de la substance grise du cerveau. Pas d’hémorrhagie, peu de diarrhée.

Le 11 janvier 1872 opération partielle pour soulager le malade dont la respiration est très-pénible. La tumeur ne résistant pas aux pinces est morcelée avec les doigts; les morceaux enlevés furent examinés au microscope par MM. Ranvier et Valtat; il s’agissait d’un lymphadénome. Ganglions inguinaux tuméfiés, indolents ; il en est de même des ganglions lombaires. Dans l’aisselle gauche, un ganglion volumineux. La rate a doublé de volume. L’examen du sang montre la présence d’un nombre assez considérable de globules blancs. Mort le 12 mai.

Le microscope montre que la tumeur est composée d’un tissu réticulé dont les mailles sont remplies de cellules rondes embryonnaires. Le réticulum prend naissance sur les parois des capillaires qui renferment de nombreux leucocytes. Les cellules qui remplissent les mailles sont rondes, à un noyau, et mesurent de 0mni,008 à 0,“‘"009.

Observation V.

Lymphadénome de l’intestin ayant débuté par l’appendice iléocæcal ; généralisation aux séreuses et aux ganglions.

Par le D' Picot (de Genève). (Inédite.)

Mathey (Charles), 22 ans, entre le 10 juin à l’hôpital des En-

nts-Malades, salle Saint-Jean, n° 32, service du Dr Labric.

(1) Gazette hebd., 1872, p. 684.

Il a commencé à maigrir depuis deux mois; souffrant depuis trois semaines, il a seulement pris le lit il y a huit jours ; il s’est aperçu à ce moment que ses bourses enflaient. Son père, sa mère, ses frères et sœurs sont tous bien portants.

A son entrée, on constate une tumeur située dans la région iliaque droite, mate à la percussion, non mobile, paraissant adhérer à la paroi abdominale et indépendante du foie ; le ventre est distendu par des gaz; les bourses œdématiées, les veines abdominales dilatées. Rien d’anormal au poumon, si ce n’est une respiration très-soufflante ; pas de signes de tubercules. Vomissements bilieux; l’enfant n’a pas de fièvre, mais souffre beaucoup et ne dort pas. (Cataplasmes, onctions calmantes, huile de ricin, 15 gr.)

11 août. Pour remédier à la distension excessive de l’abdomen par des gaz,M. Labrie pratique une ponction abdominale avec un trocart très-fin; il ne sort pas de gaz, mais un litre de liquide purulent ; l’enfant est soulagé; la tumeur du flanc droit devient plus apparente. (Ext. d’op. 0,10 ; v. qq. 60 gr.)

Le 12. L’enfant est soulagé.

Le 13. Vomissements depuis la veille ; il s’écoule toujours du liquide par l’orifice de la ponction ; le soir, fièvre, pas de vomissements. Mort le 14.

Autopsie. — Tissu pris d’abord pour un cancer encéphaloïde développé autour du côlon ascendant et du cæcum, s’étendant à la valvule iléo-cæcale et infiltrant également la paroi abdominale. Pas de sang dans l’intestin. Les reins et le foie sont normaux, sauf une décoloration par place du foie.

Le tissu morbide reparaît avec tous ses caractères dans le thorax, à la partie supérieure du diaphragme où il adhère aux poumons ; les ganglions bronchiques en sont infiltrés ; adhérences pleurales.

L’examen histologique a été fait par le Dr Rendu, et nousmêmes avons pu constater sur les préparations qu’il a bien voulu nous confier que la tumeur est un tymphadénome. En effet, on constate sur les coupes de la tumeur, après l’usage du pinceau, un réticulum fibrillaire parfaitement net, avec des nœuds, les uns fertiles, les autres stériles, et renfermant dans ses mailles des corpuscules lymphatiques; en plusieurs points de la préparation on reconnaît des fibres musculaires de l'intestin dissociées par des amas de globules blancs et des vaisseaux capillaires dont les parois servent de point d’appui au réticulum lymphatique. Les tumeurs secondaires du péritoine ont toutes présenté la même structure, à part les fibres musculaires qui n'existaient que sur les coupes intéressant la tunique musculaire de l'intestin.

Observation VI.

Lvrr.phadénome de l’appendice iléo-cæcal ; généralisation dans les

ganglions mésentériques, le péritoine, les reins. — Cécité subite. — Mort. — Autopsie.

Par le Dr Rendu. (Inédite.)

Grimm (Alphonse), 11 ans, entre à la salle Saint-Louis, n° 20, service de M. Roger, le 15 avril 1872 ; c’est un enfant assez maigre ; sa mère est morte probablement tuberculeuse : huit frères et sœurs sont morts successivement sans qu’on ait de renseignements sur leurs maladies.

Depuis une quinzaine de jours, cet enfant se plaint d’accidents de tympanite abdominale; il souffre du ventre; il a maigri; depuis la veille il a des vomissements bilieux. A son entrée, on constate l’état suivant : visage amaigri, pommettes rouges et saillantes ; pouls petits, assez fréquent (108). Ce qui frappe surtout, c’est le volume du ventre dont la forme est irrégulière ; il existe une saillie très-notable au niveau de l’hypochondre gauche, au-dessous du rebord des fausses côtes. On perçoit à ce niveau une tumeur très-volumineuse de la grosseur du poing, assez facile à circonscrire, peu douloureuse. 11 n’y a pas de signes évidents d’ascite, mais la sonorité et la matité se répartissent inégalement.

La respiration est assez fréquente, le murmure vésiculaire faible à la base (foie refoulé dans le thorax) ; développement de la circulation collatérale au niveau de l’épigastre.

On diagnostique une péritonite tuberculeuse, siégeant surtout au niveau de l’épiploon. (Glace, 3 sangsues sur la tumeur, onctions d’onguent napolitain belladoné.)

Le 16. La tympanite a augmenté ; les anses intestinales font relief; la tumeur parait plus diffuse; elle se prolonge depuis la rate jusqu’à l’ombilic.

Les jours suivants, augmentation de la tympanite ; on ne peut plus sentir la tumeur; dyspnée modérée. (Cataplasmes froids, glace à l’intérieur.)

Le 22. Dypsnée ; râles fins à la base droite; on diagnostique de la congestion pulmonaire.

Le 24. Dans le milieu de la journée, sans cause connue, le malade devient subitement aveugle; la cécité a été complète et instantanée, sans altération de l’intelligence, du mouvement ou de la sensibilité ; l’enfant raconte qu’à ce moment il a été pris d’un violent mal de tète.

25 mai. La cécité persiste ; matité complète à la base des deux poumons; l’apparition de ce double épanchement pleural fait

penser à une hydropisie intra-ventriculaire comme cause de la cécité. Les urines sont opaques et laiteuses ; le précipité se dissout à la chaleur et non à froid par l’acide nitrique •, il est formé évidemment d’urates

Le soir, tympanite excessive, ascite, dyspnée (44), fièvre P. 150).

Le 26. Le fond de l’œil, examiné parM. Galezowski, ne présente aucune altération; il n’existe point de névrite, ni d’hémorrhagie rétinienne; d’après lui, la lésion est centrale et siège dans le centre optique. Il croit à une hémorrhagie ou à un tubercule siégeant au niveau des tubercules quadrijumeaux ou des pédoncules cérébelleux supérieurs, au voisinage de l’olive cérébelleuse. L'enfant meurt dans la nuit avec des symptômes d’asphyxie.

Autopsie. — A l’ouverture de l’abdomen, il s’épanche une assez grande quantité de liquide séro-purulent. Les intestins sont recouverts par le grand épiploon qui parait rougeâtre, épaissi, chargé de granulations très-vasculaires ; elles sont disposées le long des gros vaisseaux, et constituent des franges épaisses, de véritables exsudats opaques ; le long des petits vaisseaux, c’est une infiltration de plus en plus fine, tout à fait analogue à la disposition de la graisse sur un épiploon adipeux. Le péritoine viscéral présente à peine quelques lésions ; il est simplement vascularisé au niveau des intestins, et n’offre pas d’exsudats purulents ou d’état poisseux. Au voisinage de l’appendice iléo-cæcal, il est intimement soudé à une tumeur qui a complètement envahi cet appendice, la fin de l’intestin grêle et le cæcum.

L’intestin, examiné dans toute sa longueur, montre, en général, une structure normale ; à l’extrémité de l’iléon il est induré et infiltré dans toute son épaisseur par le tissu de la tumeur; il est même ulcéré sur sa face interne ; à la coupe, il est lardacé et transformé en tissu analogue à celui de la tumeur.

Celle-ci, qui formait la masse sentie pendant la vie, occupe toute l’épaisseur du mésentère, et probablement le paquet des ganglions mésentériques ; elle forme une masse volumineuse de la grosseur de plus de deux poings, d’une épaisseur dépassant 8 à 10 centimètres, parfaitement homogène. A la coupe, le tissu est lardacé, blanchâtre, à trame serrée, un peu plus dure que de l'encéphaloïde, mais offrant comme lui des points vascularisés avec hémorrhagies interstitielles. Cette masse se continue sans ligne de démarcation avec l’extrémité du cæcum et l’appendice iléo-cæcal, qui sont volumineux, turgides, et complètement changés de forme; cette masse ne peut être tuberculeuse, attendu qu’elle donne beaucoup de sang à la coupe, bien que les granulations péritonéales puissent être facilement prises pour des tubercules ; elle donne peu de suc à la pression, ce qui fait douter de sa nature encéphaloïde.

Les autres viscères présentent une généralisation de la tumeur primitive ; on trouve des noyaux de même nature, blanchâtres, et disposés à la périphérie comme des infarctus dans les reins, au voisinage de la couche corticale.

Les poumons n’en contiennent pas, mais sur les plèvres on voit une foule de petits noyaux demi-transparents qui sur quelques points ont une structure identique •, la plèvre diaphragmatique surtout en est remplie ; les ganglions du médiastin sont complètement envahis et forment une grosse tumeur. Les vertèbres ne contiennnent aucun noyau de ce genre ; la rate ni le foie n’en présentent pas non plus.

L’origine de la cécité est restée absolument obscure ; on a vérifié par l’examen des rétines sous l’eau qu’il n’existait pas d’apoplexies rétiniennes; d’autre part, les nerfs optiques, le chiasma, les bandelettes optiques, ne présentent rien dans leur coloration, ni dans leur consistance qui ne fût absolument normal; les tubercules quadrijumeaux et les pédoncules cérébelleux supérieurs n’offraient pas non plus d’altération apparente. Tout 1 encéphale est seulement notablement congestionné, sans que du reste on put découvrir de suffusion sanguine nulle part.

L’examen microscopique des éléments à l’état frais, obtenus par le ràclage, démontre qu’ils sont formés par des éléments cellulaires, petits, sphériques, sans prolongements, quelques-uns nucléaires, la plupart granuleux. Après durcissement et lavage au pinceau, on met à nu un réticulum fibrillaire,. à mailles fines, tout à fait analogue à celui du tissu lymphatique ; les mailles sont remplies d’éléments lymphatiques caractéristiques; c’est donc un lymphadénome.

Les tumeurs du péritoine offrent la même structure; il est dès lors probable cjue la cause de la cécité a été due à une rétinite leucémique, ou plutôt à une obstruction des vaisseaux rétiniens par des globules blancs; l’examen du sang n’a pas été fait pendant la vie, mais il est à peu près certain que la leucocythémie a existé, car les vaisseaux que l’on trouve sur les préparations sont complètement remplis de globules blancs.

Observation VII.

Lymphadénome cutané. — Mycosis fongoïde.

Par M. Landouzy, interne.

(Comptes-rendus de la Société de biologie, décembre 1871, p. 184.)

M. Landouzy présente une tumeur de la peau sessile arrondie, saillante de 4 centimètres, large de 15 centimètres, violacée, de

consistance élastique. Cette tumeur, exactement limitée à la peau, ne gagnant pas le tissu cellulaire, présente à la coupe, une coloration blanche et un suc analogue à celui que donnerait un carcinome ou un ganglion lymphatique.

Cette pièce provient d’un garçon de sept mois qui était, en octobre, amené à la consultation de l’Enfanl-Jésus pour six petites tumeurs en tout semblables à celle qui fait le sujet de la présentation.

L’enfant gros et fort, d’apparence lymphatique, venait bien, s’élevait facilement, et n’avait jamais présenté, pas plus du reste que ses frères et sœurs, d’autres accidents cutanés que ces tubercules apparus dès la naissance.

L’enfant fut envoyé à Saint-Louis et vu par M. Bazin qui porta avec le diagnostic mycosis fongoïde, un pronostic défavorable. Dans les premiers jours de décembre, l’enfant était pris de convulsions et succombait le 13.

A l’autopsie faite avec M. Ranvier, on trouvait : Au niveau des scissures de Sylvius, surtout du côté gauche, un exsudât gris jaunâtre avec quelques granulations excessivement fines et d’un blanc mat ; les lésions de la broncho-pneumonie dans les lobes inférieurs droits ; au sommet du poumon droit, un noyau blanchâtre de consistance dure, noyau entouré de granulations trèsfines. Les ganglions bronchiques gros, blancs et durs ; le cœur gauche un peu volumineux, les cavités cardiaques pleines de caillots noirs 5 les plaques de Peyer saillantes, les follicules clos de l’Iléon et du gros intestin très-volumineux, les ganglions mésentériques tuméfiés ; le foie de volume normal, très-ferme ; l’estomac, la rate, les reins sains.

M. Malassez rend compte à la Société anatomique (octobre 1872) de l’examen des pièces provenant du malade de M. Laudouzv, et déclare que dans toutes il a trouvé les caractères du lvmphadénome.

Observation VIII.

Mycosis fongoïde de la tête et de la face.

Par M. E. Démangé, interne.

(Annales de dermatologie, 1874.)

Le nommé Leblanc (Charles), âgé de 69 ans, ouvrier fileur. a toujours eu une bonne santé : jamais il n’a eu de maladie grave ; pas de syphilis, ni de blennorrhagie. Marié à 22 ans, il a eu une fille qui a toujours été bien portante; son père est mort de vieillesse à 85 ans, sa mère est morte aussi très-âgée ; pas d’antécé-

dents cancéreux dans sa famille, il a des frères et sœurs parfaitement bien portants. Toujours il a habité la campagne, jamais il n’a souffert ni du froid ni de la misère; pas d’alcoolisme, pas de rhumatisme, dégoutté ni de scrofule.

Au mois de juillet 1872, il s’est aperçu qui lui venait sur le sommet de la tète deux petites tumeurs du cuir chevelu, assez dures et non douloureuses; rapidement elles ont atteint le volume d’un œuf de pigeon, puis se sont ulcérées et il en est sorti du sang et du pus’ En même temps, il a remarqué que la peau du front et le cuir chevelu devenaient violacés et se couvraient de taches noires en certains points.

Vers la fin de septembre, tout d’un coup apparut un gonflement qui occupa toute la face et le cuir chevelu ; le malade ne souffrait pas, n’avait pas de fièvre et n’avait pas cessé de travailler ; quelques compresses émollientes avaient fait disparaitre cette tuméfaction au bout de cinq à six jours. Cependant les tumeurs du sommet de la tète avaient continué à s’effacer ; d’autres plus petites, semblables aux premières, avaient apparu alentour, et la peau du front devenait de plus en plus violacée. Voyant son mal empirer, le malade entre, le 22 février 1873, à la salle Saint-Louis, n° 46, serv ice de M. Vidal.

A son entrée, nous constatons l’état suivant : la face est notablement tuméfiée, le gonflement occupe surtout le front, le cuir chevelu, la joue droite; un œdème considérable des paupières empêche l’œil droit de se découvrir; la peau est très sensible au toucher, elle est dure, comme épaissie et adhérente aux parties sous-jacentes ; sa coloration est rouge et violacée, lie de vin par places, quelques taches ecchymotiques. Sur le cuir chevelu, une tumeur molle et ulcérée, du volume d’une noisette, laisse écouler un jus ichoreux; autour d’elle quatre petites tumeurs, une plus grosse sur le front près de la racine des cheveux ; toutes dures, non ulcérées : le cuir chevelu est aminci à leur niveau, les cheveux ont disparu, la sensibilité y est conservée.

Le malade a perdu l’appétit depuis quelques jours ; il a un peu de fièvre; la langue est saburrale.

Bruit de souffle anémique au cœur ; respiration normale. Pas de sucre ni d’albumine dans l’urine.

Le 25 février, le gonflement avait augmenté, surtout à droite ; quelques phlyctènes apparaissent sur la joue, le malade y accuse de grandes douleurs; les veines de la face du côté droit sont le siège de phlébites multiples qui out déterminé des coagulations veineuses facilement appréciables au toucher ; l’œdème palpébral a augmenté ; néanmoins le globe oculaire reste sain, aucun trouble cérébral.

Le 28, plusieurs points de la peau s’escharifient.

Le 3 mars, des eschares se détachent au niveau de la pommette et près de l’oreille-, en d’autres points la peau est complètement insensible.

Le 10, les lambeaux continuent à se détacher ; la moitié droite de la face n’est plus qu’une vaste plaie à fond grisâtre etsanieux laissant suinter un pus séreux, mal lié, parfois sanguinolent et répandant une odeur fétide que les désinfectants de toute sorte ont peine à masquer.

Néanmoins l’état général du malade est assez bon ; l’appétit revient un peu. On prescrit un régime tonique et 4 grammes d’iodure de potassium par jour.

Le traitement ioduré est continué pendant les mois de mars et d’avril ; il est bien supporté. Les tumeurs qui n’ont pas suppuré s’affaissent et diminuent très-manifestement de volume; une des plus petites a presque complètement disparu ; la plus grosse s’est mise aussi à suppurer; une ulcération s’est produite à son sommet, il en est sorti une matière puriforme, blanchâtre; elle se vide peu à peu et la coque s’affaisse et tombe en putrilage comme celle d’un kyste sébacé en suppuration.

A la fin d’avril, la plaie a une tendance manifeste à se cicatriser; des foyers isolés du tissu cicatriciel apparaissent sur quelques points et la réparation marche assez vite. Le tissu de nouvelle formation est constitué par une sorte de tissu caverneux dans lequel on trouve des canaux vasculaires récents qui semblent devoir suppléer les veines superficielles oblitérées. On ne constate aucun ganglion engorgé.

Cet état dure jusqu’à la fin de mai ; Le traitement ioduré est continué pendant tout ce temps; les tumeurs les plus anciennes qui n’ont pas suppuré, ont continué à diminuer, pendant que d’autres ont apparu en tout semblables aux premières.

A cette époque, sans que l’état général du malade se soit modifié en rien, sans qu’aucune affection intercurrente soit survenue, tout d’un coup la cicatrisation s’arrête, et en l'espace de huit jours toute la surface qui était réparée s’ulcère de nouveau ; la ‘ coloration lie de vin s’étend rapidement sur le côté gauche et le dos du nez ; la peau s’épaissit, s’indure et prend enfin tous les caractères qu’elle avait au début du côté opposé. Sur les limites inférieures de cette vaste plaque violacée on constate des hémorrhagies cutanées autour desquelles la peau prend successivement les diverses teintes qui entourent les ecchymoses.

Le 1er juillet, la joue gauche n’est pas encore ulcérée ; à droite, le masséter est dénudé ainsi que la région mastoïdienne. — L’état du malade s’affaiblit'; il perd ses forces et ne quitte plus le lit;

la cachexie se déclare. Le cœur et les poumons n’offrent aucune altération ; pas de fièvre.

Le 8 juillet, la plaie a meilleur aspect, la cicatrisation recommence sur plusieurs points; en d’autres les eschares continuent à se détacher.

Le 14, le pariétal est à nu en deux points.

Le 30, les foyers cicatriciels ont disparu ; les eschares en se détachant laissent béants les canaux veineux, qui donnent de petites hémorrhagies. — Légère anasarque ; pas d’albumine. — L’intelligence reste intacte ; les forces sont complètement perdues.

Le 13 août le malade s’épuise; sa maigreur est extrême; fièvre légère.

Le 16 août, mort à 7 heures du soir.

Autopsie. — 36 heures après la mort.

Tète. — Le cuir chevelu, dans les parties non ulcérées, est très-aminci, adhérant à l’os dont on peut difficilement le séparer au niveau du pariétal droit, — toute la moitié droite est dépourvue de cheveux ; — une vaste ulcération recouvre les régions temporale et pariétale ; la table eyterne de l’os temporal est dénudée, en deux points, sur la largeur d’une pièce de vingt centimes environ ; l’os ne parait pas malade ; simple état dépoli de sa surface ; sa consistance est conservée. — Une tumeur non ulcérée reste seule sur l’angle postérieur du pariétal droit, — c’est celle qui a été soumise à l’examen histologique.

Les méninges ne présentent rien de particulier ; les sinus de la dure-mère ne renferment pas de thromboses.

La face interne de la croûte crânienne n’offre aucune lésion ; les sillons destinés à loger l’artère méningée moyenne droite paraissent légèrement élargis.

Au cou, foyer purulent le long de la jugulaire interne droite, descendant jusqu’à la moitié du cou.

Cœur. — Légère trace d’endocardite chronique au niveau des sigmoïdes aortiques et de la mitrale.

Poumons. — Engoués à la base.

Foie. — Volume normal, graisseux.

Rate. — Volume normal ; légèrement diffluente.

Reins. — Congestionnés; petit infarctus à la périphérie du rein droit.

Ganglions lymphatiques non hypertrophiés.

Examen histologique de la tumeur, fait au laboratoire du collège de France par M. Debove, qui a bien voulu nous remettre la note suivante :

— Si —

v Au niveau de la tumeur les faisceaux du tissu conjonctif du derme sont dissociés par un grand nombre de globules blancs en certains points ces globules forment des masses de grandeur variable; en pratiquant des coupes fines et en chassant ces éléments avec le pinceau, on reconnaît qu’ils sont supportés par un réticulum lymphatique.» (Voir fig. 2 et 3.)

Observation IX.

Lympho-sarcome de la cuisse, de la rate et des ganglions

du cou (1).

Par M. Trélat.

Homme de 37 ans, grand, vigoureux, entré le 21 septembre 1871, dans le service de M. Trélat.

Il y a deux ans il s’aperçut de la présence de deux petites tumeurs à l’angle de la mâchoire inférieure.

A partir du 1er janvier 1871, ces tumeurs prirent un accroissement considérable ; tout à fait indolentes ; la déglutition fut entravée, maisTa respiration s’effectua comme auparavant.

Le malade n’a eu aucune maladie récente, ni aiguë, ni chronique ; pas de scrofule, aucune trace de syphilis. Une petite tumeur apparut à la partie supérieure de la cuisse droite quelque temps avant l’entrée du malade à l’hôpital.

M. Trélat enleva cette petite tumeur pour connaître sa nature : du volume d’une demi-noisette, sous-cutanée; son examen contribua singulièrement à établir le pronostic général. On fit l’examen du sang : aucune trace cle leucocythémie.

La tumeur du cou semble complètement limitée aux ganglions lymphatiques sous-maxillaires : globuleuse, bosselée, peu mobile, du volume d’une tète de fœtus à terme; indolente, de consistance inégale. Etat général excellent; rien dans la poitrine ni dans l’abdomen.

Prenant en considération la bonne constitution du malade, l’absence de diathèse, l’âge relativement avancé au moment de l'apparition de la tumeur, le développement rapide de celle-ci, la composition normale du sang, M. Trélat diagnostiqua une hyperplasie ganglionnaire étrangère à la scrofule et se rapprochant des tumeurs malignes.

Opération le 6 octobre, le malade étant soumis au chloroforme; elle ne présenta pas de grandes difficultés. Le 20 octobre la plaie était cicatrisée, mais une petite tumeur ganglionnaire très-mobile se montre sur le sterno-mastoïdien, au voisinage de la plaie.

(1) Gaz. hebd., 1872, p. 363.

Cette tumeur augmentant rapidement de volume, M. Trélat fait l’opération le 19 novembre. Le malade mourut au début de cette opération et la mort fut attribuée au chloroforme par les uns. à l’introduction de l’air dans les veines par les autres.

Autopsie. — Outre les particularités relatives au système circulatoire, on nota les points suivants : la rate a doublé de volume ; sur son bord antérieur, deux tumeurs du volume d’un marron, facilement énucléables. Une section de l’organe fait découvrir deux autres tumeurs très-adhérentes au parenchyme splénique et ayant l’aspect de ganglions lymphatiques ramollis. Le mésentère est soulevé au voisinage de l'intestin grêle par deux amas ganglionnaires.

D’après l’examen microscopique fait par MM. Ranvier et Malassez, la tumeur du cou est un sarcome développé dans les ganglions lymphatiques, un sarcome ganglionnaire ou lymphosarcome. Les tumeurs secondaires sont complètement semblables à la tumeur primitive.

Observation X.

Tumeurs lymphadénoïdes de l’avant-bras gauche. — (Sarcome globo-cellulaire lymphadénoïde à grandes cellules, de Rinrlfleisch.)

(Présentée à la Société de chirurgie le 22 octobre 1873, par M. Guyon au nom de M. Heurtaux, de Nantes. Gaz. hebd 1873 p. 708.

Une femme de 28 ans vint consulter M. Heurtaux de au mois de mars 1872 pour de petites tumeurs qu’elle portait à l'avantbras gauche.

Aucun antécédent syphilitique ou scrofuleux. La malade raconte qu’elle avait au dos du poignet gauche, sur les limites de l’avant-bras, une tache pigmentaire de naissance qui, il y a dixhuit mois, devint le siège d’une production ressemblant à une verrue. Cette tumeur s’est graduellement accrue, s’est ulcérée, et a pris l’aspect d’un champignon ; un médecin coupa la tumeur au niveau de son pédicule. Depuis quatre mois ont paru au côté postérieur du même avant-bras des tumeurs au nombre de six ; quelques tumeurs ont disparu sans laisser de traces pendant que d autres se développaient. Celles qui restent, au nombre de six, sont ovoides, à grand diamètre vertical et du volume d’une grosse olive; la peau, adhérente aux tumeurs, est rougeâtre en certains points.

D’après le siège et la forme de ces tumeurs, M, Heurtaux les

Démangé.

considère comme occupant les vaisseaux lymphatiques; en explorant un peu plus haut le trajet des lymphatiques, on trouve au côté externe de l’avant-bras, vers son tiers supérieur et même au pli du coude, des nodosités très-petites qui semblent annoncer le développement de nouvelles tumeurs dans un point plus élevé du système lymphatique; rien dans les ganglions.

Malgré l’usage de l’iodure de potassium, les tumeurs se multiplient; les petites nodosités deviennent de nouvelles productions, tandis que certaines tumeurs fondent graduellement. Au mois de juillet 1872, on peut compter 25 tumeurs distinctes. Au tiers inférieur du bras, sur le trajet des vaisseaux huméraux, une tumeur plus grosse que les autres tend à l’ulcération ; au 1er novembre, elle a l’aspect d’un large champignon, donnant un suintement séreux d’odeur fétide ; douleurs excessives. La malade est trèsamaigrie ; pouls faible et fréquent ; le 9 décemnre, la grosse tumeur a 14 centimètres dans le sens vertical et 12 de largeur. La malade refuse l’amputation du bras. Mort le 25 janvier 1873.

A l’autopsie, rien dans les organes.

Le tissu des tumeurs est mou ; l’aspect de la surface coupee est tout à fait cérébriforme ; par le raclage, suc lactescent très-abondant.

Au microscope on voit que le suc renferme beaucoup de grandes cellules très-granuleuses, dont le diamètre varie entre 0,mU,010 et 0,mm020 et même O"101, 040; dans chaque cellule on trouve un ou deux noyaux volumineux pourvus d’un nucléole brillant.

L’étude de la trame prouve qu’il s’agissait ici de cette variété de tumeurs décrites sous le nom de sarcome lymphadénoïde ou de lymphadénome. On voit, en effet, une sorte de réticulum fibrillaire circonscrivant les cellules.

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